Chapitre 22 :

Zuko courait vers sa mère et son oncle, leurs bras ouverts et leurs sourires bienveillants. Derrière lui, il sentait une menace informe qui le poussait à accélérer pour se réfugier au plus vite dans ces bras aimants.

Il courait de plus en plus vite et son cœur battait de plus en plus fort. Le sentiment d'urgence collait à son dos, mais il y était presque. Déjà ses doigts se levaient pour attraper ceux de son oncle…

A son contact, les doigts boudinés craquelèrent et devinrent friables. Ils s'effondrèrent sur le sol, emportant avec eux la silhouette de son oncle. Zuko tourna la tête vers sa mère, paniqué, mais à sa place, il n'y avait plus qu'un tas de cendres froides.

Il sentit que le vent se levait dans son dos, et avec lui le froid de la douleur et le chaud des flammes paternelles. Zuko se baissa vers les deux tas de cendres, bien décidé à les protéger du vent et des flammes.

Soudain une main fut devant lui. Une main brune dont il connaissait par cœur les plis et les callosités. Au bout de cette main familière, il y avait un bras familier, et au bout de ce bras familier, il y avait le visage de Jet. Sauf qu'au milieu de ce visage familier, il y avait deux yeux inconnus, éteints, avec des pupilles minuscules.

Zuko cria à Jet de se mettre à l'abri, mais le jeune homme ne cilla pas. Il le supplia, l'insulta, le menaça, mais Jet ne bougeait pas, ses yeux étrangers toujours fixés sur lui et sa main pétrifiée en l'air, comme un automate éteint.

Le vent se déchaîna contre le dos de Zuko, lui déchirant la peau de ses caresses glaciales et dispersant les cendres d'Iroh, et Jet ne bougea pas. Le feu calcina sa joue et les cendres de sa mère, et Jet ne bougea pas.

Et puis le vent et le feu reculèrent, comme pour prendre leur élan, et Zuko comprit qu'ils allaient se jeter sur Jet et lui pour les dévorer, pour les digérer et les effacer de la terre.

Il hurla...


Zuko courait vers le village, vers Jet, et il avait l'impression de revivre un de ses cauchemars. Depuis que Jet et lui s'étaient expliqués, il s'endormait chaque nuit dans ses bras, ce qui le préservait de tels rêves. Mais les souvenirs continuaient de le hanter, surtout aujourd'hui que le sentiment d'urgence qu'il sentait se mêlait au nuage de fumée en contrebas.

Lorsqu'il vit enfin l'entrée du village, il était essoufflé et le bas de son dos était en feu. Jet n'avait peut-être pas tort de dire qu'il n'était pas encore remis. Mais la seule chose importante était de mettre son agaçant petit ami et ses non moins agaçants amis à l'abri du danger.

Danger qui au moins ne se cachait pas. A l'entrée du village, devant un marché en ruine, une demi-douzaine de maîtres du feu semaient le chaos. Zuko sentit sa mâchoire se contracter en voyant ses compatriotes, les soldats de sa nation détruire sans pitié les maisons, éventrer les étals et brutaliser les villageois apeurés.

Et puis il vit que sur le côté, un soldat tirait vers lui une femme qui se débattait, une lueur lubrique au fond des yeux. Dans la tête de Zuko, les rires gras du soldat se mêlèrent aux cris de détresse de la femme et aux souvenirs glaçants du vent de ses cauchemars.

Une colère froide s'empara de lui, balayant sa fatigue et sa douleur.

Il avança vers le soldat, poings et mâchoires serrées, et lança une flamme immense sur lui. La villageoise tourna un regard stupéfait vers son sauveur puis s'enfuit.

Les autres maîtres du feu abandonnèrent leur pillage et se jetèrent sur le nouvel arrivé. Il esquiva sans difficulté leurs flammes puis les élimina l'un après l'autre, méthodiquement. Jamais auparavant il n'avait été dans cet état. Ses colères avaient toujours été bouillonnantes et désordonnées. Mais là, la haine qui irriguait ses veines était froide et intelligente, lui permettant d'analyser la situation avec lucidité et d'agir avec précision.

