Ouf, j'ai vaincu. C'est pas faute d'avoir lutté de longues heures avec ces persos idiots qui ne veulent pas coopérer quand on le voudrait. J'espère que ce chapitre vous plaira. Mille mercis à Ariani et Myrylaa pour leurs conseils avisés, leurs bonnes idées et leur enthousiasme.
Et bien sûr, merci à vous, charmants lecteurs, dont chaque review me fait sautiller partout avec des étoiles dans les yeux.
Résumé des épisodes précédents (paske ça fait quelques temps (kof kof) depuis le dernier chapitre) : Firefly ne se souvient pas de ses vies antérieures, tandis que Roch, oui. Toutefois ce minuscule léger détail ne les a pas empêchés de se retrouver, et Firefly a finalement embrassé Roxas dans le chapitre précédent, comme au cinéma. Parallèlement, il a révélé à Roxas qu'ils étaient à la recherche d'un trésor mystérieux : la main de Midas qui possède le pouvoir de changer ce qu'elle touche en or. Ils sont à la recherche d'un homme qui possède « une Clef », une sorte de boussole qui les mènerait à la Main.
Rating T : pour langage de pirates.
Les bannis ont droit d'amour
Monde III : La planète au trésor
Si tu veux être un homme libre
Partie 7 :
Je connais le doute
Les pleurs, la peur
Mais tout au fond
Là dans mon cœur…
Rhéa était un monde connu pour son climat enchanteur, ses paysages extraordinaires et ses monuments somptueux. C'était une destination des plus prisées pour le tourisme. Roch n'avait jamais imaginé qu'il s'y rendrait un jour. Toutefois, sans grande surprise, la brève excursion sur Rhéa fut loin d'être idyllique.
Le capitaine avait été très vague. Il s'agissait de retrouver quelqu'un qui était soi-disant un proche de l'homme qui détenait la clef de la boussole. En atterrissant sur Rhéa, Roch avait eu un mauvais pressentiment - qui s'était largement vérifié.
Et c'est ainsi que le jeune pirate se retrouvait littéralement dans un paradis sur terre, poursuivi par une horde de garde armés jusqu'aux dents, car Firefly avait oublié de mentionner que leur cible était un ambassadeur.
Roch était censé servir de distraction tandis qu'une petite équipe, composée du capitaine, de Bartok et de Snake, délogeait l'ambassadeur de sa tanière, dans le but totalement avoué de l'embarquer de force à bord du Miranda.
Si Roch avait cru un instant qu'un baiser changerait le comportement du capitaine à son égard, il faisait face à une brutale désillusion.
Lorsque Roch rejoignit le Miranda après une course poursuite qui avait duré près de trois heures, le capitaine, Bartok et Snake étaient déjà à bord et leur prisonnier aux fers.
oOoOo
La nuit, entre deux et quatre heures, la garde sur le Miranda était au minimum. Fort de cette indication, Roch se glissa hors de sa couchette pour rejoindre la cabine du capitaine, les joues rougissant à la pensée de ce qu'il pourrait dire si quelqu'un le trouvait à cette heure-ci à frapper à sa porte.
Ça ne faisait que deux jours, depuis le baiser, et Roch commençait tout juste à accepter que Firefly ne voudrait jamais de lui de cette façon, ne le regarderait jamais comme (Axel) l'avait fait. Il n'arrivait toujours pas à y croire. Il n'y avait personne devant la porte du capitaine. Roch entra, sans frapper.
Firefly était assis derrière son bureau, les pieds sur la table, les mains derrière la nuque, en une posture relaxée et désinvolte que Roch avait peine à assimiler à son capitaine – il ressemblait à (axel).
-Bonsoir.
Ils n'avaient pas parlé de ce qu'il y avait entre eux. Roch avait compris sans mal que Firefly ne voulait pas mettre de mots dessus, parce que cela aurait rendu la chose réelle et qu'il n'était pas prêt à accepter ce qu'il voulait.
Firefly tira sur la chemise de Roxas pour l'attirer plus près. Roch obéit sans un mot. Ils se regardèrent un bref instant, puis Roch se pencha pour l'embrasser.
