Hem. Parfois, il arrive que... vous écrivez tranquillement, sans rien demander à personne, suivant votre plan prévu à la lettre depuis des semaines, quand soudain, votre cerveau craque et décide d'allonger le plot avec un truc pas prévu. (sigh)

Sinon, j'aimerai commencer par un grand merci à Ariani et Myrylaa pour leurs conseils avisés. Merci aussi à Bouddha, Packaged, Laemia, Neferkitty, et Nayru pour leurs commentaires plein de générosité et d'enthousiasme. Et puis bien sûr à tous ceux qui ont pris du temps pour lire mon histoire.

Bon maintenant, je me tais, et je vous laisse lire. On revient aux origines dans ce chapitre. (Il y a un topo sur l'équipage du Miranda au début du chapitre précédent si vous souhaitez vous rafraichir la mémoire.)


Monde 3 : La planète au trésor
Si tu veux être un homme libre

Chapitre 11

Rien ne se ressemble, rien n'est plus pareil,
Mais comment savoir la peur envolée que l'on s'est trompé...
Chanson éternelle, au refrain fané, c'est vrai, c'est étrange
de voir comme on change, sans même y penser


Bartok avait immédiatement remarqué l'intérêt que Firefly portait au jeune prodige de l'escrime. Le capitaine aimait les défis et le jeune Roch en représentait un qui était sans aucun doute intéressant. (Trois ans de tournois gagnés, malgré un si jeune âge, ça ne pouvait que forcer l'admiration).

Bartok avait vu l'intérêt se muer en obsession; vu Firefly observer son cadet découvrir la vie sur un bateau pirate avec fascination.

Après le fiasco sur Poséidon, quelque chose avait changé mais Bartok n'aurait su dire quoi. Le capitaine était muet sur ce qui avait bien pu se passer sur la planète, mais après leur retour, le nombre de fois où Bartok l'avait surpris en train de regarder Roch n'avait fait qu'augmenter. Et ce qui l'avait vraiment dérangé, c'était que Roch lui rendait lesdits regards. Bartok se demanda combien il se passerait de temps avant que le capitaine ne le baise. Avec Thestral qui renâclait et rongeait son frein comme un animal rétif, prendre un amant – masculin – était l'une des pires idées que Firefly pourrait jamais avoir et Bartok se fit un devoir de le lui rappeler.

Firefly n'avait jamais montré ce genre de penchants avant Roch, mais Bartok était certain que ses suppositions sur la nature des intentions du capitaine envers le garçon étaient exactes : cela faisait plus de vingt ans qu'il connaissait Firefly et il le connaissait par coeur.

Ce n'était pas que Bartok était dégoûté par ce genre de relations – bien que ce fût bizarre – après quarante ans de navigation, il avait vu des choses autrement plus dérangeantes que deux hommes ensemble. C'était juste que si Firefly se laissait aller à cette petite affaire, il finirait mort, ou bien pire. Thestral n'attendait qu'un truc dans ce genre là pour l'évincer du commandement du Miranda. Si leur liaison était révélée, Bartok savait que personne ne soutiendrait le capitaine.

Bartok avait juré de protéger Firefly, y compris de lui-même, aussi il fit ce qui était en son pouvoir pour effrayer le gamin et l'éloigner du capitaine. Un peu de sexe ne valait certainement pas toutes les problèmes qui ne manqueraient pas de leur tomber dessus.

Les machinations de Bartok se révélèrent être un échec lamentable et les deux commencèrent une liaison dont la discrétion laissait sérieusement à désirer, si bien qu'il semblât à Bartok que Snake commençait à nourrir des soupçons quant à la véritable nature de la relation entre Firefly et Roch.

Puis, au grand soulagement de Bartok, ils cessèrent de se voir. Cependant, le répit ne fut que de courte durée, lorsqu'il découvrit à la Forêt d'Or qu'ils avaient peut-être cessé de coucher ensemble, mais que l'histoire était loin d'être terminée ils continuaient à se manger des yeux comme deux affamés, et les regards qu'ils échangeaient étaient peut-être moins discrets que tout ce qu'ils avaient fait jusqu'à présent – ce qui n'était pas peu dire.

