Monde III – La Planète au trésor
Hem. Il se peut que ce chapitre ait eu un peu de mal à s'écrire. Un petit peu. Il s'agit donc du dernier chapitre du troisième monde. Toutefois, la fic n'est pas terminée, il nous reste encore un monde à explorer. Ce sera dans l'univers de Merlin l'enchanteur, mais pour l'heure, nous sommes toujours chez les space pirate, et avant de vous laisser lire, j'aimerai dire un grand grand merci à vous tous. JE VOUS AIME.
- Il semblerait que je doive choisir entre la légende et toi, Roch.
Il retint son souffle.
-N'aie pas peur. C'est un choix facile, poursuivit Kaël.
Il brandit la lame de feu et d'un geste net, il trancha le poignet de la statue immobile qui retenait Roch prisonnier.
Kaël posa la main sur le visage de Roch.
-C'est drôle, mais je crois que je comprends un peu mieux cette énigme maintenant, dit-il avant de l'attirer pour un baiser étonnamment tendre, venant de sa part. Sortons d'ici,
ajouta-t-il, en passant son bras par-dessus les épaules de Roxas.
Kaël attrapa le sac d'or tombé par terre et le traîna derrière lui jusqu'au portail. Le poignet toujours emprisonné par une main d'or, Roch se laissa faire, silencieux.
Monde III : La Planète au trésor
Si tu veux être un homme libre
Chapitre 15
Si notre histoire d'amour n'avait jamais existé
Dans mes rêves, nuit et jour, je t'aurais inventé
Mais ma vie avec ta vie, comme un beau roman trop court
Cette nuit sont réunies dans notre histoire d'amour
Ils se rétamèrent plutôt qu'ils n'atterrirent dans un pêle-mêle douloureux de bras et de jambes. Firefly esquissa une grimace de douleur, tandis que l'énorme sac de pièces d'or et de joyaux appuyait sur ses reins. S'il ne se réveillait pas avec des contusions le lendemain, ce serait franchement étonnant. Se relevant, il constata que le portail les avait menés tout droit aux portes du château, non loin du point d'amarrage du Miranda. D'où il était, Firefly pouvait voir les mines abasourdies de son équipage, qui avait peut-être perdu espoir de les revoir un jour. Il ferma les yeux, soupira il n'était guère pressé de leur annoncer l'échec de la mission, la triste conclusion de plusieurs décennies de recherche et d'espoir. Dieux merci, ils ramenaient un trésor qui aurait fait rugir d'envie le pirate Roberts en personne.
-Lève-toi, Roch, dit-il à son compagnon, toujours étalé par terre.
Il l'attrapa par le poignet pour le remettre sur ses pieds. Le garçon semblait encore sonné par le voyage. Il réprima l'envie de le serrer dans ses bras, ou de simplement le toucher, bien trop conscient du regard de ses hommes, à quelques dizaines de mètres à peine. Ils étaient trop loin pour être entendus, trop près pour ne pas être vus.
Ils partagèrent un regard, et c'était peut-être juste dans l'imagination de Firefly, mais il imagina voir son désarroi (désespoir) se refléter sur le visage de Roch. Depuis qu'ils avaient entamé ce périple, ils n'avaient pensé qu'à retourner sur le Miranda, n'imaginant pas une seconde revenir les mains vides. Firefly ne s'était pas préparé à l'échec, il ne savait pas comment réagir.
Et tous les joyaux du monde ne pouvaient se mesurer au rêve de la main de Midas.
ooooo
Bartok trépignait d'impatience.
Une partie infime de lui brûlait d'envoyer en l'air toutes les convenances et de se mettre à courir vers le capitaine, impatient d'entendre ce qu'il avait à dire, où il avait disparu et à quoi ressemblait la foutue main de Midas.
-T'as vu la taille de ce sac ? fit Snake.
-Restez pas plantés là, allons les aider à porter ça, on dirait que ça pèse une tonne et demie.
Scar et Snake, tels deux jumeaux, bougèrent ensemble pour aller à leur rencontre. Bartok jeta un coup d'œil en coin à Seïshiro et Thestral qui avaient clamé les derniers jours que le capitaine était mort et enterré, qu'il s'était tiré avec la Main et son petit mousse, que plein de choses. Maintenant, il avait une envie compulsive d'aller les narguer, leur mettre le nez dans leur propre idiotie. Bartok n'avait jamais autant eu envie de buter quelqu'un de son équipage avant, mais les machinations de ces deux rats lui filaient la nausée. Et voir les autres écouter stupidement tout ce qui sortaient de la bouche de ces deux salopards avait de quoi donner des pulsions de meurtre.