Leurs baisers avaient été timides jusque-là mais cette fois, Roxas s'enhardit et joua un peu avec ses lèvres, sa langue et ses dents, faisant durer le baiser longtemps, longtemps si bien que Firefly perdit toute notion du temps.
Firefly refusait de trouver ça excitant, d'être enclin à ce genre de choses, mais son corps le trahissait d'une façon ignominieuse. Il se demanda s'il pouvait haïr Roch, juste un peu, pour ce qu'il lui faisait ressentir. Mais non. À la place, il se haïrait demain, quand il ferait jour. Cette chose entre eux ne devait exister que dans l'ombre, en catimini un secret connu d'eux seuls.
Et si cela restait dans le noir, Firelfy trouverait peut-être en lui la force d'assumer ses propres désirs.
oOoOo
Le prisonnier ne resta pas très longtemps silencieux. Très vite, il cracha tout ce que Firefly voulait savoir. Une fois devenu inutile, malgré ses supplications pitoyables, il fut balancé sans autre cérémonie par-dessus bord, courtoisie de Thestral, pendant que près du gouvernail, surplombant le pont, Firefly regardait la scène pathétique, le visage impassible.
Roch n'eut aucun doute sur le fait que l'ordre venait de Firefly. Pour la première fois depuis son arrivée à bord, Roch se sentit mal à l'aise. Le hurlement du prisonnier – dont il ne saurait jamais le nom – sonnerait longtemps entre ses oreilles, comme un écho brisé.
oOoOo
Firefly attendit Roch ce soir-là mais il ne vint pas.
Ni cette nuit-là, ni celles d'après.
oOoOo
Roch monta sur le bord du Miranda, une main solidement appuyée sur l'épaule de Snake pour assurer son équilibre. À coté de lui, Scar lui fit un bref sourire qui découvrit des dents jaunes, un peu pointues, avant de faire un pas dans le vide. Retenu par sa corde, Scar se balança de longues secondes dans le vide, se servant de ses jambes pour ne pas heurter le vaisseau – ce qui n'aurait pas manqué d'être douloureux – avant de remonter, à la seule force de ses bras.
- À ton tour, dit Snake près de son oreille. Et t'inquiète, mauviette, on te repêchera.
Roch ferma les yeux et sauta.
oOoOo
Lorsqu'il regagna sa chambre, le jeune pirate eut un pincement au cœur en pensant à Firefly, mais il l'ignora facilement.
Jusqu'au moment où il aperçut la longue silhouette du capitaine, appuyée contre la porte de sa cabine, en vue, là où tout le monde pouvait le voir et se demander ce qui pouvait bien conduire Firefly hors de sa tanière à une heure aussi tardive.
Roch se figea le cœur battant. Il pensa à faire demi-tour et disparaître – il y avait bien une ou deux corvées idiotes à faire – mais c'était trop tard : Firefly l'avait déjà vu et s'avançait vers lui. La main du capitaine se referma sur son épaule, et il traîna Roch, plus qu'il ne le guida vers sa cabine.
À quelques pas de là Snake, qui s'était levé pour aller aux latrines, les regarda s'éloigner, une expression illisible sur le visage.
oOoOo
La porte se referma sur Roch avec un claquement qui était probablement dramatique. Les yeux du jeune homme restèrent résolument fixés sur le bureau qui occupait une bonne partie de la pièce jusqu'à ce que Firefly lui attrape le visage entre les mains, pour le forcer à le regarder. Roch déglutit, incertain et minuscule face à la colère qu'il lisait dans les yeux d'(Axel).
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/ les prunelles mortes sont révulsées, hantées par une haine laide et létale qui va les tuer tous les deux, pour de bon cette fois la bouche plissée sur un rictus cruel, un rictus qui promet 'je vais te faire mal'
et derrière la haine, il y a une vieille douleur, une vieille douleur qui commence dans une rue sombre où il ne fait jamais jour et qui finit dans les rues de Paris, sur la potence.
pendant une seconde, Roxas imagine que Axel se souvient, enfin. //
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Mais c'était différent cette fois. Cette fois, la colère d'Axel était humaine.
-Qu'est-ce que tu crois faire, Roch ?
-Capitaine.
-Tu crois que tu peux mettre toutes ces choses dans ma tête, tu crois que tu peux t'insinuer en moi jusqu'à ce que je devienne fou et juste partir ?