Lors de l'attaque du Hollow Bastion, tandis qu'il voyait Firefly se précipiter vers Roch, étendu dans son propre sang, Bartok prit conscience du réel problème. Ce n'était pas de l'obsession ou de la fascination. C'était bien pire que ça. Firefly était raide dingue de Roch. Entiché, d'une façon trop ridicule pour qu'il veuille vraiment y penser. Et Roch le lui rendait très certainement.

Alors qu'il soignait le jeune garçon, Bartok songea à le tuer. Une drogue un peu dure ferait l'affaire dans son état et Bartok pourrait facilement faire penser à Firefly que son amant avait succombé à ses blessures. Mais il savait que tôt ou tard, quoique puisse penser le capitaine, Thestral passerait à l'acte, Roch ou non. Tuer prématurément le jeune pirate ne résoudrait rien, et Bartok n'avait pas envie de savoir comment la mort de ce garçon ferait réagir Firefly.

Bartok sentit une vague de lassitude s'emparer de lui. Advienne ce qu'il devrait alors.

-Maudit soit le jour où tu es monté à bord, mon garçon, murmura le nain au gamon endormi.

Il pouvait dans une certaine mesure comprendre pourquoi Firefly était (amoureux) fasciné par ce garçon. Il était loyal, innocent malgré le milieu où il évoluait. Il était beau et honnête. Mais Bartok ne pouvait pas se résoudre à apprécier un homme qui, il n'en doutait pas une seconde, causerait la perte du capitaine Firefly, malgré tous les efforts de Bartok pour le sauver.

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Le voyage se poursuivit sans encombre, le Miranda suivant le cap indiqué par la Boussole. Firefly ignorait combien de temps il leur faudrait voguer dans l'espace avant de découvrir le Star Whale, mais à vrai dire il n'en avait que faire, car il avait l'impression de toucher au but.

Roch commençait à aller et venir malgré l'air de réprimande sur le visage de Bartok, au plus grand soulagement de Kaël qui refusait obstinément d'analyser ce qu'il ressentait. Il savait depuis longtemps qu'il était complètement obsédé par le plus jeune pirate du Miranda. Il savait aussi qu'il devait se montrer particulièrement prudent après la scène sur le Hollow Bastion. Il savait qu'il s'était trahi auprès de Thestral et de tous ceux qui l'avaient vu porter Roch jusqu'au transporteur ; Kaël ne se serait arrêté pour personne d'autre. Il avait rendu son affection pour le jeune homme flagrante. Il s'en voulait, savait que cela aurait probablement des répercussions sur les futures relations de Roch avec le reste de l'équipage, mais malgré cela, il était incapable de regretter de lui avoir sauvé la vie, plutôt que d'avoir parié que l'un de ses hommes le ferait.

Il se força à ne pas chercher la silhouette fine de Roch sur le pont, sentant sur lui le regard désapprobateur de Bartok et celui, suspicieux, de Thestral qui mourait d'envie de lui parler, mais qui hésitait encore. Firefly savait qu'à la moindre faiblesse de sa part, son second fondrait sur lui comme un aigle sur sa proie.

Il se passait exactement ce qu'il redoutait, exactement ce pourquoi il avait voulu s'éloigner de Roch, exactement ce pourquoi il avait repoussé Roch, leur faisant du mal à tous les deux. Ce désastre était uniquement de sa faute, et il lui semblait que tous ces jours passés à part - à ignorer la souffrance de Roch - étaient juste un parfait gâchis, causé par son égoïsme et son ignorance.

Et malgré tout cela, il savait, avec une certitude absolue (absurde) que Roch ne lui en voudrait pas. Roch accepterait tout, les baisers ou la distance, les étreintes ou les rejets. Juste parce qu'il était Roch. Juste parce qu'il -

Firefly eut un rire amer. Après tout ce temps, le mot lui faisait toujours aussi effroyablement peur.

Thestral tournait comme un lion en cage, agressant tous ceux qui osaient lui déplaire pour un oui ou pour un non (un mot jugé déplacé, un vêtement mal ajusté, un mouvement du Miranda). Cela faisait deux semaines depuis le massacre du Hollow Bastion, et le Star Whale lui semblait toujours aussi loin que lorsqu'ils cherchaient cette foutue Clef de boussole. Il regrettait d'avoir tué Zag. Au moins cela lui aurait fait un divertissement sympa pour s'occuper.

xxxxxx

Trois semaines plus tard, les radars du Miranda détectèrent enfin un phénomène astrologique étrange. Tout l'équipage se précipita sur le pont dans l'espoir d'apercevoir le Star Whale mais il n'y avait rien d'autre à voir que des étoiles.

