18 janvier 2007 – 1ère année
« Hé, Hermione, tu voudrais pas m'aider avec mon devoir d'Archéo ? »
Elle dévisage Ron, cache son agacement sous un masque d'impassibilité.
« Non. »
C'est sec, accompagné d'un claquement de langue qu'elle n'a pas pu réprimer.
« Allez, sois sympa. Explique-moi au moins ce que c'est une circonvallation. »
Elle soupire. Il y a, dans ce soupir, sa patience mise à rude épreuve, il y a toutes les fois où il s'est moqué d'elle parce qu'elle révisait, toutes les fois où il a préféré ses échecs mécaniques à ses livres de cours la veille d'examens, et ses ricanements moqueurs quand elle s'empressait de répondre aux questions des professeurs.
« Non. »
« Donne-moi au moins ton plan de dissertation », insiste-t-il. « Juste pour que je me fasse une idée. S'il te plaît. »
« Non. T'avais qu'à écouter en cours. »
Il lui jette un regard choqué auquel elle répond par un regard outré. Elle est outrée qu'il soit choqué. Il s'attendait à quoi, exactement ? A ce qu'elle se plie à ses moindres désirs ? A ce qu'elle accourt lorsqu'il siffle ?
Il grogne, referme son livre d'un coup sec et quitte la pièce à grand renforts de jurons et de claquements de porte.
Longtemps, Hermione fixe le fauteuil que Ron vient de quitter, et le livre qu'il a négligemment abandonné sur la table. Elle sent se former des volutes de remords qui s'entortillent dans le creux de son estomac.
Non, pense-t-elle. Non, tu ne dois pas céder.
25 décembre 2007 – 2ème année.
« Tiens. »
Ron lui tend un petit sachet emballé dans du papier cadeau rouge, scellé de bolduc multicolore. Il regarde ailleurs, le bas de joues écarlate. C'est drôle, quand il est embarrassé, sa peau se pigmente, ça trace des reliefs, des ombres rouges sur tout son visage.
« C'est quoi ? »
Il soupire, et comme elle ne s'est toujours pas décidée à le délester de son fardeau, il pose le paquet sur son livre ouvert, hausse les épaules avec une nonchalance feinte.
« C'est de la part de ma mère. Pour toi. C'est pas moi, c'est... ma mère. »
« Oh. C'est... gentil. C'est... »
Elle n'a pas le temps de trouver un autre adjectif qu'il a déjà tourné les talons, les mains enfoncées dans les poches de sa veste. Elle dénoue le bolduc, défait l'emballage, ouvre avec précaution. Au creux de ses paumes, une pochette en tissu remplie de petits dinosaures en chocolat. Un petit mot est agrafé à la couture : Ron, ne les mange pas tous à la fois, si tu veux éviter l'indigestion, cette année. Je t'aime. Maman.
12 octobre 2008 – 3ème année.
« Là, tu vois. Si tu bouges ta tour en F1 et ton roi en G2, tu exécutes un petit roque. C'est un coup de défense. Mais attention, parce qu'aux échecs mécaniques, les cases changent parfois de place. Ou alors elles éjectent ton pion sur une autre case, garde bien ça en tête. Alors, maintenant, on passe au coup du berger... »
Hermione regarde Ron déplacer ses pions avec un sérieux qu'elle ne lui avait jamais connu avant. Ses sourcils se froncent sous la concentration, ses yeux s'embrasent d'une lueur de plaisir expert et il mord le coin de sa lèvre supérieur, par réflexe. Elle le trouve beau, tout à coup.
« Et là, tu fais échec et mat. Ça va tu arrives à suivre ? Arrête-moi si je vais trop vite. »
Elle atterris sur terre un peu brusquement, le rouge lui monte aux joues et elle bégaye quelque chose d'incompréhensible. Il la dévisage, perplexe.
« T'as rien compris, c'est ça ? Ah, je suis nul pour expliquer les choses. »
« Mais non, pas du tout. C'est moi qui suis distraite », le rassure-t-elle. « Dis, comment tu as appris à jouer aux échecs mécaniques ? »
Il lâche son pion, se gratte l'arrière de la nuque, l'air embarrassé. Il n'aime pas parler de lui, elle l'a déjà remarqué. Il esquive toujours les questions personnelles avec une blague qui fait office de déviation bien commode.
« Quand on se disputait, au Terrier, Maman avait pris l'habitude de nous envoyer chacun dans notre chambre. Comme la plupart du temps, c'était avec Ginny que je me disputai et qu'avant l'agrandissement, on partageait la même chambre, Maman m'envoyait au Grenier. »
Il ouvre la bouche, hésite à poursuivre. Il en a déjà trop dit, le bas de ses joues a pris une teinte vermeil. Hermione l'encourage d'un geste de la tête doublé d'un sourire.
« Et dans le Grenier, au milieu de tout le bordel, j'ai trouvé un vieux jeu d'échec. Je crois qu'il appartenait à mon arrière-grand-père. Bref, j'ai commencé à y jouer avec la goule, mais la plupart du temps, elle se contentait de se rouler sur le sol en hurlant ou de manger les pièces. Et petit à petit, j'ai appris les techniques et les coups. Voilà. Tu n'imagines pas le nombre de conneries que j'ai faites juste pour pouvoir me la couler douce dans le Grenier. »
Elle éclate de rire, et il la regarde, méfiant, avant de se joindre à son rire. Se penchant vers lui, elle pose sa main sur son bras.
« J'aimerais beaucoup voir le Terrier, un jour. »
Tout son visage s'empourpre, il balbutie une phrase incompréhensible, à mi-chemin entre « si tu veux » et « il faut que j'aille réviser mon cours d'Astronomie », et deux secondes plus tard, il a disparu.
17 mai 2010 – 4ème année
Hermione est assise sur un banc du Parc, un sandwich au cresson dans une main, un crayon à papier dans l'autre, elle avise sa grille de mots croisés avec toute la concentration du monde. Première née en deux vertical, elle sait que c'est EVE. Mais ça ne colle pas avec siège des facultés en cinq horizontal, COLLEGE. Elle soupire, gomme COLLEGE.
« Mais qu'est-ce qu'on a là ? », siffle une voix d'un ton moqueur. « Une intello qui a perdu son troupeau ? Dangereux, ça. »
Pas besoin de relever la tête, elle reconnaîtrait la voix de Théodore Nott entre mille. Beaucoup d'arrogance, noyée dans des litres de venin.
« Sérieusement, ça existe vraiment les gens qui passent leur pause déjeuner à faire des mots croisés ? »
Siège des facultés, siège des facultés. Elle est déjà tombée dessus, elle devrait connaître.
« Arrête, Nott. Après elle va pleurnicher à McGonagall et on va finir avec des heures de colle. Tu les connais, les sang de bourbe. Leur passe-temps préféré, c'est de se victimiser. »
Ça, c'est Malefoy. Elle se crispe. Sang de bourbe. C'est comme ça qu'ils appellent ceux qui sont entrés à Poudlard sans avoir d'ancêtres haut placés pour leur chauffer la place. Ne pas relever. Ne pas leur faire ce plaisir. Siège des facultés, siège de facultés. RECTORAT, peut-être ? Non, ça ne colle pas avec le nombre de lettres.
« Alors, Granger, tu vas même pas nous saluer ? »
Il faut qu'elle reste concentrée. Surtout ne pas relever la tête, ne pas leur accorder de crédit. Ce serait ça, l'erreur.
« Putain, mais on vous apprend pas la politesse, chez les prolo ? »
« Oh mais Nott, ta gueule », soupire Zabini. « Vous savez ce qu'il y a de pire que de passer sa pause déjeuner à faire des mots croisés ? Passer sa pause déjeuner à se foutre de la gueule de quelqu'un qui fait des mots croisés. »
Intérieurement, elle remercie Zabini. Pas qu'elle le porte particulièrement dans son cœur, mais il a quelque chose de plus doux que les deux autres. Comme une sorte de lassitude, de résignation. Elle ne sait pas quoi ça tient, mais en l'occurrence, ça lui sert bien.
« On peut rien faire, avec toi, c'est chiant. »
Elle entend des bruits de pas, elle en déduit qu'ils s'éloignent. Siège des facultés. Oh, elle sait. CERVEAU. Les pas reviennent en arrière. Elle a le temps de marquer le C, le E, le R.
« T'as quand même pas cru qu'on allait se barrer sans te dire au revoir ? »
« Nott, putain, lâche l'affaire. »
Trop tard. Une douleur brusque et aiguë lui transperce l'épaule, et une pierre roule sur le banc. Elle relève la tête, effarée, sa main vient enserre son épaule pour contenir la douleur. Elle n'a même pas le temps d'ouvrir la bouche pour dire quelque chose : apparu de nulle part, Ron saute par dessus le banc et se jette sur Nott. Ils plongent au sol, dans une tornade de cris, de coups de poings confus et d'insultes. Zabini et Malefoy les observe sans bouger le petit doigt, morts de rire.
Hermione bondit, court pour les séparer. Avec toute la difficulté du monde, elle arrive à tirer en arrière Ron. Il est rouge, a la lèvre ouverte et une griffure qui court tout le long de son cou.
« Laisse tomber », lui crie-t-elle alors qu'il essaye de se défaire de sa poigne. « Laisse tomber, ils en valent pas la peine. »
Malefoy les dévisage, les bras croisés, goguenard.
« Tiens, tiens, on dirait bien que la belette a le béguin. Ça va donner de jolis petits bébés, ça. Un de plus, un de moins dans le trou à rat, qu'est-ce que ça change, hein ? »
Elle ne réfléchit même pas, la gifle cinglante qui part résonne dans tout le Parc. Malefoy titube, sous le choc.
