6 Septembre 2007

Six jours. Ça fait six jours qu'ils sont seuls, sans adultes, sans personne dans ce grand château. Et Hermione pourrait jurer, elle pourrait jurer que le soir, elle entend les escaliers bouger et les couloirs s'emplir de murmures. Elle a l'impression d'être observée, l'impression que les tableaux la suivent des yeux quand elle arpente le château. Elle n'en a parlé à personne : la plupart des élèves doivent être habitués aux étrangetés de Poudlard depuis des générations. Elle, elle sent qu'elle doit mériter sa place, plus que n'importe qui d'autre. Elle le sent dans les regard étonnés que lui jettent ses camarades quand elle leur explique que ni ses parents, ni ses grand-parents n'ont jamais mis les pieds à Poudlard. Elle le sent dans la facilité qu'ils ont à s'accommoder à cette situation. Alors, surtout, elle ne doit pas leur montrer qu'elle a peur, qu'elle fait des cauchemars tous les soirs et qu'elle écrit des lettres à ses parents qu'elle cache dans la doublure de son oreiller en attendant de pouvoir leur envoyer.

Elle pousse une porte, se plante devant le petit groupe d'élèves affalés sur des fauteuils. Ron, Harry et Seamus sont en pleine bataille explosive. Depuis cinq jours, la majorité de leurs activités se résume à des jeux de cartes. Elle les dévisage sévèrement, les mains sur les hanches.

« A partir de ce soir, on n'aura plus à manger. On a épuisé toutes les réserves qu'on avait dans nos bagages. »

Du coin de l'œil, elle voit Ron lever les yeux au ciel. Une pointe d'agacement vient pulser jusque dans sa paupière gauche. Si elle s'écoutait, elle attraperait Ron par le col et le secouerait jusqu'à lui remettre les idées en ordre, mais elle se contente de pincer les lèvres. Personne ne bouge, c'est à peine s'ils relèvent les yeux. Elle sait ce qu'ils pensent : qu'elle s'emporte pour un rien.

« Si on ne fait rien, on va mourir de faim. »

« Hermione, tu crois pas que t'en fais un peu trop, là ? »

Elle se tourne vers Ron, le fusille du regard.

« Tu penses que j'en fais trop, Ronald ? Vraiment ? Et tu vas faire quoi, quand on n'aura plus rien à manger ? Parce que tu vas vite te rendre compte que les cartes à jouer, c'est pas comestible. »

Il referme l'éventail de ses cartes, les jette sur la table basse couverte d'emballages de choco-grenouille et de dragées surprises avant de se relever. Il fourre les mains dans ses poches avec nonchalance, hausse les épaules.

« Relax. Profite. Pas de cours, pas de prof pour nous dire quoi faire, pas de parents pour nous demander de ranger nos chambres. C'est les vacances. »

Elle a envie de lui hurler à la figure, de lui dire de grandir, de lui rappeler qu'il n'a plus six ans et qu'il va bien falloir qu'il commence à être un peu responsable. Mais elle sent bien que ça n'aurait pas grand effet. C'est fou ce qu'il peut l'agacer avec son air insouciant. Elle se demande si elle arrivera à le supporter un jour.

Elle pousse un long soupir, regarde tour à tour les élèves qui sont déjà repartis dans leurs activités.

« Bon. Je vais faire un tour dans le Parc, voir si je ne peux pas trouver des baies ou des fruits. J'ai vu qu'il y'avait des serres, derrière le château... Peut-être que... »

Elle ne finit pas sa phrase, de toute façon personne ne l'écoute. Seamus l'ignore royalement, propose une partie d'échecs mécaniques, installe les pièces. Hermione soupire et tourne les talons au moment où le cavalier de Ron est poussé mécaniquement en A3. Elle entend à peine Ron protester que c'est de la triche, qu'il n'aurait jamais fait ça lui-même, et la porte claque dans son dos.

Elle descend les escaliers quatre à quatre, entend des pas derrière elle. Énervée, elle fait volte-face, tombe nez à nez avec Neville qui manque de lui rentrer dedans.

« Qu'est-ce que tu veux ? », aboie-t-elle.

« Euh... je voulais juste... c'est parce que j'adore la botanique et je me suis dit que je pourrais peut-être... t'aider ? C'est la saison des baies dorées, j'en ai vu quelques une dans les fourrés dans le Grand Parc, hier et... on pourrait peut-être... les ramasser ? C'est très nourrissant... je crois... »

Hermione regrette aussitôt de s'être emportée. Elle sent bien qu'elle est sur les nerfs. Ils ont passé une semaine à essuyer des événements étranges, à entendre des bruits effrayants au troisième étage, à déjouer des mécanismes complexes pour ouvrir certaines portes. Elle est épuisée mais au fond, ça la conforte dans l'idée qu'ils sont mis à l'épreuve.

« C'est une très bonne idée, Neville. Fais pas attention à ma mauvaise humeur, je suis un peu fatiguée. »

Ils gagnent le Grand Parc en silence. Comme annoncé, des buissons plein d'épines recèlent des petits fruits d'un doré si lumineux qu'ils accrochent tous les éclats du soleil, malgré les nuages qui le dissimulent. Elle tend la main pour les cueillir mais Neville l'arrête.

« Attends. C'est une plante carnivore de la famille des droséracées. Tu vois, elle attire les petits oiseaux avec ses baies dorées mais dès qu'il les touchent, un mécanisme de défense projette toutes ses épines et la plante dévore son festin crucifié. Mais regarde, si tu l'attrapes à cet endroit-là... »

Il pince entre ses doigts une longue tige plus épaisse que les autres.

« ...tu désenclenches le mécanisme. Vas-y, tu peux ramasser les baies maintenant. »

Hermione le regarde, impressionnée, avant de s'exécuter avec prudence. A son grand soulagement, la plante ne tente pas de la cribler d'épines. Grâce à Neville, ils récoltent un sac entier de baies qui brillent comme un trésor. Puis, ils repèrent des pommiers qu'ils délestent de leurs fruits pendant que son camarade lui explique la différence entre les pommiers asiatiques et les pommiers anglais.

« Tu en connais un rayon sur les plantes », le complimente-t-elle, admirative.

« Mes parents avaient un immense verger. Ma grand-mère déteste le jardinage, elle a accepté de ne pas vendre la parcelle si je m'en occupais. J'ai appris sur le tas. Et tu vois, ça... »

Il lui montre une cicatrice, près de son pouce, qui forme une constellation de minuscules points légèrement plus clairs que sa peau.

« … je le dois aux baies dorées, justement. Au bout d'un moment, on finit par les dompter. Mais pas avant d'en avoir bavé un peu. »

Hermione lui sourit avec compassion, ose même lui tapoter amicalement l'épaule. A cet instant, elle sent qu'une sorte d'amitié tacite se noue entre eux. Il enfourne la dernière pomme dans son sac.

« Je te prêterais un livre sur les effets des plantes, si tu veux. Tu sais qu'il y'a une forme de baies, qu'on ne trouve que dans les pays méditerranéens, qui, si tu les écrases, t'endorment plus vite que n'importe quel somnifère ? Le seul remède se trouve dans le jus des baies. Autrement dit, si tu en as mangé avant, tu n'en subis pas les effet. Au moyen-âge, des villageois avaient essayé d'en faire du vin et résultat, le village entier s'est retrouvé endormi. Pendant cent ans, d'après la légende. »

Quand il raconte tout ça, le visage de Neville s'anime soudain, et ses yeux brillent d'une telle passion qu'il ne ressemble plus en rien au petit garçon timide et réservé qu'Hermione pensait connaître.

« Pardon, je t'embête avec toutes mes histoires. »

« Pas du tout. Je serais ravie que tu me prêtes le livre. »

Il hoche la tête, le sourire aux lèvres, avant d'enfiler son sac à dos. A pas lents, ils se dirigent vers le château. La nuit commence à tomber sur la vaste forêt qui entoure Poudlard, et bien plus loin, sur les montagnes qui se hérissent contre le ciel sombre. Les corbeaux quittent leurs arbres en croassant. Neville les suit des yeux en réprimant un frisson, avant de se tourner vers Hermione.

« Tu crois qu'on va rester seuls combien de temps ? »

Elle perçoit des trémolos dans sa voix.

« Je ne sais pas. Tu as peur ? »

« Un peu, oui. Les bruits du troisième étage... Ron, Harry, Dean et les autres sont allés voir ce que c'était. Moi, j'aurais jamais eu le courage. Je me dis parfois que j'ai pas ma place, ici. »

« Ne dis pas ça. Tu as sûrement plus ta place que moi. Jamais personne de ma famille n'est entré à Poudlard. »

« Et alors ? Ça veut dire que tu es la plus légitime de nous tous. Ta place, tu ne la tiens pas d'un héritage de famille ou quelque chose dans ce genre. Et puis... tu es courageuse, je crois que ça te rend plus légitime que la moitié d'entre nous. »

Les joues rouges, elle s'apprête à le remercier quand un cri venu du château les interrompt. Sur les grandes marches, ils aperçoivent Dean qui leur fait de grands signes.

« Hermione, Neville ! Venez vite ! On a trouvé quelque chose ! »

Ils rejoignent le château en courant, suivent Dean jusqu'au quatrième étage. Hermione essaye de se faufiler au milieu de l'attroupement dont jaillissent des éclats de voix.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? », demande-t-elle alors qu'elle réussit à se frayer un chemin jusqu'à Millicent Bullstrode, hors d'elle, surplombant Padma de toute sa hauteur.

Padma se détourne de Millicent pour expliquer à Hermione :

« J'ai repris le plan de Poudlard et j'ai remarqué qu'il y'avait une porte, sur la carte, qu'on n'avait pas trouvé. J'ai examiné tout le couloir, avant comprendre : la porte était dissimulée par la tapisserie. »

Hermione fronce les sourcils, pas sûre de comprendre ce qui, là-dedans, avait pu amener à une quelconque altercation.

