Septembre 2014

Il faut que je vous parle d'un truc.

Plop. Message envoyé. Vingt-quatre secondes. Plop. Message lu par tous les destinataires. Plop, réponse de Blaise :

Chez toi ?

Non. Chez toi. Je pars, là.

Ça marche. La porte est ouverte, montez direct. Flemme de bouger.

Théo ? Tu réponds ou... ?

Ouais. Je vous rejoins.

Drago range son portable dans sa poche, passe la tête par la porte du couloir. Personne. Depuis le haut des escaliers, il aperçoit la lumière du petit salon ; sa mère doit être en train d'écrire des lettres, comme toujours. A qui elle les destine, ça, mystère.

Il referme discrètement la porte, enfile sa veste en jean et ouvre la fenêtre de sa chambre. Enjambant l'encadrement, il cherche de la pointe de ses baskets le relief de la tête de serpent sculptée dans la façade de la maison. Une fois trouvée, il prend appui dessus, s'accrochant de ses deux mains au rebord de sa fenêtre avant de glisser son pieds dans un trou entre deux pierres inégales. Centimètre par centimètre, il escalade le mur avec l'assurance de son cent-septième contournement de couvre-feu.

Il saute à pieds joints sur le sol, court sans bruit jusqu'à l'orée du bois. Là, c'est le passage difficile, avec la chambre parentale en ligne de mire. Le moindre bruit, et la silhouette de son père se découperait dans la lumière de la fenêtre, lui hurlant de faire demi-tour avant qu'il ne se décide à le déshériter une bonne fois pour toute. Mais il a pris l'habitude, et court directement derrière les fourrés de roses qui lui assurent une couverture discrète jusqu'à la forêt. A l'aveuglette, il s'oriente entre les arbres. Il les connaît par cœur à force. Le tronc en forme de fourche, et le buisson de pivoine, près du chemin qui mène au portail. A pas de loup, il remonte la petite allée de graviers blancs, escalade le portail d'un geste expert avant de récupérer son scooter abandonné entre deux arbres à quelques mètres de là. La tension nichée dans son dos s'apaise à mesure qu'il s'éloigne du Manoir.

Il arrive trente minutes plus tard en bas de la maison d'architecte de Sakhti Zabini. La bâtisse, tout en bois et baies vitrée, se tient seule sur la falaise, face à la mer qui s'émousse contre les rochers. Drago a toujours aimé cette maison, il s'y sent loin de tout, protégé.

Il cale son vélo contre un chêne, et arpente la falaise jusqu'à se retrouver devant la porte. Reprenant son souffle, il attend quelques secondes avant d'entrer. Une grande suspension en verre éclaire l'immense salon d'une lumière tamisée. Par les baies vitrées, il aperçoit la mer, noire, sans fin, piquetée d'étoiles. Il ne s'attarde pas, monte les escaliers sur la pointe des pieds.

De la chambre de Zabini, il perçoit des murmures pressés, quelques secondes de silence puis un coup de feu et un cri. Le cœur battant, Drago court jusqu'à la chambre de son meilleur ami, ouvre grand la porte. Assis en caleçon dans le fond de son lit, les bras derrière la tête, Blaise lève deux yeux sidérés vers le blond.

« Putain, ils ont buté Carmen. »

Un long silence plane entre eux avant que Drago ne s'éclaircisse la voix :

« Hum... c'est qui Carmen ? »

« Bah Carmencita, LA Carmen qui a fui la Colombie après la mort de son frère jumeau qui dealait du crack dans le cartel de leur grand-père. La fille de Rodrigo, quoi. »

« Mais de quoi tu parles ? T'es en train de nous faire une attaque ou quoi ? »

D'un geste exaspéré, Zabini pointe du doigt quelque chose dans le dos de Drago qui pivote immédiatement sur ses talons. Sur la petite télé cathodique qui date de son enfance, un générique a été mis sur pause. Drago lève les yeux au ciel, abasourdi.

« Me dis pas que tu regardes encore cette merde de série péruvienne ? »

« Déjà, c'est colombien... et je sais que tu le sais très bien. Et ensuite, je regarde pour faire plaisir à ma mère », argue Zabini, sur la défensive, avant d'éteindre l'écran et de jeter la télécommande à ses pieds.

« Ta mère n'a regardé que deux épisodes », lui rappelle le blond en se laissant tomber sur le lit à côté de son meilleur ami.

« Ouais, ok. Peut-être. Mais merde, elle s'est arrêtée au moment où Rodrigo apprenait que sa bonne avait une relation secrète avec le chef du cartel – qui est le père de Rodrigo, je te rappelle – je pouvais pas laisser ça comme ça, tu vois ? »

« Mais c'est glauque, cette série, en plus. Je te jure, arrête de mater ça, ça te rend bizarre. »

Zabini se relève en haussant les épaules, éludant le sujet. Il quitte sa chambre, revient cinq minutes plus tard, les bras chargés de bouteilles.

« Whisky ? Rhum ? Champagne ? »

« Whisky. »

Après avoir versé une bonne rasade de Whisky dans un verre ouvragé qui traînait dans un coin de son bureau, il le tend à Malefoy qui le remercie d'un hochement de tête. Il se sert un verre de Rhum et retourne s'asseoir près du blond. Le temps de quelques minutes, ils ne parlent pas, savourant chacun leur boisson, tout juste éclairés par lampe de chevet de Blaise. Par la fenêtre ouverte de la chambre, Drago aperçoit la lune, pas tout à fait ronde, et son reflet déformé par les vagues. Le métronome régulier des vagues s'écrasant contre la falaise lui fait perdre un instant le fil de ses pensées. Il n'y a plus que la mer, le ciel noir, et le Whisky dansant dans son verre. Il se dit que ça ne lui déplairait pas, une vie entière passée comme ça. Loin des drames du Manoir.

Le Manoir.

Il se relève un peu dans le lit.

« Dis-moi, t'as eu des nouvelles de ton père ? »

Zabini relève les yeux de son verre de Rhum avant de hausser les épaules, la mine sombre.

« Non. »

« Ça fait combien de temps ? »

« Quatre mois. »

« Ah. »

Drago s'en veut aussitôt de ne pas réussir à masquer son pessimisme. Blaise fait mine d'être absorbé le générique mis sur pause, à la télé, mais Drago a senti l'atmosphère s'alourdir.

« Ouais. Ah. Comme tu dis. »

« Il va revenir. »

Pour toute réponse, il obtient un ricanement étranglé de Zabini qui boit une longue gorgée de Rhum avant de répondre :

« Je commence à croire qu'il s'est barré. Ça m'étonnerait même pas. Qu'ils nous aient laissé derrière, comme ça, sans remords. Il a pris des affaires. Tu savais ? »

« Non. Il a pris quoi ? »

« Des fringues. Son passeport. Du cash que ma mère gardait dans son coffre. Tu sais ce que c'est, le plus bizarre ? »

Drago fait non de la tête. Il s'attend au pire. Le pire, c'est pas ce qui manque, chez les Mangemorts.

