Note : il devait se passer trois fois plus de trucs sur ce chapitre, mais finalement, la Clef et la Boussole ont pris (trois fois) plus de place que je ne le pensais.
Note bis : la « clef » est inspirée d'une comptine, prise dans l'épisode 2 de la saison 5 de Doctor Who (The beast within).
un grand merci Myry pour la correction et ses conseils avisés 3. Merci aussi Ariani pour la comptine, sans qui je ne m'en serais jamais sortie ! et bien sur merci à tous ceux qui ont laissé un petit mots aux chapitres précédents( Shinigamylle, Bouddha; Neferkitty, Panda's Kro, et Luwynda) :)
Monde 3 : La planète au trésor
Si tu veux être un homme libre
Chapitre 9
Nous partons tous à la conquête,
D'un pays de paradis,
Ta gloire, ta fortune est faite
Roch et Kaël regagnèrent le Miranda sans encombre, traînant derrière eux Zag comme un poids mort. L'homme avait perdu conscience sous le traitement de Firefly et il n'avait pas bougé depuis. Snake, Thestral et Scar les avaient devancés.
Les deux pirates furent accueillis par une pluie de sifflements et d'applaudissements qui redoublèrent encore lorsque Firefly hissa Zag à bord et le jeta brutalement aux pieds de ses hommes.
-Six ans, messieurs. Six ans de navigation et de recherches. Six ans depuis la mort de mon père. La Main de Midas nous attend.
oOoOo
Roch s'acquitta en silence de ses corvées. En passant devant la cabine de Firefly avant ses heures de sommeil, il ignora la douleur vive dans sa gorge et passa devant Kaël et Bartok sans leur accorder un regard. Il lui sembla que le capitaine voulait lui dire quelque chose mais c'était probablement son imagination qui lui jouait des tours.
Roch mit longtemps avant de s'endormir. Et ce n'était pas tant parce qu'il pensait à Firefly qu'à cause des cris de Lord Zag qui parvenaient jusqu'à lui.
Il fut réveillé par des sons de voix excitées qui appartenaient à Scar et à Snake. Les deux pirates parlaient à voix basse, mais ils avaient peine à se retenir. À moitié endormi, Roch comprit tout de même qu'ils avaient vu Zag et qu'il y en avait plus d'un pour « s'amuser » avec lui, avec la bénédiction du capitaine.
Ses pensées le ramenèrent à Kaël et à ce qu'il s'était passé dans la chambre de Zag. Fermant les yeux, Roch ne voyait rien d'autre que la rage de Firefly quand il passait à tabac l'assassin de son père quand, le cerveau imbibé d'adrénaline et de rage, il avait saisi Roch par les épaules pour l'embrasser avec la langue et les dents jusqu'à laisser un goût métallique dans la bouche.
Sentant les larmes monter – il n'était pas une fillette, bon sang – Roch fut tenté de mettre un poing dans sa bouche pour être certain que pas un bruit ne signalerait à ses voisins l'état pathétique dans lequel il se trouvait.
L'espace d'un instant, Roch aurait voulu trouver en lui assez de rage pour haïr Kaël qui jouait avec lui, sans se préoccuper de ce qu'il pouvait bien ressentir.
Il ne dormit guère.
oOoOo
La tension qui avait pesé sur le Miranda durant les quelque vingt jours de voyage vers Antinoüs s'envola. L'humeur de Thestral n'avait jamais été aussi joyeuse ; et même Bartok fut surpris à grimacer un sourire à une ou deux reprises.
Roch évita le regard de Kaël toute la journée. Il semblait qu'il n'avait pas beaucoup d'efforts à faire, car Firefly l'évitait à présent.
Après quelques heures de navigation, le capitaine réunit tout l'équipage sur le pont, les toisant, mains sur le gouvernail.
- Messieurs, nous avons le Code et la Boussole. Nous sommes à côté de Dryade où nous nous arrêterons pour déchiffrer notre prochaine étape. Je peux déjà voir le Star Whale.