« Et alors ? »

« Alors, regarde par toi-même. »

Padma soulève de nouveau la tapisserie, découvrant une vieille porte ouvragée. Des lettres sont peintes, sur le panneau de bois. Hermione se recule pour lire : Accès strictement interdit.

Dubitative, elle inspecte la porte sous tous les angles : pas le moindre indice, rien. Impossible d'en savoir plus sans l'ouvrir. Elle hausse les épaules.

« Y'a pas grand chose qu'on puisse faire pour l'instant. Si c'est interdit, on va pas prendre le risque de... »

« C'est hors de question ! », s'énerve Millicent. « On n'a plus rien à manger et je suis sûre, j'en mettrais ma main à couper, je suis sûre qu'il y'a de la nourriture derrière cette foutue porte. On l'ouvre et c'est tout ! »

Quelques applaudissement éparses retentissent dans la foule.

« Millicent... Je ne pense pas que ce soit une bonne idée... », commence Hermione dans une tentative d'apaisement.

« Oh, toi, la ferme ! »

Hermione dévisage Millicent les sourcils froncés d'agacement. Elle aimerait protester mais elle se tait. Elle se sent encore en balance ici, pas totalement légitime. Elle ne veut pas faire de remous.

« T'es pas obligé de lui parler comme ça, Bullstrode », intervient Dean, les bras croisés.

Millicent souffle avec dédain avant de faire un pas vers la porte mais Padma s'interpose.

« Tu vas faire quoi, la brindille ? C'est pas toi qui vas m'empêcher d'ouvrir cette porte si je veux l'ouvrir. »

Padma dresse un doigt autoritaire vers sa camarade.

« C'est moi qui ai trouvé cette porte, c'est moi qui décide. S'il y'a une interdiction, c'est pas pour rien. Alors tu vas gentiment oublier cette porte, comme les autres. »

« Non, je suis d'accord avec Millicent. J'ai la dalle, je ne vois pas pourquoi je devrais me laisser mourir de faim pour respecter une règle débile », s'énerve Tracey Davis.

« Elles ont raison », approuve Seamus en se positionnant à côté des deux filles. « J'ai le ventre qui gargouille depuis deux heures. On va pas mourir de faim à cause d'un message sur une porte. Si ça se trouve, ce message, il est même pas pour nous. »

« Mais bien sûr ! Tu crois peut-être qu'ils s'amusent à taguer les portes pour le plaisir, que quelqu'un s'est dit : tiens, elle est sympa cette porte, si j'écrivais un truc au hasard dessus, histoire de bien les faire flipper comme il faut... », se moque Zabini en levant les yeux au ciel.

« Ou alors, c'est peut être mes frères qui ont écrit ça. Ça ressemble bien à leurs blagues, ça », explique Ron, avec une moue lasse.

Hermione s'avance, essaye de nouveau de calmer les tensions :

« De toute façon, on ne sait même pas s'il y'a de la nourriture, de l'autre côté. Ça vaut pas le coup de l'ouvrir. »

« Je sais très bien qu'il y'a à manger derrière. Je le sens. »

« Réfléchissons deux minutes. On sait qu'ils essayent de nous tester... », commence Terry Boot. « Tout ce qui s'est passé cette semaine, à Poudlard, ça fait un peu trop pour que ce soit de simples coïncidences. »

Millicent lui jette un regard suintant de haine avant de faire un pas de plus vers la porte. La main de Nott se referme sur son bras, l'immobilisant.

« Bullstrode, tu dégages tout de suite. Il est hors de question que je mette en danger ma place ici pour qu'une morfale comme toi bouffe la moitié du stock de nourriture de Poudlard. Tu comprends pas qu'on risque notre entrée à l'école ? »

« Au contraire. Ils essayent peut-être de voir qui sont les débiles qui ont peur de trois mots sur une porte. »

« C'est qui que tu traites de débile, Seamus ? », s'énerve Goyle en le poussant.

Harry intervient à temps pour les séparer avant que ça ne dégénère. Hermione se retourne, impuissante, pour observer le reste des élèves. Son regard croise le regard de Malefoy. Il ne dit rien, analyse la situation, comme toujours. Elle imagine très bien ce qui se passe, derrière son sourire en coin : il ne prend pas parti, attend son heure, se rangera, comme toujours, du côté des plus forts. Elle le fusille du regard, ce à quoi il répond d'un simple haussement d'épaule nonchalant.

« Mes parents m'avaient dit... », commence Melie Dunburry, presque plus pour elle-même que pour la troupe d'élèves entassée autour de la porte. « Je crois qu'il ne vaut mieux pas l'ouvrir... »

Un silence glaçant tombe sur le groupe. Tous les regards se tournent vers celle qui vient de parler. Les yeux grand écarquillés, elle ferme aussitôt la bouche. Son visage perd toute sa couleur et elle devient aussi blême qu'un fantôme. Tout le monde sent qu'il se passe quelque chose, qu'elle a dit quelque chose qu'il ne fallait pas. Elle a fait une erreur. Une de celles qui coûtent cher.

« Tes parents t'ont dit quoi ? », demande Tracey en s'avançant vers elle.

« C'est pas ce que je voulais dire... c'est pas ce que je voulais dire... je me suis trompée... »

Elle a des sanglots dans la voix et le visage décomposé, Hermione en a mal au cœur. Elle regarde à droite, à gauche, cherche quelque chose, le moindre soutien, quelqu'un pour lui dire : c'est pas grave, Melie, c'est pas grave, ne t'inquiète pas, personne n'a rien entendu. Mais elle ne trouve que des regards hostiles ou inquisiteurs. Submergée par la culpabilité, elle recule à petits pas avant de détaler dans un couloir. Personne n'ose la suivre, comme si elle était porteuse d'une sorte d'épidémie qui allait leur claquer les portes de Poudlard au nez. Au bout de quelques longues secondes, Susan Bones finit par se détacher du groupe, lance un regard de défi à ceux qui essayent de protester, et part à la recherche de Melie.

Au milieu des murmures qui agitent les élèves, Finch-Fetchey s'avance, l'air fatigué.

« Une fois de plus, on n'a qu'à voter », propose-t-il. « Qui veut qu'on ouvre cette porte ? »

Une petite poignée de mains se lèvent.

« Et qui ne veut pas qu'on l'ouvre ? »

Hermione, suivie par une majorité d'élèves, votent pour cette alternative, terrorisés par le présage de Melie.

« Bien. La porte restera fermée », résume Justin.

« En attendant, on a ramassé quelques pommes et quelques baies, ça fera l'affaire pour ce soir. »

Padma accepte volontiers la poignée de baies dorées que lui tend Hermione. Elle s'apprête à s'éloigner de la porte, mais aperçoit le regard avide de Bullstrode, toujours cimenté à la porte.

« On devrait monter la garde à tour de rôle. Par deux. Pour s'assurer que personne ne tente quoi que ce soit. »

« Je... je veux bien prendre le premier tour de garde... si vous voulez... »

Hannah se joint à Neville et la première garde commence. Les autres s'enchaînent sans incidents, malgré les tours de Bullstrode et Davis, qui ne peuvent s'empêcher de roder dans les parages. Il est vingt-deux heures quand Hermione commence son tour de garde avec Padma. Elles discutent peu, le silence en sa compagnie est agréable. Parfois, elles se parlent un peu de leur familles respectives : Padma lui parle de sa sœur, la solaire Parvati, qui s'emballe d'un tout et d'un rien. Et Hermione lui parle de ses parents, de son existence sans Poudlard. Si Padma est surprise, elle n'en montre rien.

A 23h12, la relève arrive. Hermione fronce les sourcils, hésite à protester face au sourire provocateur de Malefoy et à la nonchalance de Zabini.

« Qu'est-ce que vous voulez ? »

« Tout doux, Granger. On vient prendre la relève. »

« Vous n'avez pas voté, j'ai pas confiance. »

« Ça, c'est ton problème. Ça ne change pas que c'est à notre tour de garder la porte. »

Hermione le dévisage sans aménité.

« On se débrouille très bien sans vous », commence-t-elle avant de se tourner vers Padma. « Tu peux y aller, si tu veux. Je préfère rester au cas où. »

Malefoy pousse un long soupir, dévisage sa camarade avec mépris. Voyant qu'il ne s'en tirerait pas en mentant, il avoue :

« J'ai pas l'intention de mettre en jeu ma place à Poudlard pour un peu de bouffe ou peu importe ce qui se trouve derrière. Donc si ça te permet de dormir sur tes deux oreilles, sache qu'on ne touchera pas à la poignée de ta précieuse petite porte. »

Évidemment, elle aurait dû s'en douter. Pas de Malefoy sans calcul. Elle lui jette un regard noir, s'approche de lui, baisse le ton :

« Si tu te permets, ne serait-ce que d'entrouvrir cette foutue porte, tu le payeras cher Malefoy. »

Il se fend d'un rire méprisant.

« Je suis mort de peur. Maintenant, si tu veux bien, tu peux aller te promener histoire de te calmer les nerfs. »

Elle bouillonne intérieurement, mais se contient. Elle doit montrer l'exemple, ne pas se laisser submerger par ses sentiments. Elle ne lui adresse pas un dernier regard, et part rejoindre ses camarades.

~o~

On la secoue, ses paupières papillonnent, avant de s'ouvrir totalement. Le visage de Padma penché sur elle la réveille une bonne fois pour toute. Elle se redresse, regarde autour d'elle, voit qu'il fait encore nuit, derrière les rideaux.