« Y'a d'autres affaires qui ont disparu. Des trucs à nous. »

« Comment ça ? »

« Des robes de ma mère, des fringues à moi. Des photos de nous. Je sais pas si c'est mon père qui a volé des trucs avant de partir, mais ça m'étonnerait même pas. Il s'est peut-être dit qu'on lui manquerait. Pas assez pour revenir, mais suffisamment pour emporter des petits morceaux de nous. Le courage, ça a jamais été son truc, de toute façon. »

« Un trait commun avec mon père. On est presque frères, à ce compte-là. »

Blaise lâche un rire, un vrai, cette fois, en levant son verre.

« Santé. A notre patrimoine génétique merdique. »

Ils trinquent et finissent leurs verres d'une traite. Drago sent sa tête s'embrumer légèrement. Il a envie de rire, de rire aux éclats, en pensant à leurs familles, leurs familles maudites, gangrenées d'un bout à l'autre de l'arbre généalogique. C'était peut-être un pré-requis obligatoire pour pouvoir intégrer Serpentard : avoir sous le coude au moins un parent sadique/malade/lâche/trempant dans des affaires tordues. En ce qui le concerne, entre les Malefoy et les Black, ils ont dû être servis.

Blaise pose son verre sur la table de nuit avant de se laisser aller en arrière dans le lit, les deux bras sous la tête.

« De quoi tu voulais nous parler, au fait ? »

Drago l'imite, observant les étoiles à travers le velux percé au-dessus d'eux.

« Ta mère est là ? »

« Non. Elle rentrera pas avant demain. »

Drago hoche la tête, mais ne peut s'empêcher de jeter un coup d'œil autour de lui pour s'assurer qu'aucune oreille indiscrète ne traîne.

« C'est par rapport à mon père. Aux Mangemorts. Je crois... je crois qu'ils préparent un gros truc. »

« Comme d'hab, non ? »

Drago se passe une main sur le visage, épuisé. Le poids de l'angoisse et de la fatigue retombent subitement, manquant de lui briser la cage thoracique. Il les sent, juste là, les remords, la peur, le dégoût, posés comme une chape de plomb sur son cœur, comprimant ses poumons, l'empêchant presque de respirer.

« Non, justement. C'est pas comme d'habitude. Ils ont fait venir des mecs chez nous. Je sais pas trop d'où ils les sortaient, mais je les ai entendus hurler pendant des heures dans la cave », il est agité, tout à coup, il baisse la voix mais elle ressort en un murmure rauque dans lequel affleure un brin d'hystérie. « Je te promets, c'était pas juste des doigts cassés. C'est fini leur période menaces et fractures. Maintenant... maintenant, ils vont plus loin. Et ils les ramènent chez nous et... et j'ai jamais entendu crier comme ça. Jamais, Blaise. C'est le père Nott qui s'occupait des interrogatoires. Ça fait des semaines que j'y pense non-stop, à ces mecs qui hurlaient dans ma cave. Ils suppliaient, j'ai entendu, ils pleuraient, ils se jetaient contre les murs. Pitié, pitié, pitié, ils répétaient ça en boucle. Et Nott continuait de leur arracher la peau, ou Dieu sait ce qu'il leur fait, ce malade... »

Il hésite avant de poursuivre, si bas que Zabini doit se pencher vers lui pour l'entendre.

« C'est à cause de Jedusor. Il devient fou. Putain... Je crois que j'ai peur. »

Zabini se redresse dans le lit pour observer Drago, mais ce dernier garde les yeux résolument clos, comme écrasé par l'aveu qu'il vient de faire.

« T'es pas le seul, Drago, moi aussi je crève de peur. Pour ma mère, pour toi, pour moi. Ça va mal finir, on le sait. On l'a toujours su, de toute façon. Mais on fait comment pour se sortir de cette merde, maintenant ? J'ai beau chercher, je vois pas. »

La porte s'ouvre dans un claquement qui les fait tous les deux sursauter. Le visage pâle, les cheveux gominés en arrière, Nott leur jette un regard suspicieux.

« Vous vous rouliez une pelle ou quoi ? Vous avez l'air bizarre. »

Malefoy et Zabini s'échangent un long regard avant que le brun ne se décide à parler :

« Non. C'est à propos de Jedusor. »

« Ah. »

Théo se laisse tomber sur un fauteuil trônant face au lit, sort de son sac à dos une bouteille de bière déjà ouverte qu'il boit directement au goulot. S'essuyant la bouche après une longue gorgée, il fait un signe de tête à Drago.

« Raconte. »

« Je sais pas. Ils préparent un gros truc. Ils ramènent des mecs chez nous, ils les torturent et... je sais pas, il se passe des trucs bizarres. Y'a des gars qui disparaissent, des mecs retrouvés poignardés sous des ponts. Et... pas des intermédiaires, pas des petits dealeurs de crack dont tout le monde se fout, pas des anonymes. Non, des mecs vaguement connus, qui trempent en politique. J'arrive pas à comprendre, je sais pas où ça va, tout ça. Mais je suis sûr d'une chose, c'est que ça va mal se terminer. »

Un long silence occupe tout l'espace. Ils se regardent tour à tour, avec, au fond du crâne, comme un martellement : bientôt ce sera à nous de faire ça, bientôt ce sera notre tour de tuer, de torturer. Bientôt ce sera notre tour.

Zabini prend une longue inspiration avant de se relever. Accoudé au rebord de la fenêtre, il s'allume une cigarette dont la braise illumine un instant ses yeux noirs avant de laisser l'obscurité reprendre ses droits. La cigarette se consume lentement entre ses lèvres, le silence s'étend. Il balance le mégot d'une pichenette avant de se retourner.

« Les mecs, promettez-moi un truc. »

Il s'avance vers eux, le regard grave.

« Promettez-moi qu'on se barrera avant d'en arriver là. »

Ils se regardent longuement, accablés par un sentiment de fatalité, par la sensation d'être pris au piège, d'être condamnés à une vie d'insomnies, de tortures, de meurtres et de drames. Drago hoche lentement la tête.

« Promis. »

Ils se tournent vers Nott qui les regarde sans rien dire, ses yeux exécutant une dizaine de fois le trajet du visage grave de Blaise à celui, sombre, de Drago. Le silence s'étire quelques secondes avant qu'il ne scelle, à son tour, le pacte.

« Promis. »

~o~

Dans un cri, Hermione se relève d'un coup, les yeux écarquillés, les mains tremblantes agrippées au drap, avant de retomber en arrière dans le lit, remontant les couvertures sur sa tête. Elle pousse un gémissement étouffé.

« Mon crâne... »

Assis sur le rebord de la baignoire, un sèche-cheveux dans une main, des liasses de billets encore humides dans l'autre, Drago presse le bouton off, ouvre l'armoire à pharmacie, y dépose délicatement l'argent avant de s'appuyer contre l'encadrement de la porte de la salle de bain, un sourire amusé aux lèvres.

« Alors, on regrette ses frasques de la veille, Grangie ? »

Les couvertures s'abaissent brusquement pour dévoiler deux grands yeux apeurés qui se fixent sur Drago avec horreur.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Qu'est-ce que... où je suis ? »

« Dans ma chambre. »

Lentement, elle émerge de sa mer de couvertures, s'appuie sur un coude, une main tremblante plaquée sur son front.