« La prochaine fois que tu lui parles comme ça, je te fais ravaler ta langue de vipère. »
Elle attrape la main de Ron et s'éloigne avant que Malefoy n'ait eu le temps de se remettre de ses émotions.
1er mars 2011 – 5ème année.
« Alors, j'ai repéré une faille dans la ronde de Rusard, normalement entre 21h47 et 21h56, il retourne dans son bureau pour donner des croquettes à Miss Teigne. Ça nous laisse très exactement neuf minutes pour nous faufiler derrière le tableau de Myrtha la veuve qui nous conduira à deux kilomètres de Pré-Au-Lard. Après ça, il faudra traverser un bosquet en gardant bien le cap à l'Est et on devrait arriver à bon port. Enfin, à peu près... »
Ils dévisagent tous Dean Thomas, sceptiques.
« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée », ponctue Hermione. « C'est trop risqué. Imaginez qu'on se fasse prendre », elle pâlit brusquement à l'idée. « Oh mon Dieu, mon Dieu... Je ne peux pas risquer de me retrouver avec des heures de colle dans mon dossier scolaire. »
« On va quand même pas rester les bras croisés pour l'anniversaire de Ron », proteste Harry.
« Non mais vous donnez pas tout ce mal pour moi... On peut juste... faire une partie de bataille explosive, non ? »
Assise sur l'accoudoir du fauteuil d'Harry, Ginny lève les yeux au ciel et balaye la suggestion de son frère d'un revers de main.
« Sinon, on peut aussi mettre des somnifères dans le repas de Rusard. »
Sous les regards ahuris de ses camarades, elle sort de sa poche un petit sachet transparent rempli de pilules bleues.
« D'où tu sors ça ? »
« Achetées à Fred et George. Pratique pour repousser un examen. »
« C'est à cause de toi que Vector est restée dans le coma dix jours ? »
« Problème de dosage », élude-t-elle d'un geste de la main.
« Bien joué, Ginny... », commence Fred.
« … tes frères son fiers de toi », conclut George.
Hermione est au bord de l'apoplexie.
« Je réitère, ce n'est vraiment pas une bonne idée. »
« Ne vous inquiétez pas, on a tout prévu », annonce Fred, un sourire en coin.
Fred et George se lèvent, disparaissent dans leur dortoir avant de réapparaître, Fred encombré d'une énorme caisse en bois, et George, un pied de biche en main. En deux temps trois mouvements, la caisse dévoile son contenu : une cinquantaine de bouteilles de Bière-au-beurre.
« Pour le reste, laissez-nous faire. Profitez de la soirée, croyez-moi, vous ne risquez pas d'être dérangés. »
Ils s'éclipsent alors que les cinquième années se servent en bières. Parvati enclenche le vieux lecteur de vinyle mécanique qu'elle a réussi à faufiler en douce l'année précédente. Au fur et à mesure que les bières se vident, les corps se dénouent. Parvati est en train de sauter sur le canapé en chantant les Spice Girls à tue-tête, Dean, Seamus et Harry hurlent à tour de rôle le sol c'est de la lave ! en sautant de coussin jeté au sol en fauteuil renversé, Ginny débat paris sportifs avec un Neville légèrement ivre et Lavande est penché sur Ron, lui murmurant à l'oreille des propositions qui colore son visage de toute une variation de rouges.
Une brusque explosion fait dérailler le vinyle. Un silence choqué s'abat sur la salle commune. Une deuxième explosion. Tous les élèves se précipitent aux fenêtres. Là, sous leurs yeux, l'obscurité du Parc de Poudlard s'illuminent de lumières multicolores. Un feu d'artifices gigantesques embrase tout Poudlard, des dragons, des étoiles filantes, des fusées qui explosent en étincelles sur des planètes lumineuses. Les explosions s'accélèrent, tout le château tremble sur ses fondations, et finalement, une dizaines de feux d'artifices éclatent en même temps, charriant le ciel d'or et de rouge, avant de laisser apparaître, en capitales scintillantes : JOYEUX ANNIVERSAIRE RON.
Agrippé à la fenêtre, Ron n'en croit pas ses yeux. Dehors on entend déjà les professeurs s'attrouper et Rusard traversant le Parc de long en large à la recherche des trouble-fêtes.
« Merde. Je crois vraiment que c'est le meilleur anniversaire de ma vie. »
Profitant de la diversion, alors que tout le monde observe Fred et George, tout en bas, faire courir Rusard, Hermione se penche vers Ron, le cœur battant. Elle lui murmure un joyeux anniversaire à l'oreille, et dépose un baiser, à l'exact limite entre sa joue et ses lèvres. Le visage illuminé par la pluie de lettres scintillantes qui s'accrochent encore au ciel, Ron se tourne vers elle. Ils s'observent, tout près, quelques secondes. Ron lui sourit, quelque chose qui dit : Embrasse-moi. Embrasse-moi vraiment. Avant qu'elle n'ait pu mettre à exécution sa prière, Seamus le tire en arrière et la seconde d'après, toute la salle commune le fait sauter dans les airs en scandant son nom.
24 avril 2012 – 6ème année.
Une lettre froissée entre les mains, au bord des larmes, Hermione aperçoit du coin de l'œil Ron entrer dans la salle commune. Elle ne relève même pas la tête. Elle voudrait lui dire quelque chose mais elle a peur d'éclater en sanglots. Il lâche immédiatement ses livres qui tombent au sol dans un bruit sourd et une vague de poussière, se précipite vers elle.
« Hermione, qu'est-ce qu'il se passe ? »
Faute de mieux, elle lui tend sa lettre, muette. Il la parcourt des yeux une bonne dizaine de fois avant de lui rendre, en s'agenouillant à ses côtés.
« Félicitations, Hermione. »
« C'est... le Chicaneur. Tu te rends compte ? Tu te rends compte ? Ils me proposent une place dès que j'aurai passé mes ASPIC. Le Chicaneur. Le journal qui a dévoilé l'affaire Rohmal. Le journal qui a réussi à prouver l'accointance entre le juge Bergen et le parti nationaliste. Le journal qui a révélé au public plus d'une centaine d'affaires. Le Chicaneur. Mon Dieu. Tu te rends compte ? Le Chicaneur. »
Elle répète ça en boucle, n'arrive pas à croire sa chance. Ça n'arrive jamais, ce genre d'opportunités. Pas aux filles comme elle, pas aux filles qui ne font pas partie du cercle des vingt-huit familles. Non, ça n'arrive jamais.
Ron enfouit son visage dans les boucles d'Hermione, dépose un baiser dans le creux de son cou.
« Je suis fier de toi, ma petite tête d'ampoule. Je suis fier de toi. »
Il recule mais avant qu'il ne défasse totalement son étreinte, elle l'arrête d'une main autour de son poignet. A travers les larmes d'émotion, elle lui sourit. Il encadre son visage de ses mains. Il tremble. Et l'instant d'après, sa bouche se pose sur la sienne. Tout son corps se détend, elle a le sentiment d'avoir attendu ça des décennies. Son cœur implose, quelque chose de fort, de tendre, de doux. Quelque chose qui comble tous ses vides.
Il met fin au baiser et se relève, légèrement titubant.
« Je... je vais chercher les autres. Pour fêter la bonne nouvelle. Enfin pas... je parle pas du fait qu'on se soit embrassés, hein. Je voulais dire... je parlais du Chicaneur. »
« J'avais compris, Ron », répond-elle en riant.
Il se penche pour ramasser quelque chose, lui tend.
« Tiens, t'avais fait tomber ça. »
Il lui jette un dernier regard, hésite, lui sourit maladroitement et puis s'éclipse. Elle regarde l'enveloppe qu'il vient de lui donner. L'enveloppe qui contenait la lettre du Chicaneur. Elle la tourne et la retourne dans ses mains. Tout à coup, quelque chose attire son attention. Elle observe de près le cachet de l'enveloppe. La colle légèrement fondue. Elle fronce les sourcils, elle connaît ce genre de technique. Troublée, elle repose l'enveloppe sur la table basse. Et pour le reste de la soirée, malgré les félicitations et les bières-au-beurre, elle ne peut s'empêcher de repenser à cette enveloppe. Elle sait que quelqu'un a lu son courrier.
13 juin 2013 – 7ème année
« On le fait ? »
« Je sais pas. »
« Allez, on le fait ! »
« Putain, c'est haut, quand même. »
Ils se tiennent tous là, au bord de la petite falaise qui surplombe l'eau du Lac. De ce côté là, elle n'est pas si haute que ça. Mais six mètres, c'est quand même effrayant.
« En plus, elle doit être glacée. »
« Je rêve, là. Ginny se dégonfle. »
« Oh, tais-toi, Harry ! T'as qu'à sauter, Monsieur Courageux. »
« J'attends qu'on le fasse tous ensemble. »
« Comme par hasard. »
Juin leur fait don d'un ciel clément, dégagé de tout nuage. Un soleil frais se perd en kaléidoscope de reflets sur les eaux du Lac. Des frênes gigantesque bruissent au-dessus d'eux. L'air a un parfum de vacances et de liberté.
« Moi je pense qu'on devrait fermer les yeux et se laisser rouler jusqu'au bord de la falaise. Vous savez que c'est ce que font les merles verts ? Ils font rouler leurs bébés du haut d'une falaise pour leur apprendre à voler. La plupart meurt, mais certains survivent. Je crois qu'il faut accepter que certains d'entre nous ne survivront pas, et tout ira bien. »
Tout le monde dévisage Luna qui leur sourit avec toute la bienveillance du monde. Si les doutes avaient commencé à fissurer leur volonté, ils prennent maintenant toute la place.
