Chapitre 13 :
Quand Jet se jeta dans le lac, il entendit un bruit d'eau qui coule, comme le thé versé dans une tasse. Il sourit dans le vide, comme on sourit à un proche qui refait la même blague, inlassablement. Puis il lança ses bras en avant et nagea vers la lune scintillante qui flottait sur l'eau noire, devant lui.
Chaque propulsion en avant, chaque brasse le faisait frémir d'excitation et de crainte. L'eau caressait son corps nu, cajoleuse, comme pour lui dire de se hâter. Et plus il se rapprochait de son but, plus elle devenait claire et chaude.
Arrivé près de cette source de lumière et de chaleur, il hésita, se demandant si ce n'était pas un sacrilège que de saisir un dieu. Mais le rond blanc devint un bras qui le tira vers les profondeurs. Il sombra, le cœur plein de désir et d'espoir.
Il émergea de l'autre côté du lac, ruisselant. Au bout de son bras, la lune s'était métamorphosée enLee. Son corps nu scintillant. L'eau, aussi noire que Lee était blanc, leur arrivait un peu en dessous du nombril, dévoilant son torse fin et musclé. Il était sublime, comme toujours.
Jet avança vers le jeune homme, plissant la surface noire en un rond grandissant dont Lee était le centre…
Jet fut réveillé par un coup de pied dans le genou. Un peu fâché qu'on le tire de son rêve à un moment si prometteur, il chercha le coupable des yeux et rencontra le regard furieux de Pesticide, assise en face de lui. Il lui envoya un baiser espiègle avec la main, ce qui lui valut un soupir agacé.
La réunion du Conseil de Ba Sing Se s'étirait en longueur. Au début, quand ils avaient parlé du jour décisif de l'éclipse et de l'invasion à venir, Jet avait participé avec enthousiasme, proposant de rajouter ses Combattants de la Liberté aux troupes du Royaume de la Terre (Jet avait pincé les lèvres d'un air digne lorsque Katara avait fait une remarque cinglante sur la perte de son statut de chef). Maintenant que le nombre de troupes et les demandes d'aides aux alliés avaient été décidés, la discussion s'était reportée sur le fonctionnement quotidien de la capitale. Et Jet estimait avoir suffisamment contribuer pour pouvoir dormir maintenant que les Conseillés discutaient administration.
D'ailleurs il n'était pas le seul. Sokka avait enfoncé sa tête dans ses bras et dormait ostensiblement, imperméable aux regards outrés que lui envoyaient sa sœur par dessus Aang, désolée d'être trop loin de lui pour pouvoir le rabrouer discrètement. Entre eux, l'Avatar jouait sous la table avec son lémurien ailé et Toph se curait les oreilles avec un air revêche. Même Pesticide se balançait sur sa chaise en regardant dehors, ce qui rendait d'autant plus injuste son coup de pied. Des sept adolescents présents au Conseil, seul Longue Flèche se tenait convenablement, le regard droit et les mains sagement posées sur les genoux. Sauf que Jet le connaissait suffisemment pour savoir que derrière les apparences, les pensées de son ami avaient dérivé bien au delà de la Salle.
Quand la réunion fut enfin officiellement close, les sept jeunes gens s'élancèrent hors du palais avec un enthousiasme explosif. Sokka s'étirait et baillait bruyamment, sa sœur le réprimandait avec une telle énergie que Jet la soupçonnait de compenser de tout ce temps enfermé à faire bonne figure, Toph essuyait ses doigts sales sur les piliers antiques du palais et Aang volait après Momo à une vitesse bien trop rapide pour être maîtrisée (ce qu'une collision devait confirmer peu de temps après).
Entouré de ses deux amis, Jet toisait le gang de l'Avatar en mâchonnant une paille en tâchant de cacher son amusement derrière un masque condescendant. Contre toute attente, sa venue à Ba Sing Se lui avait bien permis un nouveau départ plus lumineux. A la place de s'attaquer à des maîtres du feu au hasard des chemins, il aidait ces gamins étonnants à prévoir la riposte prochaine du Royaume de la Terre, ce qui avait plus de sens et lui évitait de sombrer à nouveau dans sa rage vengeresse. Ses deux fidèles compagnons étaient ravis de le voir changé, plus serein et plus heureux. Même Sokka et Aang semblaient lui avoir pardonné, même s'ils étaient encore sur leurs gardes lorsqu'il parlait à Katara. Et Toph, l'aveugle barbare, lui démontait parfois l'épaule d'une tape virile, ce qui était sa façon de signaler son affection.