« Me dis pas que... qu'on a... enfin... pitié, dis-moi qu'on n'a pas... »

Il hausse un sourcil.

« Qu'on n'a pas... ? »

« Toi et moi, on n'a pas... ? », insiste-t-elle avec agacement.

« Quoi ? Tu parles du moment où tu t'es jetée sur moi en essayant de m'embrasser ? »

Elle écarquille les yeux, blême, et un instant, elle semble sur le point de s'évanouir. Il éclate de rire en refermant la porte de la salle de bain dans son dos.

« Relax, Grangie. Jamais de la vie, tu le sais. »

Elle semble soulagée, laisse échapper un long soupir en s'appuyant contre la tête de lit. Drago se dirige vers une petite table calée dans l'angle de la chambre. Il saisit la cafetière et sert une tasse qu'il tend à Hermione.

« Bois ça. C'est tiède, maintenant, mais ça te fera du bien. »

Elle grommelle un merci et boit docilement une gorgée de café. Elle s'apaise un peu, repose sa tasse sur la table de nuit.

« Qu'est-ce que je fais là ? Et pourquoi j'ai l'équivalent d'un chantier naval dans le crâne ? »

« Pour ta deuxième question, je ne sais pas, mais je suspecte un lien de cause à effet avec la première. »

« C'est à dire ? »

« T'as débarqué ici au milieu de la nuit en pleurant. »

Elle se plaque les mains sur le visage en gémissant.

« Merde... »

« Tu étais en boucle sur Potter. »

Ses mains s'abaissent lentement. Elle veut dire quelque chose, mais les mots restent bloqués dans le fond de sa gorge. Une lueur de panique s'allume dans ses yeux. Drago élude le sujet d'un geste de la main.

« C'est bon, t'en fais pas. Tu ne m'as rien dit, à part que tu devais retrouver Potter. C'est comme si c'était déjà oublié. J'ai suffisamment à gérer de mon côté, j'ai pas l'intention de me mêler de tes histoires. »

Elle ne dit rien, toujours confondue en remords. Il enfile son manteau, lui jette un dernier regard. Ses cheveux sont plus ébouriffés encore qu'à l'ordinaire, elle est pâle, les lèvres tremblantes. Elle a l'air d'une petite fille perdue. Il actionne la poignée de la porte.

« Je vais acheter mon billet pour Naples. Je sais que t'as payé pour la chambre, j'ai laissé de l'argent dans la boîte à pharmacie, tu peux te rembourser. Ferme derrière toi en sortant. »

Elle le dévisage, toujours sonnée, et il n'est même pas sûr qu'elle ait écouté un mot de ce qu'il vient de lui dire.

« Prends aussi de quoi te payer un petit-déjeuner, t'en as bien besoin. »

Et il referme la porte sans attendre qu'elle lui réponde.

~o~

« Le prochain bateau pour Naples part dans une semaine, monsieur. »

Drago dévisage la jeune femme en uniforme Mediterranean Cruise avec toute la gravité du monde. En réponse, elle lui sert le sourire le plus commerçant qu'elle a en réserve : un savant mélange entre désintérêt à peine masqué et bonne humeur artificielle. C'est vrai qu'il ne doit pas être beau à voir, entre son coquard et sa chemise froissée dont il a roulotté les manches pour masquer les déchirures.

« Impossible. J'ai besoin de partir demain au plus tard. »

La jeune femme – Ana Sofia, d'après son badge – lui adresse un sourire professionnel, fait mine de taper sur son clavier avant de relever la tête, l'air faussement contrit.

« Désolée, monsieur, mais le prochain bateau pour Naples part dans une semaine. Au départ d'Almeria, le port le plus proche de Cabo de Gata, nous n'aurons rien d'autre, malheureusement. »

Il soupire, essaye de calmer les envies de meurtre qui grimpent en lui vitesse grand V. Face à lui, Ana Sofia n'a pas bougé d'un pouce, toujours un sourire d'habitude collé aux lèvres, le dos bien droit, l'uniforme bien repassé, sans le moindre pli.

« Bon, Ana Sofia, on va essayer autre chose. C'est quoi, les ports les plus proches ? »

Sans cesser de le fixer, elle attrape d'une main une carte dans un tiroir de son bureau, la déplie sur le comptoir entre eux deux. D'un index vernis de rouge carmin, elle indique un point sur la côte.

« Ici, c'est Cabo de Gata. »

Son doigt glisse, glisse, glisse longtemps le long de la côte.

« Le prochain port se trouve à deux cents kilomètres, à l'ouest. A Malaga. »

Deux cents kilomètres. C'est beaucoup trop loin. Il n'a plus de voiture, et pour la première fois de sa vie, ses fonds financiers sont limités. En taxi, ça lui coûterait une fortune. Et bien sûr, pas de ligne de train en vue dans ce bled paumé. Il pousse un long soupir qui exhale la fatigue et la lassitude.

« Et ailleurs en Italie ? N'importe où, je m'en fous. »

Elle pianote de nouveau sur son clavier, hoche la tête de droite à gauche.

« Non. En revanche, nous avons un départ aujourd'hui pour le Maroc. Et après-demain, je peux vous proposer une croisière qui vous embarquera jusqu'aux plages paradisiaques de l'île de Majorque. Nous pouvons même vous réservez un hôtel trois étoiles. Nous avons également un guide sur place qui vous fera découvrir les secrets les mieux gardés de l'île. Je peux vous proposer cette offre all inclusive pour la modique somme de 799 euros. »

Il manque de s'étrangler.

« 799 euros, c'est une blague ? »

« Pour un bon client comme vous, je peux avoir le tout à 700 euros, mais ça reste entre nous ? »

Elle lui fait un clin d'œil complice qui lui donne envie de la crucifier sur place.

« Je me fous royalement de Majorque et de ses secrets bien gardés. »

Il sert les poings, sent ses ongles s'enfoncer dans sa peau. Il est à deux doigts de perdre son sang froid. Il jette un regard par dessus son épaule, histoire de vérifier s'il y'a trop de témoin pour passer à la technique menaces et intimidations. Trois caméras et six clients l'en dissuadent. Il ronge son frein.

« Laissez tomber, j'ai pas envie d'y passer ma journée, donnez-moi un billet pour Naples. »

« Pour la semaine prochaine ? »

Il lui jette un regard noir.

« Oui, pour la semaine prochaine. »

« Mais certainement, monsieur. Ça vous fera 180 euros. Votre passeport, s'il vous plaît. »

Par réflexe, il met la main dans la poche de son manteau. Vide. Il tapote ses poches intérieures. Vides aussi. Et là, ça le frappe. Son passeport est resté dans sa valise. Sa valise, dans le coffre de la voiture. La voiture, sur le pont de Puente. Il se décompose avant de reprendre contenance.

« J'ai oublié mon passeport à l'hôtel. »

Il pose deux cents euros en billets froissés sur le comptoir.

« Vous n'avez qu'à me donner le ticket et je vous ramènerai le passeport demain. Vous pouvez garder la monnaie. »

Elle l'observe, la tête légèrement inclinée avec un sourire condescendant qu'on réserve en général au parent sénile qui se mettrait à hurler des obscénités.