Sa main s'abattit avec violence sur la porte, à dix centimètres à peine du visage de Roch.
-Qu'est-ce que tu m'as fait ?
Sa bouche frôlait celle de Roch, si bien que celui-ci eut l'impression, que pour un peu, il pourrait avaler les mots du capitaine.
-Ils l'ont balancé par-dessus bord, siffla Roch en réponse. Et vous les avez laissés faire.
Firefly le fixa en silence et lui toucha gentiment la joue. Il était presque soulagé de comprendre pourquoi le jeune pirate l'avait évité. A cause d'un sens de l'honneur et d'une morale encombrants, c'était mieux que tout ce que Firefly avait imaginé, lorsqu'il attendait Roch, jusqu'à tard dans la nuit.
-Nous sommes des pirates, dit Firefly. Ce n'est ni la première fois qu'une telle chose arrive, ni la dernière. Certains d'entre eux aiment le goût du sang. Et si je ne les laisse pas faire, c'est le nôtre qu'ils verseront.
Firefly chercha son regard, posa sa bouche sur la sienne. Roch ferma les yeux et le laissa faire tout ce qu'il voulait. Lorsque le capitaine le lâcha, le feu dans son regard s'était éteint.
-Ne recommence pas ça.
Il l'embrassa encore, la main contre le bois de la bibliothèque, les yeux fermés, puis ses doigts commencèrent à jouer avec la chemise de Roch. Le cœur de Roch sembla rater un battement ce n'était jamais allé aussi loin.
oOoOo
-Zadig sera sur Antinoüs dans vingt-trois jours standards. Il y restera six jours, à l'Hôtel Luminaire près d'Alexandrie IV. Ce sera notre chance, messieurs. La Main nous attend. Je peux presque la voir. Je vous invite à boire et manger, ce soir.
Le discours fut accueilli par des acclamations et des applaudissements.
oOoOo
Antinoüs était à une quinzaine de parsecs de leur position actuelle. Il leur faudrait plusieurs jours pour atteindre la planète.
Roch sentit la tension monter sur le vaisseau. C'était dû à autre chose que l'anticipation de la chasse, mais il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. C'était plus fort que ça, c'était personnel et il avait l'impression que tout le monde, sauf lui, savait exactement qui était Zadig. Qu'est-ce qui liait cet homme au Miranda ?
Le temps passait à une lenteur désespérante. Chaque jour semblait plus long que le précédent et des bagarres éclataient au moindre prétexte. Plusieurs pirates avaient cherché Roch, l'insultant copieusement ou l'accablant de corvées. On l'avait même frappé, une fois, mais Roch ignorait les provocations.
La plupart de ses agresseurs étaient plus lourds et plus forts que lui et les batailles dégénéraient très vite. Le dixième jour, Snake se fit casser le bras et Scar brisa la mâchoire du responsable.
Le quatorzième jour, quelqu'un passa par-dessus bord. L'incident n'avait prétendument aucun témoin, mais Roch ne put s'empêcher de remarquer l'air goguenard de Thestral trois jours durant.
Il n'en fit la remarque à personne, songeant que les joyeux drilles qui tenaient lieu d'équipage du Miranda étaient au moins aussi observateurs que lui.
Il passa bientôt toutes ses soirées à guetter le moment où il pourrait s'échapper discrètement pour retourner dans la cabine de Firefly. Ils parlaient, jouaient aux dames, ils essayèrent même le go, avant que Roch ne renonce à comprendre les secrets des pierres noires et blanches.
Ils jouaient jusqu'à ce que l'un d'eux ne s'impatiente et dérange le plateau de jeu, attirant l'autre dans un baiser et une étreinte à la fois maladroits et frénétiques. Parfois, ils ne savaient plus s'ils riaient ou s'ils s'étouffaient pour avaler de l'air.
Firefly lui donnait toutes sortes de baisers : il y en avait qui prenaient leur temps pour le simple plaisir du contact entre deux bouches, deux langues. Il y en avait des plus agressifs avec autant de dents que de langues qui amenaient sur leurs palais le goût métallique et salé du sang. Il y en avait enfin, ceux qui étaient donnés sans y penser, presque avec tendresse, et c'était ceux-là que Roch attendait avec une appréhension patiente parce qu'ils agitaient des papillons à l'intérieur de son ventre.
