Notes : durant mes errances estivales, je suis tombée sur un bateau qui ressemblait sacrément à l'idée que je me fais du Miranda. Le lien est dans mon profil, dans la partie "updates" (je vous l'aurai bien mis ici, mais fanfiction mange les adresse mails)

merci encore pour les review qui ne manquent jamais de me faire sautille comme une débile. Je vous adore les gens. J'espère que j'ai oublié personne dans les réponses T.T. shinigamylle (merciiii. j'espère que ce chapitre te plaira aussi) Neferkitty,Saru813, Plume d'eau (merci. j'avoue, je ne peux pas m'empêcher de faire de l'angst. hem. désolée de te déprimer. bonne lecture!), Ciel d'automne, Luwynda, Laemia


Partie 3 : la planète au trésor
Si tu veux être un homme libre

VIII

Tout serait parfait
Si le monde était
Un monde de paix
Comme il ne l'est jamais


Roch n'était pas monté sur un surf solaire depuis plusieurs mois. Il se jucha sur l'engin avec toute la prestance de plusieurs années de pratique, plusieurs années à voltiger dans les vieux quartiers d'Andorian. Devant, la barque solaire qui emmenait Firefly, Bartok, Thestral et Scar prenait déjà de l'avance. D'un coup de talon, Roch enclencha le moteur puis il s'envola.

Il n'avait jamais volé dans l'espace, avant. Ce n'était pas pareil que sur une planète. Malgré le régulateur de gravité, Roch se sentait beaucoup, beaucoup plus léger et la moindre torsion de son corps le déséquilibrait. Cela signifiait aussi qu'il allait foutrement vite. Il rattrapa les autres en une poignée de secondes, et résista difficilement à la tentation de faire un looping de joie. (Car dans l'espace, ça ne pouvait pas être une bonne idée).

oOoOo

Antinoüs était un rocher.

La flotte de la fédération la plus proche n'était qu'à deux heures de vol et l'hôtel Luminaire disposait d'un service de sécurité que l'on aurait aisément pu qualifier de petite armée. Des gros poissons que le Miranda n'était pas de taille à affronter. C'était sans compter la ténacité obsessive de Firefly et la folie collective de son équipage.

Le plan devrait se dérouler ainsi :

L'équipage ferait diversion tandis que Snake et Firefly chercheraient Zadig. Le cœur de Roch s'alourdit quand il comprit qu'il allait rester derrière. C'est pourquoi il manqua de tomber sur les fesses, lorsque Thestral intervint, le désignant d'un air vaniteux.

« Tu devrais le prendre avec toi, » dit-il. « Il est plutôt doué pour les duels, par contre il tiendra pas longtemps dans la mêlée. »

Roch entendit quelqu'un ricaner et parler d'euphémisme, et il se souvint en rougissant qu'il avait passer sa première bataille pendu à sa corde, par-dessus bord. Thestral ne voulait pas de lui dans ses pattes.

Firefly roula des yeux et le regarda furieusement comme si Roch avait demandé à Thestral de le coller avec le capitaine et Snake.

« Ok. Il vient avec nous. »

oOoOo

L'hôtel Luminaire, en fait d'être un bâtiment sur ce bout de caillou était un vaisseau en orbite. Arrivés au port d'Antinoüs, les trois infiltrés se rendirent à la navette qui devait les emmener à l'hôtel. Firefly paya sans lever un sourcil les six milles pièces d'or réclamées pour le voyage.

Ils furent ensuite invités à passer celui-ci dans un salon privé, où ils s'installèrent sur des fauteuils si confortables que Roch eut l'impression de se faire avaler dedans. Firefly se servit un verre de liqueur qui devait être aussi rare que chère.

« On devrait mettre moins de trois heures pour rejoindre le Luminaire. Snake, tu sais ce que t'as à faire. Roch, tu viens avec moi. »

Roch surprit le regard de Snake sur lui, et cette fois, il ne détourna pas les yeux, mais le soutint sans rougir, un peu agacé, le cœur cognant. Firefly les regarda tour à tour.

« Un problème ? » demanda-t-il. Le ton de sa voix était posé, mais son visage était féroce.

« Non. C'est juste que vous semblez… inséparables, ces temps-ci, tous les deux. Y en a pour s'poser des questions. »

Firefly arqua un sourcil.

« Quel genre de questions, Snake ? »

Snake parut sur le point de se rebiffer, mais il changea d'avis à la dernière seconde.