« C'est tout à fait impossible, monsieur. Je ne peux pas vous sortir le billet sans votre passeport. »

Cette façon qu'elle a, de ponctuer chacune de ses phrases de monsieur, monsieur, monsieur, ça l'exaspère. Non, pour être plus exact, ça le met hors de lui. Plus que son passeport, il aimerait avoir son flingue. Voir la tête qu'elle ferait quand il le pointerait sur elle, mon billet ou je t'éclate la cervelle, et son sourire professionnel qui se décompose, et ses ongles rouge carmin qui se plaquent sur ses lèvres, pitié, non, tout ce que vous voulez, je peux même vous avoir un aller pour Naples dans une heure en jet privé, si vous le désirez, monsieur.

« Monsieur, des clients attendent. Si vous n'avez pas votre passeport sur vous, ayez l'amabilité de céder votre place, s'il vous plaît. »

Dans sa tête, il presse la détente. Boum. Du sourire hypocrite qui tapisse tous les murs.

« Mais bien sûr », finit-il par répondre en se décalant pour laisser passer le client suivant.

~o~

« Bon, je peux pas partir avant mardi prochain », soupire Drago en se laissant tomber sur une chaise en face de Granger. « Dis, à tout hasard, une idée comme ça, qui me traverse l'esprit... tu te serais pas un peu foutu de ma gueule quand tu me disais qu'il y'avait des bateaux pour Naples tous les deux jours dans ce putain de coin paumé ? »

Granger relève le regard de ses tapas, le dévisage en silence, les yeux légèrement écarquillés. Elle s'est installée à la terrasse de l'hôtel et a l'air un peu plus présentable que ce matin : elle est moins pâle que le moment où il l'a quittée et Dieu merci, elle s'est coiffée. Drago met quelques secondes à sentir une présence dans son dos. Il tourne la tête pour apercevoir un mètre quatre-vingt-quinze terminé par deux yeux noirs le fixer sans ciller.

« C'était la place de Viktor », précise Hermione.

Un silence tendu s'installe. Drago n'amorce aucun geste pour céder sa place ni même pour s'excuser. Au bout de ce qui semble une éternité, Krum finit par tirer une chaise d'une table adjacente et s'assoit entre Granger et lui. Le silence s'étire, Drago plisse les yeux, les regarde tour à tour.

« Je dérange, peut-être ? »

« Non ! », s'exclame Granger avec un peu trop de précipitation. « Reste... »

Il commande du pan con tomate et un café serré. Quelques minutes plus tard, un serveur vient déposer le tout sur la table. Viktor a déplié un journal espagnol qu'il feuillette tranquillement. Drago le soupçonne de ne pas parler un mot d'espagnol, d'utiliser le journal comme une excuse pour ne pas avoir à lui parler. D'ailleurs, il se demande ce que Krum vient faire ici, au fin fond de l'Andalousie. Après un bref débat intérieur, il convient d'un commun accord avec lui-même qu'il vaut mieux éviter de poser des questions s'il ne veut pas en subir en retour.

« Il fait beau, Edouard, tu ne trouves pas ? », commence Hermione avec un brin d'hystérie dans la voix. « Tout à l'heure, je me disais, mon Dieu, Gala, ça change de l'Angleterre ! C'est sûr qu'à côté du ciel gris londonien, ça fait un drôle d'effet. Et je ne parle même pas du temps catastrophique qu'on avait à Poudlard, ça c'est encore une autre affaire. »

Elle part dans un rire tellement forcé que Drago se demande si elle n'est pas possédée. Il la dévisage avec suspicion, elle lui répond d'un sourire à peu près aussi sincère que celui d'Ana Sofia. Pourquoi elle lui parle de la pluie et du beau temps, et surtout avec ce ton de junkie en manque ? Viktor est toujours en train de feuilleter son journal, il ne semble pas avoir relevé son petit accès de dépression nerveuse. Et tout à coup, Drago comprend. Il est resté dans les vapes pendant tout le trajet, Granger a dû raconter des choses à Krum. Et elle essaye de le mettre à jour. Gala, Edouard, Londres, ok. Mais pourquoi elle lui aurait parlé de Poudlard ? Il essaye d'aller chercher, dans un tiroir de sa mémoire, d'où vient Viktor Krum. Il se souvient vaguement des cartes paninis de boxeurs que collectionnait Zabini. de celle de Viktor Krum, à peine seize ans, le crâne rasé, le nez déjà cassé au moins deux fois, les poings levés sur un fond jaune encadré de rouge. Autriche ? Roumanie ? Non, non. Bulgarie. Oh. Les pièces du puzzle se remettent en place : Durmstrang. Krum vient de Durmstrang, sinon Granger ne lui aurait jamais parlé de Poudlard. Durmstrang. On dit que ceux qui survivent à cette école peuvent survivre à tout. Drago lui jette un regard de biais, sa méfiance tout à coup accrue. Les Mangemorts sont en odeur de sainteté, à Durmstrang c'est presque un partenariat à ce niveau-là. Et la coïncidence est un peu trop belle pour qu'un boxeur mondialement connu se retrouve par un hasard bienheureux sur leur chemin au moment où ils en ont le plus besoin.

Viktor baisse son journal, dévisage Drago. Il ne prend pas la peine de sourire.

« Tu vas quelque part ? »

Drago soutient son regard, boit une gorgée de café en évaluant ses chances de fuite si Krum lui sautait dessus à cet instant. Pour avoir vu quelques uns de ses matchs, Drago sait très bien qu'en plus d'être bâti comme une armoire à glaces, il est aussi rapide qu'une panthère, le salaud. Il se donne un petit 8% de chances de s'en sortir indemne si Krum se mettait en tête de le neutraliser maintenant. 12%, s'il renverse la table pour se ménager une diversion.

« Non, nulle part. »

Hermione les regarde silencieusement derrière sa tasse de thé fumant. Elle a l'air crispé, elle aussi. Krum replie lentement son journal, le pose sur la table.

« Tu viens de dire que tu partais mardi prochain. Pour Naples. »

Drago fait lentement tourner la cuillère dans sa tasse. Sa main gauche pianote sur la table.

« Pourquoi, tu es guide touristique ? Tu as un coin à me conseiller ? »

« Non. »

Il n'a pas l'air d'avoir relevé le second degré. Drago finit son café, se relève, les salue d'un geste de la tête.

« Bon, je vous laisse en amoureux. »

Il a à peine le temps d'esquisser un pas.

« Si c'est à Naples que tu veux aller, je peux t'aider. »

Drago se retourne lentement.