Ils s'embrassaient, trouvaient le chemin du lit d'(Axel) où ils s'allongeaient corps contre corps, peau contre peau et les soirées passant, les vêtements finirent par disparaître tout à fait, les contacts se firent plus intimes.
Roch aimait cette friction des corps, et il aima cela davantage encore lorsque Firefly l'embrassa sur la bouche, le retourna sur le ventre et lui fit l'amour pour la première fois.
Roch ne verrait jamais les yeux verts, félins, de Firefly se rétrécir dangereusement quand, délirant de plaisir, il expira le nom d'(Axel).
oOoOo
Firefly apprenait à aimer ce corps. Ce n'était pas seulement la silhouette de Roch qui le fascinait, mais son être tout entier. Il se demandait ce qui avait bien pu pousser un garçon aussi droit et gentil à accepter l'offre d'un pirate à oublier sa vie tranquille pour vivre de la piraterie, entouré de voyous de la pire espèce.
Le mystère restait entier, même après plusieurs mois de navigation à ses côtés.
Firefly ignorait comment appeler ce qu'il ressentait, un mélange de fascination, de désir, de possessivité, et peut-être d'affection. Ce qu'il savait en revanche, c'était qu'il voulait Roch pour lui tout seul, et qu'il y avait quelque chose en lui qui avait froid quand il surprenait le nom d'Axel dans la bouche de Roch. C'était toujours inconscient, et dit avec tant de douceur que Firefly en avait mal aux tripes. Parfois – seulement parfois – il détestait Roch pour tout ce qu'il lui faisait ressentir.
oOoOo
Le dix-neuvième jour, Roch ne se souvenait pas avoir été aussi heureux. Il avait passé la journée avec Scar et Thestral. Celui-ci d'une bonne humeur exceptionnelle (qui avait sans doute un lien avec le voyage qui touchait à sa fin et la perspective de mettre la main sur Zadig), avait passé son temps à lui montrer comment marchait un bâtiment comme Miranda, les miracles qui la faisaient voler et qui leur permettait de respirer dans l'espace, les subtilités du maniement des voiles de feu, dont il parlait comme un art.
Ils racontèrent toutes sortes d'anecdotes, plus drôles les unes que les autres et Thestral sortit une bouteille d'hydromel de sa réserve personnelle qu'il partagea avec eux.
Ce soir-là, Roch rejoignit Firefly dans sa cabine. Il ne retourna jamais dans son dortoir. Il s'endormit en écoutant les battements de cœur du capitaine.
Au petit matin, comme il regagnait son dortoir, le monde de Roxas commença tranquillement à s'écrouler.
Comme il allait retourner au dortoir, prendre une douche rapide et peut-être changer de vêtements, il se heurta à l'expression placide de Snake, allongé dans son hamac. Posé sur un matelas, collé contre le mur à cinq centimètres de Snake, Scar ronflait comme un bienheureux. Et juste comme ça, juste à cause de ce regard neutre, au plus profond de ses os, Roch fut absolument certain que Snake savait. Il savait exactement où (avec qui) Roch avait passé la nuit.
Une boule d'angoisse douloureuse remonta dans sa gorge, retomba dans son ventre et il ne savait plus bien s'il avait trop chaud ou trop froid.
-Snake ? expira-t-il, comme un condamné.
Son ami l'ignora et lui tourna le dos.
Roch passa le jour suivant dans un brouillard d'anxiété et d'amertume. Il savait que, malgré l'ambiguïté de la situation, le fait qu'il n'était sûr de rien, et que c'était tout au plus une intuition, il devait en parler au capitaine. Il était terrifié de la réaction de celui-ci s'il apprenait que quelqu'un (Snake) savait (peut-être) que le capitaine du Miranda (axel) couchait avec un homme.
Snake le coinça dans ce qui servait de cuisine (mais qui était tout simplement l'endroit arbitrairement dédié à l'épluchage de pommes de terre).
-Roch ! dit-il avec un sourire de requin. T'étais où cette nuit ?
Roch ignora bravement son cœur qui cognait trop fort, trop vite entre ses tempes.