Il fallut encore plusieurs heures avant que la Boussole ne s'illumine, projetant autour d'eux une lumière si vive qu'ils durent tous détourner les yeux. Tous, sauf Roch, qui se souvenait dans un flash les verrous célestes que la Keyblade ouvrait. Et soudain, comme apparu de nulle part, ils aperçurent le Star Whale. Roch écarquilla les yeux, le souffle coupé par la vue grandiose qui s'offrait à lui. Au milieu des étoiles, une baleine gigantesque volait majestueusement dans l'espace, se mouvant aussi gracieusement que si elle avait été au milieu de l'océan.

Ce spectacle était formidable à lui tout seul mais il y avait plus étonnant encore. La baleine portait sur son dos un majestueux château blanc aux longs toits de tuiles colorées rouges et violettes. Roch faillit s'étouffer lorsqu'il réalisa qu'il connaissait ce superbe bâtiment. Il ne l'avait jamais vu mais Roxas (Sora) le connaissait.

C'était le château de Disneyville. Subjugué, Roch se demanda comment le château de Disneyville avait pu se retrouver perché sur le StarWhale.

Renfermait-il vraiment au cœur de ses murs le secret de la Main de Midas ? Soudain, Roch n'en était plus si sûr.

xxxxxx

Firefly se sentit humble sous le poids d'une découverte qui avait nourri l'espoir de huit années de sa vie, et qui avait été l'obsession de son père. Des hommes étaient morts par centaines pour voir ce miracle, pour découvrir le secret qu'il renfermait et, aujourd'hui, le Star Whale planait majestueusement devant eux. Et quelque chose lui disait que ce n'était pas un hasard s'il avait rencontré Roch (Clef) quelques mois plus tôt. Quelque part au fond de lui, il savait qu'il n'aurait jamais pu trouver le Star Whale sans Roch.

-On y va, capitaine ? Frémit Thestral.

Son regard perçant était fixé sur l'animal fabuleux et Firefly pouvait presque voir l'avidité lui éclairer les yeux. Il ne put retenir un sourire devant l'impatience de ses hommes.

-Tous aux canots ! Thestral, Bartok, Roch, avec moi.

Thestral et Bartok lui jetèrent un regard sombre mais Firefly les ignora royalement pour poser une main solide sur l'épaule de Roch.

-On n'y serait pas sans toi, Clef. Bien joué.

Ils montèrent dans la barque solaire ensemble et Firefly laissa Bartok prendre la barre pour se diriger vers les marches blanches du château. Roch était accroupi près de la proue, silencieux, aux côtés du capitaine. Il dévorait le château des yeux. Derrière le canot de Firefly, quatre, cinq barques se mirent également en marche Firefly, jetant un coup d'œil derrière son épaule, constata qu'ils étaient tous plus mystifiés les uns que les autres.

Arrivés devant le château, ils se regardèrent en silence, puis Firefly poussa la lourde et grande porte blanche et dorée. Elle s'ouvrit lentement. Roch suivit le capitaine à l'intérieur.

Le souvenir était flou car il appartenait à Sora mais Roch se souvint de la première fois qu'il était venu ici. Il y avait des sans cœurs partout à l'époque, et (ils) avaient sauvés la Reine Minnie de la petite armée qui hantaient les couloirs.

Les pieds de Roch retrouvèrent sans mal le chemin de la salle du trône tandis qu'il suivait les fantômes de Sora, Donald et Dingo.

Il eut à peine conscience de Firefly qui le suivait et l'appelait suivi de l'équipage. Roch marchait vite, courait presque. Une porte, tourner à droite, à gauche. Une autre porte, l'escalier, encore un long couloir et la salle du trône était derrière.

Il se figea enfin, incertain de ce qu'il trouverait derrière. Il se souvint de son étrange rêve. De Sora et de Roxas qui lui souriaient. Une boule d'appréhension se noua dans son ventre.

-Ah, tu es là, fit la voix, essoufflée et exaspérée, de Firefly dans son dos, on peut savoir ce que tu fabriques ?

-Une intuition, répondit simplement Roch avant de pousser les portes, prenant une grande inspiration.