« Padma, qu'est-ce qu... »

Soudain, ça la frappe. Un goût amer dans le fond de la bouche, elle s'énerve :

« C'est Malefoy ? Il a ouvert la porte, c'est ça ? »

« Non. Viens. »

Elle s'habille en quatrième vitesse, suit une dizaine d'élèves à peu près aussi réveillés qu'elle. Ils sont tous réunis devant la porte et Hermione se demande très sérieusement ce qu'il se passe mais avant même qu'elle n'ait pu ouvrir la bouche pour poser la question, des bruits de talons résonnent dans le couloir et grande femme sèche apparaît, vêtue d'une robe verte, les cheveux retenus en chignon.

« Suivez-moi jusqu'à la Grande Salle. »

Abasourdis, pas tout à fait éveillés, les élèves la suivent en silence. Un silence lourd qui vole en éclats au moment où ils poussent la grande porte, un tonnerre d'applaudissements manquant de leur déclencher un infarctus. Bouche-bée, tout ahuris, ils observent la centaine d'élèves, assis autour des tables qui les acclament à grands fracas, et les professeurs, debout au fond de la pièce, imperturbables. Le long des murs, des bannières vertes, rouges, jaunes, bleues, s'agitent comme animés par un courant d'air magique.

Le directeur, avec sa longue barbe argentée et ses yeux perçants, les invite à les rejoindre d'un geste de la main.

C'est fini. Plus d'épreuves, plus de tension, plus d'inquiétude. C'est fini. Hermione en aurait presque les larmes aux yeux. C'est fini.

« Je suis navré, mais il me semble que nous allons encore devoir repousser le repas de quelques minutes », commence Dumbledore. « Approchez-vous, approchez-vous, n'ayez pas peur. Bienvenue à vous, chers nouveaux élèves. Pendant une semaine, vous avez appris à vous organiser seuls, à manger et à vous entendre pour ne pas dévaster le château. Et pendant une semaine, nous vous avons observé, nous avons étudié chacun d'entre vous, nous avons analysé chacune de vos réactions. Et ceci, dans le but de vous répartir, au mieux possible, dans celle des quatre maisons qui vous correspondra le mieux. »

Et alors que, le reste des première année attend, sagement en rang devant le mur du fond, d'être réparti, Melie Dunburry, devant les Grandes Portes, jette un dernier regard au château qu'elle ne reverra plus.

~o~

2017.

La route. Noire. Un virage. Brusque. Le bruit de la voiture qui patine, qui crisse. Le vide, qui leur colle aux roues. La montagne qui leur fait de l'ombre, même de nuit. Le silence. Leur respiration saccadée. Le cœur d'Hermione qui tambourine.

Elle voit le bitume défiler comme dans un rêve halluciné. Elle a l'impression d'être hors de son corps, de voir en observatrice une voiture filer à une allure folle sur des routes effondrées. Drago ne quitte pas des yeux la route, ses mains glissent sur le volant, à droite, à gauche, la voiture dérape, vrombit, les phares balayent des arbres, des rochers escarpés, se braquent sur des oiseaux qui décollent des arbres en piaillant.

« Est-ce qu'on nous suit ? »

Hermione cligne des yeux, perdue. Le souffle lui manque, elle regarde Malefoy, sonnée.

« Granger, putain. Retourne-toi et dis-moi si on est suivi ! »

Elle se retourne, tremblante, les mains agrippées à son appuie-tête. La pluie forme un mur d'eau sur la vitre arrière, elle n'arrive même pas à discerner la route du ciel.

« Je... je sais pas ! J'y vois rien ! »

« Détache-toi. Va derrière. Ouvre la fenêtre et regarde. »

« Quoi ? Tu rig... »

« Dépêche-toi. »

D'une pression du pouce sur le bouton rouge, elle déclipse sa ceinture, décale Pattenrond. Se glisse à l'arrière. Un virage en tête d'épingle l'envoie valser contre la portière, sa tête se réceptionne douloureusement contre la poignée de la fenêtre. Elle se relève tant bien que mal, le monde est flou. Elle se frotte les yeux. Sa respiration s'accélère. Elle mouline, la vitre descend. Une bourrasque gelée d'air et d'eau la propulse en arrière comme un coup de bélier. Elle s'accroche au rebord de la fenêtre, passe sa tête par l'ouverture. Ses cheveux se collent en pagaille à son visage. D'une main, elle libère sa vue, dégageant ses boucles, se concentre sur le paysage, l'air glacé lui brûle les yeux. Le vent qui s'engouffre par la fenêtre hurle comme un fantôme. Se tortillant, elle se penche un peu plus par la fenêtre, il fait nuit noire. A part leurs propres feux, elle ne voit rien. Elle recule, referme la vitre. Le silence.

« Y'a personne, Malefoy. »

« Tu es sûre ? »

Il ralentit légèrement alors qu'elle se contorsionne pour retourner côté passager.

« Certaine. »

Il desserre légèrement sa prise sur le volant, relâche l'air qu'il comprimait dans ses poumons. Son visage est pâle, sa mâchoire crispée. Ses mains tremblent.

« Je suis en train de devenir fou. »

La jeune fille lui jette un regard de biais. Elle voudrait lui dire quelque chose, le rassurer, mais rien ne lui vient. A la place, elle pose une main sur son épaule. Il ne bronche pas, continue de fixer la route. Quand il reprend, elle a le sentiment qu'il parle plus pour lui que pour elle.

« Le foutu chat l'a senti, lui aussi. Je sais qu'ils étaient là. Je sais qu'ils nous suivent. »

« Qui ? »

« Arrête Granger. Ne joue pas les idiotes, s'il te plaît. On sait tous les deux que tu vaux mieux que ça. »

Piquée au vif, elle retire la main de son épaule.

« C'est... J'ai vu ta Marque. C'est eux, qui te suivent ? Les Mangemorts ? »

Il ne répond pas, hoche imperceptiblement la tête. Hermione n'a jamais été superstitieuse, mais lorsque Malefoy confirme ce qu'elle soupçonne déjà, là, dans le noir, au milieu de la montagne, loin de tout, elle sent la tension monter d'un cran. Un frisson la secoue des pieds à la tête. D'instinct, elle se retourne, jette un œil par la vitre arrière. La pluie masque toujours le paysage. Elle est sûre... presque sûre que personne ne les suit. Mais presque sûre, c'est jamais assez. Le froid l'enveloppe, lui enserre la gorge.

« Pas n'importe quels Mangemorts. »

La voix de Drago la fait sursauter.

« Je sais qui ils envoient pour ce genre de mission. », ses mains se crispent en poings sur le volant, ses jointures blanchissent. « Les Traceurs. »

« C'est quoi, ça ? »

« Ils sont entraînés. A traquer, à retrouver, à torturer. T'as pas idée... t'as pas idée du genre de choses qu'ils sont capables de faire. Tu sais comment on les surnomme, chez les Mangemorts ? Les Nécromanciens. Parce qu'on dit qu'ils seraient même capables de faire parler des morts. Je comprends pas... je comprends pas pourquoi ils m'ont pas encore tué. Je sais que c'est eux. Ils étaient là. Au refuge. Putain. Je sais pas ce qu'ils veulent mais s'ils m'ont pas tué c'est que... le pire avec les Traceurs, c'est quand ils t'ont repéré mais qu'ils te tuent pas... Là... là, ça veut dire qu'ils te réservent pire. Pire que la mort. Putain, j'aurais jamais cru en arriver là... Comment j'ai pu me foutre dans une merde pareille ? »

Il donne un coup de poing rageur sur le tableau de bord, répète encore : comment j'ai pu me foutre dans une merde pareille ? Putain !

« Malefoy. Stop. »

Il est au bord de la crise de nerf. Le visage blême, les yeux grand écarquillés. Elle inspire, expire. Elle sent la peur pousser comme une ronce, déployer des branchages d'épines dans le fond de son estomac. Non. Surtout, ne pas céder à la crise d'angoisse qu'elle sent poindre. Elle inspire de nouveau, pose une main sur son bras.

« Gare-toi. Je vais conduire. »

Il a un petit rire étranglé, tourne une seconde la tête vers elle. Une lueur de folie voile son regard.

« Je sais très bien ce que tu penses, Granger. Tu penses que je vais nous envoyer dans le précipice. Tu me fais rire. Parce que tu crois sincèrement qu'un accident serait pire que de se faire tomber dessus par les Traceurs. »

Il accélère, la clouant en arrière dans son fauteuil. Derrière eux, Pattenrond proteste d'un feulement.

« Arrête, Malefoy ! »

Il l'ignore, se fend d'un nouveau ricanement entre ses dents.

« Ce que t'as pas l'air de comprendre, Grangie, c'est qu'ils t'ont vue avec moi. T'es foutue. Même si tu partais maintenant, même si tu ouvrais cette portière et que tu partais en courant dans les montagnes, même si tu te trouvais un foutu terrier de lapin où te planquer, ils te retrouveraient. Ils te retrouveraient et ils te tueraient. »

« Je sais, Malefoy, je sais ! On est tous les deux là-dedans, ok ? On est tous les deux dans cette galère alors gare cette foutue voiture et laisse-moi conduire ! »

Le pied sur l'accélérateur, il ne semble pas l'avoir entendue. Hermione est à deux doigts de tirer d'un coup brusque sur le frein à main quand il ralentit, serre sur la droite, se gare dans un renfoncement de la montagne, coupe le moteur. Il se laisse aller en arrière contre l'appuie-tête, ferme les yeux.

« Désolé. »

« C'est pas grave. On va... on va se débrouiller. Ils nous ont pas encore mis la main dessus. On va trouver un moyen. »

Elle essaye de calmer sa voix chevrotante, donner l'impression qu'elle sait ce qu'elle fait. Déjà, s'éviter une mort façon Thelma et Louise, en vol plané dans le ravin, un Malefoy fou au volant, ce sera une première victoire. Il rouvre les yeux, tourne la tête vers elle. Sur sa figure pâle, elle discerne comme une esquisse de sourire en coin.