Dryade était un petit astroport sur une planète minuscule. L'astroport était bordé par une gigantesque forêt, aux arbres plus hauts qu'un petit immeuble, dont les feuilles se paraient d'or, de bleu et de vert selon les saisons. La Forêt d'Or était le refuge préféré des petits escrocs et des pirates car les cachettes étaient infinies, et il était presque impossible de retrouver quelqu'un qui avait décidé de s'y cacher.
En écoutant les conversations, Roch comprit que Seishiro avait vécu ici toute son enfance. Il était le fils d'un marchand d'armes basé à Dryade. Il connaissait la Forêt d'Or aussi bien qu'il était possible. Seishiro guida le Miranda en sûreté, à l'abri des regards, à quelques kilomètres de l'astroport.
Roch débarqua sur la terre ferme avec soulagement. La gravité était pesante ici et Roch regarda avec fascination les empreintes de pas laissées par leurs bottes dans la terre humide. L'air était pur et une odeur de bois et de feuilles fraîches leur chatouillait les narines. Roch ramassa une feuille et l'examina avec fascination.
-Bientôt, disait Thestral, on en fera des vraies ! Qui vaudront un joli pactole.
Sa remarque provoqua des rires enthousiastes.
Kaël s'assit et fit apparaître la boussole dans sa main. Elle était en or pur et à la place d'une grande aiguille pointant le nord, il y avait une aiguille minuscule, qui tournait dans tous les sens. Six petits boutons l'encadraient, sur lesquels étaient gravés des symboles étranges. Assis à coté de Kaël, Bartok tira de son sac un vieux parchemin qui devait contenir le code. Celui-ci pouvait se traduire comme ceci :
en bas, en haut.
L'un a bel air,
l'autre montre les crocs
L'un d'or se couvrira,
les mains vides l'autre repartira
en haut en bas
mais pas comme tu crois
-Ça ne veut rien dire, protesta Seishiro.
-Ce vieux fou s'est foutu de nous.
-Il a essayé, dit calmement Kaël, mais croyez-moi, ceci est le code.
-Vous avez jamais vu ces vieux films de chasses aux trésors ? C'est jamais si simple, dit Snake avec un air angélique qui lui valut six regards meurtriers et autant de regard très las.
-Simple ? Tu sais combien de gens ont tué pour arriver ici ?
-Pas besoin de cervelle pour ça, Snake, persifla Scar.
-Et mon poing dans ta gueule, il est assez intello pour toi ? s'enquit Snake.
-Assez vous deux ! claqua Kaël.
Thestral regarda la boussole d'un air haineux, comme si l'objet allait prendre peur de sa colère et leur livrer tous ses secrets.
-On est pas plus avancés ! Bordel, j'en ai assez de ces foutaises !
Kaël plissa les yeux, mais ne réprimanda pas son second devant tout l'équipage comme il était probablement tenté de le faire. L'espace d'un instant, Roch crut que Thestral pousserait l'affront jusqu'à prendre la boussole des mains de Firefly, et qui savait ce que pareille action eût engendré comme catastrophe. Mais au grand soulagement de tout le monde, le second du Miranda recula et rien ne se passa.
-Puis-je voir le code ? demanda Roch.
Tous les regards se tournèrent vers lui. Kaël l'observa un moment avant de hocher lentement la tête. Roch se leva lentement et alla chercher le parchemin que Bartok tenait toujours dans ses mains. Il s'assit à coté de Bartok et relut le message de Midas. Il avait toujours été doué pour les puzzles et après tout, quelque part, ouvrir des portes et découvrir des secrets étaient un peu sa spécialité. Si Roxas en avait été capable, pourquoi pas lui ?
-Les symboles sur la boussole, qu'est-ce qu'ils signifient ? demanda-t-il, un peu trop conscient du silence et des regards sur lui.
Bartok renifla.
-Ce sont des lettres, il y en a six.
-Peut-on écrire "Midas" avec ? Ou "Main" ?
-Non. Et on a déjà essayé. On a essayé la lettre initiale de chaque mot du message. Et "Star Whale".
