Avant de commencer, voici un petit topo sur l'équipage du Miranda, juste histoire de vous remettre en tête les différents personnages.
Thestral : le second de Firefly. Il était fidèle au père de Kaël et est devenu second lorsque Kaël est devenu capitaine. C'est un homme cruel et impitoyable. (source du nom : Harry Potter, Sombral, en français)
Bartok : garde du corps et médecin, c'est l'ombre de Firefly. C'est un nain qui n'a pas son pareil avec des couteaux. Personnage inquiétant aux motivations brumeuses (source du nom : Anastasia)
Scar et Snake : duo inséparable qui semble s'être pris d'amitié pour Roch. Snake est extraverti et loquace, Scar un peu plus renfermé. Toutefois Roch ne leur fait que moyennement confiance (Scar, source du nom : Le Roi Lion et Fullmetal Alchemist)
Seishiro : Acolyte inquiétant de Thestral. Fréquente peu Roch à part pour le brimer. Personnage violent. (source du nom : X-1999, Clamp)
Clef : Alias de Roch dans les combats illégaux de lame de feu sur sa planète d'origine.
Avertissement : langage, violence et pseudo technologie (si, si, c'est un avertissement)
Un grand merci à Myry et Ariani à qui je dédie ce chapitre. Merci aussi à Packaged, Bouddha, et Nayru pour leurs encouragements et autres compliments à faire sautiller de joie.
Monde 3 : La planète au trésor
Si tu veux être un homme libre
Chapitre 10
Ils sèment la mort sans remords !
Tous des sauvages, des sauvages ...
Même pas des êtres humains ...
Des sauvages, des sauvages ...
-Comment savais-tu que la réponse serait « le cœur » ? demanda Kaël.
Ils étaient tous les deux dans la cabine du capitaine. Roch ignorait ce qui l'avait poussé à y entrer à la suite de Firefly – à part une sorte d'impulsion masochiste.
Roch hésita avant de répondre. « Parce que ma première incarnation me l'a dit dans un rêve » n'était pas une réponse appropriée, décida-t-il. Kaël prit son silence pour un refus de répondre à la question, et il fit un vague geste de la main pour signifier qu'au fond le pourquoi du comment n'avait que peu d'importance : il n'y avait que le résultat qui comptait.
Et soudain, Roch fut pris d'une brusque envie de tout lui dire. Les rêves qui l'avaient hanté toute sa vie, Roxas (la Keyblade, et Kingdom Hearts, bâti sur un millier de cœurs volés, et Axel, virevoltant entre flammes et chakrams, riant tandis qu'ils découvraient des mondes), Saint Jean (Paris, sur l'Ancienne Terre. Le ciel bleu, la majestueuse cathédrale qui se dressait au-dessus de la Seine, l'odeur du pain chaud dans les échoppes de boulangers, et la rencontre d'un jeune horloger aux yeux verts l'amour au premier regard, la passion condamnée par une corde, et un cri, un cri déchirant une foule, tandis qu'il regarde Alexandre mourir), Dorsax (un monde hallucinant, peuplé de morts, de squelettes et de corps déchiquetés, pourrissants. Des squelettes plus vivants et plus généreux que la majorité des humains. La musique dans les rues, les araignées dans les cercueils. La fureur d'Acsel – qui apprend à pardonner, après larmes et blessures). Et Roch, aujourd'hui. Roch et Kaël.
La gorge de Roch se serra et il passa plusieurs secondes avant de se rendre compte que Kaël était en train de lui parler, attendait une réponse de sa part, à en juger par l'expression du capitaine. Je vous dirais, songea Roch, j'ai ces rêves parfois, qui me donnent l'impression que je vous connais depuis toujours.
-Excusez-moi, capitaine, dit le jeune pirate, j'étais… ailleurs.
Avant que Firefly n'ait pu répondre, la porte de la cabine s'ouvrit avec fracas, révélant Thestral, suivi de près par Bartok. Les deux pirates jetèrent un coup d'œil à Roch, et celui-ci frissonna sous le regard désapprobateur et mordant du nain – si vous pouviez arrêter de vous baiser du regard peut-être pourrions nous avancer – mais il ne se démonta pas.
-Vous ne frappez plus ? demanda Firefly d'une voix à glacer les sangs.