« C'est pour ça que tout le monde déteste les Gryffondors, tu sais ? Vous êtes fatigants, à la longue. A n'avoir jamais peur de rien. »

« Mais j'ai peur, ok ? Je suis morte de peur, voilà, t'es content ? A partir de là, qu'est-ce que je peux faire ? J'ai pas trente-six mille choix et le seul qui me vient en tête, c'est de continuer à rouler, le reste on verra plus tard. »

Il la dévisage quelques secondes sans rien dire avant de se détacher. Il sort de la voiture, se tient debout devant la portière ouverte.

« C'est bon, t'as gagné. Conduis », il sonde l'obscurité, hausse les épaules. « Le reste, on verra après. »

~o~

Il s'est endormi, à côté d'elle. Il a le visage pâle et des cernes sous les yeux. Il a l'air épuisé. Qu'est-ce qu'il a bien pu faire pour avoir les Traceurs à ses trousses ? Des tas d'hypothèses plus sordides les unes que les autres se forment dans son esprit. Une d'elle s'impose, se placarde partout dans son esprit : pour devoir fuir comme ça, il a dû tuer quelqu'un. Elle est en train de jouer les conductrices pour un assassin. Elle lui jette un bref coup d'œil. Elle a dû mal à croire qu'ils se sont connus, à Poudlard. Qu'ils se sont écharpés pour quelques misérables points dans des sabliers, pour des coupes, des tournois, des résultats aux examens. Elle a du mal à se rappeler qu'à ce moment-là, ils avaient tant d'espoir, tant d'ambitions, tant d'autres histoires en tête... A ce moment-là, ils ne savaient pas encore à quel point le futur pouvait mal tourner. Elle a l'impression que c'était une autre vie.

Peut-être qu'il ne vaut mieux pas qu'elle sache ce qu'il a fait. Elle traîne déjà tant d'orages dans son sillage... C'est à peine si elle arrive à mettre un pied devant l'autre. Alors peut-être que pour une fois, il serait plus raisonnable de faire taire sa curiosité. Comme dit Malefoy : chacun ses secrets, et tout le monde s'en portera mieux.

Le ciel est d'un bleu délavé. Les montagnes ne sont plus aussi effrayantes, dans la lumière de l'aube. Elles ont quelque chose de réconfortant.

Hermione regarde par la fenêtre, la chaîne des montagnes qui semble s'étirer à l'infini, disparaissant dans le ciel, se noyant dans les nuages. L'insoutenable chagrin est toujours là, il la colle plus sûrement que son ombre. Elle se demande ce que penserait Ron en la voyant comme ça, lancée sur les routes, avec pour seul compagnon de voyage Drago Malefoy. Elle imagine la scène comme si elle y était. Ouvre la portière et abandonne-le sur un coin d'autoroute !, lui dirait-il en haussant les épaules. Et Ginny, secouerait la tête en poussant un soupir de désespoir. Ron, t'es vraiment un gamin. Grandis un peu. Avant de se tourner vers Hermione. Non, ce qu'il faut, c'est une bonne dose d'arsenic et puis tu lui fais les poches !

La lumière des lampadaires, indiquant un petit village de montagne, en contrebas, l'arrache à ses pensées. Elle conduit encore une quinzaine de minutes avant d'atteindre le village, dépasse le panneau Font-Bleue, se gare dans une petite rue dérobée. Le village s'accroche sur le versant de la montagne, comme si les maisons – de petites bicoques blanches, biscornues – avaient été placées au hasard, empilées les unes près des autres, et qu'un coup de vent aurait suffi à toutes les faire dégringoler.

Hermione sort les clés du contact, jette un œil à Malefoy, toujours endormi, avant de se décider à aller se chercher un café. Elle lui glisse les clés dans la poche, cède devant le regard suppliant de Pattenrond, à qui elle ouvre la portière. Elle marche dans les rues, le chat trottinant dans son sillage, le vent dans les cheveux, respire l'air frais des montagnes. Le soleil émerge peu à peu, essaye de s'extraire des montagnes. Autour d'elle, le village s'éveille : des ouvriers repeignent la façade d'une maison qui semble prête à s'écrouler, le café de la place principale installe ses tables en terrasse et la minuscule presse, acculée entre deux petites maisons, allume sa vitrine.

Elle commande un café au bar, s'assoit en terrasse, regarde le monde s'agiter autour d'elle. Pattenrond s'amuse avec un emballage volant, qu'il observe d'un œil attentif, sa queue balançant de droite à gauche, avant de se jeter dessus et de le rapporter fièrement à Hermione. Elle le félicite, avant de se plonger de nouveau dans la contemplation des arbres chahutés par la brise matinale, là-haut sur la colline.

Ouvrant son porte-monnaie, elle fait les comptes : il lui reste 83,70€. Moins le café, 82,50€. Maintenant qu'elle a raté son train, il va falloir qu'elle trouve un moyen de rejoindre Cabo de Gata en dépensant le moins possible. Après ça... après ça, il faudra improviser. Entre temps, chaque centime compte.

Elle se lève, Pattenrond dresse la tête, lâche l'emballage qu'il était en train de déchiqueter, et bondit sur ses pattes pour la suivre. Elle pousse la porte de la petite presse. Avant même qu'elle ait pu faire deux pas à l'intérieur, un petit homme surgit juste sous son nez, un large sourire aux lèvres.

« Je peux vous aider, mademoiselle ? »

Prise de court, Hermione recule d'un pas, secoue la tête de gauche à droite.

« Non, merci. Je regarde juste... »

Il en faut plus pour décourager le vieil homme, il sort d'une poche intérieure des chapelets en pagaille, les agite sous le nez de la jeune fille.

« Des chapelets de fécondité ? Ils ont été bénits par Sainte-Berthe, c'est notre Sainte à nous. Elle habite en bas du village, une brave femme, la Vierge Marie est venue lui parler en rêves... Fécondité 100% garantie. »

« Non, c'est gentil, mais non. »

L'homme la dévisage de la tête aux pieds.

« J'ai ce qu'il vous faut ! », exulte-t-il finalement, l'index levé.

Il balance sans ménagement les chapelets de Sainte-Berthe, et fouille dans un tiroir de son comptoir.

« Je vous propose ça à vous parce que je vous sens bien intentionnée. Attention, c'est une affaire en or. Une affaire IN-RA-TABLE. L'affaire du siècle, pourriez-vous même dire »

Elle hésite une seconde à s'éclipser discrètement pendant qu'il cherche dans son tiroir, mais il a piqué sa curiosité. Et sa curiosité, c'est une chose à laquelle elle n'a jamais vraiment su résister. Il tend victorieusement la main, brandit une clé ancienne au visage de la jeune fille. Elle ne sait pas vraiment comment réagir, opte pour un sourire poli doublé d'un hochement de tête admiratif.

« C'est une très jolie... clé. »

« N'est-ce pas ? Mais ce n'est pas n'importe quelle clé, non non non, mademoiselle, c'est une clé qui ouvre toutes les portes. »

La jeune fille observe la clé, sceptique. C'est une vieille clé en bronze ouvragé.

« Toutes les portes ? »

« Oui, oui, mademoiselle, toutes les portes. »

« Vous voulez dire, même celle de votre magasin ? »

Il y'a un instant de flottement pendant lequel ils se dévisagent en silence, la clé toujours tendue entre eux deux, avant que le marchand ne lui adresse un sourire forcé.

« Toutes les portes sauf la mienne. »

« Mmh. Oui, non, mais ça ne m'intéresse pas. »

« Attendez ! Je ne vous ai pas encore annoncé le prix ! Je vous vends cet artefact ancien, ce Graal, ce passe-partout merveilleux pour la modique somme de 500 euros. Oh, je vois une lueur d'intérêt briller dans vos yeux... allez, pour vous, je vous la fais à 450 euros. »

Ce n'est pas une lueur d'intérêt qui brille dans les yeux d'Hermione, c'est de la consternation. Qui mettrait 500 euros dans une vieille clé qui n'ouvrirait même pas un hangar désaffecté ?

« Non mais vraiment, ça ne m'intéresse pas. »

Un éclat de compréhension traverse le regard du vieil homme.

« Oh... vous avez un léger accent, vous êtes anglaise, je me trompe ? »

Elle hésite à lui répondre. Elle n'a plus qu'une envie, c'est de décamper d'ici, regrettant l'instant où elle a poussé cette fichue porte. Derrière elle, elle entend Pattenrond qui se bat contre un caillou oublié sur le sol carrelé de la petite presse.

« Je vois que vous avez beaucoup de travail, je vais vous laisser... »

Ce n'est pas très inspiré, mais elle ne voit plus que ça pour se tirer d'affaire. Pas à pas, elle recule, un sourire convenu aux lèvres. Elle a la main sur la poignée, prête à mettre les voiles, alors que l'homme est de nouveau en train de fouiller derrière son comptoir.

« Attendez, attendez ! »

« Non, ne vous dérangez pas je vais y al... »

Il court vers elle, l'attrape par le bras. Lui met sous le nez une pile de journaux anglais.

« J'ai le Daily Times, le Sun... Regardez, celui-là, c'est celui sur la mort de Diana. Vous l'aimez, Lady Di, non ? Vous avez dû être triste... »

« Non... Enfin, non, je ne m'en souviens pas... »

Elle se défait de l'étau du marchand d'un mouvement sec du bras.

« Attendez, j'en ai un qui date de la semaine dernière aussi. Le London News. Vous venez de Londres, non ? Tous les anglais viennent de Londres, de toute façon. »

Il cherche compulsivement dans la pile de ses journaux alors qu'elle a déjà ouvert la porte et appelle Pattenrond qui redresse la tête et galope jusqu'à elle. Elle est sur le point de s'enfuir à toutes jambes quand le visage de Drago, en Une du London News, la fait piler net. Mais où est Drago Malefoy ?, titre l'article, et en dessous, elle a tout juste le temps d'apercevoir le mot 'récompense' et elle commet une erreur stratégique qui lui coûte cher : elle tend la main vers le journal.

