Note : encore merci pour vos reviews ;) comme promis voici le chapitre suivant. Il est assez long celui-là, j'espère qu'il vous plaira !
Monde III
Si tu veux être un homme libre
Partie 6
Qui crois-tu donc tromper,
Ton cœur en feu est amoureux.
N'essaie pas de cacher,
La passion qu'on lit dans tes yeux.
Pourquoi donc le nier,
Il t'a envoûté, il t'a ensorcelé !
On racontait et on imaginait beaucoup de choses sur les pirates. Roch pensait que la moitié de ces histoires qui circulaient de planètes en planètes et de bars en bars trouvaient leurs sources dans la pseudo littérature steampunk qui faisait fureur et les faits divers scabreux des Holonews.
Parce que sérieusement
d'abord, ils n'erraient pas de mondes en mondes pour massacrer des gens. (Dieu savait les mystères qui se cachaient derrière la navigation de Firefly, mais ce n'était pas pour laisser une trainée de cadavre derrière le Miranda.
Ensuite, à part Tramp, une chose alien vaguement bleue (ou verte selon ses humeurs) qui était bourrée du matin au soir. Tramp semblait plus intelligent et plus adroit après un verre, ensuite, donc, à part ce type, ils ne consommaient pas des litres et des litres de mauvais alcool. Le genre de fête qui avait secoué le bateau quelques jours plus tôt se faisait de plus en plus rare et cela semblait justifier tous les excès de cette nuit là. Snake prétendait qu'il y avait un type aux fers qui ne s'était toujours pas réveillé de son coma éthylique. Mais comme Snake aimait beaucoup trop les histoires dramatiques, Roch avait tendance à ne plus prêter foi à ce qu'il racontait.
Ainsi donc aucun des clichés que l'on prêtait aux pirates ne semblait vraiment s'équiper à l'équipage du Miranda. Et si les membres de celui-ci n'était sans doute pas recommandable, voir même carrément immoraux, à quelques rares exceptions près, ils n'étaient pas tous des psychopathes en puissance, obsédés par l'or et le sang.
Aussi, à force de lessiver le pont, éplucher des patates et suivre Firefly dans des missions improbables, Roch commençait à trouver le temps long sur le Miranda. Il se confia à Scar et à Snake. Snake se moqua de lui et lui déclara qu'il avait vu bien trop de films. Scar lui montra les étoiles.
-C'est une vue qui n'est pas donnée à tous. Tu es libre Roch. Tu n'es pas enchainé à la société, tu peux être qui tu veux. C'est ça, l'esprit pirate.
o-o-o
Scar avait beau dire que Roch finirait par s'habituer aux tempêtes, celui-ci voyait très mal comment cela pouvait être le cas. Agrippé aux cordages, il regardait la corde qui le retenait au Miranda tanguer, et tanguer, et elle semblait si fine et si fragile qu'il avait envie de vomir à l'idée que c'était cette simple petite chose qui le maintenait en vie.
Il se souvint de sa première tempête, quand il était passé par-dessus bord et qu'il avait tangué (volé) au-dessus des astéroïdes et des éruptions nova.
-Eh bleusaille. On a peur ? fit la voix cruelle de Thestral derrière lui.
Roch n'avait pas besoin de se retourner pour imaginer le petit sourire dédaigneux sur son visage.
-Non ! répondit Roch sans bouger.
Son regard s'accrocha à Firefly. Il était debout, derrière le gouvernail. La corde était sanglé à sa ceinture, mais il bougeait, hurlait des ordres, comme si le mouvement impossible du Miranda n'existait pas.
Firefly lui rendit son regard. Il sembla à Roch qu'il dura quelques secondes de trop. Il sourit à cette pensée.
Ils passèrent la tempête, sans incident.
o-o-o
Une semaine plus tard, Firefly fit mander Roch dans la salle des machines. Il y alla, flanqué de Bartok et de Thestral, le cœur battant la chamade.