Il regarda sans broncher les deux idiots s'approcher du capitaine, le délester de son fardeau et le porter en gambadant plus qu'en marchant jusqu'au Miranda. Sur le pont, tout l'équipage attendait, en silence, le regard rivé sur les deux hommes dont on n'attendait plus le retour, on ne faisait que l'espérer.
Bartok fut le premier à briser le silence.
-Bon retour, cap'taine. La chasse a été bonne ?
-Mouvementée, répondit-il.
Et Bartok remarqua pour la première fois qu'il s'appuyait toujours sur Roch, et qu'il favorisait une jambe plutôt que l'autre, et que si leurs fringues étaient crades, l'une des jambes du pantalon de Kaël était imbibée de sang, de terre, et d'autres saloperies.
-Vous êtes blessé.
-Un petit incident sans importance.
Bartok serra les dents. Cela ne ressemblait pas à un petit incident sans importance, et à en juger par l'expression de Roch et de Snake, ils étaient aussi de son avis.
-On s'en fiche, trancha Thestral avec toute la délicatesse qui lui était coutumière. Où est la Main ?
-Vous l'avez trouvée ? renchérit Snake en mettant son nez sur le sac, solidement fermé, comme s'il espérait voir à l'intérieur par la force de sa pensée.
Le visage de Kaël se ferma comme une huître.
-On peut dire ça.
Evidemment, ils n'avaient pas vraiment eu le temps de réfléchir à ce qu'ils allaient bien pouvoir dire à l'équipage pour expliquer leurs mains vides de tout trésor fabuleux. Firefly se contenta, alors, de ne dire qu'une version un peu simplifiée de ce qu'il s'était passé : ils s'étaient retrouvés projeter dans un monde étrange qui les avait « testé », mais que tout semblait vain, car au dernier moment, quand la Main semblait si proche, il s'était avéré impossible de rentrer avec elle.
Les yeux de Thestral se rétrécirent dangereusement.
-Impossible ? répéta-t-il.
-Impossible.
Firefly précisa que Thestral était le bienvenu pour tenter sa chance à nouveau au Château du Starwhale, mais qu'il était fort peu probable qu'il ait plus de succès qu'eux. Les narines du pirate palpitaient de rage et il semblait près à bondir à la gorge du capitaine. Mais il n'en fit rien cela valait mieux pour lui, Snake, Scar et Roch l'auraient mis en pièce s'il avait fait mine de s'attaquer à Kaël alors qu'il était en si piteux état.
ooooo
A peine Kaël fut-il rentré dans sa cabine, escorté par Bartok, que Roch fut assailli par une centaine de questions pressantes. Où étaient ils allés ? La Main était-elle réelle ? Tous les yeux demeuraient fixés sur la main en or qui était toujours attachée à son poignet. Snake avait examiné la chose, cachant à peine sa fascination.
-Est-ce que c'est une – vraie main ?
-Tu veux dire une main humaine changée en or ? dit un des pirates, en écarquillant les yeux.
Roch se mordit les lèvres. Penser que toutes les statues mouvantes avaient été un jour de vrais êtres humains lui glaçait le cœur. Penser que sans Kaël, il aurait probablement subi le même cœur le laissait sans voix. Penser que Kaël l'avait choisi, lui, plutôt que ce trésor fabuleux tant cherché était impossible.
-C'est probable, soupira Roch.
-Viens, fit Hermès, l'armurier.
C'était un extraterrestre de grande taille. Ce qui lui servait d'yeux était en fait deux fentes rouges luminescente, et sa bouche s'ouvrait sur une rangée de crocs pointus, luisants de salive. Il avait toujours mis Roch mal à l'aise. Son apparence était intimidante et ses manières brusques n'encourageaient guère la camaraderie, pourtant ce n'était pas un mauvais bougre – évidemment, comparé à des énergumènes comme Seïshiro ou Thestral n'importe quelle crapule passait presque pour un honnête homme.