« Ah oui ? Et par quel miracle ? »

« Je suis invité à une croisière. Je fais l'animation. »

Drago le dévisage, sceptique. L'animation. Krum. Il a un peu du mal à croire que ce festif et gai luron de bulgare puisse animer quoi que ce soit d'autre qu'un enterrement ou un réunion sur les règles de sécurité en entreprise. Il n'a pas le temps de lui mentionner ses doutes, Krum poursuit :

« Le bateau part dans deux jours et il s'arrête à Rome. En une heure de train, tu seras à Naples. Je peux te faire monter, j'ai le droit à un invité. »

Drago et Hermione s'échangent un bref regard. Il essaye rapidement d'envisager toutes les possibilités. D'un côté, pourquoi Krum aiderait un total inconnu, non pas une, mais deux fois, si on compte aussi le fait d'avoir joué le taxi jusqu'à Cabo de Gata ? Avoir grandi chez les Malefoy lui a appris à ne pas croire aux actes de gentillesse désintéressés. Ça cache toujours quelque chose. Dans ce bas monde, rien n'est jamais gratuit. D'un autre côté, qu'est-ce qu'il risque ? Si Krum avait voulu le liquider, il aurait eu tout le loisir de le faire quand Drago roupillait à moitié assommé sur ses sièges arrières. Et puis, quitte à mourir, il préférait que ce soit par la main de Viktor plutôt que celle des Traceurs. C'était pas une alternative particulièrement réjouissante non plus mais au moins, il serait tué par un boxeur mondialement célèbre, ça avait un peu plus de gueule que de finir dépecer dans une cave obscure du fin fond de Brixton.

« Ok. »

Hermione recrache sa gorgée de café sur son assiette de Manchego.

« Quoi ? »

Drago lui adresse un regard moqueur alors qu'elle s'éponge tant bien que mal avec sa serviette.

« Je sais que je vais te manquer, Gala, c'est pas une raison pour faire une scène », il se tourne vers Viktor. « Merci. Une fois de plus, tu me sauves la mise », il laisse passer une seconde avant de ponctuer : « A charge de revanche. »

Leurs regards se croisent et à cet instant, Drago sait qu'effectivement, ce ne sera pas gratuit.

« A charge de revanche », acquiesce Krum. « Dans deux jours, dans le hall de l'hôtel, à neuf heures. Si tu as une minute de retard, je pars sans toi. »

« C'est noté. »

Drago leur adresse un dernier salut de la tête et les abandonne là, laissant derrière lui un Viktor de nouveau plongé dans son journal et une Granger atterrée.

~o~

325 euros. C'est ce qu'il lui reste, en tout et pour tout. Imaginer que les Traceurs ait mis la main sur toute sa thune, ça lui donne des envies de meurtre. Il aimerait rembobiner, éviter ce foutu traquenard. Il expire un bon coup. Maintenant que c'était fait, il fallait avancer. Pas vraiment le choix. Une fois à Naples, il s'arrangerait avec Zabini. Et puis, en dernier recours, son cher père avait des comptes off-shore planqués un peu partout, s'il payait les bonnes personnes, menaçait les autres, il trouverait peut-être un moyen de taxer à la source.

Il roule cinq billets de vingt euros qu'il glisse dans une poche. Il est sur le point de dissimuler le reste dans la doublure de son manteau quand il entend frapper à la porte.

« Si c'est pour le ménage, pas la peine. »

La porte s'ouvre et avant qu'il n'ait pu réagir, Granger se plante devant lui les mains sur les hanches.

« Tu vas pas partir avec Krum, rassure-moi ? »

Il hausse les sourcils.

« Qu'est-ce que ça peut te faire ? »

Elle se laisse tomber sur le lit en soupirant. C'est qu'elle prend vite ses aises quand on la laisse faire. Elle roule pour se mettre sur le ventre, l'observe en silence le temps qu'il planque l'argent dans son manteau, avant de reprendre :

« Tu trouves pas que c'est bizarre, cet enchaînement d'événements ? Il y'a quelque chose... quelque chose qui me dérange depuis un moment. C'est juste que... j'arrive pas à mettre le doigt dessus... »

« Oui et bien sois mignonne, cherche en silence. J'ai besoin de me concentrer. »

Son visage s'illumine, ses yeux s'écarquillent. Il connaît cette expression, l'expression qu'elle avait quand elle trouvait la bonne réponse à la question d'un professeur. Certaines choses ne changent jamais.

« Merde, je sais ! Je sais ! Je sais ce qui me perturbait tellement… Les mecs qui nous ont agressé, avant que Viktor n'arrive. Ils nous ont parlé en anglais. Directement, en anglais. Comment ils auraient pu savoir, hein ? Je veux dire, avec l'allure qu'on avait, on avait pas franchement la tête de parfaits touristes anglais. Et c'était clairement pas leur langue natale. C'est quand même bizarre, tu trouves pas ? »

« Y'a un truc que tu comprends pas avec le concept du silence, Granger ? »

Il passe une main derrière la tête de lit, tâte en faisant glisser ses doigts d'un bout à l'autre de la structure en bois. Puis il ouvre un à un les tiroirs des tables de nuit, les retourne, regarde à l'intérieur du petit meuble évidé. Granger l'observe en se rongeant nerveusement l'ongle du pouce.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« Je vérifie que personne n'ait planqué de micro. Ou d'émetteur. Et quand je dis personne, je sous-entends Krum, que ce soit bien clair. »

Il rabat le haut du drap, soulève les oreillers, les dépouille de leurs taies.

« Comment tu es rentrée, hier soir ? »

Hermione rougit, balbutie :

« Je ne sais pas... Je crois... je crois que Viktor m'a ramenée. Je crois. »

Il s'arrête devant elle, l'observe des pieds à la tête alors qu'elle est toujours allongée sur le lit.

« Lève-toi. »

« Quoi ? Pourquoi ? »

Comme il ne répond pas, elle finit par s'exécuter en prenant bien soin de marquer son agacement par un soupir exagérément long et un roulement d'yeux.

« Tends les bras. »

Elle le regarde, méfiante.

« Tu m'expliques d'abord, j'obéis après. »

« Je vérifie que tu n'aies pas de micro sur toi. »

« Sérieusement ? Je crois que j'aurais remarqué si on m'avait collé un micro quelque part. »

« Ah tu crois ? Primo, tu ne te souviens pas de ta soirée d'hier, t'es à peine capable de me dire si c'est Viktor qui t'a ramené ici ou le premier poivrot du coin que tu aurais croisé au hasard d'une rue. De ce que j'en sais, tu pourrais même gentiment avoir escorté un Traceur jusque dans ma chambre vu ton degré de vigilance. »

Elle tique, blessée, ouvre la bouche pour répondre mais il lève une main autoritaire pour l'interrompre.

« Et deuxio, t'as pas idée de l'attirail dont dispose les Mangemorts pour traquer leurs ennemis. Cette foutue terre n'est pas assez grande pour leur échapper. Ils me mettront la main dessus tôt ou tard mais autant mettre toutes les chances de mon côté pour que ce soit tard. Je les ai vu utiliser des micros auto-adhésif de la taille d'un grain de beauté. Donc non, Granger, si Krum avait voulu te mettre sur écoute, il aurait pu le faire sans que tu t'en rendes compte même si tu avais été en possession de tous tes moyens. »

Sonnée, Hermione fixe longuement Drago avant de tendre les bras. Il sent bien qu'il est allé un peu trop loin, qu'elle n'est pas tout à fait remise de la veille. Il aurait peut-être pu l'épargner. Mais il est plus que temps qu'elle se rende compte de ce que ça signifie, d'être pris en chasse par les Mangemorts. D'autant qu'il va la laisser seule, et il y'a peu de chance que les Traceurs l'oublient. S'ils ne le trouvent pas, lui, c'est elle qu'ils chercheront. Un sentiment désagréable sinue en lui, s'accroche dans le fond de son ventre. Il chasse sa culpabilité en plaquant le plat de ses mains sur les épaules d'Hermione, elle frissonne. Ses paumes suivent la ligne du corps de Granger jusqu'aux tibias.

