Ok, donc, ce chapitre s'éternisant, j'ai décidé de le couper en deux pour éviter que vous attendiez encore trop longtemps. Donc voila la suite.

Merci, mille mercis à vous tous sans qui j'aurai sans doute baisser les bras depuis longtemps. J'adore lire vos messages, et même savoir que vous cliquez sur un chapitre me fait sautiller de joie. J'espère que ce chapitre vous plaira.

Merci encore : Nassis, Chocolate Kangoo, Neferkitty, Shinigamylle, Gyakusatsu, Nayru, Flamme Dansante et Mikage Gun.


Monde III : La Planète au trésor

Si tu veux être un homme libre

Chapitre 14

Tu veux le beurre et l'argent du beurre
Mais l'argent te brûle les doigts
Il ne pourra pas faire ton bonheur
T'étais heureux autrefois ?
Non ! L'argent n'a pas d'odeur
L'argent n'a pas de coeur
Il ne faut jamais avoir peur
Quand on rêve d'une vie meilleure


Puis tout sombra dans le chaos.

Non pas avec un « boum », mais avec un murmure.


D'abord Roch et Kaël n'entendirent qu'un long grincement, un peu comme un larsen, chuintant et brisé. Roxas se tourna pour essayer d'identifier d'où venait le bruit. De nulle part et partout à la fois, on aurait dit que cela provenait des montagnes d'or, dressées ici et là.

La voix de Firefly attira son attention sur la statue de Midas. L'espace d'une seconde, d'une impossible seconde, Roch crut que celle-ci s'animait. Un clin d'oeil et l'impression s'évanouissait.

- Kaël, appela-t-il.

- Roch, monte, dépêche-toi.

- Quoi ? Mais -

- Ne discute pas. C'est un ordre.

Firefly ne le regardait pas. Ses yeux étaient rivés sur les cascades d'or et il continua d'insister jusqu'à ce que Roch attrape son sac rempli de pierres précieuses et escalade la statue, suivant le chemin que Kaël avait emprunté un peu plus tôt.

- Lâche ce sac, bordel, jura Kaël.

- Pas question.

- Monte, dépêche-toi, répéta le capitaine.

Comme pour lui donner raison, le larsen s'amplifia, devenant un long cri aigu et inhumain. Roch ne se retourna pas, ne regarda pas d'où ça venait. Il se concentra sur son ascension. C'était facile, si ce n'était le sac trop lourd qui pesait sur son dos et ses épaules. Ses mains s'accrochèrent aux plis des vêtements de Midas, à la recherche d'une prise sûre. Il ferma les yeux. Son fardeau lui pesait de plus en plus, et lutter contre la gravité s'avérait plus compliqué que prévu. Pourtant, il ne lâcha pas.

Le cri continua, et, d'aigu comme des crécerelles, il devint guttural, comme la voix d'un mort sorti d'un tombeau. Des images, affreuses, éclatèrent dans la tête de Roch. (Une vieille sorcière aux yeux exhorbités, des crânes cliquetant de rire et Kaël, mon dieu, Kaël les yeux brillant de haine, aussi dévorant que de l'absinthe, Kaël dont l'haleine tuméfiée l'étouffait tandis qu'il forçait un baiser dépravé sur sa bouche)

- Roch ! Roch ! Roxas !

La voix de Firefly l'extirpa de ses souvenirs, le ramenant à la réalité. Il rêvait rarement d'En-Bas. Si on pouvait parler de rêves ; ceux-ci avaient plutôt l'allure de cauchemars et si Roch avait une vague idée de ce qu'il s'était passé dans cette vie antérieure, il s'était toujours efforcé d'oublier les images d'En-Bas.

- Kaël, souffla Roxas.

- Lâche le sac, s'il te plait - cria le capitaine, trois mètres au-dessus de lui.

Trois mètres c'était beaucoup trop.

Sonné, Roxas manqua de lâcher prise. Sa tête le faisait souffrir et le gargouillement d'outretombe menaçait de le renvoyer En-Bas.

Il secoua la tête, raffirma ses prises sur l'imposante statue, et reprit lentement son ascension malgré son coeur qui s'affolait de peur. Au-dessus, agenouillé sur les bords de la paume de Midas, Kaël était de plus en plus frénétique et inquiet. Enfin, il réussit à attraper la main de Kaël et à se hisser à son tour sur la main dorée et ouverte de Midas. Kaël l'attira dans une étreinte désespérée. Roch laissa échapper un genre de gloussement, de soulagement autant que de terreur. Il referma ses doigts sur le tissu de la chemise de Kaël, et enfouit son nez dans le cou du capitaine.