Quand il se fut débarrassé de son dernier adversaire, il avança droit devant lui, entre les étals éventrés, déterminé à éliminer chacun de ces barbares qui sous prétexte d'œuvrer pour sa nation commettait des crimes. Les villageois s'écartaient sur son passage, l'air perdu, effrayé ou reconnaissant.

Au milieu de la place du village, les étals avaient reçu tellement de flammes qu'ils n'étaient plus qu'un amas noirâtre sur le sol. Et dans ce cimetière de marché, une dizaine de maîtres du feu se battait contre trois silhouettes bien reconnaissables.

Avisant deux hommes qui attaquaient Jet, Zuko libéra son feu sur eux, sans cesser d'avancer. Puis il se tourna vers un nouvel adversaire qui menaçait Pesticide et envoya une boule de feu.

Il entendit la voix de Jet, brouillée, comme à travers un mur d'eau, et ne comprit pas ce qu'il lui disait. L'esprit toujours glacé par cette étrange colère, il continua son travail funeste, jusqu'à ce que le dernier maître du feu soit à ses pieds.

Jet apparut soudain devant lui. Il avait l'air fatigué, des habits abîmés et le bout des cheveux roussis, mais au moins il n'etait pas blessé. Zuko lui adressa un petit sourire soulagé, puis le poussa avec tendresse mais fermeté sur le côté, avant de reprendre son avancée implacable.

La main de Jet attrapa son bras et le retint. Il se retourna, vaguement ennuyé, et rencontra les yeux chocolat de son petit ami, brillants d'inquiétude. Cette fois, il entendit ce qu'il lui dit :

« Arrête, il n'y en a plus. »

La colère froide disparut aussi vite qu'elle était venue. Zuko découvrit les maîtres du feu étendus à ses pieds, les regards abasourdis voire effrayés de Pesticide et de Longue Flèche sur lui et la fatigue extrême de son corps.

Il vacilla, mais deux bras forts le retinrent. Il se retrouva serré contre le torse de Jet, à sentir le battement accéléré du cœur de son petit ami.

« Ô botteur de cul professionnel, j'ai bien compris que tu pouvais t'occuper de toi même, et même de moi, de Pesticide, de Longue Flèche, du village et de la terre entière. Mais tu ne me feras pas croire que tu es complètement remis, physiquement et psychologiquement. Alors je propose qu'on rentre à la maison, qu'on dorme, et qu'on réfléchisse à tout ça demain, ok? »


Finalement, seule la première partie du plan de Jet fut respectée. À peine glissés sous la couette, les deux amants commencèrent à se disputer pour savoir si oui ou non ils devaient partir le lendemain dans l'antre de leur ennemi pour aller délivrer Iroh. Le sujet dériva ensuite sur la colère froide qui avait saisi Zuko un peu plus tôt, chacun l'interprétant et l'utilisant de manière différente.

Au bout d'un moment, excédé de s'entendre dire que cette colère était un signe de sa non rémission psychologique, Zuko décida d'illustrer sa pensée selon laquelle c'était au contraire un super atout le rendant super fort et lui permettant de se protéger lui et de protéger Jet, ce qui n'est ce pas serait super utile pour aller délivrer son super oncle. Et quoi de mieux pour illustrer cette thèse que de montrer en direct la force que lui procurait cette colère ?

C'est ainsi que le prince banni et le chef rejeté se retrouvèrent à rouler dans le lit en essayant d'immobiliser l'autre, dans une volonté purement scientifique de démonstration de leurs hypothèses.

Au terme d'une lutte acharnée, Jet réussit à coincer son amant entre son corps et le matelas. Haletant et humide de sueur, il offrit un sourire victorieux à son petit ami furieux et s'écria :

« Tu vois, je viens de prouver que ta théorie est fausse… Et que je suis le plus grand botteur de cul de nous deux !