« On n'est pas obligé, non plus », commence Neville, d'une petite voix.
« Mais c'est la fin. On vient de passer nos ASPICs, on aura la réponse demain. A partir de là, tout va changer. C'est le moment ou jamais », proteste Parvati dans son maillot de bain une pièce à l'effigie de Lady Di.
Hermione recule d'un pas. Une brise fraîche ébouriffe ses cheveux.
« On peut faire autre chose, non ? On n'est pas obligés de sauter dans le vide pour célébrer la fin de l'année. On peut aussi faire un pique-nique, hein. »
« Bravo, Seamus. Très courageux. »
« Merde, faut quand même fêter ça de manière spectaculaire ! », s'exlame Ron en frictionnant ses bras couverts de chair de poule. « On a réussi à arriver jusque là, qui l'aurait cru ? Enfin, personnellement, je pensais même pas passer la troisième année. »
« Ah ouais, j'aurais même pas parié sur la deuxième année, moi. »
« La prochaine fois, tu passes par dessus bord, Ginny. »
Elle lui adresse un doigt d'honneur et un grand sourire mais par précaution, elle court quand même se cacher derrière Harry.
« Ça vaut quand même le coup de finir l'année en beauté, non ? Puis qui sait où on sera dans un an ? Dans cinq ans ? »
Sans savoir pourquoi, Hermione recule d'un pas, puis d'un autre et, sans reprendre son souffle, elle se met à courir. Sous ses pieds, elle sent les irrégularités de la pierre, les crevasses, les petits graviers. Le vent dans ses cheveux qui battent son visage. Et puis plus rien. Elle a sauté.
~o~
2017.
La rivière l'avale tout entière, glace son corps, la tétanise. Pas le temps d'expirer par le nez, des goulées d'eau s'infiltrent, brûlent ses sinus. Elle est poussée par le courant, elle se débat. Elle manque d'air. De l'air. Il lui faut de l'air. Par réflexe, elle ouvre les yeux. Ne voit rien. L'impression d'être aveugle. Et le froid qui lui pétrifie les muscles. Des décharges glacées le long de la peau. Elle bat des jambes. De l'air. Il faut qu'elle remonte. Elle ne sait plus où est le haut, où est le bas. Des griffes lacèrent son dos. Pattenrond. Elle bat, bat, bat des jambes. Agite les mains. Le courant la fait dériver, elle nage dans son sens. Ses poumons sont vides, elle lutte contre l'instinct d'ouvrir la bouche, d'inspirer une grande gorgée d'eau. Sa tête tourne. Elle a mal.
Et soudain, elle émerge à la surface, la lumière déferle, elle inspire, inspire, inspire, la plus longue goulée d'air de sa vie. Pas une seconde de plus à perdre, elle nage aussi vite qu'elle le peut. Elle entend les râles de Pattenrond, toujours accroché à elle. Les doigts gourds, elle défait le nœud de son écharpe, libère le chaton affolé qui grimpe sur son dos, s'accroche à ses cheveux. Elle accélère, elle a perdu tous ses repères, elle essaye de réfléchir mais son cerveau est ankylosé. Ses vêtements lui collent à la peau, elle imagine sa blouse détrempée de sang. Il faudrait qu'elle se retourne, qu'elle voit si les Traceurs sont toujours là, debout sur le pont, à l'observer se débattre pour ne pas se noyer. S'ils pointent sur elle leur revolvers. Mais elle n'a pas le temps. Pas le temps. Nager. Elle n'a que ça en tête. Mettre de la distance entre eux.
Elle brasse de l'eau, se laisse propulsée par le courant. Elle ne voit Malefoy nulle part. Elle a l'impression de nager depuis des heures. Les griffes de Pattenrond lui éreintent le dos, le crâne, l'écorchent. Elle imagine sa peau en lambeaux. Elle ne doit pas y penser. Elle doit nager. Ne pas réfléchir et nager.
A bout de force, elle rejoint la rive bordée de forêt. Ses pieds patinent dans la boue, elle tombe à quatre pattes. Elle a de la terre sur les habits, sous les ongles. Elle se relève, trébuche, tombe à genoux. Son cœur bat à cent à l'heure. Une petite boule de poils dégringole au sol en tremblant et en soufflant. Elle se penche sur elle, la caresse, lui murmure des mots rassurants. Un vent glacé agite les feuilles des arbres et l'herbe autour d'eux. Elle se relève, regarde autour d'elle. Personne. Pas de Traceurs. Pas de Malefoy.
Elle s'assoit au sol avec l'envie débordante de pleurer à gros sanglots. De peur, de colère, de solitude. Sa main trouve instinctivement le pelage détrempé de Pattenrond qui vient s'installer sur ses genoux en soufflant.
« Prépare-toi, mon grand. Il va falloir courir. »
Pattenrond feule en se blottissant contre elle. Elle ne sait même pas par où partir. Elle regarde autour d'elle, il n'y a que des arbres. Et entre les feuillages, des nuages noirs d'orages.
D'une main grelottante, elle se frotte les yeux. Pas le temps de pleurer. Pas le temps de se complaire dans son malheur. Il faut qu'elle s'éloigne. Que les Traceurs ne lui mettent pas la main dessus. Elle repense à Fenrir. Ses yeux carnassiers. Son sourire cruel. Sa main rêche contre sa peau. Un haut-le-cœur la secoue. Jamais. Elle ne doit jamais recroiser leur route.
Elle pose son chat au sol, se relève, titubante. Et commence par mettre un pied devant l'autre. Lentement. Et puis, quand elle sûre d'avoir retrouvé son équilibre et son souffle, elle accélère. De temps en temps, elle vérifie que Pattenrond la suit toujours. Il est déstabilisé, miaule en regardant autour de lui, mais il ne la lâche pas d'une semelle.
Elle, elle n'a plus qu'une idée en tête : Retrouver Drago.
~o~
Elle marche depuis une éternité. Elle suit les ondulations de la rivière qui serpente, à sa droite. A sa gauche, elle entend, au loin, le bruit de voitures qui passent à toute allure. Une route. Elle lutte contre l'envie de courir vers sa gauche, de déboucher en plein air et de faire du stop, s'installer sur le siège passager du premier venu, ne serait-ce que pour sentir l'air chaud de la ventilation contre sa peau glacée. Mais elle ne peut pas. Trop risqué. Elle serait à découvert, facilement reconnaissable avec sa dégaine de clandestine, alors elle continue de marcher sous les arbres, le vent sinuant sous ses habits, et Pattenrond sur ses talons.
Elle a l'impression de se voir hors de son corps, se voir errer dans une forêt, trempée et vacillante. Parfois, un oiseau se perche sur une branche et vient narguer Pattenrond en sifflotant avant de s'envoler d'un battement d'ailes. A part ça, ils sont seuls.
L'orage claque au-dessus d'eux. Le ciel est noir, l'air est lourd, l'écrase de tout son poids. Tout s'est assombri. Elle ne voit plus que l'obscurité du feuillage des arbres, des troncs, et, seul point clair, un sac plastique coincée dans les branches d'un Saule Pleureur. Impossible de savoir l'heure qu'il est. Sans s'arrêter d'avancer, elle ouvre son porte-feuille, vérifie l'état de ses économies. Les billets détrempés sont collés au cuir de son porte-monnaie. Par précaution, elle n'y touche pas, sort ses polaroïds. L'encre s'est légèrement délavé, le papier s'est gondolé, mais ils sont toujours reconnaissables. Elle range son porte-feuille et continue de marcher.
Elle pense à Drago. Elle aimerait qu'il soit là. Il faut croire qu'elle s'est habituée à sa présence, à ses remarques sarcastiques. Elle ne pensait pas en arriver là un jour, mais il lui manquerait presque.
Question pratique. On s'en sortirait mieux à deux.
Elle ne se sent pas en sécurité, toute seule. Elle se retourne constamment, ses yeux vont de droite à gauche, de gauche à droite. Elle a le sentiment d'être suivie. A chaque branche qui craque sous ses pieds, à chaque piaillement d'oiseau, elle sursaute, le cœur battant à tout rompre.
Au fond, Drago, doit être content, lui, de s'être débarrassé d'elle. L'occasion rêvée pour la semer. Elle ne peut pas lui en vouloir. Dans sa position, elle aurait peut-être fait la même chose.
Ça y'est, la solitude s'est immiscée en elle, rampe dans toutes les terminaisons nerveuses de son être. Elle est perdue au milieu de cette forêt et elle sait qu'elle ne reverra plus Drago. Il va lui falloir apprendre à continuer en solitaire. Marcher de village en village, trouver de quoi manger, se dégoter un endroit où dormir, avec pour seule compagnie le chagrin qui ne la quitte pas. Après tout, avant de croiser Drago, elle était seule. Pendant des mois, à Londres, elle n'avait voulu voir personne, s'était emmurée dans sa solitude. Elle avait fini par prendre le pli.
Et maintenant... Maintenant, elle n'en peut plus de tout ce silence, de tout ce vide autour d'elle. Incroyable comme on s'habitue vite à la présence de quelqu'un d'autre.
Pattenrond s'est arrêté. Elle fait demi-tour, l'attrape et le blottit dans ses bras. Il est toujours trempé, il tremble. Un instant, elle se demande si elle a bien fait de l'emmener avec elle, de l'arracher à son aire d'autoroute, de lui faire vivre tous les désastres qui lui collent aux basques. Et puis, tout contre elle, il ronronne, et elle oublie ses doutes.