Thestral ne prit même pas la peine de s'excuser. Sa figure menaçante était tordue par une grimace.
-On a un problème, capitaine. La Fédération Intergalactique est sur les traces de Zag. Et on dirait qu'ils nous ont trouvés.
-Vous êtes sûrs ? dit Firefly.
-Oui, dit Bartok, d'une voix posée.
Roch écoutait, les yeux écarquillés. La F.I ? Il étouffa un bruit estomaqué.
La vie sur le Miranda était si brillante, qu'il avait fini par oublier ce qu'ils étaient – qui Kaël Firefly était vraiment – des criminels en puissance, des pirates sans foi ni loi recherchés dans plusieurs galaxies. Il humecta ses lèvres, tentant de garder un visage neutre, et ainsi masquer la panique qui grandissait en lui. La F.I ? Il avait peine à y croire. Il garda résolument son dos tourné à Thestral et Bartok, refusant de leur laisser voir son inquiétude. Kaël lui faisait face, mais Roch ne s'en souciait pas. Le capitaine lui jeta un regard rapide avant de se lever, si brusquement que son siège faillit basculer en arrière.
-Allons-y, messieurs. À combien de temps sont les premiers vaisseaux ?
-Trois heures, peut-être moins. Ils sont rapides.
Firefly caressa doucement du doigt la boussole dorée. La lueur étrange de l'objet jetait des couleurs extraordinaires sur son visage et ses yeux. Roch avala sa salive.
-Il semblerait qu'il faille de nouveau remettre Midas à plus tard, dit Firefly, semblant parler à la boussole – et pour être tout à fait honnête, une pareille chose n'aurait pas vraiment étonné Roch de la part du capitaine.
Sans un mot de plus, les pirates quittèrent la cabine du capitaine. Roch les suivit en silence. Les prochaines heures risquaient d'être mouvementées.
x-x-x
« À trois heures » était une estimation foncièrement optimiste, découvrit Kaël. Ils allaient devoir se tirer en vitesse de là, et trouver un endroit suffisamment sûr pour se cacher le temps que la patrouille de la Fédération les oublie. Il ne pouvait guère se passer longtemps avant qu'ils ne perdent tout intérêt pour Lord Zag. Du moins, c'était ce que Firefly espérait car il ne comptait pas ajourner la recherche du trésor de Midas plus longtemps.
x-x-x
Le Capitaine Esca Eagle se tenait debout sur le pont supérieur, les mains fermement posées sur le gouvernail. C'était un homme bien bâti d'une trentaine d'années. De race humaine, il avait le dos et les bras recouverts de tatouages de formes étranges. Cela faisait quinze ans qu'il chassait les pirates pour la Fédération Intergalactique et il sentait déjà le goût familier de la victoire piquer sa langue. La piste du Miranda était encore tiède, et ses hommes étaient passés maîtres dans l'art de suivre ces traces. Il ne se passerait pas longtemps avant qu'Esca ne mette la main sur le capitaine Firefly et sa bande de pillards.
x-x-x
Ils se cachèrent derrière une petite lune. Sans surprise, les pirates étaient fort peu satisfaits de remettre à plus tard leur chasse au trésor pour se cacher comme des chiens apeurés. Seishiro siffla, jusqu'à ce que, exaspéré, Firefly lui montre la preuve de l'approche des trois vaisseaux de la Fédération. Deux d'entre eux se dirigeaient dans une direction opposée. Ils avaient une chance de se débarrasser du troisième par la force, mais en aucun cas le Miranda ne survivrait à un affront contre trois vaisseaux de la FI. Seishiro n'eut d'autre choix que d'approuver la décision du capitaine, mais cela ne l'empêcha pas de jurer et de maudire, et de foutre une raclée au premier qui croisait son chemin.
Roch finit par se joindre à une partie de cartes sur le pont, à attendre avec appréhension de savoir si la Fédération passerait sans les repérer. Snake, à côté de lui, aiguisait des couteaux – il estimait que rien ne valait une jolie lame bien aiguisée. Scar, aussi impassible que jamais, battait les cartes et gagnait presque tout le temps. Du coin de l'œil, Roch vit Thestral et Seishiro discuter à voix basse.
