Zuko va t'il suivre les conseils avisés de Pesticide et Longue Flèche?

Chapitre 20 :

Zuko était seul au milieu du désert. Au dessus de sa tête, un ciel uniforme, bleu clair, sans nuage. Tout autour de lui, un sable doré, brûlant. Et rien d'autre que ce bleu et ce doré infinis. Du sable, encore et encore.

Ses yeux, gonflés de fatigue, lassés de tout ce jaune et secs à cause de la chaleur, se fermaient tous seuls.

Il marchait au hasard devant lui, dans ce paysage uniforme, sans but ni repères. Tout ce qu'il savait, c'est que bientôt, le vent allait se lever et lacérer son corps de son souffle glacial.

Zuko s'arrêta et s'assit au milieu de ce rien. Dans ce désert, son feu ne lui était d'aucune utilité. Toute sa vie, il avait compté sur sa maîtrise pour avancer. Aujourd'hui, il l'aurait volontiers cédée pour ne plus être seul face au rien et au vent à venir.

A peine avait il formé cette pensée qu'une silhouette familière se matérialisait un peu plus loin. Zuko frotta ses yeux rougis, mais la vision resta. Le coeur gonflé d'espoir, il se releva et courut vers le nouvel arrivé.

Mais ses bras lancés en avant ne rencontrèrent que du sable. Jet avait fait un pas sur le côté pour l'éviter. À genoux dans le sable devenu poussière, Zuko recevait de plein fouet le regard de dégoût de celui qu'il aimait. Un regard où se mêlaient pitié et répulsion. Un regard atroce, qui emplissaient ses poumons de poussière, l'empêchant de respirer.

Contaminés par ses poumons, la poitrine, le ventre puis le cou de Zuko devinrent friables. Il leva une main implorante vers Jet, debout devant lui, si proche et en même temps si loin. S'il saisissait ses doigts avant que le vent ne se lève, il serait sauvé…

Mais Jet recula sa main, épouvanté. La dernière vision que Zuko eut fut le visage de Jet qui se détournait. Puis une bourrasque glaciale le traversa de part en part et dispersa ses cendres dans le néant…


Zuko se réveilla en sursaut. Il passa une main humide de sueur sur son visage et son corps, vérifiant qu'il était toujours solide, puis s'efforça de calmer sa respiration. Ce cauchemar avait été beaucoup trop réaliste, il avait senti son corps lui échapper et disparaître dans une douleur diffuse.

« Lee ? Ca va ? »

Jet posait de petits yeux endormis et inquiets sur lui, depuis l'autre bout du lit. Zuko eut un sourire amer. Il ne pouvait pas physiquement s'éloigner plus sans tomber à terre.

Le banni attrapa son sac, resté sous le lit depuis sa discussion avec les compagnons de Jet, deux jours plus tôt. Il vérifia son contenu puis se leva tout à fait, ignorant le petit frisson de douleur dans le bas de son corps.

« Lee ? »

Zuko enfilait son pantalon dans le noir, sans un regard pour Jet.

« Qu'est ce que tu fais ? »

Cette fois, il ne pouvait pas ignorer la panique dans la voix de celui qu'il aimait. Zuko s'immobilisa un instant et répondit entre ses dents :

« Je pars, Jet.

- Comment ça tu pars ?

- Je vais chercher mon oncle. »

Le lit grinça lorsque Jet se releva d'un mouvement sec, cette fois complètement réveillé. En jurant, il entreprit de rassembler ses affaires.

« Jet, je pars seul. Tu restes ici avec tes amis. »

Cette fois, Jet le regarda en face. Ca ne lui était plus arrivé depuis l'incident. Amer, Zuko se dit qu'il pourrait au moins emporter avec lui le souvenir de ces beaux yeux couleur chocolat.

« Je t'interdis de partir seul.

- Et pourquoi ça ? Rétorqua le prince déchu sur un ton de défi.

- Tu n'es pas encore rétabli. Je viens pour m'assurer qu'il ne t'arrive rien de mal. »

Zuko ricana. L'image du Jet de son rêve et de sa main baissée dansait dans son esprit.

« Je me ferai discret, tu ne remarqueras même pas que je suis là, insista Jet. Je ne serai qu'une ombre qui...

- MAIS JE NE VEUX PAS D'UNE OMBRE ! »

Jet recula, sonné par cette réaction violente. Mais Zuko était lancé. La vanne de sa colère et de sa tristesse était ouverte, et il était trop tard pour la refermer. Rattrapé par ses émotions, il se planta juste devant Jet et lui hurla au visage :

« Depuis tu sais quoi, tu me fuis. Tu ne me regardes plus, tu ne me touches plus. Je ne supporte de me faire rejeter. Je préfère partir que de t'avoir à côté de moi, fuyant et dégoûté. »

Le jeune homme se tut lorsqu'il vit que Jet était pétrifié d'horreur. D'une voix plus douce, il reprit :

« Désolé. Ce n'est pas ta faute, je comprends qu'après… Qu'après ça, tu n'aies plus envie de moi. Tu as fait de ton mieux, tu m'as sauvé, tu t'es occupé de moi, et je t'en suis reconnaissant. Ce n'est pas ta faute, tu as fait tout ce que tu pouvais. Ça ira mieux quand je serai parti, tu verras. »

De manière inattendue, Jet explosa en sanglots. Zuko sentit une vague de panique le traverser. Il n'était pas préparé à voir cet homme si fort craquer. Il dut se retenir de le serrer dans ses bras pour le calmer, pensant que ce contact le gênerait.