~o~
Épuisée, elle s'appuie contre un arbre. L'orage tonne, au-dessus de sa tête. Et la pluie a éclaté brusquement, creusant des sillons de boue dans le sol. Les paupières lourdes, elle pousse un long soupir, serre Pattenrond contre elle. Le désespoir la submerge aussi brusquement que la pluie. Les branches claquent contre les troncs. Il fait presque noir, maintenant. Elle repère un autre sac plastique qui bat furieusement entre les feuilles d'un arbre, à une centaine de mètres d'elle. Ça l'intrigue, ces sacs plastiques. Ces taches de blanc dans l'obscurité. Elle ne comprend pas d'où ils viennent. D'où ils se sont envolés pour s'accrocher là. Elle imagine une petite famille, installée autour d'une table de pique-nique, près de l'eau. Et le sac qui s'envole sans même qu'ils le remarquent, qui sinue entre les racines et les feuilles, pour finir sa course suspendu à une branche, comme un drapeau sur son mât.
Non, ça ne va pas. Elle ne sait pas pourquoi, mais ça ne va pas. Elle se relève, accélère et puis, elle se met à courir. Quelque chose, quelque chose a accentué son rythme cardiaque. Quelque chose, comme un grain de sable, est venu perturber la scène de la famille pique-niquant près de l'eau. Plus elle se rapproche, plus elle comprend : ce n'est pas un sac plastique. Elle est au pied de l'arbre. Elle tend la main, touche du doigt la bande de tissu nouée autour de la branche. Un morceau de vêtement, déchiré à la main. L'idée fait lentement le trajet dans sa tête, s'aligne en une équation parfaite : c'est Drago. Et il a pavé la route de petits cailloux pour qu'elle le retrouve.
Animée d'un nouvel espoir, elle se remet en marche, suivie de près par Pattenrond. Elle scrute les alentours, scanne du regard, chaque arbre, chaque branche. Au bout d'une dizaine de minutes, elle localise une nouvelle bande de tissu. Elle court, revient sur ses pas, cherche, à tâtons, et remonte peu à peu la piste.
~o~
La nuit va tomber, et elle n'aura plus aucune visibilité. Le ciel est déjà si sombre, qu'elle voit à peine devant elle. La pluie ruisselle entre les feuillages. Lancée à toute allure, elle n'y tient plus, elle se met à appeler Drago. Elle court, en transe, elle court en criant son nom. Il faut qu'elle le retrouve. Avant de ne plus rien y voir. Les bandes de tissus sont de plus en plus proches, s'agitent dans l'obscurité comme des fanions un soir de fête.
Et puis, tout à coup, son prénom fait écho à ses appels. Elle reconnaît les inflexions de la voix de Drago, son accent anglais, la façon dont il prononce 'Hermione' d'une voix traînante. Son cœur s'emballe. Elle court à en perdre haleine. Dans l'obscurité, elle aperçoit soudain la blancheur de sa peau et de ses cheveux. Il l'attend, entre les arbres, il ne bouge pas. Elle sait qu'il sourit. Elle sprinte, la respiration courte. Ses jambes la lâchent, et elle tombe au sol, dégringole dans la boue. Il s'avance vers elle, lentement, sans se presser. Elle se relève et se remet à courir. C'est irrationnel, ça n'a pas de sens, mais le poids qui lui comprimait le thorax s'est envolé, la peur qui lui tenaillait l'estomac s'est évaporée. Elle sait pourquoi. Pour la première fois depuis des mois, elle n'est plus seule. Drago aurait pu la perdre en route, la semer, partir sans se retourner. Mais il ne l'a pas fait.
Elle le voit nettement maintenant. Il a un sourire en coin, comme toujours. Comme toujours.
Elle se jette dans ses bras. Surpris, il titube, ne sait pas vraiment comment réagir, et puis ses bras se referment autour d'Hermione, avec douceur, comme s'il avait peur de la briser en mille morceaux. Un long moment, ils se tiennent blottis l'un contre l'autre, silencieux. Un tumulte de sentiments s'agitent en elle et elle éclate en sanglots. De soulagement. De gratitude. Du bonheur de ne plus être seule sur cette foutue terre.
Il lui parle dans un murmure :
« Ça va, ça va. On est en vie. Tout va bien. Tout va bien. Tout va bien. »
Ses sanglots redoublent. C'est ridicule, de pleurer comme ça, au milieu d'une forêt, dans les bras de Drago Malefoy. C'est ridicule, mais elle a tant de chagrin à déverser qu'elle ne se contrôle plus. Elle se détache de lui à contre-cœur, et puis, au milieu de ses larmes, elle éclate de rire.
« J'ai cru que tu t'étais barré. J'ai cru que j'étais toute seule. »
Elle secoue la tête, les cheveux ruisselants, emmêlés de boue et de pluie. Il sourit, plus pâle que d'ordinaire.
« J'ai hésité », il plisse les yeux, la dévisage avec attention. « T'as une mauvaise influence sur moi, je commence à me sentir naître une morale. »
Elle se retourne, cherche Pattenrond des yeux. Il est là, à quelques mètres, les rejoint en galopant. Tout à coup, elle sent la main de Drago sur sa nuque. Sa peau se hérisse, elle frissonne.
« Tu saignes. Montre-moi ton dos. »
Elle hésite.
« C'est rien. C'est juste Pattenrond. Il a eu peur. »
En entendant son nom, le chaton vient se frotter contre sa jambe en ronronnant.
« Montre-moi. »
Les mains tremblantes, elle déboutonne sa blouse, la fait glisser pour découvrir son dos. Elle sent les doigts de Drago qui court sur sa peau. Un frisson la traverse.
« Il faut qu'on désinfecte. Demain, on s'occupera de ça. »
Il remonte sa blouse sur ses épaules et un sentiment confus la traverse comme une éclipse. Elle se rhabille et s'assoit par terre, à même la terre humide. Regarde autour d'elle, un long soupir aux lèvres.
« Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait ? »
« Je ne sais pas, il faudrait qu'on continue à marcher. »
Maintenant que l'angoisse s'est envolée, qu'elle ne court-circuite plus chaque neurone de son cerveau, son esprit pratique revient à l'assaut. Elle lève le visage vers lui.
« Il te reste quoi ? »
Comme il la dévisage sans comprendre, elle reformule :
« Il te reste de l'argent ? »
« Un peu. J'en avais caché dans les doublures de mon manteau. De quoi rejoindre Naples mais pas beaucoup plus. De toute façon, une fois là-bas, j'aurais plus besoin de rien. »
Il s'assoit à côté d'elle. Immédiatement, Pattenrond grimpe sur ses genoux, ronronne alors que Drago le caresse machinalement.
« Écoute, Hermione. C'est dangereux d'aller jusqu'en Andalousie. Ils savent qu'on y va, ils vont nous retrouver. Si on coupe par l'Est, on les sèmera. »
Elle frotte ses mains glacées l'une contre l'autre, nerveusement. Elle sait bien que c'est dangereux, qu'elle s'engage sûrement dans une impasse. Elle n'est pas stupide, elle a conscience des risques qu'elle prend. Mais elle n'a pas le choix.
« Je suis désolée, Drago, mais il faut que j'aille à Cabo de Gata. Je dois retrouver quelqu'un. Et c'est... c'est la seule piste que j'ai. »
Elle sort ses polaroïds de sa poche, les agite sous le nez de Drago. Dans l'obscurité, il ne doit pas y voir grand chose. Elle, elle les a tellement regardés qu'elle pourrait les décrire les yeux fermés. Chaque ombre sur le sable, chaque ridule dans l'eau bleue. Elle a juste à fermer les yeux, et le négatif apparaît sur la toile de ses paupières closes.
« Ces photos... C'est tout ce que j'ai. Sur un des pola, j'ai reconnu Cabo de Gata. Parce que j'y étais allée en vacances avec mes parents, quand j'étais petite. Les autres... les autres, j'ai aucune idée d'où ils ont été pris. Et il faut que je trouve. Je fouillerai cette terre centimètre par centimètre s'il le faut, mais je remonterai la piste. »
Comme il ne répond pas, elle enchaîne :
« Je vais pas t'imposer ça. J'aurais pas dû te menacer. C'est juste que j'étais paumée et morte de peur. A partir de demain, tu pourras partir où tu veux, tu pourras couper par l'Est, si tu veux, et je te promets, je te promets que tu peux me faire confiance. Je parlerai de notre rencontre à personne. En ce qui me concerne, tu seras tranquille. »
Elle ne voit plus que la silhouette floue de Drago, gommée par la nuit. Mais elle le devine hausser des épaules.
« On verra ça demain. On devrait rejoindre la route, marcher un peu. »
« Attends. Laisse-moi quinze minutes. Pour me reposer. Quinze minutes, et on se remettra en marche. »
« Vas-y. »
Elle grelotte, malgré le vent chaud soufflé par l'orage. De temps à autre, un éclair déchire le ciel. Le reste du temps, l'obscurité est totale. Elle s'appuie contre l'épaule de Drago. Ferme les yeux. Des souvenirs essayent de s'immiscer, de se placarder devant ses paupières closes. Mais elle est si fatiguée qu'elle s'endort sans leur laisser la chance de lui faire vivre une énième insomnie.
~o~
La terre tremble. Elle se sent glisser, perdre l'équilibre, tomber, tomber dans une abysse sans fond. Elle ouvre les yeux, se réveille en sursaut. Le sol est toujours là, bien stable, sous ses pieds. Non, c'est Drago qui la secoue par l'épaule. Elle se frotte les yeux de la paume de sa main, s'étire douloureusement.