-J'arrivais pas à dormir.
-Et toutes celles d'avant aussi ? dit Snake.
Roch essaya de garder une expression neutre. Il avait envie de vomir. Il avait l'impression d'assister à la désintégration de sa relation avec le capitaine.
-Et alors ? T'as un truc à dire ?
-Non, je te pose la question c'est tout.
-J'étais avec le capitaine. Il me montre des trucs sur la navigation et les cartes. D'autres questions ? demanda Roch, affectant un air ennuyé.
Snake n'eut pas l'air très convaincu mais il lâcha. Roch n'osa pas retourner voir le capitaine avant plusieurs heures, et il vérifia avant que Snake était trop occupé ailleurs pour noter son absence. Lorsqu'il entra, discrètement, sans frapper, il trouva Firefly derrière son bureau, les doigts jouant sur son écran tactile, envoyant et renvoyant des images sur le mur blanc à sa gauche. Le capitaine releva la tête à son entrée et lui adressa un sourire.
-Tu es en avance, plaisanta-t-il, à moitié sérieux.
-Il fallait que je vous parle. C'est probablement rien du tout, mais –
-Je t'écoute.
Il n'y avait pas de façon facile d'aborder le sujet. Roch lui raconta rapidement sa conversation avec Snake, les regards surpris – il laissa de côté la peur qui lui tailladait le ventre. Firefly l'écouta sans dire un mot il ne souriait plus et arborait un air presque féroce. Soudain, Roch fut très inquiet à l'idée qu'en plus d'interrompre leur relation, le capitaine décide qu'il ne faille s'assurer que Snake ne parlerait pas.
-Il ne dira rien.
-Comment tu peux en être sûr ?
Roch ne répondit pas. Le capitaine soupira et se leva.
-Ne fais pas confiance à un pirate, lui souffla-t-il. Jamais.
Roch déglutit. Il avait l'impression que cette dernière affirmation n'était plus tout à fait à propos de Snake et l'insinuation lui glaçait les sangs /tu serais fou de me faire confiance – je ne te fais pas confiance/.
-Capitaine-
Firefly balaya ses mots d'un geste agacé.
-Assez avec 'capitaine'. Dis mon nom, dit-il.
Axel.
Sa bouche forma le mot, mais il n'articula aucun son, se reprenant au dernier moment. Ses yeux étaient vissés à la bouche de Firefly. Il avait envie de le toucher. Il avait encore le droit, apparemment.
-Quand tu me regardes, siffla le capitaine, tu penses à Axel, n'est-ce pas ? Dis mon nom, Roch, et je te jure que si tu m'appelles encore par le sien, je te coupe la langue.
Roch eut l'impression que son corps se bloquait dans sa gorge quand il comprit que le capitaine le croyait entiché de quelqu'un d'autre (Axel). C'était tellement ridicule qu'il faillit éclater de rire. Roch n'avait pas la plus petite idée de la façon dont il pouvait expliquer à Firefly ce qu'il ressentait. C'était dans ses veines, dans son corps, comme inscrit au fer rouge.
-Vous ne me l'avez jamais dit, répondit Roch.
Firefly le considéra en silence.
-C'est Kaël, lâcha-t-il avant de l'engouffrer dans une étreinte étroite à en briser les vertèbres.
Roch se dirait, plus tard, que cette étreinte ressemblait presque à un au revoir.
Les jours suivant cette discussion, Roch sentit le capitaine devenir de plus en plus distant avec lui, autant en public qu'en privé. Bientôt, il trouva même la porte de la cabine, fermée à double tour. Il resta longuement à la fixer, incapable de comprendre comment ils en étaient arrivés là, si vite, quand deux jours plus tôt tout allait bien. La douleur était vicieuse et coupante, et parfois, il semblait à Roch qu'elle était même physique.
Il n'eut guère l'occasion de confronter Firefly car ils atteignirent enfin Antinoüs.
Les pirates se précipitèrent à la poupe pour assister à l'approche de la planète, leur anticipation mêlée de rage. Ils trépignaient, comme des enfants à l'approche de la fête des lumières.
-On va lui faire la peau, disait Snake, extatique.