« Bon, je vous laisse, j'ai quelque chose à faire ce soir. » lança finalement Jet vers Pesticide et Longue Flèche de son ton le plus dégagé possible.
Longue Flèche opina de la tête avec un petit sourire, et Pesticide renifla bruyamment :
« Mouais, tant que tu es au Conseil à l'heure, demain... »
En s'éloignant du palais, Jet se félicita d'avoir des amis si respectueux de son intimité. Ils ne lui posaient jamais de questions sur ce qu'il faisait de ses soirs, acceptant simplement ce fait… Et puis il entendit la voix tonitruante de Toph :
« Hé, Pesticide, il va encore chez sa copine secrète, l'autre ? »
Finalement, ses amis n'étaient peut-être pas si respectueux que ça…
Mais c'était un copain au masculin qu'il rejoignait. Celui-ci l'attendait non loin de la maison de thé de Pao où il travaillait en journée, devant la fontaine où Jet l'avait vu maîtriser du feu pour la première fois. Il avait les bras croisés sur la poitrine, l'air revêche et les cheveux plaqués sur le crâne avec de la laque.
Jet le rejoignit de sa démarche féline et lui offrit son sourire le plus charmeur.
« Tu es en retard. » bougonna Lee, l'air tout sauf charmé.
Jet dissipa son accusation d'un rire fat. Se mettant soudain à genoux, il prit la main de son petit ami et y déposa d'un geste grandiloquent le brin de paille mâchonné qu'il venait de sortir de sa bouche.
« Accepte ce modeste bouquet comme excuse, ô prince de mon coeur. »
Lee jeta le brin de paille et Jet par terre, tout en tournant la tête pour dissimuler ses joues roses. Le jeune homme de la Nation de la Terre se releva en rigolant, en partie pour dissimuler à quel point le rosissement charmant de son nouveau petit ami l'avait ébloui.
« Bon, on va au restau ? Je te rappelle que j'ai réservé pour il y a déjà une demi-heure.
- C'est Mushi qui a réservé, pas toi. » rectifia Jet avec un sourire taquin.
Lee haussa les épaules et se mit en marche. Néanmoins, lorsque Jet l'eut rejoint, il risqua une main timide vers lui et prit la main brune entre ses doigts blancs, sans le regarder. L'ancien chef des Combattants de la Liberté sentit son cœur s'accélérer. Mû par une impulsion pressante, il tourna la tête et déposa un petit baiser sur la joue marquée de Lee... avant de plonger sa main dans les cheveux noirs et de les ébouriffer, comme l'avait fait l'autre greluche quelques mois plus tôt.
Lee grogna qu'il était insupportable. Mais il garda sa main autour de Jet, et ses yeux couleur miel pétillaient…
« Mais qu'est ce que c'est que ce bordel ? » s'exclama Lee en froissant le papier.
Après un dîner gênant puis une longue promenade nocturne, à admirer la ville éteinte dans un silence complice, Jet et Lee venaient de rentrer à l'appartement... Pour découvrir dans un mot que Mushi était allé dormir chez une amoureuse du thé des Beaux Quartiers qui lui parlait depuis peu de financer une maison de thé prestigieuse. Avant de partir, le vieil homme avait soigneusement disposé une théière pleine de thé au jasmin sur la table, des bougies rouges sur les fenêtres et des bâtons d'encens qui diffusaient un parfum appuyé dans toute la pièce.
Jet mangea l'espace qui le séparait de Lee et colla son ventre contre le dos du jeune homme, pressant sa virilité éveillée contre les fesses rondes. Il enroula ses bras bruns autour de son torse et lui susurra à l'oreille :
« Ton oncle nous laisse le champ libre pour explorer.