« Il faut qu'on se remette en marche. »
« Il est quelle heure ? »
« Je ne sais pas », il désigne vaguement de la main sa montre, dont les aiguilles ont cessé de tourner. « Elle n'a pas aimé la baignade surprise. »
Hermione se relève péniblement. Il fait à peine jour. Six heures... sept heures, maximum.
« On se risque à couper par la route ? », demande-t-elle en essayant de discerner quelque chose entre les arbres.
« Pas le choix. Si on continue dans la forêt, on va finir par se perdre définitivement. »
Par réflexe, elle cherche sa valise des yeux. Elle ne s'est pas encore tout à fait habituée à voyager aussi léger. Une vague nostalgie la surprend : tous ses effets personnels, disparus. Perdus dans la voiture qu'ils ont abandonnée derrière eux. Sa logique court-circuite presque aussitôt le reste de ses pensées : quelques affaires contre ta survie, pas de regrets à avoir.
Drago s'est déjà remis en marche, elle le rejoint en courant.
~o~
Ils marchent le long de la route depuis plusieurs heures. Ses pieds sont à l'agonie, dans ses chaussures trempées. Son ventre proteste contre la faim en plaintes sonores. Un millier de fois, elle a pensé à abandonner, à se recroqueviller sur le bord de la route et s'endormir jusqu'à ce qu'un bon samaritain pris de pitié la recueille dans sa voiture et l'amène à bon port. Mais elle sait que ça n'arrivera pas. Elle aurait aimé faire du stop mais Drago a été catégorique sur ce point : pas de nouvelle rencontre. Ils sont tous les deux, seuls, et ils le resteront jusqu'à Cabo de Gata. Elle a voulu protester mais avant même qu'elle puisse formuler un argument cohérent, il l'a devancé : Granger, t'as vu un peu à quoi on ressemble ? Personne ne nous prendrait, de toute façon.
Il n'a pas tort. Qui se risquerait à ouvrir ses portière à deux vagabonds dégoulinants d'eau, l'air hagard et les habits maculés de boue ? Ce sera eux deux, seuls, jusqu'à Cabo de Gata.
De temps en temps, elle prend Pattenrond dans ses bras, pour faire taire ses miaulements aigus. Il est affamé, ne marche plus vraiment droit, ça lui fend le cœur. Et puis, quand même le poids plume de Pattenrond lui pèse trop lourd dans les bras, Drago prend la relève.
Le soleil doit briller, quelque part derrière les nuages gris qui courent jusqu'à la ligne d'horizon. Éblouie par le ciel blanc, elle garde les yeux rivés vers le sol. Et elle marche. Sans réfléchir, un pas devant l'autre, elle marche.
Drago se retourne parfois, lui jette un regard furtif. Comme pour vérifier qu'elle tient toujours debout et qu'elle le suit bien. Elle le rassure par un bref sourire auquel il ne répond jamais.
~o~
Elle a chaud, elle a froid. Sa veste pèse lourd sur ses épaules. Elle l'enlève, grelotte, la remet, suffoque. Pas de village en vue. Des champs et des bosquets où que ses yeux se posent. Pas même l'ombre d'une supérette, d'un bar perdu au milieu de nulle part, d'une église abandonnée depuis des années. Rien. Elle suit les lignes électriques comme une funambule. Elle a les yeux rivés sur ces longs fils noirs qui découpent le ciel. Balancés par le vent, ils grincent. Tanguent à droite. A gauche. Grince. A droite. A gauche. Grince. A droite. A gauche. Grince. A droite. Grince. Non. Ce n'est pas un grincement. C'est le bruit d'un moteur, elle baisse les yeux. Une voiture ralentit. Les suit, sans s'arrêter. Son cœur s'emballe. Les Traceurs. Elle accélère le pas, la voiture accélère à son tour. Reste à niveau. Elle court pour rejoindre Drago qui la distance d'une trentaine de mètres. Les portières claquent dans son dos. Elle sprinte. Drago s'est déjà retourné. Il fixe quelque chose derrière elle, sans bouger. Elle se place à côté de lui, fait volte-face.
Ils sont quatre. Sa respiration s'apaise : ce ne sont pas les Traceurs. Mais son soulagement est de courte durée. Ils s'avancent vers eux. Quelque chose dans leur regard la glace. Drago pose Pattenrond au sol, s'avancent vers les quatre hommes. Ils se regardent sans rien dire avant qu'un d'eux ne s'avance. Un brun, maigre, les joues creuses et un air de chien errant. De lévrier affamé. Il prononce, d'une voix dure et modulée par un fort accent :
« Vous nous filez votre fric et tout se passera bien. »
Quelque chose, là-dedans, vient triturer le cerveau d'Hermione. Comme une information, une information cruciale sur laquelle elle n'arriverait pas à mettre le doigt. Drago croise les bras.
« Sérieusement ? Vous avez vu nos gueules ? Vous avez vraiment l'impression qu'on est pleins aux as ? »
Si le lévrier est offensé par l'arrogance de Drago, il n'en laisse rien paraître. Il le dévisage.
« Ton manteau, alors, ça nous suffira. Et tes chaussures. C'est du cuir, ça. Ça marche toujours, le cuir. Ça se vend bien. »
Hermione ne voit que le dos de Drago mais elle déduit à la façon dont ses épaules se contractent que ça va dégénérer. Elle n'en revient pas, elle est comme frappée d'effarement, elle en oublierait presque d'avoir peur. Statistiquement... statistiquement, c'est impossible. Ils vont se faire agresser, elle le sait. Comment, comment ici, au milieu de nulle part ? Après tout ce qu'ils ont vécu, après le train manqué, l'auberge, les Traceurs, comment est-ce possible ?
Elle sent qu'il lui manque une information, qu'elle ne regarde pas l'histoire sous le bon angle, elle est à deux doigts de dérouler le fil quand le premier coup de poing part. Drago frappe le grand maigre en pleine mâchoire. Il tombe au sol, les yeux grand écarquillés. Il y a un instant de flottement, et puis c'est un brouhaha flou de cris, d'insultes et de frappes aléatoires. Dansant d'un pied sur l'autre, Hermione hésite, avant de courir rejoindre Drago.
Se souvenir. Se souvenir de ses conseils. Elle avise un homme qui tire Drago par le bras et de toutes ses forces, elle lui décoche un coup de pied au genou. Elle entend un craquement, suivi d'un hurlement. Son opposant roule par terre dans un sillage d'insultes proférées dans une langue qu'elle ne connaît pas. On l'attrape brutalement par les cheveux, et sa tête part en arrière. La gifle qui suit plonge le monde dans un brouillard opaque. Un bourdonnement vibre dans sa tête, dans ses yeux, dans sa bouche. Elle a perdu toute notion de la physique. Elle a l'impression d'être étendue au sol. Non, elle est à quatre pattes, paumes contre goudron, pantalon déchiré aux genoux. Elle se relève. Vertige. On l'attrape par le col et elle martèle le vide de coups de poing, au hasard. A droite, à gauche, droit devant elle. Jusqu'à sentir le contact contre ses phalanges de quelque chose de solide. On la lâche et elle retombe par terre.
Cette fois-ci, elle est étendue au sol, elle en est sûre. Ça bourdonne, ça vrille dans son crâne. Et puis ça crisse. On dirait les pneus d'une voiture. Elle roule sur le côté. Oui, c'est une voiture. La portière s'ouvre, dans le haut de son champ de vision. Deux pieds se posent sur le sol. Elle relève les yeux, son regard escalade un mètre quatre vingt-quinze de muscles, finis par un visage patibulaire, une barbe rasée de près et un nez cassé au moins trois fois. La bouche articule quelque chose. Elle ne comprend pas. Ça doit être de l'espagnol. Les coups se sont arrêtés de pleuvoir, il y'a un silence. L'homme répète quelque chose, personne ne répond. Il s'avance, sort de son champ de vision.
« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? »
C'est encore lui qui parle. En anglais, cette fois. Sa voix gronde comme un orage. Hermione cligne des yeux, pour déflouter le monde. Se relève avec difficulté. Le sol tente de se dérober sous ses pieds, elle titube, mais manœuvre pour rester debout.
« Dégage, toi », crache un des hommes au nouveau venu.
L'inconnu se rapproche de lui, l'attrape par le col et le repousse comme il aurait dégagé une mouche qui volerait un peu trop près de son visage. Sans douceur, il relève Drago, une arcade en sang, un œil qui n'a plus l'air en état de s'ouvrir et les habits déchirés.
L'inconnu tourne son regard vers Hermione, la pétrifie sur place. Il la dévisage des pieds à la tête, puis son regard scanne lentement Drago, le visage tuméfié, et les quatre assaillants, dont la moitié est au sol et l'autre moitié, débraillée et gueules cassées. Puis il tourne les talons, regagne lentement sa voiture. Il ouvre la portière, les regarde de nouveau un par un.
« Montez. »
Hermione est toujours sonnée, elle met quelques secondes à réaliser qu'il s'adresse à elle. A Drago et elle. Elle court vers Drago, passe un bras sous ses épaules et le guide jusqu'à la voiture avant de l'installer sur les sièges arrières. Elle monte côté passager, claque la porte. L'inconnu tourne les clés dans le moteur, démarre.
« Non ! », elle crie, rouvre la portière d'un geste brusque, se rue dehors.
Les quatre hommes sont toujours là, elle les ignore, court jusqu'à se rapprocher de la bordure de la forêt et siffle. La petite silhouette de Pattenrond accoure vers elle, elle le prend dans ses bras et retourne à la voiture. L'idée d'avoir failli l'oublier derrière elle la rend nauséeuse. Elle se rassoit dans la voiture, l'inconnu ne dit rien, ne commente pas, n'a même pas un regard pour Pattenrond.