/Tiens tu ne m'en veux plus maintenant ?/

Lorsque Kaël émit un son agacé, Roch se rendit compte qu'il avait parlé à haute voix.

- D-désolé, souffla-t-il.

- On parlera plus tard.

Roch le lâcha et se retourna, pour la première fois. Il ne tarda pas à identifier l'objet de l'inquiétude de Firefly. Ce son - ce son qui semblait venir tout droit d'En-Bas. Il venait des statues d'or. Celles qui étaient dans les allées et sous les piles d'or ; des centaines de statues s'étaient animées quand Kaël avait retiré la main de Midas de son socle. Roch lâcha un juron qui fit rigoler Kaël.

- C'est pas – possible.

- Je pense que ce sont des victimes de la main, dit Firefly d'une voix un peu absente.

- Les victimes ? répéta Roch.

- Cela m'étonnerait franchement que nous soyons les premiers à trouver cet endroit. Cet objet est maudit.

- Et tu le veux quand même, soupira Roch.

Leurs bouches béantes ne cessaient d'hurler, de plus en plus fort, mais au moins les statues ne bougeaient pas.

- Y en a partout. Comment on va faire pour sortir d'ici - et où est la sortie ? - et, problème alarmant numéro deux, as-tu remarqué, que la seule statue qui ne fait rien c'est celle de Midas ?

Kaël serra le poing autour de l'artefact magique. Cela ne lui avait pas échappé.

- Elles n'ont pas l'air de bouger. Je vais voir si je trouve une sortie.

- Hola, pirate, répliqua Roch. Cap'taine, dois-je vous rappeler que votre jambe est en piteux état ? Et que s'il faut courir, j'ai de bien meilleures chances de leur échapper que vous.

Le ton frappa Firefly comme une porte qui claque. C'était peut-être son titre ou le vouvoiement, c'était sans aucun doute la voix de la raison. Mais cela ne signifiait pas pour autant que Kaël devait apprécier l'idée. Sa cheville n'était peut-être pas cassée, mais elle était au moins foulée, et ses acrobaties n'avaient rien arrangé. S'il voulait avoir la moindre chance de sortir d'ici vivant, Roch avait raison, il allait devoir se ménager. Il aggripa les épaules de Roch et amena son visage près du sien. Leurs fronts étaient pressés l'un contre l'autre, et Roch pouvait sentir l'haleine fétide du capitaine. La sienne ne devait guère être mieux, mais cela ne les empêcha pas de coller leurs bouches ensemble. Roxas ferma les yeux et essaya de trouver des mots qui ne sonneraient pas comme un au revoir. Il était foutrement terrifié. Il bafouilla un 'je t'aime' contre les dents de Kaël et se laissa glisser vers le sol. Sans le sac de pierres précieuses, c'était plus facile. Et Roch avait toujours adoré escalader des trucs.

Il n'avait pas d'armes, mais il n'y avait pas grand chose à espérer en combat singulier avec une sculpture en or massif. Ce n'était pas la première fois que Roch rêvait de tenir la KeyBlade entre ses mains (et il espérait de tout son coeur que ce ne serait pas la dernière).

Arrivé au sol, il retint son souffle. Une partie de lui s'attendait à se faire écraser par cent statues. Quand rien ne vint, il osa bouger.

Le cri persistait, mais les statues demeurèrent figées à leur place. Quelque peu rassénéré, Roch parcourut les environs, à la recherche d'une sortie.

§§§

Il s'approcha avec hésitation de l'une des statues. Le cri qui lui rentrait dans les oreilles lui vrillait la tête était insupportable. Il lui rappelait l'espèce de comptine étrange qu'ils avaient entendue une éternité plus tôt.

en bas, en haut.
L'un a bel air,
l'autre montre les crocs

L'un d'or se couvrira,

les mains vides l'autre repartira
en haut en bas

mais pas comme tu crois

§§§

Roch fit le tour de la salle au trésor. Celle-ci était si grande qu'il lui fallut pratiquement vingt minutes pour revenir à son point de départ. Les statues hurlantes étaient innombrables et chaque minute passant alourdissait le mauvais pressentiment qui comprimait sa poitrine.

Nulle part cependant il ne vit de sortie.

- Roch ?

- Rien Cap'taine, répondit-il, crispé de frustration.

Juste une fois, Kaël aurait voulu que les choses se déroulent de façon simple.

- Remonte, soupira Kaël.

Roch s'exécuta. Ils s'assirent au creux de la paume, dos à dos, en silence, cherchant une idée, une solution. Roch n'aurait pu dire combien de temps avait passé jusqu'à ce que l'un d'eux ne bouge enfin.