Roch contempla le message. Ils avaient une boussole qui indiquait ce qu'ils voulaient trouver. C'était peut-être un mot du message.
-"Les crocs" ? "Les mains vides" ? proposa Roch.
Bartok et Firefly se regardèrent. Puis Kaël pianota quelque chose sur la boussole. Ils retinrent leur souffle.
Mais rien ne se passa.
Ils tentèrent d'autres combinaison, cherchant des codes de plus en plus compliqués, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Kaël, Roch et Bartok, penchés au-dessus du code, tandis que les autres préféraient aller explorer les environs. Thestral était parti le premier, bouillant de colère et d'impatience. Il cherchait la bagarre et emmena avec lui Seishiro et deux autres aliens à l'air patibulaire afin de trouver une victime sur laquelle ils pourraient passer leurs nerfs.
Le trio bougea pour se mettre un peu plus à l'aise.
À la tombée de la nuit, les secrets de la boussole leur échappaient encore.
Roch réalisa brusquement à quel point il était proche de Kaël. Sa proximité ne dérangeait pas Roch, et il semblait que Kaël n'était pas gêné non plus. À chaque mouvement, leurs épaules se frôlaient, leurs mains se touchaient. Firefly n'essaya pas une seule fois de se dérober au contact. Roch fut pris de la brusque envie de toucher Kaël. Il aurait suffi d'étendre juste un peu sa main, ou de bouger son genou. À coté d'eux, Bartok ruminait les mots, les mâchait, tentait de cracher leur sens, sans leur porter la moindre attention.
À présent qu'il avait remarqué leur proximité, Roch ne parvenait plus à penser à autre chose. Il se rappelait l'odeur de la peau de Kaël, la façon dont ils s'étaient touchés, et bon sang, il avait envie de Kaël, maintenant – déchirer ses vêtements et sa peau, oublier ce qui avait été dit sur Antinoüs, et tant pis, tant pis pour les conséquences, Roch serait foutu s'il devait vivre sans Kaël Firefly.
Surprenant un regard de Kaël, Roch se sentit rougir un peu, mais il ne détourna pas les yeux. Firefly le fixa longuement de cet air qui faisait surgir en Roch des souvenirs d'Axel. Roch ignora comme il put le frisson vertigineux qui fit tressaillir les poils de ses bras et s'éclaircit la gorge à moitié, persuadé que Firefly savait très exactement tout ce qui se passait dans la tête de Roch à cet instant précis.
Jusqu'à ce que la voix très posée de Bartok ne le tire de sa rêverie.
-Si vous pouviez arrêter de vous baiser du regard, peut-être qu'on pourrait avancer ?
Roch détourna les yeux, tandis qu'une brûlure haineuse remplaçait le désir et qu'il regardait le visage de Kaël se fermer comme une porte qui claque. Il sembla même reculer un peu pour agrandir la distance entre eux. Presque goguenard, Bartok parla encore.
-J'ai peut-être une idée...
oOoOo
L'idée ne rencontra guère plus de succès que les autres.
Un jour, puis deux passèrent sans que l'énigme ne devienne plus claire à leurs yeux. Ils la connaissaient par cœur à présent, et chacun avait l'impression de voir les mots danser derrière leurs paupières quand ils fermaient les yeux. Thestral tournait en rond et vociférait comme un fauve en cage.
Certains pirates retournèrent avec lui sur le Miranda, maugréant contre la perte de temps et la vacuité de ces recherches, maudissant les chimères qui avaient possédé le Miranda pendant plus d'une demi-décennie.
Roch préféra se coucher dans son sac de couchage au pied d'un arbre de la Forêt d'Or. La nuit, il y avait une lune rouge qui éclairait faiblement les frondaisons dorées. Firefly ne bronchait pas, toujours obsédé par le message. Il avait à peine bu et mangé depuis leur arrivée sur Dryade comme si le sommeil et autres faiblesses humaines n'avaient aucune prise sur lui. Cela suffit presque à amener un sourire sur les lèvres de Roch avant que le sommeil ne l'engloutisse. Cela ressemblait tellement à Axel.
oOoOo
Il ne s'était pas permis de douter jusqu'à ce que ses hommes ne se retirent pour la nuit.