~o~
Trente minutes de silence s'écoulent dans une ambiance tendue avant que la voix d'orage de l'inconnu ne se manifeste de nouveau.
« Viktor Krum. »
Hermione réprime un sursaut, avise Viktor du coin de l'œil. Il paraît trop grand pour sa voiture, courbé au-dessus de son volant. Il a les yeux fixés sur la route, elle se demanderait presque si c'est à elle qu'il s'adresse ou s'il parle tout seul. Mais, aussi sonnée soit-elle, elle se rend bien compte que ce serait bizarre de se parler tout seul en annonçant son propre prénom. Force est de reconnaître qu'il lui parle bien à elle.
« Moi c'est Gala... je m'appelle Gala. »
Elle jette un coup d'œil rapide à Drago, affalé contre les sièges, assommé.
« Lui, c'est Edouard. »
Krum hoche la tête, n'ajoute rien. Un nouveau silence s'étire.
« Euh... merci », elle articule ça du bout des lèvres, dans un murmure. Elle a l'étrange impression qu'elle devrait demander l'autorisation avant de parler. « Merci de nous avoir... aidés, tout à l'heure. Je... on les connaissait pas. Ils nous sont tombés dessus, comme ça... »
« Des petites frappes. Je déteste les petites frappes. »
Il a un drôle d'accent, un accent rocailleux qui fait rouler ses r. Elle ne sait pas quoi répondre, son cerveau est ankylosé, ses oreilles bourdonnent, sa bouche a un goût de fer. Elle porte les mains à ses lèvres, elle sent un liquide poisseux couler jusque sur son menton.
« Lèvre fendue. Rien de grave. »
Il lui annonce ça comme s'il lui reprochait de s'inquiéter pour des choses aussi futiles qu'une lèvre fendue. D'instinct, elle se raidit sur son siège. Il ne remarque rien, continue :
« Vous allez où ? »
Séville. Grenade. Almeria. Elle hésite à lui balancer un nom de ville au hasard, n'importe laquelle. Elle n'a pas envie qu'il sache où ils vont. Mais elle n'a pas la force de mentir, d'inventer toute une histoire, d'aligner les mensonges entrecoupés de quelques vérités pour faire passer la pilule. Avec Edouard, mon fiancé, on faisait le tour de l'Andalousie avant de se faire braquer la voiture. Elle pourrait dire ça, elle pourrait. Mais elle imagine les questions qui suivraient. Elle n'a pas les épaules d'improviser toute une vie imaginaire, de baratiner sur sa prétendue relation avec Drago. Ça demande plus d'énergie qu'elle ne peut en fournir, là, tout de suite, et le risque de se trahir plane au-dessus d'elle comme une menace : elle n'a vraiment pas envie de se mettre Viktor à dos.
Avec un arrière-goût de renonciation, elle avoue :
« On va à Cabo de Gata. »
« C'est sur ma route. Je vais vous déposer. »
« Vous êtes sûr ? Ça ne vous dérange pas ? »
« Non. Ça me fait plaisir. »
Ça la prend par surprise et elle ne sait pas bien quelle attitude adopter. Elle s'est isolée tant de temps, à Londres, qu'elle a perdu l'habitude des interactions humaines. Depuis, elle peine à savoir ce qui est normal et ce qui est déplacé.
« Merci, c'est... gentil ? »
Il ne répond pas, et Hermione sent qu'elle va passer le trajet le plus long de sa vie. Elle jette un coup d'œil dérobé à Drago, à travers le rétroviseur. Il a les yeux fermés, la tête appuyée contre la portière de la voiture. S'il n'était pas dans cet état-là, elle lui en voudrait presque de l'abandonner à la discussion du taiseux Viktor.
« Vous croyez que ça va aller ? Pour Edouard, je veux dire. Vous croyez que c'est grave ? »
Viktor lève le regard jusqu'au rétroviseur, ne dit rien pendant un long moment avant d'articuler :
« Oui. Il est juste sonné. Quelques bleus, un coquard et peut-être une ou deux côtes fêlées, mais rien de plus. Même pas besoin de points de suture. Il faut le laisser dormir. »
Elle est à la fois rassurée et vaguement impressionnée par le diagnostic spontané de Viktor. Peut-être qu'il est médecin ? Elle n'en sait rien, et elle n'a pas envie de savoir. Elle a juste envie d'arriver à Cabo de Gata le plus vite possible : la présence silencieuse de Viktor commence à l'étouffer. Le silence pèse lourd, l'angoisse. Elle voudrait dire quelque chose, n'importe quoi pour se défaire de la gêne qui engourdit tout son corps, occupe toute la voiture, l'asphyxie. Une voix tourne en boucle dans sa tête, lui répète : cette situation est gênante, gênante, gênante, gênante, fais quelque chose, c'est gênant, c'est gênant, c'est gênant...
Elle ne sait pas ce qui lui prend, les mots sortent tout seuls de sa bouche :
« Vous saviez qu'en 1835, Lord Dukington prit dans sa calèche un homme et une femme qui attendaient sur le bord de la route et qu'il a été retrouvé mort dans son véhicule le lendemain ? Ça a été le début d'une série de meurtres perpétrés par les premiers auto-stoppeurs de l'histoire. »
A peine a-t-elle fini sa phrase qu'elle regrette. Elle se donnerait des gifles. Pourquoi, pourquoi raconte-t-elle ce genre d'histoire glauque à quelqu'un qui vient justement de la prendre en stop ? Elle ne serait pas étonnée qu'il la jette dehors en lui hurlant de ne plus jamais s'approcher de lui.
« Je sais », répond-il de sa voix caverneuse. « Ils s'appelaient Mary et Phillip Feldman, et ironiquement, ils se sont tués dans un accident de calèche. »
Elle le regarde, surprise. Son expression n'a pas changé, il est toujours impassible, courbé au-dessus de son volant. Une vague de soulagement la submerge, elle se décrispe et se permet même un sourire. La gêne s'est volatilisée en même temps que la petite voix qui la torturait. Tout à coup, elle regrette son manque de politesse. Il les a sauvés, Drago et elle, et maintenant, il les conduit jusqu'en Andalousie. Sans hésiter, il les a aidés, les a sortis de l'impasse, et elle, elle n'est même pas capable de lui faire la conversation. Sa timidité, sa méfiance, sa réserve... il faut que ça change. Il faut qu'elle change. Elle a abandonné l'ancienne Hermione tétanisée et recluse au moment où elle a quitté le sol anglais, et il serait grand temps qu'elle arrête de l'oublier.
« Viktor, je peux vous demander où vous allez ? »
Il met un temps fou à répondre, et elle croit, un instant, que sa tentative de sympathisation va se solder par un échec. Mais il finit par répondre.
« Je suis invité sur une croisière. »
Un milliard de possibilités défilent dans sa tête : star de télé-réalité, chanteur connu, politique invité à une soirée mondaine en vue de négociations houleuses...
« Et vous êtes... ? »
« Boxeur. »
Elle n'avait pas envisagé ça, mais ça lui paraît évident, maintenant. Sa carrure, sa façon de se mouvoir et la force physique, brute, qui afflue de chacun de ses gestes.
« Et vous avez déjà gagné une compétition ? »
« Oui. J'ai gagné le championnat de boxe international, cette année. »
« Bravo. C'est... impressionnant. »
« Non, ça ne l'est pas. C'est juste du travail. Beaucoup de travail. »
Terre-à-terre. Elle rajoute ça à la liste des traits de caractère de Viktor. Taiseux, terre-à-terre et pas vraiment prompt à accepter les compliments. Ça promet une conversation fastidieuse.
« Ah, d'accord. Pardon. Je ne remettais pas en question votre travail. »
« Je sais. »
Comme le silence se profile de nouveau, elle demande, très vite :
« Et d'où part votre croisière ? »
« Almeria. »
Almeria. Hermione se souvient l'avoir vu sur la carte.
« C'est près de Cabo de Gata, ça, non ? »
« Vingt-neuf kilomètres. »
« Ah... d'accord. »
Elle pousse un soupir, abandonne l'espoir de lancer une discussion passionnée. La tête vers la vitre, elle regarde passer le paysage en acceptant l'intense silence qui va suivre.
« Vous venez de Londres. »
Il a annoncé ça comme une affirmation, n'a même pas pris la peine d'essayer de le faire passer pour une question. Elle le regarde, déstabilisée, avant de hocher la tête. La méfiance qu'elle avait ressenti au début du trajet refait surface. Est-ce qu'il a choisi la capitale anglaise, au hasard, ou est-ce qu'il s'est renseigné sur elle ? Elle se souvient du drôle de sentiment qu'elle a ressenti, lorsqu'elle était encore sur le bord de la route, acculée par les quatre agresseurs. Quelque chose d'étrange l'avait secouée. Comme un pressentiment.
« C'est votre accent », ajoute-t-il. « Vous avez l'accent londonien. »
Elle se détend aussitôt, relâche l'air qu'elle avait comprimé dans le fond de sa gorge.
« Oui, c'est exact. Je suis londonienne. »
« Je n'aime pas Londres. Trop de monde, trop de bruits, trop de pluie. »
Quelque chose remonte de sa poitrine, comme une chatouille, se fraie un passage jusqu'à sa gorge et éclate en rire dans sa bouche. Il lui jette un regard de biais, légèrement surpris.
« Vous faites toujours ça ? », demande-t-elle, amusée.
« Faire quoi ? »
« Parler comme ça. Annoncer les choses sans y mettre les formes. »
Il sourit et ça adoucit tout son visage.