D'ordinaire, la salle des machines était un endroit interdit. Seul le capitaine en avait les codes d'accès et personne n'osait seulement s'approcher de cette pièce.
Snake et Scar avaient toujours refusé de dire à Roch quel secret renfermait le cœur du Miranda.
Un jour, promirent-ils, tu sauras.
Il semblait que ce jour soit finalement là.
o-o-o
Thestral frappa.
La porte s'ouvrit et Bartok poussa Roch à l'intérieur. La porte se referma derrière Roch. Il faisait noir. Il y avait quelques lampes mais leur luminosité était si basse qu'elles auraient très bien pu être éteintes.
-Capitaine ?
Tout ceci était ridiculement dramatique, décida Roch en roulant des yeux. La lumière s'alluma brusquement. L'éclat était si intense que Roch dut fermer les yeux. Puis il vit Firefly, assis sur une chaise, devant un petit bureau – un mobilier singulier pour une salle des machines, surtout que cette chaise et ce bureau semblaient être faits d'or pur.
-Ceci est le secret du Miranda, Roch, dit doucement Firefly, en caressant les accoudoirs de son siège à l'aspect royal. Non pas ces pauvres objets, mais plutôt le secret incroyable dont ils ont été témoins. Le symbole de ce que nous recherchons.
Le discours enflammait les yeux et le visage de Firefly, qui paraissait à présent presque fébrile.
-Tous les membres de l'équipage ne restent pas éternellement, c'est pourquoi j'attends avant de leur confier ce secret. J'attends de faire confiance.
-Connais-tu la légende de Midas, Roxas ?
Comme chaque fois que Firefly utilisait son « vrai » prénom, Roch déglutit péniblement. Respirer devenait de plus en plus difficile. Il faisait chaud et sombre, et Axel le fixait, sans ciller, un sourire joueur étirant sa bouche.
-N-non.
-Assieds-toi.
Il lui montra une chaise, pliée contre un mur. Roch saisit le siège, et le plaça devant la table en or. Ils étaient si proches qu'il n'avait qu'à étendre la main pour pouvoir toucher Firefly.
-L'histoire de Midas est très ancienne. Elle remonte à plusieurs milliers d'années, bien avant les colonies. Avant même que l'homme ne touche le ciel. Midas était le roi d'un vieux pays. On raconte plusieurs choses sur lui. Mais l'histoire qui nous intéresse dit qu'un jour, il recueillit un voyageur, affamé et assoiffé dans sa demeure. Il partagea avec lui sa table. Le voyageur était doté de pouvoirs, aussi, pour le remercier, il lui accorda un vœu. Midas souhaita pouvoir transformer en or tout ce qu'il touchait. Pendant quelques heures, il jouit de ce don merveilleux, transformant son palais et ses jardins en or, transformant même l'eau des fontaines, la paille des écuries. Il était tout à sa joie, quand sa fille vint à sa rencontre. Par habitude, il l'embrassa, caressant doucement ses cheveux blonds. À sa plus grande horreur, l'enfant se transforma en statue d'or. Elle était merveilleuse, cette statue. Plus réelle et plus vivante que ce que tous les meilleurs artistes du monde pourraient jamais créer, mais c'était toujours une statue.
« Accablé, Midas supplia le voyageur de lui ôter ce pouvoir. Le vagabond lui dit d'aller se frotter le corps dans le sable du désert, et de se baigner dans un fleuve ainsi, son corps serait purifié.
« Midas se rendit dans le désert. Mais avant d'obéir au voyageur, il coupa sa main gauche, et la toucha de sa main droite. La main coupée se transforma en or. Il déchira son vêtement, et emballa la main précieuse. Puis il purifia son corps. La main coupée conserva tout son pouvoir.
Firefly arrêta son récit ainsi. Roch peinait à faire le lien entre cette histoire qui ressemblait à un conte et la table que Firefly caressait avec douceur.
-Est-ce que vous dites que cette légende est réelle ?