Il faillit s'étouffer. Vêtu d'un long manteau noir et du chapeau bleu à étoiles de Maître Yen Sid, le roi Mickey les attendait en souriant.

-Roxas, dit-il, je ne suis pas surpris que ce soit toi qui sois arrivé jusqu'ici.

-Majesté, dit timidement Roxas, tandis que les souvenirs (Sora, Riku, les ténèbres) menaçaient de lui faire exploser la tête.

-Soyez les bienvenus, dit Mickey à l'attention des pirates qui se tenaient derrière Roch. Vous n'aurez pas besoin de vos armes, ici.

Il fit un geste élégant de la main et toutes leurs armes semblèrent prendre vie, s'échappant des mains de leurs propriétaires pour aller se ranger sagement dans un coin de la somptueuse salle. Chaque fois qu'un pirate faisait un geste pour les reprendre, les armes glissaient plus loin, comme si le roi les avait dotées d'une vie propre.

-Je sais pourquoi vous êtes ici, poursuivit Mickey. Vous cherchez la Main de Midas, n'est-ce-pas ? Je ne suis pas son Gardien, aussi je n'opposerai aucune résistance à votre présence en ces lieux, tant que vous demeurez éloignés de vos armes.

Le roi leur jeta un regard pensif.

-Il y a bien longtemps, la Main a été jetée dans un Monde oublié, là où elle ne pourrait pas faire de ravages et semer l'envie et la laideur dans les Coeurs. (Roxas buvait ses paroles). Pour la retrouver, si c'est ce que vous voulez vraiment, il vous faudra franchir trois étapes. Les murs de ce château sont vieux et fatiguéset ils n'ont pas vu de présence depuis des siècles. Je vous prierais de ne pas vous attarder en ce lieu. Seuls deux d'entre vous peuvent rester ici. Roxas, puisque c'est ton nom, à présent, sache que ta présence est toujours la bienvenue dans ce château.

Roxas rougit en sentant le regard de ses compagnons posés sur lui. Il s'obstina à regarder droit devant lui et à ignorer l'interrogation qu'il sentait poindre chez eux. Il se demanda ce qu'ils étaient en train d'imaginer, sentant un noeud se nouer dans sa gorge.

-Merci Majesté, mais – je ne crois pas que nous nous soyons jamais rencontrés, hésita Roch.

-Pas dans cette vie peut-être, dit pensivement Mickey. Après tant d'années, les visages se confondent, et on ne garde mémoire que de l'âme.

xxxxxx

Firefly ordonna aux autres de rejoindre le Miranda. Sans écouter les protestations de ses hommes, il suivit le roi jusqu'à une salle dont le toit s'ouvrait sur l'espace. La vue était renversante et Kaël ne parvenait pas à détourner les yeux de ce spectacle. À coté de lui, Roch ne cachait pas non plus son admiration.

-Si vous êtes sûrs de ce que vous voulez, je vais sommer le Portail. (Il hésita). Vous pourriez découvrir que les trésors les plus précieux ne sont pas ceux auxquels on pense. Il se peut que vous perdiez plus que vous ne gagniez au cours de ce voyage.

-Assez, claqua la voix de Kaël. Vous m'avez forcé à renvoyer mes hommes. Ouvrez la porte à présent.

Mickey leva de nouveau la main et un Portail des Ténèbres s'ouvrit devant eux. Roch écarquilla les yeux. Bien sûr, il se souvenait de ces mystérieux Passages entre les mondes, mais il n'avait jamais imaginé qu'il en reverrait une au cours de sa vie.

-Mon dieu, fit Roch.

Il passa timidement la main dans le Portail. C'était froid, comme dans son souvenir. Il ne manquait que sa magie et sa Keyblade et ce serait comme s'il était Roxas (sora), comme si c'était de nouveau le temps des voyages entre les mondes, le temps de la magie et des moments volés au crépuscule. Il prit une brève inspiration et sourit à Kaël.

-Allons-y.

Puis il passa le Portail.

xxxxxx

Roxas manqua de s'écrouler par terre, déséquilibré par le voyage. Firefly ne fut pas si chanceux et il se releva avec lenteur comme pour vérifier qu'il n'avait perdu aucun membre de son corps dans le voyage. Son visage était figé dans une étrange expression, à mi chemin entre la placidité et la rage.