« Enlève ton pull. »

Cette fois, elle ne conteste pas. Elle fait passer le vêtement au-dessus de sa tête et il entend ses cheveux crépiter d'électricité statique.

« Ça veut dire que tu penses que Krum est avec eux ? »

Du bout des doigt, il effleure sa blouse. A travers le tissu, il sent la chaleur de sa peau.

« C'est une possibilité que je n'exclue pas. »

D'une main, il saisit délicatement ses boucles, les soulève pour dégager son cou, découvrant une constellation de grain de beauté. La carte du ciel, sur sa nuque.

« Granger, tu comprends qu'on se sépare ? Que dans deux jours, tu seras toute seule ? »

Elle ne répond pas, se contente de hocher silencieusement la tête.

« Tu vois où je veux en venir ? Tu comprends ce que j'essaye de te dire ? »

Elle se retourne alors qu'il tient toujours ses cheveux, et ils se retrouvent tout près l'un de l'autre. Elle le dévisage avec sérieux.

« Oui, je comprends très bien ce que ça veut dire, Drago. Dans deux jours, je serai toute seule. Et les Traceurs me chercheront, je sais. Et où que j'aille me cacher, il y'a de grandes chances pour qu'ils me mettent la main dessus, ça aussi, je sais. Et tant qu'ils ne t'auront pas trouvé, toi, ce sera moi, leur cible. Tout ça, je sais. »

Il hoche la tête, à court de mots. Il aimerait lui dire qu'il est désolé, désolé de l'avoir entraîné là-dedans, désolé de la laisser comme ça, mais c'est elle ou lui, et il a fait son choix. Il aimerait se justifier aussi, lui dire que ce n'est pas totalement sa faute, qu'il a été élevé comme ça, que chez eux, on sauve sa peau, on voit ce qu'on peut faire du reste après. Il aurait aimé rajouter, aussi, que contre toute attente, c'était plutôt agréable de faire une partie du trajet ensemble. Que si c'était à refaire, que s'ils se retrouvaient de nouveau devant ce train en flammes, il la laisserait sûrement monter dans sa Simca sans faire d'histoires.

Mais il ne dit rien de tout ça. Il lâche les cheveux d'Hermione qui cascadent sur ses épaules.

« Ok, je voulais juste être sûr que tu savais à quoi t'attendre. »

Elle remet son pull, le regarde avec une intensité inhabituelle. Il sent bien qu'elle veut dire quelque chose, elle aussi, mais elle se ravise.

« Bon. J'ai une réserve naturelle à retourner pour mettre la main sur Harry. »

Elle se dirige vers la porte, s'arrête, pivote sur ses talons.

« Tu viendras me dire au revoir, avant de partir ? Et à Pattenrond, aussi. Je veux dire... quand même, je crois qu'il serait triste que tu partes sans lui faire tes adieux. »

Un sourire en coin, Drago hoche la tête.

« Promis. »

Elle sourit à son tour, un sourire timide, un peu embarrassé, et elle se dépêche de quitter la chambre.

~o~

Sur la terrasse de l'hôtel, Drago sirote un whisky en lisant le journal. La fin de journée s'étire paresseusement sous le soleil andalou. Une éternité qu'il n'a pas pris le temps de se détendre comme ça, sans rien d'autre à penser que tourner la page de son journal. Il redécouvre le plaisir des petits bonheurs simples. Quand il était encore en Angleterre, il tournait en rond, un animal en cage, les nerfs à vif, prêt à mordre. Les journées commençaient à seize heures, finissaient à huit, et les yeux rouges d'avoir consommé tout ce qui lui tombait sous la main, il terminait allongé sur son lit, le regard vissé au plafond à attendre que le sommeil veuille bien de lui ou que le plafond lui tombe sur la tête, indifféremment. Il ne sait plus pourquoi, exactement, il avait insisté pour garder son lit d'enfant une place, avec des barreaux blancs en guise de tête de lit, mais le fait est qu'il y faisait toujours naufrage, sur ce petit radeau en fer forgé. Recroquevillé là, flottant dans une mer d'angoisses, il se demandait souvent où est-ce que ça avait merdé, à quel moment fatidique tout avait foutu le camp, le projetant dans ce tumulte de peurs, de vide, de responsabilités trop lourdes pour lui et de solitude longue comme des éternités. Si c'était ça, l'âge adulte, merde, personne ne l'y avait préparé.

Maintenant, ça lui paraît loin, tout ça. Et s'il doit mourir – et il ne doute pas que ça arrive très prochainement – il se dit qu'au fond, il est plutôt content que ce soit ici, sur ces terres ensoleillées ployant sous les orangers et les citronniers, loin du Manoir, loin de la pluie de Londres, loin de sa cage en fer forgé aux barreaux blancs.

De loin, il voit Granger sortir d'une petite boutique, l'air désespéré. Ça fait plus de vingt-quatre heures qu'elle court partout avec une photo de Harry qu'elle agite sous le nez de tous les passants et commerçants qui ont le malheur de se trouver à proximité. Là, le jeune homme sur la photo, il s'appelle Harry. Est-ce que vous l'avez vu ? Peut-être avec plus de barbe. Non, non, il aura gardé ses lunettes, il ne voit rien sans. Il est anglais. Vous êtes sûr ? Si jamais un détail vous revient en mémoire, je suis dans l'hôtel, au bout de la rue. Chambre 208. N'hésitez pas à venir me chercher. C'est très important.

Elle est rentrée à deux heures du matin, la veille, a repris ses recherches à six heures. Elle a les yeux si cernés que ça en devient inquiétant. Pattenrond trottine derrière elle. Ils forment un drôle de duo, tous les deux, entre le chat de gouttière décharné et l'hystérique au teint livide qui brandit sa photo sous n'importe quel prétexte. Elle a parcouru la zone habitée de la réserve de long en large. Elle doit bien se rendre compte, maintenant, qu'il n'y a aucune trace de Potter dans le coin.

« Hé, Gala ! », l'interpelle-t-il alors qu'elle passe en trombe devant la terrasse de l'hôtel. « Tu devrais faire une pause. Un verre de vin ? »

« Pas le temps. J'ai trouvé une navette pour m'emmener dans un autre coin de la réserve. C'est quasiment désert, mais y'a un camping. Peut-être... peut-être qu'Harry est passé par là-bas. »

Drago la dévisage, ouvre la bouche, se ravise. Il lui dirait bien qu'il faut qu'elle arrête, qu'elle se fatigue plus qu'autre chose, que c'est au mieux de l'optimisme, au pire de la folie, de penser pouvoir retrouver la trace d'un touriste anglais, passé ici il y'a Dieu seul sait combien de temps. Il ne sait pas à quoi ça rime, tout ça, mais ce qu'il sait, c'est qu'elle ne le retrouvera pas. Surtout si, comme il le soupçonne, Potter essaye lui aussi de se volatiliser.