Six ans de sacrifices. L'obsession de plusieurs vies – celle de son père, puis la sienne – une obsession transmise au Miranda tout entier Et c'était pour buter maintenant sur un code écrit par un fou grec mort depuis des millénaires.
Kaël aurait pu hurler de frustration. Bartok pionçait à côté, et il aurait fallu un tremblement de terre pour le réveiller. Sans qu'il ne l'eût voulu, les yeux de Kaël dérivèrent jusqu'à la forme endormie de Roch.
Depuis leur rencontre, Roch avait fait un truc à Firefly, un truc formidable, juste là, au creux de la poitrine.
Un truc qui n'avait pas eu le moindre sens avant que Firefly n'empoigne Roch par les épaules et ne l'embrasse juste pour voir ce que cela faisait. Un truc qui avait pris tout son sens quand Firefly s'était rendu compte qu'il y avait quelque chose entre eux qui sonnait juste, qui s'emboîtait comme les pièces d'un puzzle. Il n'aurait pas su à quel moment il s'était rendu compte que ce n'était pas juste l'attirance et l'abstinence qui parlaient - et Firefly n'avait pas vraiment l'habitude d'être attiré par des mecs.
Peut-être était-ce lorsqu'il avait remarqué l'expression de Roch quand il expirait le nom d'Axel.
Kaël voulait se lever et le toucher comme il n'avait jamais eu envie de toucher quelqu'un. Il n'y avait que le regard accusateur de Bartok et l'air mauvais de Thestral qui le retenaient. C'était suffisant. Il savait très exactement ce qui arriverait à Roch si Thestral ne faisait que soupçonner l'existence de ce qu'il y avait entre eux. Il avait balancé des types par-dessus bord pour moins que ça. La sale manie de Kaël de fermer les yeux sur les habitudes dégueulasses de son second se retournait à présent contre lui.
Il se méprisait de ne pas savoir ce qu'il voulait. Ou plutôt de savoir exactement ce qu'il voulait et de s'y accrocher. Roch l'avait rendu pathétique. C'était ridicule d'avoir besoin de quelqu'un à ce point. Six mois plus tôt, ils ne s'étaient même pas rencontrés.
Énervé, Kaël le regarda dormir. Il était pratiquement à portée de main. Il suffisait d'étendre le bras. Sa gorge se comprima et il se rapprocha du feu, comme si cela suffirait pour faire dégager les frissons glacés qui couraient le long de son dos. Il observa pendant une minute les feuilles dorées craquer et noircir sous l'effet de la chaleur.
Roch se retourna avec un léger bruit de gorge et Kaël se demanda quelles sortes de rêves remplissaient sa jolie tête blonde. Il étendit la main et imagina qu'il sentait la peau de Roch se réchauffer sous ses doigts.
Derrière les arbres quelque chose bougea et Kaël se rappela brusquement où il était. Il se recula brutalement, comme s'il s'était fait cramer les doigts. Couché par terre, Bartok le regardait de ses yeux globuleux et accusateurs.
Firefly lui rendit son regard, impassible et silencieux. De toute façon, il n'y avait pas grand-chose de lui que Bartok ignorait.
oOoOo
/en haut en bas/
c'est comme si l'énigme l'avait suivi dans son rêve, comme si elle parasitait son cerveau parce qu'il n'arrive à penser à rien d'autre.
il a l'impression que la réponse est là devant ses yeux et qu'il a juste besoin d'un peu de concentration pour la trouver.
il a chaud.
il est au cœur du désert et au loin, il peut discerner les contours du palais d'Agrabah. Cela fait une éternité qu'il n'a pas rêvé de Roxas et d'Axel. Il se rend compte que cela fait au moins aussi longtemps qu'il n'a pas pensé au capitaine autrement qu'à Kaël Firefly (plutôt qu'Axel), comme si une part de lui avait accepté qu'en dépit de leur similitudes, ils étaient deux personnes différentes.