- On va avoir un problème, dit Kaël.

- Quoi ? demanda Roch.

Un problème de plus, un de moins ne ferait pas une grande différence, songea-t-il avec un cynisme qui n'avait rien de familier.

- Tu ne sens pas ?

- Non quoi ?

Kaël sembla hésiter.

- Je commence à avoir faim.

Cela aurait pu être comique, dans une autre situation. Mais Roch fut incapable de sourire. Il n'avait aucune sensation de ce type. Cependant si leurs corps étaient en train de sortir de l'espèce de stase qui avait annihilée leurs besoins corporels, la situation allait vite devenir critique.

- On va trouver une solution, dit Roch.

- Et quoi ? On va manger de l'or ? Tirer à la courte paille ? suggéra Kaël avec un rire affreux.

- Hilarant. Non, on va faire mieux que ça, on va sortir d'ici, dit-il.

Kaël se retourna et Roch l'imita. Ils étaient à présent face à face et il n'y avait pratiquement rien qui séparait leurs visages. Kaël posa doucement sa main sur le visage de Kaël comme fasciné par ce qu'il touchait, comme si c'était la première fois. Il ne restait plus grand chose de la colère qui l'avait animé plus tôt.

- Je ne te comprends pas, dit Roch. Tu souffles le chaud et le froid, sans prévenir. J'aimerai tellement comprendre.

Kaël glapit un rire cassé.

- Tu ne comprends pas, répéta-t-il.

Il posa un baiser affectueux sur sa bouche, plein de tendresse.

- Parfois, Roxas, j'ai envie de te frapper la tête sur un mur, pour voir si on peut y faire entrer un peu de bon sens.

- Quoi ?

Kaël soupira. Sa main glissa le long de la nuque de Roch et lui ébouriffa les cheveux.

- Tu ne t'en rends pas compte, dit Kaël. Souvent tu es perdu dans les souvenirs. Tu le cherches, à ma place et parfois je peux voir que tu es déçu parce que je ne suis pas là. Celui qui se rappelle.

- Kaël.

- Tu as voulu savoir. Alors tu vas m'écouter. je t'aime souffla, Axel, la voix brisée, le souffle coupé. Pas parce que tu es Roxas, ou parce que nous nous sommes rencontrés avant, plusieurs fois. Pas parce qu'il y a des souvenirs chéris et amers entre nous. Je t'aime parce que tu es toi. Peux-tu en dire autant ?

Et pour la première fois, pour la première fois depuis le premier rêve, Roch souhaita ne pas se souvenir, souhaita qu'ils aient pu se rencontrer et s'apprendre sans Axel et Roxas, St Jean et Alexandre, Acsel et – et –

- Bien sûr ! protesta Roch.

- Je ne doute pas que tu m'aimes. Juste de tes raisons. C'est clair chaque fois que tu butes sur mon nom. Tu attends quelqu'un d'autre, Roxas, et je suis juste fatigué de prétendre le contraire. Je ne supporte plus de te voir me comparer à lui tout le temps. Axel est mort, Roxas. Je n'ai rien à voir avec lui.

-...

-...

- Kaël... s'il te plait.

Firefly lui esquissa un sourire triste.

- Je n'ai pas dit qu'on ne pouvait pas être ensemble. Je suis juste fatigué de prétendre. Tu peux continuer de penser à lui, évidemment, mais si tu tiens ne serait-ce qu'un peu à moi tu cesseras de nous comparer et de t'émerveiller chaque fois que je fais quelque chose qui peut lui ressembler.

- Ok.

- O-Ok.

- Parfait. Si c'est retenu (les yeux de Roch s'agrandirent), on a plus besoin d'y revenir.

Roch inclina la tête.

- Et quand on reviendra sur le Miranda ? dit-il.

- Quoi ?

- Tu te remettras à m'éviter ? A ne plus me regarder.

- Non c'est promis.

- Thestral -

- Thestral peut aller se faire foutre. D'ailleurs quand on ramènera cette petite merveille, tout le monde se moquera de notre relation, tu ne crois pas ?

Roch répondit avec un simple sourire que Kaël fut obligé d'embrasser. Le baiser s'approfondit vite et Roch ferma les yeux et enfouit ses mains sous le manteau de Kaël pour le tirer plus près de lui. Il sentir Firefly poser la Main délicatement à côté d'eux avant de continuer, comme s'il n'avait jamais (jamais jamais) l'intention d'arrêter.

Le bruit des statues sembla se résorber ; restaient juste eux.

Roch était bien déterminé à prouver à Kaël qu'il avait tort et si celui ci ne voulait pas croire à ses mots, il devrait au moins croire à ses actes.