- Dis ça aux maîtres du feu de cet après-midi, grogna Zuko.»

Le visage de Jet s'assombrit aussitôt. Lorsqu'il reprit, sa voix était amère :

« Alors j'ai juste prouvé que tu n'es pas au top de ta forme, car tu es encore en rémission »

Zuko soupira, sa colère balayée. Il détestait quand Jet abandonnait ses taquineries et montrait à quel point il avait été ébranlé par l'incident. Il tenta de détendre l'atmosphère d'une blague maladroite :

« On a surtout prouvé que malgré tes efforts louables pour être insupportable, tu n'arrives pas à m'énerver suffisamment. »

La lueur qu'il vit naître dans les yeux chocolat de son petit ami l'encouragea à poursuivre.

« ...Et puis on a prouvé que ces combats de lit sont rudement sensuels. »

Zuko ne put s'empêcher de rougir en disant cette dernière phrase. Pour une fois, il ne fut pas le seul. La virilité de son amant était complètement dure contre sa cuisse.

Jet s'écarta vivement en bredouillant des excuses, les joues toujours rouges. Zuko se régala de cette vision inhabituelle puis profita de sa liberté retrouvée pour agripper le bras de Jet et le faire basculer sur le côté, face à lui. Il hésita un instant puis plongea ses yeux dans ceux de son amant et sa main entre ses jambes.

« Tu es sur que… ? » commença Jet, le ton incertain.

Zuko le fit taire d'une pression sur son membre. Il entoura la virilité avide avec sa paume et promena un index aventureux sur le gland palpitant. Jet, les yeux embrumés, eut un mouvement de bassin compulsif. Devant cette vision érotique, le banni sentit une sensation de chaleur qu'il n'avait plus eue depuis longtemps au bas de son ventre.

Il ramena le membre captif vers le sien et les pressa l'un contre l'autre dans sa main. Jet ferma les yeux, trop pris par le plaisir pour parler, mais ses mains trouvèrent les épaules et le dos pâle de son amant et les dévorèrent de caresses fiévreuses.

Zuko frotta timidement son gland contre le sien, puis enhardi par la décharge de plaisir qui fit vibrer son corps, il glissa sa main sur leurs sexes réunis, de haut en bas puis de bas en haut, de plus en plus vite. Sous ses doigts, il sentait enfler le plaisir de Jet et renaître son propre désir. II commençait à être presque aussi dur que son amant lorsque celui-ci rejeta la gorge en arrière et libèra un cri de jouissance et un nuage blanc sur le matelas.

La virilité du jeune homme du Royaume de la Terre redevint molle contre celle de Zuko, rassasiée. Le prince déchu regardait la poitrine de son amant se soulever intensément et sentait sa semence dans sa main, et son désir grossissait, tenant bon face aux souvenirs tapis d'une autre nuit moins heureuse.

Jet avança son visage et déposa un baiser tendre sur le front du jeune homme. Puis il glissa une main interrogative le long de l'épaule ronde et du dos blanc. Encouragée par le regard doré de Zuko, la main se fit plus aventureuse et escalada sa hanche jusqu'à agripper sa virilité devenue parfaitement dure.

Zuko ferma les yeux et se concentra sur cette main fraîche qui l'entourait, à la fois pressante et attentive, calleuse et douce. En quelques caresses assoiffées, Jet le fit venir.

Il sentit ensuite le front de son amant se coller contre le sien, et le souffle familier sur sa bouche.

« Ça va ? » murmura Jet d'une voix rauque.

Zuko plaqua ses lèvres contre les siennes et l'embrassa fougueusement, les yeux toujours fermés.

« Tu as gagné, demain on part délivrer Mushi. »

Surpris, Zuko ouvrit les yeux et rencontra le regard chaleureux de son amant. Il sourit et chuchota :

« Si j'avais su, je nous aurais branlé plus tôt. »

Il emporta le rire de Jet dans ses rêves.