L'homme, le retire prestement alors qu'un sourire fait lentement son chemin sur son visage, illuminant ses yeux d'un éclat d'avidité.

« C'est trente euros. »

« Trente euros pour un journal ? C'est de la folie ! »

Il hausse les épaules, l'air désintéressé, avant de retourner derrière son comptoir.

« C'est vous qui voyez. Mais dans le coin, je suis le seul à recevoir la presse anglaise. Après, bien sûr, si vous allez jusqu'en Espagne, peut-être... mais la prochaine grande ville est à des heures de route. A vous de voir si vous avez la patience d'attendre jusque là. »

La main d'Hermione enserre toujours la poignée. Pattenrond est déjà dehors, courant après une feuille morte secouée par la brise. Elle hésite, ouvre son porte-monnaie, recompte ses maigres économies. Rien n'a changé. Elle est toujours à sec. Elle pousse un long soupir.

« Cinq euros pour lire un article, ça me paraît juste, non ? »

L'homme lui offre un sourire doucereux.

« Non, jeune fille, c'est trente euros ou rien. »

Ses doigts se contractent autour de la poignée, elle plisse les yeux. Elle a envie de savoir, de savoir pourquoi Drago s'est enfui, et pourquoi il semble être recherché si activement. Mais... non. Non. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Elle jette un dernier regard méprisant au marchand et quitte le commerce sans se retourner.

Furieuse, elle retourne à la voiture. Claque sèchement la portière après s'être assurée que Pattenrond était retourné se lover sur la plage arrière. Malefoy se réveille dans un sursaut, lui jette un regard atterré.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive, Granger ? », articule-t-il en s'étirant péniblement. « C'est le matin qui te rend chiante comme ça ? »

Elle lui jette un regard noir, pèse rapidement le pour et le contre : lui demander tout de suite des explications ou attendre le moment opportun pour sortir cette information ? Le choix est vite fait : de toute façon, même si elle lui posait la question, il ne lui répondrait pas. Mieux vaut garder ça sous le coude.

« Rien. Laisse tomber », lui répond-elle sèchement.

Il secoue la tête, las.

« Tu pourrais au moins avoir la gentillesse de m'offrir un café avant de commencer à être désagréable. »

« Commence pas. Je t'ai dit de laisser tomber. »

Il la dévisage suspicieusement quelques secondes, avant de hausser les épaules, concluant sûrement qu'il était bien trop tôt pour entamer la première dispute de la journée.

« J'ai réfléchi », annonce-t-il. « On va pas pouvoir passer la frontière comme ça. »

« Comme ça, quoi ? C'est quoi le problème ? »

Il la dévisage de la tête aux pieds, s'attarde sur ses cheveux en bataille. Elle a soudain beaucoup trop conscience de son apparence. Sa main file spontanément dans ses cheveux, essayant vainement de dénouer les nœuds qui hérissent sa crinière mais c'est peine perdue.

« Le problème c'est que t'as l'air d'une folle furieuse en redescente de LSD. »

Elle ouvre la bouche, outrée, mais il lève la main pour la faire taire.

« Peu importe. On va aller se prendre un café. Et en profiter pour essayer d'arranger... ça. »

Elle lui jette un regard noir, mais pourrait difficilement lui donner tort. C'est vrai qu'elle a bien besoin de se rafraîchir un peu.

Après avoir récupéré son nécessaire de toilette, elle le guide jusqu'au café en prenant bien soin de ne pas laisser son regard dériver jusqu'à la petite librairie qui jouxte l'établissement. Un soleil frais se fraye un chemin entre les ruelles, il y'a comme une odeur de printemps dans l'air.

Face au miroir des sanitaires, Hermione constate les dégâts : ses cheveux s'échappent dans tous les sens, elle a les traits tirés, les cernes marquées. Sa main dérive lentement jusqu'à la manche de son pull. Elle hésite. La relève lentement, découvrant les boursouflures encore rougeâtres de sa cicatrice. On devine encore les mots :je ne dois pas dire de mensonges. Du bout des doigts, elle suit les craquelures, se retient de pleurer, extirpe un coton de sa trousse de toilette, l'imbibe de désinfectant et tamponne doucement les plaies en retenant ses larmes. C'est étrange de se dire qu'elle gardera cette cicatrice à vie, que pour toujours, elle sera liée à Malefoy par le même terrible souvenir incrusté au creux de son poignet. Elle rabat sa manche, allume le robinet d'eau froide et s'en asperge le visage. La fraîcheur de l'eau lui donne un bon coup de fouet. Elle se brosse péniblement les cheveux, se les noue en un chignon désordonné, enfile une blouse propre. Estimant qu'elle a tiré le maximum de son état déplorable, elle s'observe une dernière fois dans la glace et quitte les sanitaires.

Malefoy est assis à une table, des tartines grillées et de la confiture disposés devant lui. Il boit son café, observant la rue, exactement comme elle l'avait fait quelques dizaines de minutes plus tôt. Il ne se tourne vers elle qu'au moment où elle s'installe en face de lui, la dévisage de pied en cap avant de hocher la tête d'un air approbateur.

« C'est mieux. »

« Il ne me semble pas t'avoir demandé ton avis. »

« Si je devais attendre qu'on me demande mon avis pour parler, tu ne m'entendrais pas souvent. »

« C'est le principe, tu devrais essayer. »

Il hausse un sourcil, sourit avec amusement avant de consulter sa montre.

« 8h18. C'est à cette heure-ci que tu veux lancer les hostilités, ou on se laisse le petit-déjeuner pour faire semblant de se tolérer ? »

Elle n'est vraiment pas d'humeur. Déjà parce qu'il lui a menti. Bon, peut-être pas directement, mais il lui a menti par omission. Il lui a bien dit qu'il était traqué par les Traceurs, mais ça ne suffit pas à faire la Une du London News. Il a dû faire quelque chose de grave. Ou peut-être pas. Peut-être qu'elle prend le problème à contre-pied. Peut-être qu'il lui est arrivé quelque chose de grave. Ne pas savoir la tue. Sa curiosité la démange. C'est comme un tressautement, niché dans son cerveau. Toujours là, palpitant à un rythme régulier : il faut que tu saches, il faut que tu saches, il faut que tu saches.

« Après tout, je m'en fous », conclut-il de son silence. « Dans très exactement... une heure, on aura passé la frontière, je serai débarrassé de toi. C'est pas comme si je comptais t'envoyer des cartes postales, mais essaye au moins de me laisser un souvenir pas tout à fait détestable. »

Voilà, c'est précisément ce deuxième point qui la met d'une humeur exécrable. Elle va atterrir à Nueva Lorca les poches presque vides et sans aucun plan B.

Son ventre gargouille bruyamment, elle pique un fard devant le regard hilare de Malefoy. Il pousse l'assiette de tartines et le pot de confiture jusqu'à elle. Avec un remerciement étouffé, elle se prépare une tartine dans laquelle elle croque avec délice. Elle ne sait plus à quand remonte son dernier vrai petit-déjeuner, tout ce qu'elle sait c'est que ça lui fait un bien fou.

Elle chasse les dernières miettes de son toast de la table et y dépose un petit carnet rouge. Sous la dernière ligne Sandwich triangle + un café + une bouteille d'eau = 7€50, elle ajoute : Petit déjeuner, Font-Bleue = 5€.

Malefoy la dévisage d'un air moqueur en buvant une nouvelle gorgée de café.

« C'est quoi ça, ton carnet secret ? »

Elle lève les yeux au ciel, fait non de la tête.

« C'est la liste de tout ce que je te dois. »

Il plisse les yeux suspicieusement.

« La liste de tout ce que tu me dois ? »

« Oui, tu vois, là... », explique-t-elle en désignant du doigt la première colonne. « … j'ai noté chaque dépense que tu as faite pour moi. L'essence, la nourriture, tout. Et dans la deuxième colonne, j'ai converti les désagréments que je t'ai causés en malus monétaires : par exemple, là, tu vois, j'ai mis Pattenrond. Parce que tu n'as pas concrètement dépensé de l'argent pour lui mais comme je te l'ai imposé, tu mérites bien une contrepartie financière... Je considère que la dette-Pattenrond = 5x + y, x étant le nombre de jours pendant lesquels tu dois supporter la présence de Pattenrond et y, le prix du paquet de croquettes que tu devras m'avancer quand on se séparera... », devant son silence et ses yeux exorbités, elle ajoute : « Je pourrai te payer en pounds ou en euros. C'est comme tu veux. »

Il fait tomber son morceau de sucre dans sa tasse, éclaboussant la table.

« Tu as déjà pensé à te faire diagnostiquer ? »

Elle referme son carnet d'un coup sec, le range dans la poche de son manteau.

« Je te ferai un chèque dès que je serai dans une situation plus... stable. »

« Et tu comptes me l'envoyer où ce chèque ? Au Manoir ? Mon père va être ravi d'apprendre que mes fréquentations se sont nettement arrangées. »

« Je ne sais pas... Tu auras qu'à me communiquer ta nouvelle adresse. Je t'enverrai le chèque par recommandé pour être sûre que tu l'as bien reçu. »

Il écarquille les yeux, pas tout à fait certain d'avoir bien entendu.