Depuis la Forêt d'Or, ces deux là ne s'étaient pas quittés comme s'ils manigançaient quelque chose, et un sombre pressentiment s'était logé au creux de l'estomac de Roch. C'était complètement ridicule malgré son allure intimidante, Thestral était le second de Firefly depuis plusieurs années. Mais Roch n'arrivait pas à se départir de cette impression. Il aurait voulu pouvoir en parler à quelqu'un, mais c'était impossible, pas s'il tenait à la vie. S'il posait des questions, cela remonterait forcément jusqu'à Kaël ou pire, à Thestral.
-Eh, Roch, tu rêves ? C'est à ton tour de jouer.
Roch soupira, se concentrant à nouveau sur le jeu de cartes. Il essaya de ne pas penser à Kaël qu'il avait vu descendre dans la cale, en début de soirée, pour aller rendre une visite à Zag. Le jeune pirate tenta de toutes ces forces d'occulter ces faits mais ce fut peine perdue. Il tremblait de curiosité. Lorsqu'il perdit au tour suivant, il se leva, faisant mine d'aller se coucher. Passant près de la cale, il n'hésita qu'une demi seconde pour une fois, Bartok n'était pas posté près de la porte derrière laquelle se trouvait le capitaine comme un chien de garde silencieux.
Roch poussa la porte en silence et descendit les escaliers sur la pointe des pieds. Il n'avait pas envie que Firefly lui ordonne de partir, aussi ne devait-il pas se faire voir. Il tenait à savoir savoir ce que Firefly voulait à Zag et il se sentait incapable de réfréner sa curiosité.
Il entendit des éclats de voix. Les deux hommes se disputaient. Kaël ressassait encore et encore la même dispute, la même blessure. Il laissait Zag la rouvrir, mettre du sel dessus. Cela ne servait à rien de s'étendre sur le passé, songea Roch, ce qui était fait était fait et rien, rien ne pourrait jamais changer cela. Il était bien placé pour le savoir. Mais Kaël cherchait Zag, comme si la douleur du meurtrier de son père parviendrait à apaiser un peu la sienne.
- Je ne comprends pas pourquoi tu as fait ça. Tu étais son ami. Tu étais –
Zag rit ; un rire sifflant à travers des dents cassées.
- Oh, quel fils dévoué. Tu me fais vraiment rire, Kaël. Ma petite luciole. La mort de ton père t'a vraiment tourné la tête, pas vrai.
- La faute à qui ? siffla Kaël, furieux.
Roch ne lui avait jamais entendu cette voix là, du moins pas dans cette vie. Elle était venimeuse et blessée ; c'était comme revenir aux Enfers et revoir les yeux morts d'Axel, verts et froids comme de l'acide.
- Tu avais quoi ? Dix-sept ans à l'époque ? Peut-être seize. Si jeune -
- Tais-toi. Je suis venu te dire que tu seras mort demain -
- Vraiment ? Était-ce tout ce dont tu voulais me parler ? Pourtant j'ai l'impression que cela fait des heures que nous sommes là… N'as-tu pas envie de savoir des choses sur ton père ? Tu l'as idéalisé, Kaël. Lorsqu'il est mort, il est devenu ton héros, ta croisade. Veux-tu que je te rappelle quel homme il était vraiment ?
- Tais-toi. Mon père était un type bien. Tu l'as trahi et tué sans aucune raison.
- Comme ta mémoire est courte, mon garçon.
Un bruit claquant. Firefly avait dû le frapper au visage, pour le faire taire. Roch passa ses doigts sous ses yeux, étonné de sentir sa paume humide. Était-il en train de pleurer ?
- Il était aussi bien qu'un pirate peut l'être. Autant dire que cela ne signifie pas grand-chose, mon garçon. Tu as oublié toutes ces fois où il t'a tabassé ? Où tu venais me voir, couvert de sang et de bleus ?
La voix de Zag était à présent pressante, vibrante de colère.
- As-tu oublié qu'il avait une pute dans tous les ports de l'univers ? Et sûrement autant de marmots ? Il ne t'aimait pas, mon garçon. Il n'aimait personne à part lui-même. Il n'a jamais fait que t'utiliser. C'est tout ce qu'il savait faire, d'ailleurs. Utiliser les gens. J'ai été plus un père pour toi qu'il ne l'a jamais été !
