Chapitre 23 :

Zuko et Jet se promenaient dans Ba Sing Se. Le soleil brillait et les habitants les saluaient. Jet venait de rentrer de son travail de livreur, et sa peau brune brillait légèrement du fait de la sueur. Ses cheveux bruns étaient encore plus ébouriffés que d'habitude, lui donnant un air délicieusement sauvage.

Zuko poussa la porte du Dragon de Jasmin et un silence froid remplaça le bruit animé de la rue. Le salon de thé était vide, et les murs verts avaient une teinte sinistre.

Le jeune homme se mit à soulever frénétiquement les nappes, cherchant son oncle. Un pressentiment funeste lui serrait la poitrine.

Il souleva la dernière nappe et tomba nez à nez avec un visage de femme. Un visage allongé, banal, avec des grands yeux bruns et des cheveux lisses, mais avec un quelque chose de familier. Un quelque chose de désagréable.

Ce visage quelconque se tordit soudain et exprima une terreur intense, insupportable. Elle ouvrait grand la bouche, mais aucun son ne sortait de sa gorge.

Un coup de vent souleva la nappe, accompagné par un sifflement sinistre et des rires gras d'hommes.

Et puis Jet fut là, dans son dos, à l'entourer de ces bras aimants. La nappe retomba, étouffant le vent, les rires et le visage implorant.


« Debout ! »

Zuko ouvrit grand les yeux et découvrit le visage impassible de Longue Flèche au dessus du lit. De l'autre côté de la chambre, Pesticide ouvrait la fenêtre et écartait les volets battants avec de grands gestes énergiques, tout en faisant des commentaires atrocement gênants sur la chaleur qui régnait dans la pièce.

Devenu rose de la tête aux pieds, le maître du feu se libéra de l'étreinte serrée de son amant -occupé pour l'heure à grogner de manière inintelligible dans son coussin- et ramena en toute hâte la couverture sur lui pour cacher sa nudité. Un bras musclé s'éleva au dessus du corps apparemment inanimé de Jet et ramena Zuko contre lui, réduisant ses efforts à néant.

Mais c'était sans compter sur Pesticide. Après avoir inondé la chambre de lumière, elle courut vers le lit et tira brutalement sur le bras libre de Jet. Ce dernier tomba sur le sol, et Zuko ne dut de ne pas être entraîné avec lui qu'à l'intervention de Longue Flèche. D'un geste, il permit au prince de la nation du feu de rester sur le matelas et de garder la couverture autour de lui, tandis que son petit ami se rétamait sur le plancher, complètement nu.

« PESTICIDE ! Laisse moi dormir à la fin !

- C'est déjà l'après-midi, répliqua la jeune fille, pas le moins du monde perturbée par la nudité de son ami. Si tu voulais dormir plus longtemps, tu n'avais qu'à pas gueuler et faire des cochonneries pendant toute la nuit.

- C'est pas tes affaires !

- Benh si, vu que vous nous avez empêché de dormir avec vos conneries. »

Zuko se demanda si en tant que maître du feu, ses joues pouvaient littéralement prendre feu. Auquel cas, ça n'allait pas tarder.

« Et pourtant, même sans avoir beaucoup dormi, je suis réveillée depuis tôt ce matin, moi ! »

La dispute se poursuivit encore plusieurs minutes avant que Pesticide daigne quitter la chambre. Longue Flèche partit à sa suite, laissant derrière lui deux bols de nouilles et un sourire énigmatique.

Zuko fit passer son embarras en engueulant Jet pendant tout le temps qu'il se changeait, l'accusant d'être responsable de cet épisode gênant parce qu'il avait refusé de desserrer son étreinte lorsque le prince déchu avait voulu quitter le lit pour ouvrir la fenêtre et nettoyer les draps.

Jet fit taire ses protestations d'un baiser chaste sur ses lèvres. Zuko introduisit sa langue dans la bouche offerte, transformant le baiser en quelque chose d'un peu moins chaste. Avant peu, les mains blanches couraient dans les cheveux bruns et les mains brunes sur les épaules blanches. Sentant que ce contact réveillait leurs deux virilités, le prince hésita à descendre la pente du désir.

Mais Jet mit fin au baiser et s'écarta prudemment, prétextant que les murs avaient des oreilles, et une langue bien pendue. Zuko décida d'accepter cette excuse, fermant les yeux sur la lueur inquiète et protectrice dans le regard chocolat...