« Eh oh, Granger, il serait temps que tu arrêtes de planer. Je ne sais pas à quoi tu tournes, mais par pitié, change de fournisseur, ça devient vraiment inquiétant, là. »

« Je ne comprends p... »

« Au cas où tu l'aurais pas remarqué, j'essaye de disparaître, t'as quand même pas cru que j'allais te donner l'adresse de ma planque ? Non, mais tant qu'on y est, je vais me faire installer une puce GPS, histoire que tu puisses m'envoyer les intérêts par colissimo. Ou non, mieux, histoire que tu puisses venir me rendre une petite visite... Non mais des fois, j'ai l'impression que tu débarques d'une autre planète... »

Il se laisse aller en arrière dans son fauteuil en secouant la tête. Hermione le dévisage en silence alors qu'il sirote son café, l'air toujours abasourdi, avant de se pencher vers lui :

« Je paye toujours mes dettes, c'est comme ça que je fonctionne. »

« Oui, oui, j'ai compris le délire. Mais paye-moi ta dette autrement. »

Elle écarquille les yeux, alors que la phrase tourne et retourne dans son esprit : paye-moi ta dette autrement, se frayant lentement un chemin jusqu'à son cerveau, menant à une obscure possibilité.

« Autrement ? », articule-t-elle, outrée.

Il intercepte son regard, saisit au vol l'implicite de sa proposition avant de se fendre d'une moue dégoûtée.

« Non, non. Pas comme ça. Pas... non. Non. Granger, non. Jamais de la vie. Non. »

Elle croise les bras, piquée au vif.

« Six 'non'. Sympathique. »

« Tu préférerais que je te fasse ce genre de propositions, peut-être ? »

« Non, bien sûr que non. »

« Voilà, alors contente-toi de payer ta dette par ton silence, et tout le monde sera content. »

Elle hoche la tête, parce qu'elle a vraiment envie que cette discussion cesse, mais elle n'a pas changé d'avis : qu'il le veuille ou non, elle le remboursera au centime près. Même si elle doit attendre trente ans, elle le remboursera. Il ne sera pas dit qu'Hermione Granger ne paye pas ses dettes.

Malefoy regarde sa montre, finit son café d'une traite avant de se relever.

« Bon, on va pas faire traîner les adieux plus longtemps. On la passe, cette frontière ? »

« Attends, Malefoy. Laisse-moi juste finir mon café et on y va. »

Il se rassoit, l'air las.

« Justement, parlons-en. »

« De mon café ? »

« Non, du fait que tu m'appelles Malefoy. »

Elle repose sa tasse de café sur sa soucoupe, penche la tête.

« Ah oui. Edouard... Gari ? »

Il sort de sa poche son faux passeport qu'il lui tend.

« Mémorise ça. Edouard Gallo. Né le 6 septembre, à Leeds. C'est bon, t'as enregistré ? Parce que si tu continues à m'appeler Malefoy avant qu'on passe la frontière ça va poser problème. »

« Ok, c'est bon, j'ai compris. Edouard Gallo. »

Elle finit son café, enfile son manteau et quitte le café derrière Malefoy. Ils remontent la petite rue jusqu'à la voiture. Une dernière fois, avant de quitter la France définitivement, elle se retourne, la main sur la poignée, pour admirer la montagne et les maisons de Font-Bleue qui s'entortillent sur son flanc. Elle fait ses adieux, en se promettant de se souvenir, quoi qu'il arrive, que c'est ici que son voyage a commencé. Elle sent encore la douleur, bien sûr, qui rampe, sinue dans tout son être, écorche chacune de ses respirations comme des pousses de ronces. Mais pour la première fois, quelque chose supplante la douleur : elle a un but, un objectif, et rien au monde ne pourrait l'arrêter.

~o~

La file de la frontière est presque déserte. Cinq voitures avant eux, et ils auront quitté la France. Malefoy tapote nerveusement le volant, il jette un regard anxieux à Pattenrond qui est installé sur le dossier du fauteuil d'Hermione.

« Mets ce foutu chat sur tes genoux. Fais en sorte qu'il ait l'air domestique. »

Elle ne relève même pas le ton cassant : elle sait tout ce qui se joue à cet instant pour Malefoy. Elle décolle Pattenrond de son dossier, le dépose sur ses genoux alors qu'il souffle sa désapprobation, les oreilles baissées et les griffes sorties.

Il reste quatre voitures devant eux. Elle apaise Pattenrond d'une caresse derrière les oreilles. Malefoy a les mains crispées sur le volant.

Trois voitures.

« Comment je m'appelle ? »

Hermione lève les yeux au ciel mais consent à répondre :

« Edouard. Edouard Gallo. J'ai retenu, ne t'inquiète pas. »

Il hoche la tête, blême.

Deux voitures. Un ralentissement. Malefoy pile. Hermione voit nettement les douaniers demander au premier véhicule de la file de s'arrêter pour le fouiller. Drago se tend. Sa mâchoire se crispe, une veine bat sur sa tempe. Hermione se tourne imperceptiblement vers lui.

« Tu as prévu quelque chose, s'ils arrêtent la voiture ? Tu as caché ton arme ? »

« Cachée sous le siège mais ça suffira pas s'ils procèdent à une fouille complète », répond-il entre ses dents.

« T'as pas... un plan de secours ? »

« Non », souffle-t-il en lui jetant un regard noir. « J'ai précisément choisi ce poste parce que c'est le plus petit poste frontière de la région. Je ne pensais même pas qu'ils se donnaient la peine d'engager des douaniers. »

« Ils ne vont peut-être pas fouiller toutes les voitures... »

Elle avance ça sans y croire vraiment. Dans l'habitacle, la tension est montée d'un cran. Même Pattenrond l'a senti, il gronde entre ses dents. Une fièvre étouffante remonte son échine jusqu'à atteindre ses tempes. Elle est soudain submergée de chaleur. Dans sa tête, elle essaye déjà de trouver une explication crédible à fournir aux douaniers quand ils auront trouvé l'arme, mais rien ne lui vient. Peut-être qu'elle ferait mieux d'ouvrir la portière et de partir en courant maintenant, avant d'être envoyée en prison à cause de Malefoy et de son foutu flingue.

Elle se tourne vers lui, il est tendu, les muscles de la mâchoire contractés.

Plus qu'une voiture avant eux. Les douaniers l'arrêtent, l'inspectent. Hermione a soudain un flash : elle se voit de loin, à trembler dans sa voiture d'un autre âge, un chat de gouttière sur les genoux et un flingue caché sous le siège passager. Ça lui saute aux yeux, maintenant, ils ont l'air de fous en cavale. Il vont être fouillés. Il faut qu'elle fasse quelque chose. N'importe quoi.

Elle se tourne vers Malefoy. Ses poings sont si crispés sur le volant que ses jointures blanchissent. La voiture de devant s'avance. Les douaniers leur font signe d'avancer. Drago s'exécute. Les garde-frontières sont encore en train de noter quelque chose sur leurs calepins. Il faut qu'elle fasse quelque chose. Elle décale Pattenrond, le replace sur les sièges arrières, se tourne vers Drago et lui colle une gifle qui résonne dans tout l'habitacle. Il ouvre la bouche, estomaqué, mais elle ne lui laisse pas le temps de parler.

« Tu m'as trompée avec Millicent Bullstrode, avoue ! »

Une main sur sa joue rouge, l'autre sur le volant, il la regarde, choqué.

« Granger, c'est quoi ton putain de problème ? »

Les douaniers s'avancent vers eux.

« La ferme et joue le jeu », murmure-t-elle à l'attention de Malefoy avant de s'écrier : « Comment t'as pu me faire ça, Edouard ? Comment t'as pu me faire ça, à moi ? Avec cette garce de Millicent Bullstrode, en plus ! Entre toutes, il a fallu que tu la choisisses, elle ! Elle ! »

Un garde-frontière tape contre leur vitre. Malefoy est sur le point de tourner la tête vers lui quand Hermione lui saisit le visage, tend un doigt accusateur vers lui.

« Essaye pas de fuir la conversation ! Je savais bien... je savais bien que t'étais pas net mais de là à me tromper avec Bullstrode ! »

« Granger, arrête... », chuchote-t-il, tout bas.

Le douanier s'impatiente, frappe franchement contre la fenêtre.

« Alors ça ne signifie rien pour toi, les fiançailles ? Ça ne veut rien dire... tu t'es bien foutu de moi, hein ? »

Elle donne un coup rageur sur le tableau de bord pour appuyer ses propos. Avec un peu de chance, les douaniers n'auront pas envie d'intervenir dans un mélodrame à base d'adultère et de fiançailles ratées et les laisseront passer sans faire d'histoire. Les chances sont presque inexistantes, mais c'est ce qu'elle a de mieux en réserve.

« Je sais ce que t'essayes de faire et ça ne marchera jamais... », murmure Drago.

Il essaye de nouveau de se retourner vers le garde-frontière qui martèle carrément la vitre, mais Granger agrippe son pull et prétend de fondre en larme contre son épaule à coup de gros sanglots et de reniflements exagérés

A sa grande surprise, elle sent la main de Malefoy se déposer sur son dos. Ce contact la surprend tant qu'elle lève deux yeux écarquillés vers lui, elle croise à peine son regard, la seconde d'après, la porte s'ouvre d'un coup sec et la voix du douanier envahit l'habitacle :

« Vous allez arrêter tout de suite votre cirque et sortir du véhicule. »

Malefoy est brusquement tiré de la voiture et elle se retrouve arrachée à lui alors qu'un autre douanier ouvre sa portière, la tire par le coude et l'éloigne de la voiture.

« Vas-y, Dom, tu peux fouiller le véhicule. »

Avec horreur, Hermione voit l'agent en question ouvrir le coffre, s'emparer des valises et les ouvrir à la recherche d'un objet incriminant. Ses yeux dérivent jusqu'à Malefoy, il reste stoïque, lui lance un regard appuyé en signe d'avertissement : reste calme.

« Qu'est-ce que vous allez faire en Espagne ? »

Hermione met quelques secondes à réaliser que le douanier s'adresse à elle.

« Je... On... »

Elle a du mal à se concentrer, elle voit ses vêtements être extraits un à un de la valise, ses affaires de toilette être examinées une à une.

« On... On va voir de la famille. »

Dom ouvre la malle de Drago, fait un signe de tête à son collègue. Il tire trois liasses de billets qu'il brandit sous le nez de Malefoy.