- C'est pour ça que tu m'as laissé derrière ? C'est pour ça que tu as poignardé mon père sans te retourner et en me laissant toute la merde sur le dos ? Tu as huit ans de retard, vieil homme. Tes mots empoisonnés n'ont aucun effet sur moi. Je sais très bien qui était mon père, comment il était. Comme je sais très bien ce que tu es en train d'essayer de faire. Alors écoute, demain, je vais laisser Thestral jouer avec toi autant de temps qu'il lui plaira - lui aussi a des comptes à régler avec toi. Encore quelqu'un qui appréciait mon père, même s'il avait des putes dans tous les ports. Je te souhaite une bonne nuit, Zadig. Ce sera la dernière.
Un bruit de porte qui claque et avant que Roch n'ait pu songer à un endroit où se cacher, Kaël apparaissait devant lui. Il avait l'air calme et composé, peut-être même un peu soulagé. Il ne sembla pas plus surpris que ça de voir Roch se tenir devant lui, maladroit et mal à l'aise. Kaël demeura un instant figé sur place, avant de soupirer de lassitude.
- Ça ne m'étonne pas que tu sois là. Qu'as-tu entendu ?
Roch se mordit les lèvres. Comme il s'approchait, Firefly remarqua les yeux brillants du jeune pirate. Il avança la main, laissant moins d'un centimètre entre les yeux humides de Roch et ses doigts. Roch avait désespérément envie de le toucher, de le prendre dans ses bras. Ils restèrent l'un près de l'autre pendant ce qui sembla durer une éternité, sans parler, respirant à peine. Puis Firefly secoua la tête et lui saisit le poignet.
- Viens avec moi.
Ils remontèrent sur le pont et Kaël le lâcha lorsqu'il fit tourner la poignée de la porte de la cale. Il n'y avait personne derrière. Roch n'hésita pas longtemps avant d'emboîter le pas à Firefly et le suivre jusqu'à sa cabine. Son cœur battait très vite et son esprit repassait en boucle la conversation qu'il venait d'entendre. Zag avait tenté de manipuler le capitaine - sans succès - mais il se demanda ce qui était vrai et faux dans ce que le traître avait dit. Pour réussir à faire mal au capitaine, il fallait sans doute qu'il y ait un peu de vrai dans le poison qui sortait de sa bouche.
Ils se retrouvèrent dans la cabine du capitaine comme si les précédentes semaines n'avaient pas eu lieu, comme si Roch avait encore le droit de pousser cette porte sans y réfléchir à deux fois avant de se réfugier dans les bras de Kaël (Axel).
Firefly se tourna vers lui.
- Ce qu'il a dit - il n'y a pas la moitié qui soit vrai. Mon père ne m'a jamais frappé. Il y avait deux autres gamins de mon âge sur Miranda, à l'époque - l'un est mort, et l'autre est parti - et nous passions nos soirées à apprendre à nous battre, avec des bâtons en guise de lame de feu. (Un sourire maniaque apparut sur ses lèvres) Mais il ne s'est pas passé longtemps avant que je ne les maîtrise. Il est vrai qu'ensuite je demandai plutôt à Zadig de me soigner, car mon père n'avait pas vraiment de temps pour moi.
- Pourquoi vous me dites tout ça ? demanda Roch.
- Parce que j'en ai envie, répondit simplement Firefly.
Il soupira et s'approcha de Roch, lentement. Son regard mettait Roch horriblement mal à l'aise, et soudain ce n'était plus Kaël qu'il y avait devant ses yeux, mais Axel, avec ses yeux verts et mutins, son sourire joueur, et cet air sur la figure qui signifiait qu'il allait faire un truc incroyablement insensé. Roch cilla rapidement et la vision s'effaça et il restait Kaël, tout proche, dans ses fringues sales et terreuses, Kaël qui avait l'air étrangement vulnérable tandis qu'il levait les bras pour les passer autour de sa nuque, avec hésitation mais fermeté, comme s'il craignait que Roch ne s'enfuie. Roch ferma les yeux et le laissa faire, se laissa envelopper dans l'étreinte chaude qu'il avait désirée pendant des jours et des jours après le fiasco d'Antinoüs.
x-x-x
/La première fois qu'Axel l'étreint, ils viennent juste d'échapper à la mort encore. Roxas a envie de frapper son ami, de maudire sa stupidité et son inconscience qui leur fait faire à tous les deux des actes insensés. Axel est censé être le plus vieux et le plus sage des deux, mais parfois Roxas a l'impression que c'est le contraire. Le pire c'est qu'il suffit d'un sourire, d'un regard pour que l'agacement de Roxas fonde comme de la neige au soleil.