« Y en a pour dire que vous le baisez, capitaine. »

La réaction de Kaël ne se fit pas attendre : il éclata de rire. Roch déglutit et réussit à prendre un air surpris, tandis que sa plus grande peur prenait vie sous ses yeux juste quand Firefly admettait ce qu'il voulait, juste quand se toucher en pleine lumière paraissait un peu moins insurmontable, tout s'écroulait, comme un château de cartes.

« Y'en a pour dire que je baise Roch, » répéta Firefly. « Et je peux savoir qui dit ça ? »

Snake fit un sourire venimeux. Roch se mordit la langue pour ne rien dire, pour ne pas réagir. Le jeune pirate avait envie de vomir. Entendre ces mots, prononcés de cette façon là dans la bouche de Kaël, suffisait à lui râper douloureusement le cœur, comme si quelqu'un s'amusait à l'éplucher avec un couteau rond. (« y en a pour dire que je baise avec Roch » – des mots laids et blessants, des mots qui détruisaient ce qu'il y avait pu avoir de tendresse entre eux, peut-être que Roch avait tout imaginé, finalement).

« Je crois que j'ai entendu Bartok mentionner ça. Et puis certains du dortoir quoique je ne saurai dire qui. »

Firefly but une gorgée de la liqueur. Tout le plaisir de l'arôme de la boisson semblait s'être dissipé avec les dires de Snake.

Roch ferma les yeux et essaya de dormir un peu, conjurant le visage de Kaël lorsque Roch suivait des doigts les lignes sombres de ses tatouages.

Son cœur battait trop vite et les mots vicieux de Snake se répétaient en boucle dans sa tête.

Ils ne dirent plus un mot durant le voyage.

oOoOo

Ils se séparèrent dans le hall de débarquement.

Snake était chargé de sécuriser l'itinéraire de secours. Ils avaient l'intention de prendre Zadig vivant, ce qui leur compliquait singulièrement la tâche. Une barque et un surf solaires les attendraient sagement près du local d'ordures. Quant au système de sécurité, Snake, Scar et Seishiro avaient mis au point un dispositif pour le foutre en l'air – apparemment, ils avaient un indic' à l'intérieur de l'hôtel : un appareil émettant des ondes qui perturbait le signal des caméras, et qui enverrait en boucle des images des couloirs déserts, quand ils traineraient Zadig jusqu'au local des ordures.

Roch et Firefly devaient donc trouver Zadig. Le capitaine n'avait pas dit un mot sur la façon dont ils allaient procéde, ni comment ils allaient entrer sans se faire enregistrer. Snake disparut vers une porte dérobée. Et Firefly, les mains dans les poches, se dirigea le plus naturellement du monde vers les ascenseurs qui menaient aux chambres, comme s'il était un client banal. Roch lui emboîta le pas.

Personne ne releva la tête.

oOoOo

Ils montèrent dans l'ascenseur à la suite d'une extraterrestre sublime, vêtue d'une robe de soie blanche, à qui Firefly céda galamment le passage. La femme lui accorda un sourire aussi froid que poli, puis badgea l'ascenseur et indiqua son étage.

C'était apparemment ce que voulait Kaël, car il appuya à son tour sur le bouton qui les amènerait au premier niveau (il y avait quinze niveaux, découvrit Roch étonné.

« Vous êtes sûr qu'il est à ce niveau ?

-Zadig ne veut que ce qu'il y a de meilleur. »

Et c'était sublime. On se serait cru à l'intérieur d'un palais de rois. Le plafond était très haut et tout était richement décoré, avec un goût exquis. Roch crut reconnaitre quelques peintures de Klimt, et se dit que c'était probablement des originaux. Il avait envie de se baisser pour toucher la moquette rouge et moelleuse sur laquelle ils marchaient.

« Comment va-t-on entrer dans sa chambre ? Et comment va-t-on trouver sa chambre ?

-Ton manque de foi en moi est blessant, dit Kaël avec un sourire immense. C'est simple on va voler un passe. »

Roch le regarda avec un regard interloqué. Il était vraiment sérieux ? Le jeune pirate commençait à se faire aux idées saugrenues de Firefly qui les conduisaient presque systématiquement dans des situations désespérées (comme mourir de froid dans une grotte, cernés d'ennemis) mais Firefly ne manquait jamais de le surprendre.

La tête que fit Roch était si comique que Kaël éclata de rire.

« En fait quand je dis « on », je veux dire le type que j'ai « payé » pour. Allez fais pas cette tête. Je ne fais pas que des plans au feeling – quoique cela nous réussisse, hein. Non, crois-moi, tout est orchestré à la virgule près. Ça fait six ans et vingt-trois jours que je me prépare pour ce jour. »

Roch était encore un peu dubitatif, mais comme toujours, il décida de faire confiance au capitaine.