« Qu'est-ce que c'est, ça ? »

Drago ne cille pas.

« Des économies. »

« En liquide ? »

« Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je fais pas confiance aux banques. »

« Tu nous prends pour des cons, en plus ? »

« Pas spécialement, mais je sens que ça va venir. »

Hermione ferme les yeux, se passe une main sur le front. Il faut qu'elle reste calme. Surtout, ne pas céder à la panique. Dom contourne le coffre, ouvre la portière arrière, attrape Pattenrond par la peau du cou. Le petit chat se débat, souffle, assène des coups de griffes au hasard.

« Lâchez-le ! Lâchez-le ! », hurle Hermione en essayant de se soustraire à la poigne du garde-frontière.

Dom ne semble pas l'entendre, il rejoint le poste frontière d'un pas vif, revient quelques minutes plus tard, les mains vides. Le cœur d'Hermione se serre au point de la faire suffoquer.

« Qu'est-ce que vous lui avez fait ? », crie-t-elle en se débattant de nouveau. Elle tourne un regard implorant vers le garde qui la maintient près d'elle d'une poigne de fer. « Je vous en supplie ne lui faites pas de mal. Je vous en supplie. »

« On compte pas lui faire de mal. Il est en sécurité dans une cage le temps de finir la fouille. »

Elle n'a pas le droit à plus d'informations. Dom referme la porte, s'avance côté conducteur. Hermione se sent blêmir. Dans quelques secondes, ils trouveront le revolver, elle le sait. Et elle va finir ses jours en prison. Comment elle va survivre en prison ? Est-ce qu'au moins, elle aura le droit de lire ? Et Pattenrond, qu'est-ce qu'il va devenir ? Est-ce qu'ils vont l'abandonner sur un coin d'autoroute ? Elle a envie d'éclater en sanglots.

« Hermione. »

Drago a dû voir son angoisse, il la rappelle à l'ordre. Elle croise son regard et il lui adresse un imperceptible non de la tête. Dom se penche par dessus le fauteuil, ses mains tâtonnent le cuir de la voiture, Hermione bloque sa respiration, le temps s'arrête. Le douanier s'extirpe de la voiture. L'espace d'un instant, elle y croit. Puis elle aperçoit, tranchant contre le blanc de ses gants en latex, le noir de la crosse d'un revolver.

« Ça aussi, t'avais peur de le confier à la banque ? »

La mâchoire de Drago se contracte.

« C'est pas à moi. »

« Mais bien sûr. »

Il fait un nouveau signe de tête à son collègue et Hermione est tirée sans douceur vers le poste de douanes. Cette fois, elle ne peut plus contenir ses tremblements.

« Où est-ce que vous m'emmenez ? », panique-t-elle.

« On a quelques questions à vous poser. »

Elle est poussée dans une petite pièce sombre, la porte se claque derrière elle, un verrou est tourné. Elle essaye quand même d'ouvrir mais la porte reste résolument close. Tétanisée, elle analyse la pièce : deux chaises qui se font face de part et d'autre d'un bureau, un sol en petits carreaux, fendus pour la plupart, et des murs en béton brut.

De long en large, elle parcourt la pièce, détaille chaque recoin, colle son oreille à la porte, puis frappe, demande qu'on lui ouvre, s'assoit sur la chaise, gratte nerveusement la peinture qui s'écaille de la table, avant de se lever de nouveau et de tout recommencer. Elle n'a aucun moyen de savoir depuis combien de temps elle est enfermée ici. Une heure maximum, jauge-t-elle. L'ennui prend le pas sur l'angoisse : elle entreprend de compter tous les carreaux fendus de la pièce. Elle s'arrête à 42, abandonne et plonge sa tête entre ses bras.

Elle repense à la prison. Elle se demande à quoi ça ressemble. Est-ce qu'il y'a vraiment des barreaux gris aux cellules ? Est-ce qu'elle va devoir se faire respecter, rejoindre un gang ? Faire passer des cigarettes pour survivre là-bas ? En réalité, elle n'a aucune idée de ce à quoi peut bien ressembler une prison. Quand elle travaillait encore au Chicaneur, on lui avait proposé de faire un article sur les femmes en prison, mais elle avait dû décliner. A ce moment là, elle était encore sur sa grande enquête, celle qui devait lancer sa carrière. Elle y pense encore. Avec comme un arrière-goût d'irrésolu. Combien d'heures, combien de nuits avait-elle consacré à la grande enquête ? Combien de fois avait-elle sacrifié un dîner avec Ron ? Au moins cent. Non, ce serait mentir. Elle a dû sacrifier une bonne cinquantaine de repas en tête-à-tête, les cinquante autres, elle les a oubliés. Et Ron restait là, assis derrière son menu, à commander un énième amuse-bouche en l'attendant. Au début, il s'énervait. Non, c'est faux. Au début, il lui pardonnait. Il lui disait qu'il comprenait. C'est après qu'il a perdu patience. Il rentrait hors de lui, les larmes aux yeux et il répétait, en boucle, à chaque fois :Je te préviens, Hermione, il va falloir choisir ! Je ne vais pas pouvoir supporter ça éternellement ! Je ne supporterai pas d'être toujours relégué au second plan, de t'attendre des heures parce que tu m'as oublié ! Je t'aime, mais j'en peux plus, Hermione.

Et puis un jour, il a tout simplement cessé de l'inviter au restaurant.

La porte s'ouvre sur l'homme qui donnait les ordres, là-bas, au poste frontière, arrachant un sursaut à Hermione. Il s'assoit en face d'elle. La chaise grince sous son poids.

« Bien, bien. Je vais vous poser quelques questions. »

Elle ne dit rien. C'est bête, sûrement un vieux réflexe tiré des séries policières que ses parents regardaient parfois, quand elle était petite. Elle préfère éviter de parler. La phrase « tout ce que vous direz pourra être utilisé contre vous » flotte dans sa tête. Se taire, c'est sa meilleure défense.

« Alors, comme ça vous alliez voir de la famille en Espagne, c'est ça ? »

Elle reste muette, les yeux grand écarquillés.

« Vous avez tout à fait le droit de ne pas répondre. Sachez tout simplement que j'ai tout le temps du monde. »

Ok. Mauvaise stratégie. Hermione n'a vraiment pas envie de s'éterniser ici. Pas plus qu'elle n'a envie de tourner autour du pot : si elle doit finir en prison, elle préfère le savoir tout de suite, histoire d'ajuster son plan d'action en fonction.

« Qu'est-ce que vous allez nous faire ? », demande-t-elle.

« Commencez par répondre à nos questions, le reste, je m'en charge. Est-ce que oui ou non, vous alliez voir de la famille en Espagne ? »

« Oui. »

« Où est-ce que vous alliez, exactement ? »

« En Andalousie. »

« Et la personne avec qui vous voyagiez s'appelle ? »

« Edouard. Gallo. »

L'homme prend note dans son calepin, lève de nouveau le regard vers elle.

« Et de quelle manière êtes-vous liés l'un à l'autre ? »

« Je... nous sommes... c'est un ami. »

Le garde-frontière fait tourner les pages de son carnet. Il s'arrête sur une page, la relit, lève de nouveau le regard vers elle.

« Étrange, il a pourtant affirmé que vous étiez fiancés. »

Elle se mord l'intérieur de la jour pour retenir un juron. Elle comprend enfin, ce ne sont pas de simples questions. Ils ont déjà interrogé Malefoy et maintenant, ils comparent leurs réponses. Ils cherchent la faille, n'importe quoi qui pourrait jouer contre eux.

Ne surtout pas le trahir. Réfléchir, vite. Trouver une excuse. Elle se compose une expression lasse, soupire :

« Oui, enfin... Oui. Il m'a demandé en fiançailles mais j'ai refusé. »

Le garde lui jette un regard sceptique, pointe son annulaire.

« Vous portez pourtant une bague de fiançailles. »

Elle accuse le coup, la bouche ouverte. Ses yeux font plusieurs fois le trajet entre sa bague et l'homme qui la regarde avec une lueur de satisfaction dans les yeux, se délectant de la voir prise au piège. C'est celle qu'Edouard m'a offerte, il a insisté pour que je la garde. C'est ce qu'elle doit dire pour sauver leur peau, elle le sait.

« C'est... »

La phrase ne franchit pas ses lèvres. Elle sent son cœur se serrer douloureusement. Elle ne peut pas faire ça à Ron, elle ne peut pas. C'est au-dessus de ses forces. Elle imagine son regard blessé, elle le voit se gratter la barbe, détourner les yeux, comme à chaque fois qu'il se retient de pleurer. Elle ne peut pas.

« C'est... ça vient d'une précédente union. »

« Évidemment », répond le garde avec une pointe de sarcasme. « C'est un peu étrange, vous ne trouvez pas ? De voyager avec un ami qui vous a demandé en fiançailles alors que vous portez toujours la bague d'une précédente union ? »

Hermione croise les bras, se laisse aller en arrière contre le dossier de sa chaise.

« Vous êtes garde-frontière ou conseiller conjugal ? », répond-elle sèchement.

« Vous devriez surveiller votre ton, mademoiselle. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, c'est moi qui pose les questions, ici, pas vous. »

C'est pas le moment de faire une crise d'ego, se fustige-t-elle. Si je veux m'en sortir, faut que je la boucle.

Il lui jette un regard appuyé, approuve d'un signe de tête son obéissance.