La première fois qu'Axel l'étreint, Roxas vient d'échapper aux griffes du Sans Cœur le plus énorme qu'ils aient jamais vu. Un monstre grand comme un arbre, aux dents acérées et aux pouvoirs si malfaisants que Roxas en a encore la chair de poule.
La première fois qu'Axel l'étreint, Roxas est encore estomaqué par son combat et s'il était humain, son sang serait plein d'adrénaline et son cœur battrait dans ses tempes un rythme infernal. Axel se jette sur lui, comme un fauve, et l'engouffre dans une étreinte qui leur fait mal à tous les deux. Axel l'étreint, à côté du cadavre puant d'un monstre, et dans toute sa non vie, Roxas ne s'est jamais senti aussi bien qu'à ce moment.
Ils ne se touchent pas beaucoup. Un effleurement d'épaule par-ci, une main par-là qui ébouriffe ses cheveux dans une grotesque parodie d'affection humaine, mais jamais ils ne se touchent. La sensation rend Roxas dingue, avide d'en avoir plus, et ses doigts se resserrent sur le tissu du manteau d'Axel, si fort que ses jointures blanchissent. Il ne sait pas comment le lâcher, il ne sait pas s'il arrivera jamais à le lâcher. Axel murmure quelque chose près de son oreille ; Roxas n'entend pas, mais il imagine qu'il dit « je suis désolé »/
x-x-x
- Je suis désolé, Roch, je sais que je devrais pas, je sais que c'est pas juste pour toi.
- Shh.
- Quoi ?
- Ne me lâchez pas. Pas tout de suite.
Roch n'avait pas envie de réfléchir. Pas envie de se souvenir que lorsqu'ils sortiraient de cette maudite cabine, tout redeviendrait comme avant. Kaël ne voudrait plus le toucher, il aurait peur de la réaction de ses hommes - à juste titre, certainement. Il aurait peur de ce qu'il ressentait.
/Je devrais lui dire, songea Roch avec amertume, je devrais lui dire maintenant./
Et il imagina comment une conversation pareille pourrait se dérouler. Il ne voyait pas comment elle pouvait bien finir, peu importait comment il tournait les phrases dans sa tête, aussi préféra-t-il ne rien dire. Ils restèrent enlacés, longtemps, jusqu'à ce que Kaël bouge enfin pour le relâcher.
Roch l'attrapa par le col de sa chemise et le tira vers lui. Kaël étouffa un rire mais se laissa embrasser. C'était comme s'il y avait un truc dans l'estomac de Roch (Roxas) qui se réchauffait au contact des lèvres de Kaël sur les siennes.
- On est fous, dit Firefly en reculant.
- On l'a toujours été, soupira Roch sans réfléchir.
x-x-x
La FI les retrouva le jour suivant.
Ce fut Bartok qui donna l'alerte, et il semblait particulièrement ravi de pouvoir en découdre avec la Fédération intergalactique.
Roch savait d'un point de vue intellectuel qu'il était sur un bateau pirate, ce qui, par définition, signifiait qu'il était entouré de criminels. Qu'avait dit Firefly, à leur première rencontre ? « Nous sommes des électrons libres et si une loi idiote ne me plaît pas, alors je n'en tiens pas compte. Et si des crétins veulent se mettre en travers de ma route, eh bien, tant pis pour eux. Nous ne reconnaissons pas l'autorité de la F.I., voilà tout. »
C'était toujours étrange de se dire que lui aussi, maintenant, faisait partie d'un groupe de criminels. Sur le pont, une main dramatiquement posée sur le gouvernail, Firefly s'adressa à Thestral.
-T'es-tu occupé de Zag, mon ami ? demanda-t-il d'une voix forte.
Pour toute réponse, Thestral se contenta de lui lancer un sourire maniaque, signifiant sans aucun doute que le cas de Zag était réglé.
- Parfait. On peut s'occuper des donneurs de leçons, alors, dit Firefly.
Il dégaina ses lames de feu, et leur lueur donnait à son visage une expression de folie.