« Je vous fais confiance, Kaël, » ne put s'empêcher de dire Roch. Firefly le gratifia d'un immense sourire qui remua les entrailles du jeune pirate. Celui-ci fut pris d'une brusque envie d'éteindre ou d'embrasser le capitaine, et il serra et desserra les doigts pour faire passer son impulsion. Il n'avait plus le droit, se répéta-t-il en boucle, comme un mantra désespéré. Kaël n'avait rien dit de tel, mais son comportement laisser supposer qu'ils ne se retoucheraient plus.

« C'est là » dit Kaël en lui montrant un petit salon chic qui bordait le couloir. Firefly s'installa sur un fauteuil, à côté d'un gigantesque aquarium et invita Roch à faire de même.

« On est en avance, précisa-t-il. Il devrait arriver d'ici vingt minutes. »

Roch se mordit les lèvres. Tant qu'ils étaient seuls et que personne n'essayait de les tuer (Roch était persuadé que ce dernier point ne tarderait pas à changer), il voulait parler à Kaël de ce qu'il se passait entre eux, de ce qu'avait dit Snake, et espérer qu'il avait toujours le droit de le toucher.

« Kaël… »

Firefly releva la tête. Son regard vert était neutre, mais sa posture était tendue et sur la défensive.

« Oui ?

- À propos de ce qu'a dit Snake.

-J'ignorais que c'était à ce point, dit simplement Firefly.

-Moi aussi. »

Kaël n'avait pas l'air décidé à en parler.

« Qu'est-ce qu'on fait, alors ? insista Roch. (Il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas renoncer à Kaël Firefly sans se battre).

Le capitaine poussa un soupir et releva les yeux vers lui. Roch imagina qu'ils avaient l'air triste.

« On ne peut pas continuer, » dit Firefly, confirmant les craintes de Roch. Celui-ci se doutait bien de cette réponse, mais l'entendre à voix haute ne lui en brisait pas moins le cœur.

Kaël se releva, lui attrapa les épaules et le tira vers lui, agrippant le tissu de ses vêtements jusqu'à blanchir ses phalanges. Roch s'enterra dans l'étreinte les yeux fermés, respirant l'odeur familière de Kaël, réalisant à peine qu'au beau milieu d'un hôtel de grand luxe, Kaël l'avait pris dans ses bras.

« N'imagine pas que je ne ressens rien pour toi, » dit Kaël à son oreille

-Kaël.

-Si les choses étaient différentes, poursuivit Firefly avec un sourire dans la voix, je te dirais que je t'aime et j'apprendrais à vivre au grand jour avec toi (un baiser sur sa tempe). Je te ferais oublier toute ta vie avant moi. Si les choses étaient différentes, il n'y aurait que toi et moi »

Kaël le lâcha.

« Mais les choses ne sont pas comme ça. Je suis le capitaine du Miranda et si les autres découvrent que j'ai une faiblesse pour toi, ils nous mettront en pièce, ils te crucifieront, et il y a des chances pour qu'ils m'obligent à regarder. Alors, il vaut mieux, qu'on arrête ça »

Roch eut l'impression que Kaël avait extirpé son cœur de sa poitrine, l'avait caressé tendrement (je t'aime, j'apprendrais pour toi), avant de le saccager méticuleusement, et de le lui rendre, tout sanguinolent.

« Ok, dit Roch.

-Ne crois pas que je ne ressens rien pour toi, » répéta Firefly. (On aurait dit une supplique ou une prière.)

Il se tourna pour surveiller le couloir.

« Viens, il arrive. Allons-y. »

Et ce fut comme s'il ne s'était rien passé, comme si Kaël n'avait pas écorché son cœur, une fois encore.

oOoOo

Leur indicateur était un extraterrestre minuscule et très laid, qui portait l'uniforme de l'hôtel : de longues robes blanches, bordées d'argent. Sur une créature aussi petite, la vue était sinon ridicule, au mieux saugrenue.

Comme Kaël s'approcha, le visage de l'inconnu se décomposa, passant par toutes sortes d'expression qui ressemblaient à de la panique.

Les yeux vides, la bouche tordue en un sourire inquiétant, Firefly n'était plus Kaël. Tout en lui, sa démarche, comme ses tatouages, le son de sa voix, participaient à durcir son allure.

Le petit homme ne se perdit pas en mots inutiles. Il lança le passe à Firefly.