« Aviez-vous déjà vu l'arme que nous avons trouvé dans votre voiture ? »

« Non. »

« Avez-vous une idée de la façon dont elle aurait pu atterrir dans votre véhicule ? »

Elle essaye de se mettre à la place de Malefoy. Qu'est-ce qu'il a pu dire ? Elle le revoit devant la voiture, les traits tendus. « C'est pas à moi. »

« On a acheté cette voiture sur le trajet. L'arme devait déjà y être. »

L'homme lui jette un nouveau regard sceptique mais ne bronche pas. Elle a dû tomber juste. Drago a dû soutenir la même version. Elle retient de justesse un soupir de soulagement. Pour l'instant, ils n'ont pas l'air de pouvoir leur imputer le revolver de manière sûre. Il feuillette son carnet, s'arrête de nouveau sur une page précise.

« Bien. Et comment s'appellent les parents de votre... ami ? »

La question la prend au dépourvu. Il me teste. Il cherche l'erreur.

Elle est sur le point de répondre avec assurance : Lucius et Narcissa, mais s'arrête au dernier moment, ravale de justesse le nom des Malefoy quand elle se souvient qu'il a donné une fausse identité. Il n'aurait jamais donné le vrai nom de ses parents.

« Je ne sais pas. Il n'est pas très famille. »

« Tiens donc. Je pensais que vous alliez justement voir de la famille ? »

Hermione ferme les yeux, pousse un long soupir. Elle est en train de tout foutre en l'air, de les condamner Malefoy, Pattenrond et elle. Elle relève le visage, les paumes posées à plat sur le bureau, regarde l'homme droit dans les yeux.

« De quoi vous nous accusez, au juste ? Qu'est-ce que vous cherchez ? »

« Vous voyagez avec une arme, dans une voiture potentiellement volée, une valise pleine d'argent liquide et des versions qui ne concordent pas. Selon vous, ça a l'air de quoi ? »

Comme elle ne répond pas, il se lève, se dirige vers la porte.

« Le temps que nous contactions la police, je vous laisse le temps d'y réfléchir. Qui sait, peut-être que certains détails vous reviendront en mémoire. »

Il quitte la pièce sans un regard en arrière.

~o~

Elle tourne en rond dans la pièce. Elle a réessayé de frapper à la porte, mais personne n'a répondu. Elle a recensé les carreaux fissurés, s'est arrêtée à 68. Elle a compté les secondes, les minutes. A attendu. Encore et encore. Et puis, elle s'est recroquevillée contre un mur, au fond, et elle a pensé. A Ron, comme toujours. Elle a fermé les yeux, et il a débarqué là, au milieu de tout ce noir.

« Hermione, t'es prête ? Dépêche-toi, on va être en retard. »

Derrière la muraille des dossiers empilés sur son bureau, une carte de Londres étalée devant elle, elle avait relevé la tête.

« Je peux pas, je suis sur quelque chose, là, Ron. »

Il avait souri, pas dupe une seconde. Avait posé sa main sur la carte de Londres qu'Hermione était en train de couvrir de petites croix, de petits points, d'annotations minuscules. Ses doigts avaient recouvert la Tamise, le Parlement, Hyde Park, arrêtant net Hermione dans son enquête. Elle avait ouvert la bouche, mais il l'avait interrompue :

« Je sais, je sais... Ta 'grande enquête', je sais. Mais on a promis à Ginny. »

Elle avait poussé un long soupir, lui avait lancé un regard implorant.

« Mais... Je déteste danser ! »

« Et moi, alors ? Si j'arrive à marcher trente mètres sans me vautrer, c'est déjà un exploit, alors danser... »

Une étincelle d'espoir avait enflammé le regard d'Hermione.

« On a qu'à dire qu'on est malade. Luna m'a parlé d'une maladie qui te plonge dans le coma dès que quelqu'un te pose une question. On a qu'à dire qu'on l'a attrapée et puis voilà. »

C'est au tour de Ron de pousser un soupir.

« D'abord, il va vraiment falloir que tu arrêtes de croire tout ce que Luna te raconte. Et ensuite, tu connais Ginny. On pourrait être au seuil de la mort qu'elle viendrait quand même nous chercher par la peau du cou pour l'accompagner à ces foutus cours de salsa. Je te rappelle, accessoirement, que c'est toi qui lui as dit que tu serais, je cite : ravie de venir danser avec Harry et elle, ça te changerait les idées. »

« Pour ma défense, j'avais bu du vin et j'étais fatiguée. C'était clairement un abus de faiblesse ! »

« La prochaine fois que ma sœur te propose quoi que ce soit, je t'en supplie, vérifie ton taux d'alcoolémie avant d'accepter. »

Elle avait ri, et avait passé ses bras autour du cou de Ron, pour s'excuser de l'avoir entraîné malgré lui dans une nouvelle toquade de Ginny. Avant il y avait eu le saut à l'élastique, la poterie, le roller-derby et l'atelier de théâtre contemporain. Des après-midi entières ponctuées de cris, d'hématomes, de débris de bols en terre cuite et de 'Vous êtes un coquelicot, ressentez son âme... Vous n'avez pas l'air de sentir la détresse du coquelicot ! Je veux du drame, de la colère, de la pollinisation, nom de Dieu !'.

Sur le seuil de l'ancienne bâtisse qui servait de local de danse, Hermione avait pris la main de Ron, anxieuse.

« Ron. Je ne sais pas danser. Vraiment. »

« Fais comme moi, et je t'assure, Ginny ne nous invitera plus jamais à ses cours de salsa. »

Et entre deux éclats de rire, elle l'avait observé faire la danse du robot toute la soirée sous le regard outré de sa sœur, et l'hilarité d'Harry. Comme promis, ils avaient été libérés de leurs obligations sur-le-champ.

La salle de danse s'estompe, le souvenir de Ron se délite et Hermione se retrouve toute seule, assise au coin d'une pièce, ses bras passés autour de ses genoux. Elle ferme les yeux, essaye de raviver le souvenir de Ron. Elle voudrait se perdre dans des bribes de leur histoire, y plonger tête la première, revivre le jour où il l'a demandée en fiançailles, sentir sa peau contre la sienne, voir ses yeux rieurs dans le miroir de la salle-de-bain quand elle essaye tant bien que mal de défaire les nœuds de ses boucles folles. Mais rien ne vient, juste le noir sous ses paupières. Et toujours, l'incommensurable peine qui suit.

~o~

« Levez-vous. »

Elle sursaute, balaye la pièce du regard. Le garde frontière se tient à la porte, l'air hors de lui. Est-ce qu'elle s'est endormie ? A en juger par l'engourdissement qui ankylose ses jambes, elle dirait que oui. S'appuyant contre le mur, elle se relève, se dirige vers la porte.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

Il ne lui répond pas, la mène à travers un couloir, ouvre une porte. La lumière de l'extérieur l'éblouit. Elle se retrouve sur un petit parking, derrière le poste-frontière, côté Espagne. La Simca est garée là. Perplexe, Hermione se retourne vers le garde.

« Je ne comprends pas... »

Il ne dit rien, se retourne déjà pour partir.

« Attendez ! Et Pattenrond ? Et... Edouard ? »

Il ne répond pas, disparaît derrière la porte du poste-frontière. Hermione se retrouve toute seule, les bras ballants, interdite. Elle fixe la porte par laquelle le garde a disparu un long moment avant de se résoudre à regagner la voiture. Assise côté passager, elle attend. Au bout de trente minutes, la porte du poste-frontière s'ouvre de nouveau, laissant apparaître Malefoy, un chaton effrayé dans un bras, une valise dans l'autre. Pour la toute première fois de sa vie, Hermione est soulagée de le voir. Il lui fourre Pattenrond dans les mains, s'installe derrière le volant.

Tout en essayant d'apaiser le chaton qui tremble sur ses genoux, Hermione se tourne vers Malefoy.

« Je ne comprends pas... »

Il ne répond pas. A croire qu'ils se sont tous fait passer le mot pour jouer les muets. La clé tourne dans le contact et il démarre au quart de tour. La voiture trace à toute allure, les kilomètres défilent, la France disparaît dans le rétroviseur.

Hermione laisse sagement passer trente minutes de silence pesant, avant de demander :

« Drago, tu comptes m'expliquer ce qu'il se passe ou je dois deviner toute seule ? »

Les yeux rivés sur la route, il ne lâche pas un mot. Et tout à coup, ça frappe Hermione : il a négocié leur libération. Il a dû payer. Elle l'observe du coin de l'œil. Non, non, il a dû faire quelque chose de bien pire que ça. Elle se tourne franchement vers lui.

« Qu'est-ce que tu as fait, Drago ? Comment tu as... ? »

Il lui jette un regard en coin glacial qui l'interrompt net.

« Calme-toi tout de suite, Granger, j'ai rien fait. »

Elle se détend, ses épaules se décontractent, elle se permet enfin d'expirer l'air qu'elle comprimait dans ses poumons.

« Tout va bien, alors. On est libres, entiers, c'est quoi le problème ? »

« C'est justement ça le problème. Ils m'ont rendu le flingue, la valise, la voiture. Quelqu'un nous a fait libérer. Ce genre de service, c'est jamais gratuit. Je sais pas ce qu'on attend de nous, mais crois-moi, on a intérêt d'avoir disparu avant de devoir payer notre dette. »


Oups ?

Voilà, c'est tout ce que je trouve à dire après cet énorme, que dis-je ce gigantesque, cet insurmontable latence. Les études ont eu raison de ma vie… hum, en étant moins mélodramatique, disons simplement que je me suis laissée débordée par un million de choses dont lesdites études.

Bref, je ne sais pas si cette histoire vous intéresse encore. Et si c'était le cas, je comprendrai, ça commence à sacrément remonter ! Je verrai, en fonction de vous, si ça vous dit de continuer ou pas. J'ai cinq chapitres d'avance, donc ça promet une publication un peu plus régulière. Je réponds à vos magnifiques reviews dans le courant de la semaine, dès que j'ai cinq minutes. Un merci infini pour tous ceux qui m'ont laissé des petits mots, ma gratitude é-ter-nelle. Et j'ai hâte de vous retrouver.

Des baisers en pagaille !

LM.