/Axel a toujours l'air fou, au milieu des flammes.
Il est dans son élément. Il virevolte, comme ses Chakrams, et le feu jamais ne le touche, jamais ne lui fait mal.
Roxas pense parfois qu'il ressemble à un danseur./
x-x-x
Esca ne fut pas surpris de voir que le bateau pirate était vide lorsqu'ils arrivèrent. D'après les descriptions et les rapports, il s'agissait bien du Miranda, sur lequel Lord Zag avait été emmené. Esca se demanda pourquoi les pirates n'avaient envoyé aucune demande de rançon pour leur otage.
Remettant les questions à plus tard, il fit signe à ses hommes d'aborder le Miranda. En moins de cinq minutes, son second revenait, se mettait au garde-à-vous.
- Personne à bord, Monsieur ! Ces chiens galeux ont déserté, monsieur.
Esca fronça les sourcils. Il ne pensait pas que les pirates avaient pris la fuite. Ils devaient attendre quelque part, près à leur tomber dessus, lors d'une embuscade aussi lâche que meurtrière.
- Rien à signaler ?
Le second hésita.
- Un mort, Monsieur.
- Un mort ? répéta Esca, présageant déjà le pire.
- Dans les cales. Un prisonnier. En mauvais état, il a passé un sale quart d'heure. La mort remonte à quelques heures, tout au plus.
- Une idée de son identité ? continua Esca bien qu'il ait un sérieux doute sur la question.
- C'est... C'est Lord Zag, Monsieur.
Esca soupira.
- Bien. On n'a plus qu'à traquer ces tarés pour leur faire répondre de leurs crimes.
- Oui, Monsieur.
- Retournons au vaisseau, je veux scanner la zone, voir où ils ont pu se cacher.
- Oui, Monsieur.
Un sentiment de malaise s'empara d'Esca tandis qu'il regardait autour de lui. Ils étaient derrière une petite lune. Il n'y avait pas cent millions d'endroits où ces forbans avaient pu trouver refuge, mais tout de même, il avait un mauvais pressentiment quant à la suite des événements, une impression dont il n'arriva pas à se départir tandis qu'il retournait à la plateforme d'abordage qui les ramènerait sur le vaisseau amiral. Debout sur la plateforme, il commença à s'impatienter devant le temps que prenaient les manœuvres de retour.
- Que se passe-t-il ?
- Je sais pas, Monsieur. On dirait que c'est bloqué. Ça risque de prendre quelques minutes.
Esca écarquilla les yeux et son regard dériva immédiatement sur leur vaisseau. Même à cette distance, il put voir les lames de feu s'allumer sur le pont.
- Retournez au vaisseau ! Prenez des navettes. Ils sont en train d'aborder le Hollow Bastion.
- Quoi ? Quoi ?
- Arrêtez de parler et retournez sur ce maudit vaisseau, hurla Esca, écumant de rage.
Il imaginait déjà le sourire goguenard de Firefly. Il ne sourirait pas tant quand Esca lui percerait le cœur.
S'il arrivait jamais à retourner sur son vaisseau.
Plus de dix minutes plus tard, il abordait enfin le Hollow Bastion, debout sur un canot spatial sans voile solaire. L'engin était instable et horriblement lent. Esca sentait la rage le gagner de plus en plus, faisant bouillir son sang.
Il escalada le bord du bateau, se hissant sur le pont sans un regard pour les trois matelots qui étaient montés avec lui dans le canot. Il ne fut pas étonné de voir le sol jonché de ses hommes, tandis que la poignée d'entre eux encore en vie se défendait vaillamment contre la horde de criminels qui voulaient les tailler en pièces.
- Firefly, hurla Esca.
Son cri eut pour effet de détourner l'attention de trois pirates vers lui, sauvant un de ses hommes en mauvaise posture. Esca dégaina sa lame de feu et trancha la tête du premier qui se jeta vers lui avec un hurlement de rage.
Et soudain, il l'aperçut. Firefly, le capitaine du Miranda. Le voleur et l'assassin qui terrorisait plusieurs galaxies avait de longs cheveux roux, retenus par un bandeau noir. Il portait une chemise blanche aux manches bouffantes, un pantalon fermé par une grosse ceinture de cuir. Il avait aussi un grand manteau noir, à boutons d'or, qui claquait élégamment autour de lui. Esca songea distraitement que cet homme vivait pour donner raison aux clichés sur les pirates. Il lui manquait juste une jambe de bois ou un cache-œil. Ou un crochet.