Une silhouette noire apparaît devant lui. Le capuchon tombe ; et Roch n'est pas surpris de découvrir son propre visage qui le scrute d'un air à la fois curieux et sage. Le double sourit et répète l'énigme à mi-voix et la chante, comme si c'était une comptine pour enfants ; une de ces comptines mortifères que l'on entonne de si bon cœur.
(en bas, en haut - l'un a bel air -l'autre montre les crocs - l'un d'or se couvrira, - les mains vides l'autre repartira - en haut en bas - mais pas comme tu crois)
Roxas sourit lorsqu'il termine; et Roch a l'impression de voir des crocs à la place de ses dents. Le Simili pointe une direction et murmure quelque chose que Roch ne comprend pas.
Roch se retourne, mais tout ce qu'il voit, c'est le désert à perte de vue. Le sable et les dunes, et là-bas, la grotte qui renferme des trésors fabuleux. Un battement de cœur, et soudain un trou noir s'ouvre dans le sable. Un trou béant, comme une grande bouche noire et grimaçante. Roch recule instinctivement et se heurte à son double. Celui-ci rit à présent. Il rit de tout son cœur et lui souffle quelque chose comme "au revoir' ou peut-être est-ce "bon voyage'.
Puis il le pousse dans le vide.
Roch tombe. Il hurle et il tombe, il tombe, il tombe. Il tombe dans des ténèbres si épaisses qu'il ne parvient plus à discerner quoique ce soit. Il ne sait plus où est le haut ou le bas, il n'y a plus de gravité, juste le silence et les ténèbres. La chute doit être finie, mais il est toujours pris de vertige.
Soudain, un flash fend l'obscurité et Roch voit une forme sombre s'y mouvoir. Un monstre, gigantesque, dont la tête grotesque est pourvue d'une mâchoire implacable et de crocs longs comme les jambes de Roch.
Le jeune pirate hurle et hurle et reste figé sur place.
Un autre flash de lumière. Et Roch voit apparaître deux garçons : un brun et un blond, avec les mêmes yeux bleus. Leurs armes tournoient dans l'obscurité et jettent lumières et étincelles autour d'eux. Ils éclairent le monstre et, à la lumière, celui-ci paraît un peu plus burlesque, un peu moins effrayant. Les deux garçons bougent vite, comme un seul corps. Ils tranchent les ténèbres et la chair du monstre, et Roch souhaite souhaite souhaite avoir une lame de feu (une Keyblade) pour les rejoindre et se battre à leurs côtés. Un immense grondement, comme un tremblement de terre, et la créature s'effondre. Roxas rigole et Sora s'avance lentement vers la carcasse. Sa Keyblade touche l'armure de métal et une vive lumière surgit. Roch assiste alors à la plus belle chose qui soit – il ne doute pas un instant que ses doubles ont déjà vu ce spectacle un millier de fois. Une colonne de lumière s'élève, écartant les ténèbres. Et doucement, le cœur prisonnier monte vers le ciel et disparaît.
Sora et Roxas se retournent d'un seul mouvement.
-Quel est le trésor le plus précieux ? demande Sora.
-Assez précieux pour détruire et créer des mondes ?dit Roxas (et il est St Jean, il est Dorsax). Un petit indice, ce n'est pas l'or que vous désirez avec tant d'ardeur.
oOoOo
Roch se réveilla en hurlant. Son pouls battait entre ses tempes et il avait le visage humide de sueur et peut-être de larmes. Il se redressa, le souffle court, épouvanté par son rêve et il mit plusieurs secondes avant de se rappeler où il était - la Forêt d'Or – et de se rendre compte qu'il y avait deux mains fermement posées sur ses épaules qui le secouaient.
- Roch, tu es réveillé ?
Roch toussa un assentiment. Kaël était penché au-dessus de lui et le regardait d'un air inquiet - qu'il n'avait aucun droit d'arborer.