-Je sais qu'elle l'est. Après la mort de Midas, la Main a disparu. Il y a eu toutes sortes d'histoires, vols, meurtres et autres, liés à cette légende. Depuis trois cents ans, elle est en la possession d'un alien de la race des Kraken. Ce sont des créatures très anciennes, qui ne se mêlent pas avec ceux qui n'appartiennent pas à leur espèce. Cet alien – Apollos – a placé la Main dans un endroit « sûr », là où personne ne pourrait jamais la trouver. Elle est au cœur d'un vaisseau, qui voyage sur le dos d'un Starwhale.
Un Starwhale. Une créature éteinte depuis plusieurs siècles. On disait que ces immenses choses accompagnaient les vaisseaux lors des grands voyages, les guidant à travers les obstacles qu'ils pouvaient rencontrer astéroïdes, météores ou éruption solaire. Ils ressemblaient à des cétacés géants.
-Un quoi ? Capitaine, vous délirez.
Ils étaient entrés dans la quatrième dimension. Roch ne savait où regarder ni comment rester assis sur cette chaise à écouter des inepties, des choses impossibles.
Roch retint une grimace en voyant la réaction du capitaine à ses mots. Firefly aurait fait la même tête si Roch avait été surpris en train d'essayer de voler les bonbons d'un môme. Et Roch ne se sentait pas vraiment fier de mettre cette expression sur le visage d'Axel.
-Très bien. Imaginons – et c'est complètement hypothétique – que je vous crois : comment on trouve cette baleine ?
Le visage de Firefly se transforma instantanément et se fendit d'un immense sourire.
-J'ai passé plus de dix ans sur les traces de ce trésor. Le précédent capitaine du Miranda, qui m'en a cédé le commandement quand il est parti, avait cherché la Main toute sa vie. Il avait accumulé des pyramides de preuves que j'ai étudiées la moitié de ma vie. Quand il est mort il y a six ans, nous étions sur la trace d'un indice qui pouvait nous aider à trouver le Starwhale.
Roch le considéra longuement. C'était Axel – Alexandre – Acsel. C'était l'homme qui jouait avec des tempêtes de feu et qui riait tout le temps, c'était le garçon qui apprenait à réparer les horloges, et que (Roxas) avait reconnu, même sous un masque. C'était l'âme haineuse qui avait appris à pardonner. C'était Axel, et Roxas lui faisait confiance, les yeux fermés.
-D'accord, capitaine, je vous crois. Qu'est devenu cet indice ?
Roch accrocha le regard de Firefly, attendant que son capitaine continue, car il était incapable de décrocher la moindre syllabe. Il ne faisait pas confiance à sa voix. Firefly lui sourit – Roch sentit son cœur remonter dans sa gorge il lui semblait qu'il pouvait compter sur une main le nombre de fois où (axel) Firefly lui avait souri de cette façon.
C'était un sourire franc qui laissait voir ses dents, un sourire qui n'était que pour lui. Et c'était idiot, mais Roch avait vraiment l'impression de revoir Axel, quand il le regardait avec cet air là.
Le sourire s'agrandit encore, chose qui aurait pu sembler impossible.
Roch fut incapable de détacher ses yeux de cette bouche, grande et souriante, cette bouche qui se rapprochait, se rapprochait, et qui soudain, se posa contre la sienne. Roch ferma les yeux par réflexe, juste pour sentir ses lèvres qui bougeaient contre les siennes. Un baiser chaste qui dura à peine quelques secondes : ce fut fini avant que Roch n'eut vraiment compris que Firefly venait de l'embrasser.
Puis, le capitaine du Miranda se recula, comme si rien ne s'était passé, et il poursuivit son explication.
-Nous l'avons trouvé. C'est une sorte de boussole, mais je pense qu'il faut une clef pour la décrypter.
Roch le considéra. Il avait l'impression que ses lèvres brûlaient, et il ne put s'empêcher de passer sa langue dessus, comme pour capturer l'impression fugitive de la bouche d'Axel sur la sienne.
-D'accord, dit-il encore.
Ils se séparèrent sur ces mots.