- Arrête Jet. »
Le ton énervé de son petit ami fit l'effet d'une douche froide au Combattant de la Liberté. Il lâcha son torse et recula, honteux de ne pas avoir su lire l'ambiance et d'avoir projeté ses envies sur celui qu'il aimait.
Les lèvres douces de Lee le sortirent de son tourment en l'entraînant dans un baiser inattendu. Lorsque les mains du prince banni se posèrent sur ses hanches, Jet dégagea sa bouche et coassa :
« Mais tu… Je croyais que tu ne voulais pas ? C'est pas grave tu sais, je …
- Je veux que tu arrêtes de parler de mon oncle quand on explore, pas que tu arrêtes ta stupide exploration. »
Et sans autre forme de procès, Lee poussa son petit ami sur le lit et bascula sur lui. Les yeux dorés plongèrent dans ceux plus sombres, cherchant l'acquiescement, puis sans qu'un mot soit prononcé, les bras blancs les déshabillèrent.
Jet contempla le corps nu qui se dévoilait peu à peu au dessus de lui, vêtement après vêtement. Ses yeux couraient sur ce mélange de muscles et de courbes douces, cette peau blanche qui contrastait tant avec la noirceur des cheveux et le jaune intense des yeux, la légère coloration rose sur les coudes, sur les genoux et sur le visage. Lee était aussi beau, aussi divin que dans ses rêves, au point où Jet s'attendait presque à le voir scintiller comme un astre.
Le jeune homme de la Terre laissa tomber son masque de séducteur sûr de lui et monta une main hésitante vers le visage de son amant. Ses doigts s'immobilisèrent à quelques millimètres de la peau. Tout à coup, toucher ce corps sublime lui semblait un sacrilège...
Lee avança le visage et captura ses doigts entre ses lèvres. Un rose charmant colora ses joues tandis qu'il promenait sa langue sur les doigts de son amant, et ce rosissement eut raison des hésitations de Jet.
La main libre du Combattant de la Liberté trouva sa place sur le cou de son petit ami et commença son exploration, serpentant jusqu'au torse laiteux. Quand elle s'attaqua au téton rose du prince, celui ci eut un léger hoquet. Son petit ami en profita pour récupérer sa deuxième main désormais humide de bave et la descendre le long du dos blanc, jusqu'à la vague rebondie qui le finissait. Il s'arrêta un instant, hésitant, mais son partenaire l'encouragea à poursuivre d'un baiser humide et de caresses enflammées sur son torse.
Jet empoigna la fesse de Lee avec délice, malaxant cette peau tendre et élastique avant de s'aventurer vers l'entrée avec des caresses en cercle. Il titilla celle ci avec timidité, jouant avec cette partie inexplorée, puis rassuré par l'éclat dans les yeux de son amant, il glissa en avant et se fraya un chemin en Lee. Ce dernier interrompit ses caresses le temps d'une inspiration. Inquiet, Jet s'arrêta, très conscient de la chaleur douce qui enserrait son index, prêt à se retirer au premier signe.
Mais les mains chaudes du prince de la Nation du Feu reprirent leur course pleine de promesses sur le ventre brun frémissant. Juste après que Jet ait introduit un deuxième doigt timide en Lee, ceux du maître du feu atteignirent la virilité du jeune homme de la Terre. Jet explorait l'intimité étroite de Lee, cherchant à la détendre par des caresses douces, tandis que les doigts blancs couraient avec habilité sur le membre foncé de plus en plus dur. Après quelques minutes, sentant que Lee était moins tendu et que son propre membre réclamait leur union, Jet retira sa main de l'entre chaude.
Lee lui tira un râle de plaisir d'une dernière caresse sur l'entre-jambe. Puis, il posa ses mains sur ses épaules et s'éleva au dessus de lui, jambes écartées. Les yeux troubles à cause de l'excitation et de la crainte, Jet vit son partenaire redescendre et s'empaler peu à peu sur le membre douloureusement tendu, s'offrant avec un regard décidé. Tiraillé entre son envie de hâter la fusion et la peur que son amant ne souffre, Jet ne pouvait que regarder, la respiration suspendue. A mesure que la chaleur accueillante de son petit ami entourait sa virilité, son cœur pompait un sang plein de désir.