Il avait des yeux verts pas de ce vert-marron commun, non, un vrai vert autant que l'absinthe de mandragore, qui vous trouait l'estomac aussi sûrement que de l'acide.
Le combat dura plusieurs heures et Esca ne voyait pas comment y mettre un terme. L'attaque des pirates avait diminué leur nombre, inversé les chances, et bien sûr la première chose que ces pillards avaient fait était de saborder les moyens de communication pour empêcher le Hollow Bastion d'appeler des renforts.
Esca hurla de rage tout semblait perdu. Peut-être qu'il allait mourir mais pas avant d'emporter ces criminels avec lui, pour tous ceux qu'ils avaient tués, pour tous les braves soldats qui étaient morts aujourd'hui.
C'était très simple, en fait, de faire brûler un bateau. Il suffisait de détruire les voiles solaires et tout le navire se consumerait alors. Les pirates se feraient piéger par leurs propres immondes stratagèmes. Incapables de retourner sur leur vaisseau, ils seraient coincés là comme des rats.
Concentré sur son but, Esca sentit grandir en lui une volonté inextinguible d'en finir. Ce n'était plus la justice ou la loi qui comptait, c'était devenu personnel. N'importe quoi pour effacer ce sourire des lèvres de Firefly, pour venger Diego, Mars et les autres.
Soudain, un gamin blond se jeta devant lui. Il était vêtu de gris et de noir. Des cheveux blonds sales, et des yeux bleus vifs. Il portait autour du cou un pendentif représentant une grosse clef en argent. Son visage était vaguement familier, mais Esca n'aurait su dire où il l'avait déjà vu. Le gamin ne pouvait pas avoir vingt ans ; Esca se demanda froidement comment il avait pu atterrir dans ce repaire de pirates. Peut-être un enfant de putain, recueilli dans un port.
- Dégage de là, mon garçon.
Le gamin secoua la tête. Ses yeux étaient froids, bien trop froids pour un garçon de cet âge.
- Je sais ce que vous voulez faire, je peux pas vous laisser passer.
- Tu vas le regretter.
Le gosse brandit autour de sa tête une lame de feu. Il la tenait parfaitement en main, et son équilibre était très bon. Manifestement, il savait exactement ce qu'il faisait.
- Vous pourriez découvrir que c'est vous qui le regretterez.
Esca écarquilla les yeux, étonné par la certitude dans la voix du gosse. Et maintenant qu'il le voyait ainsi, il se rappela où il l'avait déjà vu - les yeux bleus, la jeunesse, le pendentif. C'était Clef, le jeune guerrier de Andoria, disparu plusieurs mois plus tôt. Clef, la légende des combats illégaux de lame de feu.
/C'est bien ma chance/
Esca l'attaqua brutalement mais son assaillant riposta sans mal. Il répliqua avec une attaque vicieuse et rapide qui fendit la garde d'Esca. Le capitaine jura et l'insulta, mais le gamin ne se démonta pas, préparant aussitôt une nouvelle attaque.
Esca n'était pas de taille, et il n'avait aucun intérêt à se battre. Il roula sur lui même et sortit de sa ceinture un pistolet qu'il pointa sur Clef.
- Tout doux, mon garçon. On est pas dans un ring, ici.
Puis, il leva l'arme, et tira vers les voiles. Il connaissait son bâtiment par cœur et il savait déjà que la balle avait heurté sa cible, et touché les moteurs solaires.
Avec un sourire, il pointa ensuite l'arme sur Clef.
- Au revoir, mon garçon. On se retrouve en Enfer.
x-x-x
Firefly poussa un juron inventif lorsqu'il entendit le coup de feu. Tournant la tête, il vit avec horreur que le moteur solaire des voiles avait été touché ce qui signifiait qu'ils n'avaient plus que quelques précieuses minutes avant que le vaisseau ne prenne littéralement feu, sous leurs yeux.
- On se replie ! hurla-t-il.