Firefly se rassit dans son fauteuil. Lorsqu'il leva les yeux pour croiser son propre regard dans le miroir qui lui faisait face, le capitaine fut pris d'une rage terrible. Il se leva et balança le premier objet qui lui tomba sous la main sur le miroir, et recommença jusqu'à ce que celui-ci se brise en plusieurs morceaux. Puis Firefly frappa le mur, encore et encore, une bile amère empoisonnant sa bouche. Il frappa jusqu'à ce que la douleur lui fasse recouvrir un semblant de raison.
Bordel, qu'avait-il fait ?
o-o-o
Firefly l'évita après leur petit intermède.
Ou plus exactement, il se débrouillait toujours pour qu'ils ne se retrouvent jamais seuls au même endroit. A plusieurs reprises, il partit en mission avec Snake ou Scar ou Thestral, mais il ne requit pas une seule fois la présence de Roch.
-Tu as fait quelque chose pour l'énerver ? demanda Snake, assis à côté de lui, tandis qu'il attaquait son quatrième kilo de patates à éplucher.
Roch leva les yeux, furibond. Son regard noir désarçonna Snake, qui était plutôt habitué au caractère serein et équilibré de Roch.
-J'ai rien fait, ok ? Je sais pas c'qu'il a, ok ?
C'était un mensonge patenté, évidemment, mais Roch n'était pas prêt d'avouer à son ami ce qu'il s'était passé.
-Cool, mec, dit Snake en levant les mains en signe de paix.
Roch avait essayé de penser à plusieurs moyens de parler à Firefly pour faire en sorte que tout redevienne comme avant entre eux.
Il voulait de nouveau l'attention de Firefly, cette étrange familiarité qui s'était construit sans qu'ils ne s'en aperçoivent.
Il voulait que Firefly le regarde de nouveau.
Un sourire amer se dessina sur ses lèvres. Il n'avait jamais imaginé qu'il pourrait regretter le peu que Firefly lui avait offert. A présent qu'il n'avait plus le droit aux piques et aux idées idiotes et insensées du capitaine, à ses sourires et à ses sarcasmes, Roch découvrit que tout ceci lui manquait horriblement.
S'il ne pouvait pas avoir Axel s'il ne pouvait pas avoir le respect ou l'amitié de Firefly, que lui restait-il ?
La réponse à cette question était terrifiante et laissait un immense trou au creux de sa poitrine. Un trou béant et suintant, que rien, rien ne pourrait jamais combler.
o-o-o
Après deux semaines, Roch décida qu'il en avait assez. Il n'avait rien fait pour mériter un tel traitement, après tout c'était Firefly qui l'avait embrassé.
Une nuit, il se glissa hors de sa cabine, à pas de loups. La porte glissa avec un bip un peu strident, mais Roch ne s'inquiéta pas. Le sommeil de ses compagnons était lourd, et parfois Roch se disait que s'ils le voulaient, ils pouvaient ignorer une éruption solaire, si cela signifiait dormir deux heures de plus.
Prenant une grande inspiration, il se dirigea vers la cabine du capitaine située à l'arrière du vaisseau, sous le gouvernail, à coté de la salle des machines.
Bartok ronflait contre le mur. Il dormait debout, les yeux grands ouverts.
Roch osa à peine respirer comme il frappait à la porte. Il n'avait aucune envie de réveiller Bartok en sursaut pour plusieurs raisons. Tout d'abord il avait toujours une arme à portée de mains, et ensuite il était censé empêcher l'équipage de déranger le capitaine quand celui-ci aspirait à un peu de tranquillité.
Axel ne répondit pas.
Roch était trop déterminé à parler à Firefly. Il insista frappant plus fort. Evidemment, cette fois-ci, le bruit réveilla Bartok. Les petits yeux méchants du pirate étaient embués de sommeil mais Roch ne doutait pas une seconde qu'il était alerte, et disposé à lui foutre une raclée si cela lui chantait.
- Qu'est-ce que tu fais là, Morveux ? dit-il. Dégage, t'as rien à faire là.