Roch suivit Hermès, non sans avoir jeté un regard désespéré vers Scar qui se retenait à grande peine de ricaner devant son air perdu. Hermès l'emmena dans son « atelier ». C'était le seul à bord, avec le médecin, à avoir sa propre cabine ainsi qu'un espace pour travailler. C'était minuscule bien sûr, mais un véritable luxe comparé aux hamacs qui servaient de lits aux autres membres de l'équipage. Les murs étaient couverts d'armes, en tout genre. Des sabres ici, des épées de feu là, des modèles anciens ou neuf, toujours rutilants de propreté. Roch en resta bouche bée, il avait l'impression d'avoir découvert la cabine d'Ali Baba. La cabine croulait sous le matériel et les modèles d'armes. Des parchemins s'entassaient dans un coin. Hermès alluma la lanterne qui projeta une vive lumière, allant s'éclater sur les épées de feu.
-Je peux ? hésita Roch en s'approchant d'un modèle, qui ressemblait étrangement au premier modèle qu'il avait jamais eu entre les mains.
-Vas-y, regarde, dit Hermès, qui devait se souvenir qu'avant d'être Roch, le mousse, il avait été Clef, le champion d'Andoria, pour qui on traversait des systèmes solaires pour voir combattre ou pour défier.
L'armurier l'ignora donc et s'appliqua à farfouiller dans un tas d'outils, tandis que Roch approchait une main hésitante de l'une des armes, touchait la garde avec révérence, sentant qu'il s'agissait là des plus grands trésors de Hermès, exposés à la vue du monde.
-Ah ! Le cri était triomphal.
Roch eut un mouvement de recul, à peine dissimulé. Hermès brandissait une sorte d'énorme perceuse qui ne pouvait être qu'un instrument de torture. Il semblait fort amusé de la réaction de Roch.
-Peut-être que tu préfères garder cette chose au poignet ?
-V-Tu peux la retirer ?
-Oui. Si tu me fais confiance et que tu ne bouges pas.
Roch serra les dents et se laissa faire. La perceuse à la main, un grand sourire aux lèvres, Hermès ressemblait à un grand psychopathe.
ooooo
Ils passeraient encore une nuit amarrés près du Château. Roch aurait bien voulu quitter cet endroit au plus vite et l'oublier encore plus vite, mais cela n'allait pas être possible. Kaël n'avait pas réapparu une fois. Bartok était venu dîner avec eux. Il s'était installé à côté de Roch et, contrairement à la moitié des pirates présents, il n'avait pas semblé relever l'ecchymose laissée par la main et la brûlure au second degré laissée par l'engin de torture d'Hermès.
Le dîner terminé, Roch alla s'allonger dans son hamac. Quelques questions pleuvaient encore. La main d'or qui était restée accrochée à son poignet étonnait, interrogeait, fascinait. Il enfouit sa tête sous les couvertures et tenta de dormir.
Au bout de trois heures, il abandonna l'idée. Il n'arrêtait pas de penser à Kaël. Il voulait se lever, le rejoindre discrètement. Il voulait être dans ses bras, dans son lit. Il pensait à la mesure du sacrifice auquel Kaël avait consenti pour le sauver. Il se sentait envahi d'une bouillante affection, débordante, et il mourait d'envie de l'exprimer. Les ronflements avinés le tirèrent de ses réflexions désespérées. Firefly était si proche, pourquoi Roch devrait-il se priver de sa présence ? Tout le monde dormait. Cela ne prendrait qu'un instant de s'éclipser. Sitôt penser, sitôt fait. Il se glissa hors des couvertures. Pieds nus sur le plancher rugueux du Miranda, il abandonna son dortoir en silence. Il n'y avait presque personne sur le pont, et éviter le pirate de garde fut un jeu d'enfants.
Arrivé devant la cabine de Firefly, Roch n'hésita guère avant de frapper : trois coups secs et confiants. Peut-être dormait-il, songea Roch quand il n'y eut aucune réponse. Il pensa rejoindre son lit ou entrer sans être sommé de le faire. A la place, il frappa encore.
Cette fois, la porte s'ouvrit.
Kaël ne parut pas surpris de le voir là. Il jeta un coup d'œil derrière Roch avant de l'attraper par la chemise et de le tirer à l'intérieur. Il prit soin de fermer à double tour la porte avant de se tourner vers Roch pour l'embrasser. Roch sourit. Ils se serrèrent l'un contre l'autre, conscient que Roch ne pourrait pas rester bien longtemps. Ils apprécièrent tous les deux ces quelques secondes, volées au quotidien.