C'était sans doute vrai au début, ce qu'avait dit Firefly. Le séjour à la Cité du Crépuscule n'avait pas arrangé les choses. Mais Axel et Roxas, c'était son passé. Ils n'avaient pas vécu tout ce que Roch et Kaël avait trouvé ensemble. Leur complicité n'avait rien de l'intense passion qui liait les deux pirates. Ce qu'ils avaient n'appartenaient qu'à eux. Ils l'avaient construit ensemble. Roxas avait eut peine à le comprendre, et à présent, il avait tout son temps pour le prouver, encore et encore à Kaël.

/Je t'aime, je t'aime, je t'aime/

Tandis qu'ils se séparaient ils remarquèrent une colonne de lumière qui s'élevait à présent du bassin où se jetait une cascade de paillettes d'or.

- Il n'y a peut-être pas de panneau « SORTIE », mais c'est assez proche, tu ne trouves pas ?

- Si.

- Allons-y.

-J'ai hâte de sortir d'ici, enchaîna Roch.

§§§

Il saisit le gros sac rempli de trésors de toutes sortes. Il le ferma bien et le laissa tomber au sol. Par quelque miracle, le sac n'explosa pas au contact du sol.

Kaël sauta sur ses pieds. Il se pencha pour ramasser la Main. Comme il s'exécutait, la clameur des statues s'amplifiait tandis que la lumière transperçant l'eau s'affaiblissait rapidement.

- Dépêchons nous, dit Roch.

Il glissa à terre avec l'aisance d'un écureuil. Il jeta le sac par dessus son épaule et surveilla la descente de Kaël, qui ne pouvait s'aider que d'une main. Il était prudent mais rapide.

Ce fut quand il toucha le sol la main gauche refermée sur la malédiction de Midas que tout bascula. Et que les statues se mirent à bouger.

§§§

Un long crissement de métal les paralysa tous les deux sur place. Roch agrippa le poignet de Kaël, terrifié par la vision de deux cents statues d'or qui s'animaient. Elles étaient lentes, tournaient la tête et les épaules dans leur direction. Roch inspira lentement tandis que ses doigts serraient si fort la chair de son compagnon qu'ils laisseraient probablement des marques.

Le cœur de Roch battait à tout rompre, comme s'il allait à tout moment défoncer sa cage thoracique. Roch n'avait jamais eu aussi peur de sa vie. Seule la poigne forte d'Axel le gardait sur terre.

-Bouge Roch, jura Kaël, fébrile, dans son oreille.

Roch se reprit, et ils se mirent à courir. Ils n'allaient pas vite, ralentis par leurs charges d'or. Mais plus ils avançaient vers le portail, plus les mouvements des statues devenaient plus précis, plus véloces. Quand il resta moins de cent mètre les séparant de la sortie de cet enfer doré, les statues se remirent à hurler, à hurler comme soi on les torturer, à hurler comme elles hurleraient, (imaginait Roch) si quelqu'un les faisait fondre.

Roch poussa un cri quand l'une d'entre elles attrapa son poignet serrant à lui briser les os. Tous ses efforts étaient inutiles congre le métal, et il eut beau se débattre les doigts de la statue serraient toujours.

Roch lâcha Kaël.

-Fiche le camp d'ici. Dépêche-toi.

-Pas sans toi, réploiqua le capitaine sans hésiter, même une seconnde.

Roch se figea, il ne regardait plus les statues, ni Roch, juste la main de Midas qui reposait contre lui. Puis, délicatement, il posa la relique par terre. Instantanément, la salle redevint silencieuse.

Kaël soupira – Roch ne sut si c'était de résignation ou de soulagement peut-être un mélange des deux à la fois.

-Il semblerait que je doive choisir entre la légende et toi, Roch.

Il retint son souffle.

-N'aie pas peur. C'est un choix facile, poursuivit Kaël.

Il brandit la lame de feu et d'un geste net, il trancha le poignet de la statue immobile qui retenait Roch prisonnier.

Kaël posa la main sur le visage de Roch.

-C'est drôle, mais je crois que je comprends un peu mieux cette énigme maintenant, dit-il avant de l'attirer pour un baiser étonnamment tendre, venant de sa part. Sortons d'ici, ajouta-t-il, en passant son bras par-dessus les épaules de Roxas.

Kaël attrapa le sac d'or tombé par terre et le traîna derrière lui jusqu'au portail. Le poignet toujours emprisonné par une main d'or, Roch se laissa faire, silencieux.


Voilaaaa ! Le prochain chapitre sera définitivement le dernier de ce monde.

Reste encore un monde avant de finir cette histoire.

A bientôt et merci pour votre soutien