- Oui, je vais bien. C'était juste... un mauvais rêve.
Kaël parut sur le point de dire quelque chose mais Roch ne lui en laissa pas l'occasion. Il se dégagea de la prise des mains du capitaine et s'écarta un peu, souhaitant un peu de distance pour penser et respirer. Les détails de son rêve lui revinrent, comme un raz-de-marée. Le visage innocent de Sora, le sourire psychotique de Roxas. Ils avaient dit quelque chose d'important. Quelque chose dont Roch devait absolument se rappeler et qui lui reviendrait si seulement sa tête arrêtait de tourner, sa peau cessait de brûler - si seulement Kaël le touchait, comme avant.
Il secoua la tête, dégoûté par son état à vif, pathétique. Fallait-il vraiment qu'il soit si désespéré quand il s'agissait de Kaël Firefly ? Était-ce normal de dépendre de quelqu'un au point de ne plus pouvoir penser correctement ?
- Je... vais marcher un peu. J'ai besoin de me clarifier les idées.
Il passa à côté de Bartok et fut soulagé de voir que celui-ci faisait semblant de dormir. Rien qu'une fois, il lui en fut reconnaissant.
oOoOo
Firefly se rassit sur le sol, silencieux. Il raviva le feu, jetant dedans des branches noircies et des feuilles dorées. À proximité, Bartok s'étira.
- Il rêve même comme un gamin.
- La ferme Bartok, soupira Kaël.
- Vous ne croyez pas qu'il va se perdre ? Ce serait typique.
- Non, je ne pense pas qu'il va se perdre.
Bartok étendit la main vers sa gourde d'eau et but à grandes goulées. Puis, la bouche dégoulinante, il se tourna vers Kaël.
- Vous savez que si on ne repart pas très bientôt sur la trace de la Main, il va se passer des choses laides ?
Les yeux de Kaël se rétrécirent dangereusement.
- Tu as quelque chose à me dire, Bartok ?
- Thestral est un idiot. Un idiot qui n'a aucune patience.
- Et tu as quelque chose à me proposer ?
- Si on a rien trouvé ce soir, il va falloir penser à lever l'ancre, cap'taine.
Kaël devint blême de rage et, l'espace d'un instant, Bartok eut l'impression qu'il allait le frapper, pour lui délivrer aussi peu correctement des vérités accablantes. Mais il se calma et le nain réprima un soupir de soulagement.
Un bruit de pas les fit bondir tous les deux vers leurs armes ; mais bientôt, ils reconnurent les silhouettes familières de Scar et de Snake. Les deux compères, inséparables comme toujours, arboraient la tête des lendemains de beuveries. Blancs, un peu malades et les yeux décalqués.
- EH CAPITAINE ! cria Snake au comble de la joie.
Il était possible qu'ils n'aient pas tout à fait décuvé.
- Quels crétins, siffla Bartok, si bas que Kaël l'entendit à peine.
Les deux pirates s'assirent en tailleur d'un même geste. Scar avait l'air un peu plus vivant que son acolyte.
- On dirait que vous vous êtes amusés hier soir ? dit Firefly.
- On a retrouvé des vieilles bouteilles, répondit Snake sur un ton confidentiel, *plein* de vieilles bouteilles.
- Du neuf de votre coté ?
Bartok renifla de mépris et Kaël lui adressa un regard d'avertissement.
- Le vieux Midas garde ses secrets.
Évidemment, c'est à ce moment que Roch surgit d'entre les arbres, les yeux brillants.
- L'énigme. Je l'ai résolue, déclara-t-il.
oOoOo
Sans la moindre hésitation, Roch forma le mot « CŒUR » sur la boussole.
Ils retinrent tous leurs souffles.
Un petit déclic, et la boussole s'éclaira et s'ouvrit, révélant une flèche, une aiguille dorée qui tournait, tournait, tournait, de plus en plus vite, avec un sifflement rappelant celui d'un oiseau, jusqu'à s'arrêter complètement, indiquant leur cap.