-Tu ne regrettes pas ? ne put s'empêcher de demander Roch.
Un sourire triste de la part de Firefly fut la seule réponse qu'il obtint.
ooooo
La première fois que Roch ressentit réellement la tension qui régnait sur le Miranda, ce fut le lendemain, au moment où Firefly choisit le nouveau cap et que le vaisseau se prépara à décoller.
-Un nouveau cap, capitaine, persifla Thestral. Et peut-on savoir où vous prévoyez d'aller à présent ?
-Ferme ta bouche et mets-toi à ton poste, répliqua Firefly.
-Je voulais juste m'assurer que vous ne vous remettiez pas au hasard notre prochaine destination, c'est tout.
Thestral tourna les talons, mais pas avant que Roch n'ait pu entendre des murmures autour de lui. Il se concentra sur la sécurité des lignes qu'il devait vérifier – et un instant, très bref instant, il fut tenté de couper celle de Thestral.
Il aperçut en hauteur Bartok qui suivait des yeux le second du capitaine. Ils échangèrent un bref regard, et Roch sentit une sourde inquiétude lui nouer l'estomac. Il avait l'impression qu'une tempête était sur le point d'éclater. C'était quelque chose qu'il avait appris à reconnaître après tant de mois de navigation. L'impression de calme et de crépitement de l'air qui signifiait quelque chose allait péter, très vite, très fort, sans crier gare. L'impression que ça allait leur tomber dessus et tout détruire sur son passage.
oooooooooooooooooooo
Les semaines passèrent sans incident.
Cela ne fit que rendre Roch plus suspicieux. Thestral se tenait à carreau et n'avait plus refait de réflexions désagréables à l'encontre de Firefly depuis un moment, même lorsque celui n'était plus à portée de voix. C'était franchement bizarre et le jeune homme n'arrivait pas à se départir de l'impression qu'il tramait quelque chose. Un soir, alors qu'il ne trouvait pas le sommeil, il entendit quelqu'un entrer dans le dortoir, à pas de loup. Roch ferma prestement les yeux et calma sa respiration. L'homme le dépassa et alla jusqu'au hamac de Tim et Glayeux et les réveilla doucement. Puis, il alla tirer du hamac deux autres pirates. Personne ne protesta à cet éveil inopiné, au milieu de la nuit. La curiosité de Roch était maintenant éveillée et il les écouta sortir du dortoir, se demandant où diable ils pouvaient aller. Il compta jusqu'à vingt avant de sauter hors de son hamac. Il enfila ses chaussures et sortit à son tour. Il n'avait pas le temps de nouer sa ligne de sécurité, pas s'il voulait rester discret. Son instinct lui disait que ces hommes ne s'étaient pas réveillés pour aller jouer au poker.
Silencieux, il poussa la porte du dortoir et ne tarda pas à repérer l'endroit où les pirates s'étaient regroupés. Sous le pont, vers les cuisines – et l'alcool. Une vague d'espoir envahit Roch. S'ils s'étaient levés pour boire, il se faisait peut-être des idées. Il descendit les escaliers, toujours en silence. Il entendait l'écho de leurs voix lui parvenir à travers les fines cloisons de bois. Ils étaient nombreux, peut-être une douzaine, rassemblé dans les cuisines. S'approchant, Roch risqua un coup d'œil, et ce qu'il vit lui glaça le sang.
Thestral était monté sur une table et il vociférait. Chaque phrase provoquée des huées et des applaudissements. Roch cligna des yeux tandis qu'il écoutait Thestral insulter toute la personne de Kaël et son équipage renchérir. Tout y passait : sa façon de commander, son physique, la Main, les trésors pas assez nombreux, le cap toujours mystérieux. Son nom fut mentionné aussi, mais Roch ne resta pas pour écouter plus longtemps. Une boule d'angoisse se noua dans son ventre. C'était la concrétisation de la tension terrifiante qu'il ressentait depuis des semaines. C'était ce qu'il craignait depuis des mois. Il remonta sur le pont sans prendre gare à être silencieux et se précipita vers la cabine de Firefly. Son cœur battait à tout rompre, il ne comprenait pas ce qui était en train de se passer. Ou plutôt si, il en avait une petite idée, mais il ne parvenait pas à mesurer les conséquences que cela aurait. Tandis qu'il s'apprêtait à frapper à la porte de la cabine de Firefly, une main le saisit par le col de sa chemise et le souleva à quelques centimètres au-dessus du sol.