Regardant autour de lui, Roch ne parvint plus à s'inquiéter de l'humeur ombrageuse de Kaël.

Ils se trouvaient – que dieu les garde – en plein coeur de la Cité du Crépuscule. Juste devant la gare, pour être exact.

-Roch, seigneur, il va falloir que tu me donnes des explications, dit Kaël, blême de rage. D'abord tu décodes la clef de cette boussole et maintenant, cette créature te connaît et t'invite dans sa demeure comme si tu étais un vieil ami ? Bon sang qui es-tu ? Nous avons passé des mois à trouver cet endroit et tu –

Il s'interrompit, son visage se tordant en une expression malheureuse tandis qu'il inventait les mensonges que Roch aurait pu lui dire. Énervé, il attrapa l'épaule de Roch pour le forcer à lui faire face.

-Regarde-moi quand je te parle, siffla Firefly. Tu – (il se figea) – tu pleures ?

-N-non. On doit trouver – ce qu'on fait ici.

Kaël ne l'entendait pas de cette façon. Cette fois, ils résoudraient le problème immédiatement. Il poussa Roch contre le mur le plus proche pour l'empêcher de bouger.

-Qui était cette créature, Roch ? Comment pouvait-elle te connaître ?

Roch avala difficilement sa salive, les yeux brillants.

-Je ne suis pas certain que vous me croyiez.

-Roch, nous sommes à la recherche d'un artefact qui le pouvoir de tout changer en or. Nous avons traversé la moitié de l'espace connu à la recherche d'une créature légendaire que nous avons trouvée. Je veux écouter ce que tu as à dire. Et je jure sur l'âme de mon père que si tu me mens encore une fois je te trancherai la gorge.

Il regretta presque ces derniers mots car les yeux de Roch semblèrent devenir encore plus brillants ; et Kaël résista tant bien que mal à l'urgence de le prendre dans ses bras, de murmurer des choses incohérentes qui ne prenaient de sens que dans le noir, entre deux corps qui s'étreignent.

-Parle-moi.

-Je ne vous ai jamais menti, dit Roch.

Il ne résistait pas, semblait défait. Ses mains pendaient le long de son corps et son regard passait par-dessus l'épaule de Firefly. Sa voix était monocorde et il avait l'air minuscule, ainsi. Minuscule et terriblement humain.

Kaël sentait la vague de rage le quitter comme elle était venue et les mains sur les épaules de Roch se firent plus douces, réconfortantes.

-Parle-moi, dit-il.

Roch lui jeta un regard hanté et malheureux.

-Je suis né sur Andoria, dit-il lentement. J'ai toujours été différent des autres. Je ne me suis jamais senti bien là-bas, c'était comme si je devais être... autre part. En grandissant, je me suis rendu compte qu'il y avait plein de choses en moi qui n'étaient pas – normales. Je n'ai jamais appris à me battre, par exemple. Comme si quelqu'un avait gravé cette connaissance dans ma mémoire et que mes muscles avaient appris tous les mouvements.

À présent qu'il était lancé, rien ne semblait plus pouvoir arrêter Roch. Il parlait, les mots se précipitaient dans sa bouche, tout ce qu'il avait toujours voulu dire à Kaël sans jamais l'oser.

-Le plus bizarre sans doute, c'est que je me souvenais d'avoir été vivant avant d'être né. Les Géotiens appellent ça la Renaissance. La Réincarnation. J'ai longtemps cru que j'étais fou, mais – comment expliquer tout ce que je savais, tout ce dont je me souvenais, alors qu'il n'y avait aucune raison ?

« Je me souviens avoir vécu sur la Première Terre, par exemple. C'est dans ma première vie que j'ai rencontré le Roi. J'ignore comment il a pu me reconnaître. Je n'étais pas – Je n'avais pas ce visage quand nous nous sommes rencontrés. Tu crois que je suis fou, n'est-ce pas?

-Je crois que tu crois ce que tu me racontes, dit doucement Kaël.

-Ce n'est pas tout, dit Roch.

-Oui?

-Ce n'était pas la première fois – que nous nous rencontrions, Kaël.