« Oui. Pardon. Je vous ai vexée ? »
« Non, non, pas du tout. C'est juste que vous avez cette manière de parler sans... ne le prenez pas mal, mais vous n'avez vraiment aucun tact. En Angleterre, vous savez, on dit toujours les choses avec politesse. C'est un travers presque génétique, chez nous. »
« Je crois que les anglais ne m'ont jamais aimé. Comment vous diriez, vous, avec votre politesse anglaise, que vous trouvez Londres désagréable et déprimante ? »
« Pas comme ça, c'est sûr. Vous pourriez essayer de nuancer vos propos. Je vous donne un exemple, au lieu de dire : Je n'aime pas Londres, vous pourriez essayer : Je connais peu Londres mais je lui ai trouvé moins de charme qu'à d'autres capitales. Voilà, c'est comme ça qu'on le dirait, nous. »
« Ça m'a l'air compliqué. »
« Un peu. Et puis, pour tout vous dire, je n'aime pas Londres non plus, donc vous pouvez bien vous en plaindre autant que vous voulez. »
Il sourit de nouveau et décidément, ça le métamorphose. Ça forme une sorte d'étrange beauté : cette douceur dans un visage si dur, tout en mâchoire carrée et en sourcils froncés.
« Pourquoi vous n'aimez pas Londres ? »
Elle hésite, penche la tête et jauge Viktor du regard. Mentir ? Dire la vérité ? Elle soupèse rapidement les possibilités. Tranche en faveur de la sincérité.
« J'y ai de mauvais souvenirs. Et puis, vous avez raison, trop de monde, trop de bruits, trop de pluie. »
« Voilà, maintenant c'est vous qui parlez comme un bulgare. »
« C'est une expression que je ne connais pas ou vous êtes vraiment bulgare ? »
Cette fois, il rit. Et son rire rocailleux emplit toute la voiture, arrachant un sursaut à Hermione.
« Non, je suis vraiment bulgare. Mais j'habite à Londres depuis quelques années. Mon entraîneur est anglais. Il ne m'aime pas, et je comprends mieux pourquoi, maintenant. C'est parce que je parle comme un bulgare. »
« Écoutez... on a encore... quatre, cinq heures jusqu'à Cabo de Gata ? »
« Cinq heure et quarante minutes. »
« Je vous propose un cours accéléré d'hypocrisie anglaise, ça vous va ? »
Il hoche la tête, le sourire aux lèvres.
« Marché conclu. »
~o~
Ça approche, elle sent que ça approche. Le paysage a déjà changé, s'est peu à peu désertifié. Les champs verts ont laissé place à des buissons desséchés par le soleil, et le sol parsemé d'herbe s'est changé en poudre blanche, qui tourbillonne dans l'air chaud comme des volutes de sable.
L'anxiété monte, palpite doucement dans le creux de son estomac. Elle n'a pas encore pensé à Cabo de Gata, à ce qu'elle allait trouver là-bas. Ça a toujours plané dans un recoin de son esprit, comme un animal tapi dans l'ombre, mais à présent ça cogne pour en sortir. Pour la première fois de sa vie, Hermione n'a rien planifié, rien prévu. Et dans son ventre, l'anxiété palpite de plus en plus fort.
~o~
Cabo de Gata. Ça y est. Elle a le panneau sous les yeux. Plus exactement, elle l'a vu passer au moment où ils sont entrés dans la réserve naturelle. Un grand panneau en bois qu'elle a espéré tant de fois revoir. Elle en a le souffle coupé. Viktor lui parle, elle l'entend comme s'il lui parlait sous l'eau. Ça lui paraît lointain, déformé, inintelligible.
Elle se tourne vers Drago, qui dort toujours, allongé sur les fauteuils arrière. Il dort depuis quatre heures, maintenant. Elle aimerait le réveiller, qu'il la rassure. Pas qu'il soit vraiment du genre à compatir ou à être d'une quelconque aide, mais au moins il sait. Il sait pour les photos. Il a effleuré les contours de son désespoir. Elle n'a rien à lui prouver, pas à se forcer. Pas à faire comme si elle était une personne normale, avec une vie normale, qui se rend en vacances comme toutes les personnes normales de la terre. Non, avec Drago, elle n'a pas à faire semblant : il la connaît sous son plus mauvais jour et ça lui confère une liberté absolue.
« On arrive. Je vous dépose à Arceva ? »
Elle hoche la tête. Arceva, c'est le plus grand village de la réserve. C'est par là qu'elle doit commencer ses recherches. Elle voit les maisons grossir au fur et à mesure qu'ils se rapprochent : de petites maisons pâles, pressées les unes contre les autres, face à des criques noires de roches et azures d'eau salée. La voiture se gare sagement sur un parking désert. A peine met-elle un pied dehors qu'Hermione sent l'air chargé de sel la fouetter en plein visage. Le soleil se réfléchit sur la pâleur du sol et des façades : éblouissant. Un sursaut d'adrénaline la secoue des pieds à la tête. La main en visière, elle essaye de tracer les limites de la botte de paille dans laquelle elle est venue chercher son aiguille. Infinie. Le blanc du sol, le bleu de la mer, ils semblent s'étendre sans jamais s'arrêter.
Elle ouvre la portière arrière, secoue doucement Drago par l'épaule. N'obtient qu'un grognement infusé de sommeil. Elle insiste, arrive par force d'obstination à obtenir un œil ouvert, pas encore tout à fait éveillé.
« Edouard. On est à Cabo de Gata. »
Cette fois, il cligne des yeux. Se redresse en grimaçant, regarde autour de lui, abasourdi.
« Déjà ? Qu'est-ce que... »
Il porte une main à son visage, lâche un nouveau grognement douloureux avant de jeter un regard circonspect à Viktor, qui n'a pas bougé, toujours plié sur son volant.
« Merde, mais comment on est arrivé là ? »
« Je t'expliquerai. Viens, il faut qu'on descende. »
Déboussolé, il s'extirpe de la voiture, un bras sur ses côtes endolories. Il vacille, et Hermione se précipite pour l'aider. La portière de la voiture claque et en un instant, Viktor est là, soutenant Malefoy. S'il est surpris par la présence de ce mastodonte à ses côtés, il n'en dit rien.
A deux, ils guident Malefoy jusqu'à l'auberge la plus proche. Le jeune homme, à l'accueil, écarquille de grands yeux mais ne se permet aucun commentaire.
« Deux chambres, s'il vous plaît », annonce Hermione, en tendant le peu d'argent qu'il lui reste.
« Trois. »
Elle se retourne, surprise, vers Viktor dont la voix orageuse a résonné dans toute la pièce.
« Je vais passer la nuit ici. »
L'économie de mots comme toujours, c'est la règle avec Viktor. L'homme derrière le comptoir s'active, les mène jusqu'à leur chambre respective. Devant celle de Drago, Hermione fait un signe de tête à Viktor.
« Je m'en occupe. Merci. »
Sans un mot de plus, le boxeur s'éclipse. Elle tire Drago jusqu'au lit, retourne à l'accueil pour se procurer une trousse de premiers secours et retourne au chevet du Serpentard. Un coton imbibé de désinfectant, elle lui tamponne le visage le plus délicatement possible.
« Je dois avoir une sale gueule, hein ? »
Elle sourit, rassurée de le retrouver aussi exaspérant qu'à l'accoutumée.
« Pas plus que d'habitude. »
Cette fois, c'est lui qui sourit. Il attrape sa main, l'écarte de son visage.
« Hé, je suis en convalescence. Sois mignonne, Granger. »
« C'est vrai. Toutes mes excuses. »
Il lâche sa main, grimace alors qu'elle passe sur le bleu qui auréole son œil.
« C'est qui l'autre ? Celui qui nous a conduit jusqu'ici ? »
« Viktor Krum. »
Il écarquille les yeux, regrette aussitôt quand il sent une douleur lui traverser le sourcil gauche jusqu'au menton.
« Viktor Krum, le boxeur ? »
« Euh... oui. Oui, c'est ça. Quoi, tu le connais ? Tu vas m'annoncer que tu as une passion secrète pour la boxe, c'est ça ? »
« Pas vraiment. Mais j'ai déjà vu un ou deux mat... aïe, Granger, je t'ai dit d'être mignonne, pas la peine de me marteler le sourcil comme si tu voulais y planter un clou, hein. »
« Continue à te plaindre et tu vas te désinfecter tout seul. »
« Toujours aussi aimable. »
Elle repousse d'un geste bref les cheveux de Drago tombant en bataille sur son front, passe une dernière fois le coton sur son arcade et range la trousse de secours. Après une brève inspection finale de son visage contusionné, elle se relève. Aussitôt, il lui saisit le poignet.
« Merci, Granger. De pas m'avoir laissé là-bas. »
Elle incline la tête, un sourire espiègle aux lèvres.
« T'as une mauvaise influence sur moi : je crois que je commence à bien t'aimer. »
Il répond d'un sourire en coin avant de lâcher sa main. Elle se dirige vers la porte. Hésite. Se retourne.
« Je reviendrai vérifier dans la soirée que tu es toujours en vie. »
« J'y compte bien. »
Il referme les yeux et s'endort presque aussitôt.
~o~
Elle ouvre une boîte de thon, le poil de Pattenrond se hérisse, il ronronne, se frotte à sa jambe en miaulant comme un damné. Elle a à peine le temps de déposer la boîte au sol qu'il se jette dessus en grognant de plaisir. Elle le caresse, le laisse tout à son festin en se dirigeant vers la douche.