- Je veux voir le capitaine.
- Il dort le capitaine, comme tous les êtres normalement constitués.
- Je vais attendre, alors.
L'entêtement de Roch aggravait l'humeur maussade de Bartok. Celui ci n'appréciait vraiment pas de se faire réveiller par ce pauvre petit parasite dont l'unique ambition semblait de se gluer à l'ombre du capitaine. A présent tout à fait réveillé, Bartok avait de plus en plus envie de refaire le portrait de la bleusaille. Il se sentait plus qu'en droit de le faire, et qui sait, cela lui mettrait peut-être un peu de plomb dans la cervelle. Déranger le capitaine à cette heure-ci ? Non, mais on n'avait pas idée.
- Dégage, dit Bartok, les dents serrées.
- Je veux le voir, insista le gamin.
Sa voix était assurée et il regardait Bartok dans les yeux, comme s'il était son égal – comme s'il avait le droit d'être là.
-Si je dois encore me répéter, je vais te trouer la mâchoire, bleusaille. Et je ferai en sorte que la vaisselle et les putains de patates soient les choses les plus excitantes qui te soient données à faire. Dégage, maintenant.
Il n'aurait pas été prudent d'insister ni d'énerver Bartok davantage (c'était l'une des premières choses que Scar et Snake lui avaient appris « Si tu veux vivre, n'énerve pas ce type.) Roch ignorait à quel point la menace était sérieuse ou non, et à en juger par la tête que Bartok faisait, il n'avait pas vraiment envie de tester la théorie.
La porte de la cabine s'ouvrit soudain sur le capitaine.
-C'est quoi ce bordel ?
Les yeux de Roch s'agrandirent, sans qu'il ne l'eût vraiment voulu. Firefly était à demi nu. Il portait juste un pantalon de toile brune et il était pieds nus. Ses cheveux rouges étaient lâchés sur ses épaules, encore plus embroussaillés que d'ordinaire. Roch ne put empêcher son regard de s'attarder sur le corps mince et musclé de Firefly. C'était la première fois qu'il le voyait ainsi. Sa peau était très blanche et ses muscles bien dessinés. Firefly portait au coup un petit médaillon doré. Mais ce qui captiva vraiment l'attention de (Roxas), ce fut les tatouages qu'il aperçut sur les épaules de Firefly. On aurait dit des flammes qui lui léchaient le dos.
Roch cilla et s'arracha à sa contemplation, comme il se rappelait que Bartok devait être en train de le démolir il n'avait pas envie que Firefly ait encore plus de raisons d'être énervé contre lui.
-Je voulais vous parler, capitaine.
Les yeux de Firefly se rétrécirent. Roch déglutit et il ignora comme il put l'air goguenard de Bartok.
-Reviens à l'aube, ordonna finalement le capitaine.
Et il leur claqua la porte au nez. Bartok sourit.
-Si tu ne sais pas quoi faire d'ici là, j'ai quelques idées pour t'occuper.
Roch se retint à grande peine de rouler des yeux, et se prépara mentalement à l'idée de passer le reste de la nuit sur les corvées ingrates que ce bouffon allait lui refiler.
L'image fit sourire Roch, et ce fut presque assez pour le remettre de bonne humeur.
o-o-o
« L'aube » arriva bien trop lentement.
A l'heure dite (7 :00, standard), Roch dormait assis, le dos appuyé contre une artistique pyramide de casseroles.
Il se réveilla en sursaut et alla frappa à la porte de Firefly. Bartok n'était nulle part en vue. Mais personne ne répondit, peu importait comment il frappait. Le capitaine devait déjà être en train de vérifier les manœuvres nocturnes et de programmer les prochains caps.
Roch se résolut à attendre encore.
o-o-o
Le soir, il patienta jusqu'à ce que Bartok parte manger avec Thestral et Tramp pour tenter de nouveau sa chance.
Cette fois, la porte s'ouvrit tout de suite et Firefly ne sembla pas surpris outre mesure par sa présence.