Quelque chose se contracta dans la poitrine de Firefly. C'était dingue tout ce qu'il pouvait ressentir dès que ce garçon était impliqué. Et soudain, il eut peur des prochains mots qui sortiraient de la bouche de Roch. Il le lâcha, se recula et regarda la gare, pour éviter ses yeux. Ses yeux dérivèrent vers l'horloge splendide qui les surplombait et cette vue lui apporta une étrange sensation de sérénité.

-Viens, dit-il. Il faut trouver ce qu'on attend de nous, ici.

Roch parut sur le point d'ajouter quelque chose et Kaël se tendit imperceptiblement. Mais le jeune pirate renonça.

-Cette ville s'appelle la Cité du crépuscule.

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La cité était complètement déserte, mais cela n'empêcha pas Kaël d'apprécier l'endroit. Il n'arrivait pas à se souvenir de la dernière fois où il était allé sur une planète dans un endroit qui n'était pas hanté par toute la fange de l'univers. Un endroit beau et chaud, où il serait libre d'aller où il le voulait, sans regarder derrière son épaule, pour surveiller les fripouilles à l'affut du sang et de la bagarre ou la FI.

Ils explorèrent la ville. Ou du moins Kaël l'explora, car il devint vite évident que Roch connaissait cette ville. Cela donnait une dimension réellement perturbante à la confession de Roch ; une dimension à laquelle Kaël refusait de penser. (ce n'est pas la première fois que nous nous rencontrons. Ils appellent ça, la Réincarnation).

Au bout de ce qui sembla être plusieurs heures, ils n'étaient guère plus avancés et Kaël sentait la fatigue alourdir tout son corps. Il suivit Roch jusqu'en haut de l'horloge de la gare où ils s'assirent les pieds balançant dans le vide. Ils regardèrent le soleil en silence.

-Je suis fatigué, finit par dire Roch. Essayons de trouver un endroit où dormir.

Kaël ne put qu'approuver.

Ils descendirent vers la place et Roch les mena jusqu'à une petite ruelle isolée. Il hésita un bref instant avant de pousser une grille pour révéler une minuscule petite pièce, cachée dans le recoin des bâtiments. Celle-ci était vide et nue, comme tout le reste de la cité, ce qui sembla dépiter Roch. Kaël n'était plus vraiment d'humeur à s'interroger sur les étranges lubies de son compagnon. L'endroit était suffisamment isolé et bien caché, cela ferait un refuge acceptable pour la nuit.

Le capitaine retira son manteau et ses bottes. Il s'allongea sur le vêtement, grimaçant à la position inconfortable. Roch l'imita et s'allongea un peu plus loin. Firefly leva les yeux au ciel; mi-amusé, mi-frustré.

-Ne sois pas idiot. Viens ici, souffla Kaël.

A quatre pattes, Roch se rapprocha. Il respirait fort et ses yeux étaient incroyablement bleus avec le contre-jour. Kaël se lécha inconsciemment les lèvres et ne fut guère surpris lorsque Roch se pencha sur lui pour l'embrasser. Il ferma les yeux, attrapant la chemise de Roch par les épaules pour libérer ses bras puis son torse du vêtement. Il passa avec révérence une main sur la peau pâle et sourit dans la bouche de Roch. Celui-ci avait toujours la peau brûlante.

-Kaël, dit Roch à son oreille, tandis qu'ils bougeaient l'un contre l'autre.

-Oui ?

-Je vous aime, souffa Roch si doucement que Kaël crut presque l'avoir inventé.

-Dis le encore.

-Je t'aime – je t'aime – je t'aime.

Kaël ne pourrait jamais l'entendre assez.

-Encore.


(à suivre)

Note : oui je sais que j'avais dit que Kaël ne saurait rien pour les réincarnations, et je le croyais vraiment, vraiment, vraiment, jusqu'à écrire ce chapitre et Roch a fait ce qu'il voulait, comme d'habitude. Mais bon, Kaël ne se souviendra pas.
Note bis : la playlist des Bannis (les titres des chapitres, tirés des chansons Disney) est disponible sur deezer. Le lien est dans mon profil, dans la partie qui parle des bannis.

J'espère que ce chapitre vous aura plu. Lentement, mais sûrement on se rapproche de la fin du monde. Environ quatre chapitres, je pense, si le plot ne continue pas de s'allonger.

Un p'tit commentaire ? J'avoue que je suis anxieuse d'avoir des avis sur ce chapitre en particulier.