« Ah, vous êtes là ! Je me demandais si vous vous décideriez un jour à descendre, ou si vous alliez remettre vos cochonneries, sans égard pour notre tranquillité ! »

Ce salut piquant de la part de Pesticide ramena du rouge sur le visage de Zuko. Il alla s'asseoir en grommelant puis attrapa le bol de nouilles que Jet venait de lui ramener, tout en dédaignant le sourire charmeur qui allait avec.

Très à l'aise, son petit ami envoya un baiser aérien vers la jeune fille bougonne, attrapa le chapeau pointu de Longue Flèche puis s'assit sur une chaise, croisant ses jambes puissantes sur la table en bois. Puis, tout en faisant tourner le chapeau autour de son doigt et en piochant de temps à autres dans son bol de nouilles, il déclara :

« Je vais partir avec Lee pour aller délivrer son oncle.

- Son oncle... Genre le Dragon de l'Ouest, le frère d'Ozai, qui a assiégé Ba Sing Se et détruit tant de nos villages ? » S'étouffa Pesticide.

Serviable, Jet lui tapa dans le dos, jusqu'à ce qu'elle reprenne son souffle et dégage sa main d'un geste hargneux.

« C'est un homme très gentil, passé ces... euh, erreurs de parcours» intervint maladroitement Zuko.

Jet le couva d'un regard attendri. Pesticide, elle, lui jeta un regard exaspéré avant de soupirer et de croiser les bras sur sa poitrine.

« Soit. Mais il est détenu dans la nation du feu, non ?

- Oui, confirma Zuko. Dans la prison de la capitale. »

Pesticide échangea un long regard avec Jet. Inquiétude et détermination luttèrent, puis Pesticide renifla et dit à contre cœur :

« C'est stupidement dangereux et je suis persuadée qu'on pourrait bien laisser le vieux rôtir là bas, gentillesse ou non, mais je ne peux rien. Tu n'en fais jamais qu'à ta tête. »

Zuko hocha vivement la tête, ce qui lui attira un sourire de la part de Longue Flèche.

« Promets moi juste d'être prudent, reprit Pesticide. Et de nous tenir au courant par faucon messager. Notre code est suffisamment élaboré pour résister à une éventuelle interception par la nation du feu. Et comme ça, si tu as des problèmes, je viens te ramener ici par la peau du cou, avec ton amoureux et sans le vieux. »

Pesticide arracha le chapeau de la main de Jet et le rendit à son propriétaire qui la gratifia d'un sourire doux et d'un hochement de tête. Mais Zuko commençait à connaître suffisamment bien Longue Flèche pour comprendre que cet acquiescement renvoyait plus aux paroles de la jeune fille qu'à son geste.

« Et vous allez faire quoi tous les deux ? » demanda Jet.

Les deux jeunes gens se tournèrent l'un vers l'autre et échangèrent par gestes rapides. Puis Pesticide conclut :

« On va retourner auprès des Combattants de la Liberté. Voir s'ils comptent quand même tenter quelque chose contre la nation du feu le jour de l'éclipse. Quand on est parti, vu que le plan d'attaque de l'Avatar et de Katara venait de tomber à l'eau, c'était le gros bordel. »

Zuko fronça les sourcils lorsqu'il entendit les noms de ses ennemis et l'évocation d'un obscur plan d'attaque contre sa nation. Jet ne lui avait jamais parlé de ça. Il ouvrit la bouche mais son petit ami le devança :

« Ca marche. Tenez moi aussi au courant de ce qui se passe là bas.

- Vous partez quand ?

- Le plus tôt sera le mieux. Je pensais en fin d'après-midi, le temps de définir un itinéraire et de préparer deux trois trucs.

- Vous pouvez rejoindre les villageois alors. Ils ont prévu d'aller vers le nord ouest, dans les montagnes, là où la nation du feu n'est pas encore le maître. Vous passerez plus inaperçus au milieu des réfugiés.

- J'y avais pensé, acquiesça Jet. Et des montagnes, on pourra longer la côte nord qui est encore libre. C'est plus sûr.

- Wow, qui aurait cru que Jet le casse cou dirait un jour une telle phrase ? Ricana Pesticide. Qu'est ce qui t'a fait changer de la sorte ? »

Sentant les regards converger vers lui, Zuko se réfugia dans son bol vide et fit semblant de boire. Ce n'était peut-être pas le meilleur moment d'interroger Jet sur ces histoires d'Avatar et d'attaque...