-Eh, eh, sale petit rat, que viens-tu donc faire là ? siffla une voix basse à son oreille.
-Lâche-moi ! s'écria Roch.
-Regardez comme il se débat. Tu vas voir ton capitaine, petit rat ? Tu crois qu'il peut te sortir de là.
-Lâche-moi, répéta Roch soudain furieux.
-Ou quoi, petit rat ?
Le vocabulaire de cet imbécile était absolument étourdissant. Roch commençait franchement à regretter d'avoir laisser sa lame de feu dans ses affaires. Il se tortilla comme il put, jetant ses jambes en arrière. Il s'étrangla à moitié au passage mais réussit à déstabiliser Virgil et ils s'effondrèrent tous les deux. Avisant l'arme de son agresseur qui avait voltigé sous le choc de la chute, il s'en saisit. La réponse fut un rire gras et huileux. Roch ne put s'empêcher de sourire. C'était si facile pour eux d'oublier qu'il avait été pendant des mois et des mois, le champion d'escrime de tout un système solaire. Il leur fallut exactement trois secondes pour se rappeler ce détail et commencer à paniquer.
Ils étaient trois, mais c'était loin de faire peur à Roch, qui s'était déjà entraîné avec eux et qui connaissait ainsi tous leurs points faibles. Le bruit dut alerter le capitaine car la porte de sa cabine s'ouvrit à toute volée.
- Qu'est-ce qui se passe ici – Roch ?
Il cligna des yeux tandis que le mousse du Miranda refaisait le portrait de pirates plus vieux et plus baraqués que lui. Quand ils furent tous maîtrisé, Firefly posa une main sur l'épaule de Roch pour le calmer il semblait prêt à les achever. Ce n'était pas vraiment son style et Firefly commençait à se demander ce qu'ils avaient bien pu faire à Roch pour que celui-ci ne se déchaine ainsi.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Ce qu'il se passe, c'est que Thestral est joyeusement occupé à préparer une mutinerie. Tous ces crétins lui mangent dans la main et ils sont en train d'étudier la meilleure façon de se débarrasser de toi.
- Mensonges ! hurla Virgil, dont le visage affreux s'enlaidissait davantage chaque fois qu'il se mettait en colère.
- Ta gueule, gronda Roch.
Firefly avait toute confiance en Roch, mais s'il avait eu le moindre doute, sa vulgarité et sa fureur étaient des arguments plutôt convaincants. Bartok lui avait toujours prédit que Thestral était un élément incontrôlable qui n'avait jamais vraiment supporté que le père de Firefly ait confié le vaisseau à son fils plutôt qu'à son second. Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions des escaliers de la cale, venait d'émerger Thestral flanqué d'une dizaine de membre de l'équipage. Kaël sentit une colère froide s'emparer de lui : la mutinerie était l'arme des lâches. Thestral avait échauffé le sang de ses hommes, leur avait empoisonné l'esprit par paroles sirupeuses. Il savait qu'en duel, il n'était pas de taille contre Kaël, mais, escorté par une dizaine de malabars, Thestral se sentait à présent assez puissant pour agir.
- Tu aurais peut-être dû rester dans cette cité bizarre, Kaël, minauda Thestral. Je crois que tu as fait ton temps.
Roch brandit sa lame de feu au-dessus de sa tête et Firefly dut retenir un sourire devant la démonstration de courage dont il faisait preuve. Mettre trois débiles à terre était une chose. Deux contre quinze, c'était autre chose pourtant Roch était toujours à ses côtés. Il n'y avait pas une once d'hésitation dans sa posture.
- Il y a assez d'or sur ce vaisseau pour que chacun vive comme un prince jusqu'à la fin de ses jours. Ce n'est pas assez pour vous ? cria Roch.
- Ce n'est jamais assez, répliqua Thestral, un sourire cruel aux lèvres.
Il fit un signe de tête, et sur son ordre, ils attaquèrent.
Roch se jeta sur Thestral avec un cri de rage, fendant deux ou trois bras au passage.