Son cri était fort heureusement inutile, car ses hommes avaient aussitôt compris la menace. Snake s'était jeté vers la plateforme d'abordage pour défaire les codes de verrouillage qu'ils avaient trafiqués. S'il y avait quelqu'un qui pouvait débloquer cette maudite plateforme à temps c'était bien Snake. Tournant la tête vers l'auteur de ce forfait, il ne fut pas surpris de reconnaître l'uniforme du capitaine de la F I. Ce qui était plus surprenant en revanche, c'était qu'il tenait Roch en joue, de son pistolet encore fumant. Kaël sentit quelque chose se briser dans sa poitrine, tandis qu'il voyait, comme au ralenti, l'arme se pointer sur Roch.
Il était trop loin pour arriver à temps, mais cela ne l'empêcha pas de bouger, de courir vers son ennemi. Encore quelques mètres, et cela suffirait pour lancer sa lame de feu, comme un /Chakram/ boomerang. Au moment où il lança l'arme, il entendit le coup de feu, et vit Roch s'écrouler. La lame se planta dans le dos du capitaine, mais Firefly n'y accorda aucune attention. Il se précipita vers Roch qui tremblait à présent sur le pont. Le soulevant dans ses bras, il fit de son mieux pour éviter de baisser les yeux sur le vêtement qui se teintait de rouge. Il avait été touché sur le flanc, à droite. Son cœur n'avait rien, et une partie infime de l'esprit de Kaël lui souffla qu'aucun organe vital n'avait été touché, qu'il allait s'en sortir. Roch grogna quelque chose, gémit de douleur quand les mouvements de Firefly le firent bouger. Lorsqu'il arriva près de la plateforme, Snake finissait le déverrouillage de la plateforme d'abordage.
- Allez-y ! dit Snake.
Le Hollow Bastion partit en fumée, moins de dix minutes après.
Ce n'est que bien plus tard que Firefly réalisa qu'il avait laissé une de ses lames de feu derrière lui pour la toute première fois.
x-x-x
Pour Roch, les événements de cette première nuit de convalescence furent incroyablement confus. Il errait dans un état de semi-conscience fiévreuse. Lorsqu'il fermait les yeux, il retournait à Agrabah ou Christmas Town, il volait au Pays Imaginaire, il arpentait les rues de Paris, il dévalait la rue des Os aux côtés d'Acsel. Quand il ouvrait les yeux, il y avait la douleur, des yeux verts inquiets, et de l'incompréhension. Il ne pouvait plus sentir ses membres, il n'arrivait plus à sentir le pouvoir de la Keyblade, sa langue demeurait collée à son palais, et il était incapable de prononcer le moindre mot. Chacun de ses mouvements engendrait une douleur atroce, presque agonisante, et plus d'une fois, il se demanda s'il était en train de mourir.
Il se demanda s'il retrouverait Axel, dans l'autre monde. Il ferma les yeux encore, et revint à la Cité du Crépuscule. Il était de nouveau avec Axel et Xion, et il y avait un goût d'eau de mer sucrée dans sa bouche. Il savait que s'il se penchait pour embrasser Axel, il trouverait un goût similaire dans la bouche de son ami, et cette pensée idiote l'emplissait d'une joie innocente.
Puis la cité se désintégrait, et il revenait sur le Miranda, dans un monde où tourbillonnaient la douleur et les ténèbres, fendues de temps à autres par la voix d'Axel.
-Tu n'es pas autorisé à mourir, tu m'entends ? Tu n'as pas le droit de mourir, c'est retenu ?
x-x-x
Dans le brouillard de la conscience de Roch, les voix de Firefly et d'Axel se confondaient et n'en formaient plus qu'une; si bien qu'il ne sut jamais vraiment ce qu'il avait rêvé et ce qu'il s'était passé cette nuit-là.
Au petit matin, Bartok le déclara hors de danger.
Roch dormit une semaine entière, se réveillant pour boire et manger. Chaque fois qu'il ouvrait les yeux, il n'était jamais seul. Il y avait Firefly, Snake, ou Scar, et leur vue amenait toujours un sourire sur ses lèvres.
Voilà, j'espère que cela vous a plu. Si c'est le cas n'hésitez pas à me laisser un petit mot )
(vous me croyez si je vous dis que ça fait deux ans et demi que je suis sur cette fic ?)
Pour finir : JOYEUSES FÊTES A TOUS !