L'eau brûlante la réconforte, la boue s'enroule dans le sillon. Sous les rigoles d'eau, elle voit apparaître un à un les bleus et les meurtrissures. Pour la première fois depuis le début du voyage, elle prend le temps. De se laver les cheveux, de gommer la salissure, les peurs qui l'ont escortée jusque ici. De réfléchir vraiment. Elle est enfin à Cabo de Gata. Elle le sait, son voyage commence vraiment maintenant.
~o~
« Tu as faim ? »
Elle sursaute, relève les yeux du livre qu'elle feuilletait, tombe nez à nez avec les yeux noirs de Viktor qui la scrute avec une fixité dérangeante.
« Je ne sais pas vraiment, à vrai dire... », elle repose le livre, regarde son estomac comme s'il allait se manifester pour lui donner sa réponse. « Je crois que oui. »
« Je t'invite à manger. »
Elle hésite, a un bref regard pour l'escalier qui mène aux chambres. Elle a une pointe de remords en pensant abandonner Drago, mais la faim s'est réveillée, demande son dû, alors Hermione cède.
« D'accord. Merci Viktor, j'ai une dette de plus envers toi. »
« Non. Ça me fait plaisir. »
C'est presque choquant, d'entendre le mot plaisir dans la bouche de Viktor. Elle le laisse la guider hors de l'auberge, dans les petites rues ensablées d'Arceva. Au détour d'une petite rue, ils trouvent un restaurant minuscule, aux tables colorées. Assis l'un en face de l'autre elle retrouve ce silence si caractéristique de la compagnie de Viktor.
Depuis un an maintenant, elle a l'impression d'avoir exploré toute une gamme de silences. Ceux, longs, distendus, douloureux, qui l'accompagnaient dans les couloirs du Chicaneur. Et puis, les silences cruels, assourdissants, qui la faisaient ployer, recroquevillée sur le sol de son appartement. Elle se souvient du carrelage glacé de sa cuisine, sous sa joue, de la déchirure qui l'ouvrait en deux. Du vide. Après, sont venus les silences résignés de sa solitude, ceux auxquels elle s'était accoutumée. Puis, il y a eu les silences entêtés, ceux qui succèdent chacune de ses disputes avec Malefoy. Il y a aussi eu les silences presque tranquilles des longs trajets nocturnes avec lui, lorsqu'il dort, côté passager. Et puis ceux en pointillés, cousus de secrets et de points d'interrogation, qui n'ont jamais cessé de s'immiscer entre eux.
Dans l'immédiat, elle découvre un nouveau genre de silence : embarrassé. Ses doigts pianotent sur la table, elle ne sait pas quoi dire, pas quoi faire. Son pied bat la mesure du silence, sous la table. Elle a envie de partir en courant, de retourner se planquer dans sa chambre d'hôtel, là, au moins, le silence ne l'étouffera pas. Le plat arrive, la sauve un instant du silence.
« Tu étais à Poudlard. »
Elle relève les yeux de son assiette, dévisage Viktor avec méfiance. Il a cette façon de toujours affirmer les choses, de dispenser des constats avec autorité, comme s'il connaissait mieux sa propre vie qu'elle.
« Comment tu sais ça ? », elle répond sèchement, presque méchamment.
« Ton écharpe. Celle que tu portais ce matin. C'est l'écharpe de Gryffondor. »
Un frisson lui remonte le long de l'échine. L'étau se resserre autour de sa vraie identité. Et puis, d'où il sort, ce gars qui connaît si bien Poudlard alors que la moitié des anglais ignorent son existence ? Elle aurait peut-être dû réfléchir avant de le laisser les amener jusqu'ici.
« J'étais à Durmstrang. »
« Oh. Désolée. »
C'est son mea culpa pour l'avoir soupçonné de... de quoi, au juste ? Elle ne saurait même pas expliquer de quoi elle a peur. Il fronce les sourcils. Évidemment, il ne peut pas savoir pourquoi elle s'excuse.
« C'était... c'était bien, Durmstrang ? »
« Glacial. »
« C'est vrai, ce qu'on dit ? La légende du château sans porte, le palais des courants d'air ? »
« Pour nous habituer au froid. On perd toujours un camarade, en hiver. C'est la discipline de Durmstrang. Maîtriser le corps et l'esprit. Tempête et Fureur. C'est notre devise. »
Les yeux ronds, elle le dévisage. C'est tellement différent de Poudlard. Elle n'est pas sûre qu'elle aurait survécu, dans une école comme ça.
« C'est... ça a l'air sympa. »
« Quand t'en sors vivant, oui, c'est sympa. »
Il sourit. Ça a l'air d'être une blague. Elle échafaude un petit rire forcé qu'elle lui sert par politesse.
Il appelle le serveur, parlemente avec lui à propos d'une bouteille de Champagne. Elle en profite pour l'observer : il a des iris si noirs qui happent sa pupille, des sourcils toujours froncés avec froideur, une mâchoire carrée, des pommettes saillantes, dures. Il se tourne vers elle, elle rougit, embarrassée d'avoir été prise sur le fait en train de le détailler, détourne le regard alors qu'il lui sert un verre de champagne. Elle boit une gorgée, le regard cimenté au fond du verre.
« Tu es mariée. »
Encore une fois, ce n'est pas une question, c'est une affirmation. Elle suit des yeux le doigt qu'il pointe sur sa bague. Une bouffée d'angoisse enflamme ses joues.
« Non. Non. Fiancée. »
Elle ne sait pas pourquoi elle répond ça. L'habitude, sûrement.
« Pas au blond. Vous avez pris deux chambres séparées. »
Elle trouve ça incroyablement indiscret mais elle n'a pas la force de lui faire remarquer, elle se contente de confirmer d'un hochement de tête.
« Non, pas avec Edouard. »
« Ton fiancé est à Londres ? »
« Non. »
Elle boit son verre de Champagne d'une traite, se ressert. Sourit maladroitement. Avale une nouvelle rasade. Elle se sent tout à coup fatiguée. Elle a envie de rentrer.
« Toi, tu es marié ? »
Elle demande ça pour changer de sujet. A sa grande surprise, il éclate de rire.
« Non. Pas le temps avec la boxe. »
Elle finit son verre. En boit un quatrième. Sa tête tourne, les contours de Viktor se brouillent, deviennent moins net. Elle n'arrive plus à se souvenir de la dernière fois où elle a bu. Si, ça lui revient. La neige de décembre. Le rire triste de George, son coquard à l'œil gauche. Pourquoi elle pense à ça ? Tous les deux, assis dans son petit studio. George qui pleure.
Elle boit un autre verre. Viktor la regarde, maintenant. Il articule quelque chose qu'elle n'entend pas vraiment, elle tente au bluff une réponse, un oui oui, qui s'extirpe de sa gorge comme un croassement. De la musique, elle entend de la musique. Elle se lève, elle titube. Danser. Faire quelque chose, n'importe quoi. Elle boit un autre verre, pour se donner un peu de contenance. Mauvaise idée. Elle tangue. On danse ?, elle demande à Viktor. Ou peut-être qu'elle ne l'a pas formulé à voix haute. Elle ne sait plus.
Les murs tombent à l'horizontale, Viktor la rattrape. Son bras autour de ses hanches. On danse ?, elle redemande. On rentre, il répond. Elle dit quelque chose, mais elle n'arrive plus à savoir quoi. Aussitôt sortis de sa bouche, les mots s'effacent. Des billets laissés sur la table : il paye. La soulève. Le monde est sens dessus-dessous. Elle rit. Ou elle pleure. Elle ne sait plus bien.
~o~
Elle est dans le couloir de l'hôtel. Il fait noir, elle ne voit rien. Elle tâtonne, tourne en rond. Revient sur ses pas. Trouve la poignée, l'actionne. La lumière est allumée. Drago se réveille, se relève dans le lit. Ses yeux sont fatigués, cernés. Il se frotte les paupières de la paume.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Elle rit. Non, non. Elle pleure. Elle marche vers le lit, s'y hisse maladroitement. Drago la regarde, l'observe des pieds à la tête, inquiet.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé, Granger ? C'est Krum ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ? »
Elle s'accroche à lui, sans répondre. Pleure dans son cou. Il a passé ses bras autour d'elle.
« Bon sang, Granger. Dis-moi ce qu'il se passe. »
Elle hoquette, suffoque. Les sanglots la noient, débordent de l'intérieur, enrouent sa gorge. Il faut que je trouve Harry. Il faut que je trouve Harry. C'est tout ce qu'elle arrive à dire. Elle le répète en boucle. Harry. Harry. Harry. Submergé de larmes, Harry, Harry, Harry.
Demain, répond Drago. Demain. Il ne dit rien d'autre, la serre contre lui. Quelque part, au milieu de ses sanglots, la lumière s'éteint, et bien plus tard, elle s'endort, enroulée tout contre Drago.
Hola amigos y amigas !
Bon, finalement, je poste ce chapitre un peu tard. Le prochain arrivera plus vite, promis !
Merci à tous & à toutes pour vos reviews. Vous êtes des amours. Vraiment, vraiment des amours.
Concernant ce chapitre, il est un peu étrange, puisque c'est un chapitre de transition, mais vous verrez bien. J'espère que ça ne vous a pas trop rebuté. J'ai encore du mal à me dire que certains chapitres doivent avoir un rythme plus calme, c'est obligatoire. Mais dès que ça manque un peu d'action, je suis en panique total ! Bref, vous me donnerez votre avis, les amis.
Merci à Guest pour ta review ! ça me donne l'impression de vivre le chapitre en même temps que toi, donc mille merci.
Et encore merci à vous tous et toutes, à très vite.