Il pourrait lui dire ça, mais il sent bien qu'elle est au bord de la crise de nerfs, qu'elle tient déjà à peine sur ses deux pieds et que le moindre coup de vent pourrait la balayer. Il lui tend une tartine de fromage.

« Mange, au moins. »

Elle acquiesce, croque un bout et pousse un long soupir.

« Mon Dieu, je mourrais de faim, en fait. »

« Sans blague. »

Elle lui chipe une deuxième tartine, le remercie entre deux bouchées, et la seconde d'après, elle a disparu par la porte de l'hôtel. Il sirote une gorgée de whisky en observant les rares touristes qui flânent dans les ruelles du village. Granger réapparaît, un manteau sur les épaules, et s'évapore dans une des rues, Pattenrond sur les talons.

Il se demande pourquoi elle cherche Potter comme ça. Non, ce qu'il aimerait vraiment savoir, c'est pour quelle raison obscure Potter, Monsieur-Sainte-Nitouche, a tant besoin de disparaître de la circulation. Quelle connerie il a pu faire pour se retrouver dans une situation aussi critique que lui ? A croire que c'est la malédiction de Poudlard : qui qu'on soit, d'où qu'on vienne, on ne s'en sort jamais vraiment.

~o~

Dans la douche, Drago sent tous ses muscles se dénouer. L'eau chaude ruisselle sur son corps, et l'espace d'un instant, dans cette petite cabine de douche, derrière la porte de la salle-de-bains fermée à clé, il se sent en sécurité. Il n'a presque plus d'argent, plus aucune affaire personnelle mis à par ce qu'il portait sur lui au moment de sauter du pont, des bleus sur tout le corps et au moins deux côtes fêlées, mais ça ne l'empêche pas de se sentir mieux ici, dans ce trou paumé, qu'au Manoir, entouré des chiens de garde de Jedusor.

Il prend le temps de se laver les cheveux, de frotter chaque recoin de peau pour le délester de la boue, de la poussière, de la tension accumulées ces derniers jours.

Il coupe le robinet, se sèche, passe son avant-bras sur le miroir pour effacer la buée et observe son visage quelques secondes dans le miroir. Il a connu de meilleurs jours. Un coquard violacé maquille son œil, ses lèvres sont gercées, son arcade fendue. Il sourit. Si c'est ça, le prix de la liberté, c'est peu cher payé.

~o~

Vingt-trois heures. Il frappe à la porte de la chambre d'Hermione. Une seconde plus tard, le battant s'ouvre sur une Granger pâle et visiblement au bout du rouleau. Elle s'écarte pour le laisser entrer, s'assoit sur une chaise sur le balcon, se rongeant nerveusement l'ongle du pouce.

« T'as rien trouvé, je présume ? »

Elle fait non de la tête, pousse un soupir vibrant.

« Je viens vous dire au revoir, à toi et à la petite terreur », se justifie-t-il en désignant Pattenrond qui lui attaque les jambes en feulant.

Elle pousse un nouveau soupir et cette fois, il sent qu'elle est sur le point d'éclater en sanglots. Il hésite sur le pas de la chambre, la porte encore ouverte dans son dos, à tirer sa révérence. On lui a appris, ne te mêle pas du chagrin des autres, c'est une poisse toxique, dont on ne se défait plus. On lui a appris, si tu veux survivre, c'est toi, avant le reste du monde. Il referme la porte dans son dos, scelle la porte sur son éducation maudite, ouvre celle du mini-frigo, en tire deux bières. D'un coup de briquet, il les décapsule, en tend une à Granger qui l'accepte avec un sourire et un merci étouffé.

« Tu pars vraiment, alors », murmure-t-elle, avant de boire une gorgée de bière.

« Faut croire », répond-il en tirant une chaise pour s'asseoir sur le balcon, à côté d'elle.

« Ça va faire bizarre. Je veux dire, on s'habitue, à ne plus être tout seul. A voyager à deux. »

Elle lui coule un regard en coin, et il sait qu'il la tient, en équilibre dans sa main, qu'elle agite le drapeau blanc. C'est une première, dans l'histoire du monde, Hermione et Drago qui signe une trêve en buvant une bière, quelque part au fin fond de l'Andalousie.

« Oui, on s'habitue. Tu feras attention à Pattenrond ? »

Un sourire espiègle lui étire les lèvres jusqu'à atteindre une fossette, dans la joue gauche, qu'il n'avait encore jamais remarquée.

« Avoue qu'il va te manquer ! »

Il boit une gorgée de bière, hausse les épaules avec une nonchalance feinte.

« Manquer, manquer... J'irai pas jusque là. Disons que j'aurais aimé voir ce que devient cette petite teigne. Le voir mettre une raclée aux chats de gouttière de deux fois sa taille qui essayeraient de lui taper l'embrouille. »

Elle plisse les yeux, les lèvres pincées dans une vaine tentative pour ne pas se moquer ouvertement de lui.

« C'est ça, Drago. Pas à moi. Je sais que tu l'aimes, ce chat. »

« Peut-être », concède-t-il avec un sourire.

Le fond de l'air est doux, une brise balaye le balcon et il sent le goût salé de la mer ébouriffer ses cheveux, siffler contre ses lèvres gercées. Il boit une gorgée de bière en regardant droit devant lui, le ciel, les étoiles, le contour blanc – bleuté par la nuit – des côtes de Cabo de Gata. Il entend même les vagues se jeter sur les galets, au loin.

« Tu vas faire quoi ? », demande-t-il.

Elle boit un peu de bière, referme ses bras autour de ses genoux repliés contre elle.

« Je sais pas. C'était bancal comme plan, mais c'était tout ce que j'avais », elle attend un peu, avant de rajouter : « Il est parti, comme ça, envolé. Du jour au lendemain. Il m'a envoyé cinq polaroïds, un chaque semaine pendant un peu plus d'un mois. Et puis, silence radio. Pas d'adresse, rien. Il ne m'a rien laissé d'autre que ça. »

Elle plaque sur la table les cinq polaroïds qui glissent, s'éparpillent sur toute la surface en bois du meuble. Drago en rattrape un de justesse avant qu'il ne tombe, l'observe une brève seconde avant de le reposer. Un assemblage de petites maisons colorées tout prêtes à se jeter dans une mer d'un bleu limpide. Il dévisage Granger, hésite, finit par demander :

« Et tu t'es pas dit que peut-être... peut-être que Potter ne voulait pas qu'on le trouve ? Je ne sais pas ce qu'il a pu faire pour effacer ses traces comme ça, et honnêtement, je ne préfère pas savoir, mais quoi qu'il en soit quand on se donne tant de mal pour disparaître, on le fait pour une raison. Et j'en connais un rayon là-dessus. »

Il pensait qu'elle allait s'énerver, mais contre toute attente, elle hausse les épaules, pose le menton sur ses genoux.

« Peut-être. Mais peut-être, c'est pas assez. Tant que j'aurai ne serait-ce qu'un doute, je continuerai à le chercher. »

Elle laisse passer un bref silence, avant de tourner la tête vers lui, sa joue toujours posée sur son genoux.