Thestral fut de toute évidence surpris par la violence de Roch. La silhouette de Roch ne payait pas de mine, face aux grandes brutes comme Seïshiro, Virgil ou Thestral lui-même. Mais ce qu'il manquait en force brute, il l'avait en férocité, en rapidité et en talent. Il était agile comme un singe et les coups de Thestral puissants mais lents n'avaient aucune chance de le toucher. Malgré tout, la garde de Thestral était excellente mais il fut bientôt incapable de porter des attaques et dut se contenter d'une position défensive. Il savait que Firefly avait recruté Roch pour ses talents à l'escrime, mais il avait toujours estimé que c'était là plus une excuse qu'autre chose.
ooooo
Roch avait rarement haï quelqu'un comme il haïssait Thestral à cet instant.
(-Je t'aurai bien vu mort, avait-il susurré à Firefly, mais ces crétins se sont trouvés un poil de conscience quand je ne regardais pas et serait plutôt pour t'abandonner sur un rocher désert. Il suffira juste que je m'assure que le rocher est suffisamment désertique pour que ta mort soit lente et inéluctable.)
Du coin de l'œil, il vit que trois hommes l'encerclaient et il bougea pour éviter leurs coups, les blessant au passage. Bientôt, une horrible odeur de chair grillée se répandit sur le pont et emplit leurs narines. . Firefly avait dégainé ses deux lames et virevoltait à présent entre les idiots qui pensaient que la mutinerie était une bonne idée. L'un d'eux avait sorti une arme à feu, mais il n'eut même pas le temps d'appuyer sur la détente : Kaël lui trancha le bras sans sourciller. Les hurlements firent frémir Roch mais ne le démontèrent pas. Seïshiro et Thestral l'attaquèrent ensemble. Ils étaient mal coordonnés, ils n'avaient pas l'habitude de se battre ensemble, pourtant Roch se retrouva bientôt à reculer plutôt qu'attaquer, et la peur commença à le gagner. Il redoubla d'efforts, ignora la douleur dans ses jambes et ses bras, et d'un geste précis, parfaitement calculé, il désarma violemment Seïshiro. Profitant de sa confusion, il lui assena un grand coup à la tempe et le regarda s'effondrer avec satisfaction.
-Suffit de jouer, siffla Thestral en faisant tourner sa lame au-dessus de sa tête.
Sous les yeux incrédules de Roch, il balança son arme dans sa direction et le jeune homme fit une roulade pour tenter de l'éviter. L'arme le frôla, et Roch sentit avec horreur que ses cheveux sentaient le cramé.
-T'es complètement malade.
-C'est toi qui dis ça petit rat. Maintenant assis, pas bougé.
Il pointa son arme à feu dont il semblait juste se rappelait l'existence, sur la poitrine de Roch. Il s'approcha de sa victime avec un sourire taré. Roch n'hésita pas avant de se jeter sur Thestral. Les armes roulèrent sur le sol tandis que l'empoigne tournait à la catastrophe, du moins pour Roch, dont le gabarit était bien plus petit que celui de Thestral.
-MUTINERIE ! hurla quelqu'un, quelque part.
Le boucan avait sans doute réveillé ceux qui dormaient encore dans les hamacs. On le sépara de Thestral il se laissa faire tandis que son adversaire se débattait en vociférant insultes et menaces.
Bientôt, ce qu'il restait de la petite dizaine d'ennemis de Kaël fut maîtrisé. Roch ne put retenir un soupir de soulagement quand il vit que Scar et Snake ne faisaient pas partie de ceux qui avaient comploté pour tuer le capitaine.
-Tu es allé trop loin, cette fois, Thestral, gronda Firefly, blanc de rage. J'ai supporté beaucoup venant de ta part. Pour tes hommes, ils auront le sort qu'ils m'auraient réservé : ils seront abandonnés sur le premier rocher qui croisera notre chemin. Jetez-moi ce traître par-dessus bord. Je t'ai assez vu.
Thestral hurla de rage. Dans un élan de colère et d'adrénaline, il se débarrassa du premier pirate qui le tenait et envoya un puissant coup de tête dans l'estomac du second. Et avant que quiconque n'ait pu réagir, il en profitait pour ramasser une épée par terre et se jeter vers le capitaine.
Il y eut un cri, déchirant.
Puis il y eut une douleur. Immense.
Roch se rendit compte que c'était lui qui avait mal, que devant le danger, son corps avait bougé tout seul, mû par un instinct venant du plus profond de ses tripes /je ne te laisserai pas mourir, encore – je te l'ai promis/
Roch (Roxas) s'effondra comme une poupée de chiffons sur le pont.
ooooo
D'abord, Kaël (Axel) ne comprit pas ce qui était en train de se passer.