-Je prendrai la clef de ses mains sanglantes. Puis je lui briserai les doigts et les couilles, renchérit Threstral, avec un air de fou furieux.
A force de les écouter parler, Roch finit par comprendre que Zadig avait été l'un des leurs autrefois, avant même que Firefly (Kaël) ne prenne le commandement de Miranda. Il avait été le second du capitaine précédent, aussi proche de lui que s'ils avaient été deux frères. Puis, il avait tué son ami et s'était enfui avec plusieurs millions de pièces d'or, quelques trésors et la Clef.
Le butin de plusieurs vies de piraterie.
Zadig avait assassiné son 'frère' sans l'ombre d'un scrupule, et depuis, il vivait comme un roi, semant des bâtards partout dans la galaxie. La véhémence meurtrière de l'équipage à l'égard de cet homme prenait plus de sens.
Ils amarrèrent à trois heures de l'après midi, heure locale, à quelques étoiles du port spatial qu'ils rejoindraient dans des véhicules plus discrets : surf solaire pour Roch, barque solaire pour les autres.
Il restait quelques heures avant de partir, avant que la nuit ne nimbe et n'aveugle leur proie. Les pirates du Miranda se réunirent sous la grande voile solaire, qui leur offrait une clarté orangée. Ils partagèrent des victuailles épicées et un vin sucré venant d'Osiris.
Installé entre Scar et Snake, Roch essaya comme il put d'ignorer le capitaine.
-Vous pouvez me parler du capitaine ? Celui qu'était là avant Firefly ?
-C'était son vieux, répondit Scar.
-Un type bien, renchérit Snake, autant qu'un pirate puisse l'être. Y avait personne à bord qui n'aurait pas risqué son cou pour lui. Il avait toujours des idées délirantes, et y en a pas une qui n'ait pas marché. C'était juste un humain, mais tout le monde le suivait. Il rêvait de la main depuis des années, et il a transmis son obsession à tout le Miranda et au cap'taine en particulier. Faut dire qu'il en a dégoté des trésors.
-Et… Zadig ?
-Zadig…
Snake fronça le nez de dégoût comme si la seule évocation de cet homme suffisait à le rendre physiquement malade.
-Zadig est le pire enfoiré que je connaisse. Et crois-moi, j'en connais des fils de putes. Il connaissait Xem depuis toujours. Ils étaient enfant des rues sur Hégémon. Des petites frappes qui détroussaient les touristes, près du port. Ils avaient seize ans et Xem avait déjà engrossé une fille – parait que ça a fait un sacré scandale. Du coup Xem avait pas très envie de rester dans les parages. Ils se sont engagés dans l'armée de la Fédération. Puis Zadig l'a convaincu de tout lâcher pour devenir pirates. Ils se sont faits passer pour morts – Xem y tenait pour que la fille récupère la pension. Après, ils sont devenus pirates et ils ont changé de nom. Je connais pas leur nom d'avant, sur Hégémon.
-Et Firefly ?
-Quand il a eu quinze ans, Xem l'a pris sur le Miranda dont il était devenu capitaine.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
-On sait pas trop. Pendant plusieurs années, rien. Et quand Firefly a eu vingt ans, Xem a commencé à lui confier plus de responsabilités, à lui accorder plus de confiance et d'attention. A le regarder, enfin. J'imagine que Zadig a eu peur qu'il ne finisse par lui préférer son fils.
-T'en penses quoi ?
-Je pense que Xem est mort. Et que ça fait six ans que je veux refroidir ce type. Je pense qu'on va lui reprendre la Clef et qu'on va le buter. Je n'veux même pas imaginer ce que Firefly ressent…
Plus tard, Roch rejoignit ses quartiers, dans l'espoir de dormir un peu avant le départ. Il détourna la tête, lorsqu'il entendit des éclats de voix et qu'il reconnut celle de Firefly. S'approchant, il l'aperçut. Il était en train de parler furieusement avec Thestral et Snake sa posture était mi agressive, mi défensive.
Roch les ignora et fila droit devant lui sans s'arrêter. Il dormit d'une traite, jusqu'à ce que Scar ne vienne lui secouer l'épaule pour lui signifier qu'il était temps de partir.
A suivre…
Voilà, j'espère que ça vous a plu. :)
A bientôt !