« Et puis, tu sais, Drago... Retrouver Harry c'est ce qui me pousse à me lever le matin, sortir de ce foutu lit, faire autre chose de mes journées que tenter d'évaluer, entre l'overdose de somnifères et une chute libre depuis le septième de mon immeuble, laquelle serait la plus efficace... »

« Pour avoir réfléchi longuement à la question environ une fois par jour depuis les six dernières années, quotient multiplié par dix les jours de repas de famille, je te conseille l'overdose de somnifères. »

Elle rit mais c'est un rire jaune, qui filtre à peine entre ses mâchoires serrées et ses sanglots ravalés. Avec sa bouteille, il lui pousse gentiment l'épaule.

« Tu veux un vrai conseil, Granger ? Trouve-toi une autre raison de te lever tous les matins que d'essayer de retrouver quelqu'un qui ne veut pas qu'on le retrouve. Et puis, maintenant que tu as les Traceurs aux trousses, t'as même plus besoin de choisir entre somnifères ou saut dans le vide, il te suffit de ne pas sortir de ton lit et ils s'occuperont de ça pour toi. Donc tu veux une raison de te lever le matin ? La satisfaction de faire courir les Mangemorts. Ça vaut toutes les motivations de la terre. »

Elle sourit, sort de sa poche un carnet gondolé par l'humidité, extirpe un stylo de la sacoche qui ne la quitte pas et note à la va-vite quelque chose.

« Je rajoute, à toutes les choses que je te dois, un discours de remotivation pas très élaboré mais relativement efficace. »

« Avec les intérêts, on peut estimer que tu me rembourseras en éloge funèbre dithyrambique couplée de compliments sur mon incroyable intelligence et ma modestie hors du commun. »

« Je passe sur les compliments mais à la place je peux te proposer le pack larmes faussement sincères et Mon Dieu, comment la planète Terre va se remettre d'une perte aussi tragique que celle de Drago Malefoy ? »

« Adjugé, vendu », conclut-il en tendant sa bouteille.

Elle trinque et il finit sa bière. Ils restent un instant sans rien dire, puis il se relève. Debout à côté d'elle, les mains dans les poches, il observe la nuit andalouse chamarrée d'étoiles. Et pour la première fois de sa vie, il ne considère plus le ciel comme un gigantesque arbre généalogique, mais il le voit pour ce qu'il est vraiment : un ciel, piqué d'étoiles. Pas de Bellatrix, de Sirius, d'Andromeda, et de Cygnus. Non, juste des étoiles.

De l'index, il tapote un des polaroïds étalés sur la table.

« Ça, c'est le sud de l'Italie. La Calabre. Une de mes tantes y a habité quelques années, elle nous envoyait des cartes postales. Je sais où c'est. »

Hermione relève la tête si brusquement que pour peu, le coup du lapin aurait eu raison d'elle.

« Quoi ? »

« C'est un petit village, au nord de la Calabre. J'ai rendez-vous avec Krum demain à neuf heures, dans le hall de l'hôtel. Si jamais tu veux profiter du voyage, je suis sûre qu'il trouvera un moyen de te faire une place. »

Il quitte la chambre alors qu'elle est déjà plongée dans des gribouillis et des notes de nouveaux itinéraires. Pour ce qui est de se trouver une autre raison de se lever le matin que de chasser une girouette, c'est raté, mais au moins, ça lui fait une raison de se lever le matin.

Et, des milliers de mensonges qui entachent la courte vie de Drago Malefoy, c'est bien le plus pieu de tous.

~o~

« Tu es prêt ? »

Drago regarde Krum, puis la tasse de café tiède qu'il tient dans sa main et enfin, l'horloge suspendue derrière le comptoir du bar de l'hôtel. 8h54.

« Je finis mon café et je suis prêt. »

Debout en face de lui, Krum attend. Pas d'expression sur son visage froid. S'ils étaient tous comme lui à Durmstrang, ça devait être l'ambiance. Drago boit une nouvelle gorgée. 8h55. Il fait tourner sa cuillère, rajoute un morceau de sucre, mélange encore. Ses doigts pianotent sur le rebord de la table. 8h56. Krum serre le poing. Mauvais signe quand on a un boxeur en face. La cuillère tourne. Drago regarde l'horloge. 8h57. Une douleur aiguë à la jambe, il baisse les yeux, trouve un chaton toutes griffes dehors agrippé à son mollet. Dix secondes plus tard, Granger arrive en courant, échevelée et essoufflée.

« Mon Dieu... je croyais... j'ai eu peur de vous avoir raté... »

Krum la dévisage, un sourcil haussé. Premier signe d'humanité dont Drago est témoin depuis qu'il le connaît.

« Je voulais savoir... en fait, j'ai eu un appel, de ma tante. Pas vraiment ma tante, la tante d'une cousine, enfin une connaissance, non, je veux dire, c'est ma famille, même si je la connais pas trop et... elle est malade, enfin, elle vient de tomber malade, elle habite en Italie... pas que je sous-entende qu'il y'ait un lien de cause à effet entre habiter en Italie et tomber malade, mais... »

Elle continue de déblatérer un flot insensé de paroles sous le regard circonspect de Drago. Il ne sait pas vraiment où elle va, avec une excuse comme ça, mais il doit avouer que c'est assez distrayant à regarder.

« Enfin, je voulais savoir... je peux venir avec vous ? »

Krum la dévisage des pieds à la tête. Deux fois. Avant d'acquiescer.

« D'accord. Vous achèterez d'autres habits sur la route. Plus convenables. »

Sans un mot de plus, le bulgare attrape ses valises et quitte l'hôtel. Drago laisse son café froid et trop sucré sur la table, attrape Pattenrond et le tend à Hermione.

« Ce serait bête de l'oublier maintenant. »

Elle lui sourit, et tout son visage se ranime.

« Merci, Drago. Je te suis redevable à vie. »

« Fais-moi plaisir et soigne-moi cette éloge funèbre, alors », il hésite, avant d'ajouter : « Ne mets pas trop de cœur à l'ouvrage, non plus. Vu comme c'est parti, ton cercueil trônera juste à côté du mien. »

« Après réflexion, ça a supplanté les somnifères dans le classement. »

Il hoche la tête en souriant et d'un même pas, ils laissent l'hôtel derrière eux. Les portières de la voiture de Krum claquent et le moteur démarre.


Hello amigos y amigas.

Alors voilà, là pour le coup, on a vraiment un chapitre calme. Je ne vais pas vous resservir mes doutes sur la question, j'espère juste que ça vous a plu quand même.

Et je voulais vous remercier, sincèrement et du fond du cœur, pour toutes vos reviews. Je crois que quand on écrit, on n'a pas souvent la chance d'avoir en direct le retour des lecteurs et je n'aurai jamais les mots pour vous dire combien je vous suis reconnaissante de me laisser des reviews, des messages, des petits signes de vie, n'importe. Chacun d'entre eux me touche et me fait plaisir. Je crois que c'est vous, vraiment vous, qui m'avez aidée à comprendre combien j'aime écrire. Un milliard de tendres baisers télépathiques.

Thanks a bunch,

LM.