-C'est toi, dit-il.
Il ne s'était pas changé. Ses cheveux étaient noués par un vieux bout de tissu verdâtre, et il portait une chemise tâchée et brûlée, sans doute par la pratique intensive des lames de feu.
Firefly s'effaça pour le laisser entrer et ils restèrent debout l'un en face de l'autre, à se fixer sans savoir quoi dire, dans un silence gêné.
Roch ne pouvait s'empêcher de s'accrocher au souvenir d'Axel, à la façon dont ils se regardaient autrefois. Ils avaient toujours su quoi se dire, même quand Axel le haïssait. Cette situation était nouvelle et mettait Roch profondément mal à l'aise.
-Vous m'avez évité, dit Roch, enfin.
-J'étais occupé, répliqua Firefly, un avertissement dans la voix.
Son regard était oblique, il n'était pas tranquille. Roch prit conscience que Firefly (Axel) était aussi nerveux que lui. Et ce simple constat réussit à le détendre un peu, et même à le faire sourire. Firefly semblait moins inaccessible plus vulnérable de cette façon.
Roch inspira doucement.
-Vous ne m'avez jamais dit ce que c'était la clef de cette boussole. Vous avez dit qu'on la cherchait. Mais où la cherche-t-on ?
-On poursuit quelqu'un, dit Firefly, en rencontrant enfin son regard, visiblement soulagé par la neutralité du sujet. Un scientifique qui a trouvé le code dans un autre système solaire.
-C-comment vous savez ça ? demanda Roch, étonné.
Firefly lui fit un sourire en coin, qui était horriblement faux.
-Parce que c'était un pirate, autrefois. Il faisait partie de l'équipage du Miranda. Mais il nous a trahis et s'est enfui avec le code. Par chance, nous avons trouvé la Boussole avant lui. Depuis, on lui court après pour trouver ce maudit code.
Axel claqua la langue.
-On est en train de le rattraper. Il n'a plus d'avance, il ne pourra pas nous échapper longtemps.
Roch essaya de digérer ce qu'il venait d'apprendre. Tout ceci faisait beaucoup en même temps. Il avait peine à croire qu'il était sur la piste d'un fabuleux trésor. Le silence revint aussi tendu qu'auparavant, mais cette fois-ci ce fut Firefly qui le brisa.
-J'ai répondu à toutes tes questions ?
Leurs regards se croisèrent et Roxas sentit une boule douloureuse se former dans sa gorge. Il avait l'impression que quelque chose de très froid se comprimait contre son cœur. Il ne sut jamais comment il trouva le courage de formuler les mots suivants.
-En fait, articula-t-il, il en reste une.
(il aurait voulu connaitre le prénom de Firefly et réduire la distance entre eux il ne pouvait décemment pas l'appeler Axel, n'est-ce pas ?)
Firefly ne répondit pas immédiatement. Son visage était dur et illisible, mais Roch ne recula pas.
-Pourquoi vous m'avez embrassé ?
La boule douloureuse craqua et se transforma en un long frisson sur son échine, qui tenait autant du soulagement que de l'appréhension.
Roch fit un pas vers Firefly qui le regardait toujours. Comme il n'avait pas l'air de vouloir bouger ni de vouloir répondre, Roxas s'approcha encore. Sa main droite se posa sur la chemise blanche et l'attrapa tandis que sa main gauche se glissa à l'arrière de la nuque de Firefly. Puis Roch se haussa sur la pointe des pieds et embrassa Firefly. Trois interminables secondes passèrent, avant que le pirate ne ferme les yeux et ne devienne pliant et vivant sous les mains de Roch, jusqu'à, enfin, lui rendre le baiser.
Ils se séparèrent, sans vraiment s'éloigner. Leurs lèvres étaient si proches, se touchaient presque, comme l'ombre d'un baiser. Roch sentait sur son visage le souffle chaud de Firefly et, les yeux fermés, il pouvait deviner le sourire d'Axel.
A suivre