« Lord Zag est dans la suite Pleine Lune. Le code d'accès est 10-34. Vous pouvez y aller, il ne sort jamais avant onze heures.

-Merci Monsieur Bothier.

-C'est… c'est fini maintenant ?

-Fini ? répéta Firefly.

-Nous… nous sommes quittes, pas vrai ? »

Le capitaine fit mine de réfléchir.

« Pas tout à fait. Roch, tourne-toi, s'il te plait. »

Il ne vérifia pas si Roch avait obéi quand il tira une balle entre les deux yeux de M. Bothier.

« Allons-y, » dit le capitaine, sur un ton presque joyeux.

Roch le suivit, à moitié nauséeux. Ses yeux évitèrent le cadavre.

« Pas de témoins », fit le capitaine en guise d'explication. « Et je t'ai dit de ne pas regarder ».

oOoOo

Trouver la suite Pleine Lune ne fut pas difficile. Ils entrèrent aussi discrètement que possible. Il s'avéra que toutes leurs précautions étaient inutiles. Roch était à moitié persuadé qu'ils auraient dû défoncer la porte au C4 s'ils avaient voulu que leur cible les remarque. Lord Zag était fort occupé avec une jolie extraterrestre, qui ondulait en piaillant sur le ventre de Zadig.

« Oops, dit Firefly, on dirait qu'on dérange. Mais ne vous arrêtez pas pour nous, on apprécie le spectacle. »

Le cri de la fille n'avait pas grand-chose à voir avec le plaisir et les yeux de Lord Zag s'arrondirent comme des billes. Firefly éclata de rire et leva encore une fois son arme, abattant la fille cette fois. Zadig poussa un hurlement de goret et jeta la fille inerte loin de lui.

« Je t'ai manqué ? demanda le capitaine avec un sourire plaisant.

-La Luciole, souffla l'homme dans le lit.

-Ne m'appelle pas comme ça, siffla Firefly, venimeux comme un serpent.

Il jeta une tunique à Zag qui trainait sur un fauteuil.

« Habille-toi. On va se balader. »

Une lueur de peur passa dans les yeux de l'homme. Il avait la figure d'un condamné à mort qui fait ses premiers pas vers l'échafaud, et Roch se dit que ce n'était pas loin de la réalité. Cela faisait six ans qu'un équipage complet de pirates rêvait de lui arracher les tripes et des les lui faire bouffer et enfin, enfin, il était à leur merci. A sa place, Roch n'aurait pas fait une autre tête. Même s'il ne pouvait imaginer ce qu'il allait subir, Roch n'arrivait pas à être désolé pour lui, si la moitié des choses racontées par Scar étaient vraies. Firefly ressemblait à un lion tournant autour de sa proie et chacun de ses nerfs étaient tendus d'impatience.

Lorsque Zadig fut enfin habillé, Kaël le saisit par le col de sa tunique.

« La clef. Si tu me la donnes sagement, peut-être que je te tuerai plus vite. Au lieu de prendre… »

Zag ferma les yeux.

« Va t'faire foutre. »

Ça ne pouvait pas être une bonne réponse.

oOoOo

Lorsque Kaël en eut fini avec Zadig, ce dernier ne ressemblait plus vraiment à Lord Zag, l'aristocrate qui allait d'hôtel luxueux en villas interstellaires. Il ressemblait à quelqu'un qui se serait fait emboutir plusieurs fois par un speeder solaire avant d'être soigneusement matraqué par un type armé d'une batte de baseball. Zadig crachait et s'étouffait dans son propre sang et des bleus vicieux commençaient à se former sur son visage. Il avait avalé une dent. Kaël rangea d'un air triomphant la clef dans sa poche.

-Ce n'était pas si difficile, n'est-ce pas ? ricana-t-il.

Il était encore excité par ce qu'il venait de faire – six années de pulsions meurtrières relâchées en un seul instant sur un seul homme – et on aurait dit qu'il venait de boire ou de prendre un truc pas net. Il riait, il riait sans pouvoir s'arrêter.

-Retournons sur le Miranda, Roch, dit-il, extatique.

Et pour appuyer ses dires, il prit le visage du jeune pirate entre ses mains et fourra sa langue dans sa bouche. Puis il le lâcha et attrapa les pieds de Zadig.

-Prends ses bras.

Roch cilla, incertain de ce qui venait de se passer. Mais il obéit, comme anesthésié.

Ils repartirent vers le vaisseau au pas de course. Firefly sifflota tout le long du chemin.


voilà. j'espère que ce chapitre vous a plu. A bientôt pour la suite.