Il eut un mouvement de bassin incontrôlable vers l'avant et enfin Lee fut tout autour de lui, à l'enserrer de son corps. Le visage du prince se contracta et ses mains blanches saisirent les draps avec force. Mais du regard, il invita son amant à poursuivre. Alors Jet posa ses mains sur les fesses chaudes du banni et le fit basculer sur le lit, plaquant son dos contre le matelas. Les mains de Lee lâchèrent les draps et trouvèrent le dos, la nuque et les fesses de Jet, faisant enfler son désir. Les yeux dorés le fixaient, humides et encourageants.
Jet commença à bouger, tout doucement, car partout il butait contre son amant et son étroitesse l'effrayait. Puis, comme ce dernier faisait onduler ses hanches pour l'inciter à se lâcher, malgré une expression un peu crispée, le Combattant de la Liberté laissa s'exprimer sa soif et accéléra la cadence. Chaque fois qu'il quittait l'intimité de Lee, le désir le poussait en avant, lui ordonnant d'investir cette cavité brûlante. Il n'avait jamais rien senti de tel : le corps de Lee l'avalait avec une volupté qui le rendait fou, il était à la fois maître et captif de son amant. À chacun de ses coups de reins, ses testicules claquaient contre les fesses blanches et ce bruit raisonnait dans son esprit, attisant encore la flamme de son désir. Perdant le contrôle, Jet accéléra encore, plongeant éperdument dans Lee, comme s'il voulait se fondre en lui. Il n'était plus que sueur, feu et gémissements, un corps avide guidé par le plaisir.
Et puis soudain le prince de la nation du feu se cambra sous lui et releva sa gorge sur un soupir de pur extase, les tétons durs et les jambes frissonnantes. Jet s'arrêta un instant, reprenant son souffle, puis cogna à nouveau contre cette zone érogène. Les doigts de Lee s'enfoncèrent dans son dos et il lâcha un cri délicieux. Les yeux embrumés de plaisir que monta le jeune homme vers Jet eurent raison de lui. Il plongea une ultime fois vers cette zone magique, et lorsque son gland butta contre le petit renflement, faisant se creuser le dos de Lee sous lui, il sentit une explosion de plaisir inédite le traverser. Il eut juste le temps de se retirer avant que son membre ne crache un nuage de sperme sur les draps.
Jet s'autorisa quelques secondes de béatitude avant de retourner à son amant. Couché sur le dos, les jambes écartées, une main sur le ventre et la poitrine soulevée par un souffle torride, il était proche de l'orgasme. Jet se pencha sur ce corps alangui et entoura de ses lèvres le sexe tendu. Lee agrippa ses cheveux avec force. Jet cueillit son plaisir dans sa bouche.
Le Combattant de la Liberté essuya une goutte de sperme sur son poignet puis colla son torse contre le dos de son petit ami. Il sentait les battements rapides de son cœur à travers son dos et ses fesses étaient brûlantes contre son entre jambe, comme si elles abritaient encore toute la passion de leur union. La voix de Lee s'éleva, éberluée :
« Pourquoi tu as avalé ?
- Ça te dégoutte, prince raffiné ? »
Derrière les cheveux noirs, l'oreille visible de Lee tourna au cramoisi. Jet rit et entoura le prince déchu de ses bras.
Et puis il repensa à la façon animale avec laquelle son corps avait pris le dessus et dévoré celui de Lee, à la façon dont les mains blanches avaient serré les draps et dont le visage s'était crispé sous ses acoups. Sa gorge se serra.
« Ca va ? Tu n'as pas… mal ? Demanda t'il contre son oreille, le ton inquiet.
- Je sens des parties de mon corps que je ne connaissais pas. Mais ce n'est pas douloureux... Et j'ai beaucoup aimé ce qu'on a fait, surtout à la fin. »
Saisi d'un amour profond pour son petit ami, Jet déposa un baiser fougueux dans son cou et raffermit son étreinte autour de lui.
« Moi aussi, mon prince. »