La mutinerie avait été étouffé dans l'œuf, il était enfin débarassé de Thestral, et soudain, alors que tout aurait dû aller pour le mieux, il y avait Roch (Roxas) en train de saigner par terre. Firefly tomba à genoux à côté de lui, le cœur battant trop fort, il arracha les vêtements pour voir les dégâts. Un grand trou dans le ventre de Roch, un grand trou d'où s'échappait tellement de sang, des litres entiers semblait-il.
Il tomba à genoux à côté de Roch, appuya les mains sur son ventre, sentant avec horreur celles-ci se couvrir lentement de sang. Cela allait trop vite, il perdait trop de sang. Il allait mourir, fut la pensée, paralysante qui l'écrasa.
Bartok, accroupi à côté de lui, examina la blessure. Silencieux, il fit signe à deux hommes de transporter le blessé il le fit emmener dans la cabine de Firefly, sans prendre la peine de demander la permission au capitaine. Kaël les suivit, silencieux comme un fantôme.
-Laissez-nous, ordonna Bartok quand Roch fut allongé dans le lit.
Bartok examina le garçon immobile presqu'inconscient. Il lui fit un bandage de fortune, dont l'efficacité laissait à désirer, mais le pirate savait qu'il n'y avait pas grand-chose qu'il pouvait faire pour sauver Roch. C'était étrange, de penser qu'il avait peut-être eu tort à son sujet. Que Roch n'était pas la perte de Kaël Firefly, mais plutôt son salut sa rédemption, même si on voulait être un peu poétique. Agacé par ce triste gâchis, il essuya la sueur qui perlait sur le front du gamin en état de choc. Il y eut un moment de silence, puis Bartok posa une main sur le bras du capitaine.
-Je suis désolé, Kaël.
Et il tourna les talons pour les laisser seuls. Firefly s'approcha du lit et s'assit tout près de Roch. Il avait l'air endormi, Firefly avait peine à comprendre ce qu'il était en train d'arriver, cela ressemblait juste à un cauchemar.
-Roch, souffla-t-il penché sur lui. Roxas, murmura-t-il contre lui.
Roch lui fit un sourire tremblant, passa une main sur le visage de Firefly. Il commençait à voir double, et confondait le visage de Kaël avec celui d'Axel. Pour la première fois, il nota des différences. Les yeux de Firefly lui semblaient bien plus verts.
Dans sa bouche, il sentit le goût métallique du sang et il ne put retenir un petit râle. Il s'en voulut pour ce que le bruit, échappé contre son gré, fit au visage de Kaël.
-Hé, tu te souviens, souffla Roch.
-Tu sais que non.
-On se retrouvera dans une autre vie, d'accord ? dit-il, doucement.
Les mots étaient familiers et doux. Et Roch ne put s'empêcher de sourire.
-Comment tu peux en être sûr ?
-Je le sais, c'est tout. Dis-le. Promets-moi.
Kaël se pencha à son oreille et promit, d'une voix basse et chargée de douleur, il promit, promit tout ce que Roch souhaitait.
-Je tuerai tous ces traitres, promit Kaël. Je leur ferai avaler leurs lames, ils souhaiteront que tu ne sois jamais mort.
Kaël serra sa main dans celle de Roch, désespéré par la poigne de celui-ci. A peine une pression, sans force, mais non sans tendresse.
-Kaël.
-Ne meurs pas.
-Je t'aime.
Kaël n'avait pleuré qu'une poignée de fois dans sa vie. Mais à ces mots, il sentit l'humidité envahir ses yeux, une pression sur son cœur, une douleur immense dans son ventre, de l'acide dans sa gorge. Il s'allongea, le prit dans ses bras avec toute la douceur dont il était capable, regrettant tout ce qu'il perdait, tout ce qu'il avait perdu comme temps avec lui, par fierté ou couardise. Les mots ne sortaient plus de sa bouche sèche, il était trop mal, trop désespéré pour espérer les articuler. Il se contenta de le serrer dans ses bras, d'embrasser le visage fiévreux de Roch (Roxas) et souhaiter, désespérément, qu'ils se rencontrent encore, comme Roch avait promis.
Je t'aime, je t'aime je t'aime.
Roch exhala une nouvelle fois et ferma les yeux.
Près de lui, Kaël ne bougea pas pendant très longtemps.
-fin-
RDV au monde suivant. Tout commentaire sera grandement apprécié.