« Jet, je suis désolé, je…

- Arrête. »

Jet répéta ce mot plusieurs fois. Il essaya de rajouter quelque chose, mais ses sanglots l'en empêchèrent à chaque fois. Zuko s'immobilisa et se tut, attendant. Il était prêt à tout arrêter pour que Jet cesse de pleurer, mais il n'avait aucune idée de ce à quoi ce « arrête » pouvait bien faire référence.

Une fois calmé, Jet essuya ses yeux et son nez contre son bras, renifla bruyamment puis il emprisonna les yeux de Zuko dans les siens et dit :

« Arrête de t'excuser. Je ne veux plus jamais t'entendre ces conneries. Je n'ai jamais été dégoûté par toi, Lee! Comment tu as pu penser ça ? Qu'est ce que j'ai fait pour que tu arrives à cette idée atroce ? »

Jet fit un pas en avant, réduisant encore la distance entre eux. Ses yeux bruns humides toujours pongés dans ceux de Zuko, il reprit sur un ton enflammé :

« Je t'aime Lee, je t'aime comme avant, et je te désire toujours autant. Mais j'ai peur… Peur de te blesser, peur que te toucher réveille de mauvais souvenirs... Peur d'affronter ton regard car il me renvoie à cette atrocité que j'ai laissé t'arriver... »

Le Combattant de la Liberté dut s'arrêter, dépassé par des émotions trop fortes. Lorsqu'il reprit, sa voix était vacillante :

« Toutes les nuits, je rêve que tu me regardes et que tu vois tout ce mal que je t'ai fait, et que tu m'en veux, que tu me rejettes… Je m'en veux tellement Lee, je suis tellement désolé... »

Zuko effaça l'infime distance qui séparait encore leurs deux corps et avança une main hésitante vers le visage de Jet. Lorsque leurs peaux entrèrent en contact, un léger frisson parcourut Zuko. Mais ce n'était pas un frison désagréable. C'était comme un souvenir de l'harmonie et du désir qui régnaient jadis entre leurs corps.

Jet déposa un baiser chaste sur ses doigts et murmura :

« Je t'aime Lee, je t'aime plus que tout. Alors ne pars pas. Ou prends moi avec toi... S'il te plait. »

Zuko pencha son front jusqu'à toucher celui de son amant. Son corps accueillit ce nouveau contact avec douceur. A quelques centimètres de lui, les yeux marrons de Jet le regardaient toujours, suppliants.

Le prince déchu sourit. Jet l'aimait encore. Ce n'était pas du dégoût mais de la culpabilité qui l'avait fait le fuir.

« Tu voudrais aller secourir le Dragon de l'Ouest avec le prince héritier de la Nation du Feu ? »

Jet eut un petit rire, et son front vibra contre celui de Zuko.

« Je doute que tu hérites vraiment du royaume de ton père, petit prince déchu. »

Zuko s'écarta légèrement pour regarder le visage de son petit ami. Son stupide sourire charmeur était de retour, quoique moins assuré que d'habitude. Il lui avait manqué.

« Mais non, reprit Jet. Je n'irai jamais aider le Dragon de l'Ouest… En revanche, j'irai volontiers secourir Mushi, ce sympathique gérant de salon de thé qui m'a soigné et m'a autorisé à épouser son neveu.

- A ce que je sache, on ne s'est jamais épousé, et Iroh n'a jamais officiellement donné sa bénédiction.

- Alors on va vraiment devoir aller le récupérer pour régler ça ! » conclut Jet avec un air faussement détaché.

Zuko sentit une irrépressible envie d'embrasser et de frapper son petit ami. Une sensation habituelle qu'il retrouvait avec plaisir.

« ...Mais on ne bougera pas d'ici avant que tu sois remis complètement, ajouta Jet d'un ton sans réplique. Et maintenant, tu vas me faire le plaisir de retourner dans notre lit. Rester debout comme ça ne te fait pas du bien. »

Zuko ouvrit la bouche pour protester, puis il découvrit qu'il était trop soulagé pour faire semblant d'être fâché. Alors il se contenta de froncer les sourcils et de de retrouver le lit et la couverture tiède en grommelant mollement.

Jet l'imita (moins les grognements) et Zuko fut heureux de constater qu'au lieu de se terrer à l'autre bout du matelas, il se coucha à quelques centimètres de lui. Il avait placardé un stupide sourire assuré sur ses lèvres mais ses yeux foncés reflétaient une profonde incertitude et cette foutue culpabilité.

« Arrête. » grogna le banni.

Le sourire de Jet s'effaça aussitôt, balayé par une expression de pure panique.

« Arrête de culpabiliser, et serre moi dans tes bras. Je ne sais pas encore quand on pourra retrouver… refaire ce qu'on faisait avant, mais je t'aime. Et j'ai envie que tu me fasses un câlin jusqu'à ce que je m'endorme. »

Zuko se dépêcha de fermer les yeux, trop honteux pour regarder la réaction de Jet à ses paroles niaises. Et pour ne rien arranger, il sentit sa stupide joue s'empourprer.

Mais il n'y eut ni rire, ni plaisanterie. A la place, les bras musclés de Jet s'enroulèrent autour de son dos et un souffle à la fraîcheur familière s'éleva contre son front.

Alors Zuko posa son visage dans le creux du cou de son amant et se laissa cueillir par le sommeil, ainsi entouré par l'odeur et la peau un peu rêche de celui qu'il aimait…