Chapitre 26 :
Jet, avançait vers lui avec son éternel sourire charmeur et une paille dans la bouche. Il était torse nu, et sous la caresse du soleil, sa peau prenait une jolie teinte dorée et des ombres flatteuses se nichaient sous sa poitrine musclée et ses abdos, mettant en valeur cette poitrine sublime. Son pantalon noir serré épousait la forme de ses jambes puissantes, de ses fesses rondes et de son entre-jambe bombée, et il semblait à Zuko que ce tissu noir était comme une promesse...
Au moment où Zuko levait le bras vers son bel amant, deux yeux noirs immenses apparurent entre eux. Aussitôt, un vent froid s'éleva, dressant les poils du prince sur sa peau écartant sa main de Jet.
Zuko hurla et se débattit contre les bourrasques violentes qui le jetaient en arrière, loin de son amant. Mais Jet n'était plus qu'un point à l'horizon.
Le vent glacial continua de l'entraîner en arrière. Il passa à côté d'un tourbillon noir dans lequel dansaient des grains de sable et une théière, et il cria le nom de son oncle, persuadé qu'il se trouvait au cœur de ce chaos. Mais son cri ne rencontra que le vide, et bientôt le tourbillon noir aussi disparut.
Il était seul. Seul avec le vent, devenu glacial. Sachant ce qui l'attendait, Zuko essaya de s'échapper mais ses chevilles et ses poignets étaient immobilisés. Alors il hurla, cherchant désespérément de l'aide. Mais tout autour de lui était noir et vide. Déjà le sifflement montait, montait, et le vent aussi montait, le long de son dos, y déposant une caresse glaciale.
La tempête se déchaîna avec cruauté sur lui, transperçant son corps de part en part…
Zuko fut tiré de son cauchemar par une main familière sur son épaule et une voix angoissée :
« Lee ! Réveille toi! »
Le prince ouvrit les yeux et découvrit le visage inquiet de Jet, à quelques centimètres du sien.
« Tu as encore eu un cauchemar » soupira son petit ami avant de le serrer très fort dans ses bras.
Zuko se rendit compte qu'il haletait. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, en proie à une terreur profonde. Depuis quelques jours, le vent revenait dans ses cauchemars, ultime trace de son traumatisme.
Zuko se demanda ce qu'il avait bien pu faire dans son sommeil pour effrayer autant Jet.
Puis il se demanda depuis combien de temps June les regardait...
Il s'arracha à l'étreinte de son amant et retourna sur son tapis de sol qu'il commença à ranger avec l'air le plus dégagé possible, malgré ses joues rouges.
La mercenaire ricana, ce qui lui valut un regard furieux de la part de Jet. Pour éviter une nouvelle dispute stérile, le prince déchu grommela :
« Bon, on se remet en route ? »
Quelques minutes plus tard, Zuko était assis sur Nyla avec Jet et June. Il ne voyait que le dos de la mercenaire, occupée à diriger son shirshu dans la petite route de montagne, mais il devinait son sourire et ses yeux moqueurs, et cette seule pensée suffisait à imposer une distance entre son amant et lui.
Depuis qu'ils voyageaient avec June, suite à leur arrangement, Zuko ne comptait plus le nombre de fois où le regard omniprésent de la jeune femme avait arrêté un geste tendre entre eux. Même lorsqu'elle semblait concentrée sur la route, elle était capable de sentir lorsque quelque chose se passait derrière elle. La nuit aussi, sa présence intrusive s'interposait entre Jet et lui, rendant tout signe d'amour impossible.
Jet était persuadé que la jeune femme avait une obsession malsaine pour son petit ami et ne rêvait que de lui sauter dessus. Zuko, lui, la soupçonnait juste de trouver leur timidité, et surtout la méfiance de Jet hilarante. Et en effet, elle semblait beaucoup s'amuser à le faire tourner en bourrique d'une phrase ou d'un geste équivoque. Il se demandait même si ce n'était pas cette perspective d'amusement facile qui lui avait finalement fait accepter son offre somme toute bien légère au regard des richesses de sa famille...
La situation n'était pas très agréable, mais Zuko était trop conscient des avantages pour céder lui aussi à la colère. En effet, sa monture, une bête aveugle mais rapide et dotée d'un flair hors pair, était bien plus efficace que leur ancien chevautruche et surtout la mercenaire était leur seule possibilité d'accéder à la nation du feu incognito. Elle était même suffisamment rusée pour leur dénicher des habits beiges de nomades du désert, afin de dissimuler le visage reconnaissable de Zuko et de les faire passer pour ses serviteurs. L'un dans l'autre, elle était sa principale chance de retrouver son oncle…
Nyla pila net, arrachant Zuko à ses pensées et manquant le faire tomber. Jet le retint d'un bras solide puis tourna une tête furieuse vers leur conductrice.
Mais pour une fois, June n'accueillit pas ses récriminations avec un sourire narquois. Les sourcils froncés et l'air inhabituellement sérieuse, elle balaya ses mots d'un geste et dit :
« Tais-toi. J'ai des ennemis féroces dans ces montagnes, et tu n'as pas envie de les rencontrer. »
Zuko remarqua alors qu'il planait une odeur intense de pin, peut-être assez forte pour aveugler leur monture. Il enroula son foulard de nomade autour de son visage puis dégaina ses épées.
Le sol se mit soudain à trembler et un bruit sourd s'éleva juste au-dessus d'eux. D'un coup sec, June fit faire un écart à son shirshu. Ce geste rapide leur sauva la vie. Un éboulis de grosses pierres déchira le chemin et alla déraciner les arbres en contrebas dans un nuage de poussière, les frôlant de peu.
Lorsque la poussière se dissipa, ils étaient entourés par une dizaine de pillards couverts de peaux de bête, de cicatrices et de massues sanglantes. Ils se jetèrent sur eux en hurlant, les yeux plissés et la bave aux lèvres.
June, Jet et Zuko les accueillirent de leurs fouets, crochets et sabres. Ils étaient tous trois habiles, mais les bandits étaient bien plus nombreux, et ils combattaient avec une force brute que Zuko n'était pas habitué à voir. Leurs coups n'étaient pas précis, mais tellement violents qu'ils provoquaient des dégâts démesurés.
Ce que le prince déchu apprit à ses dépens lorsqu'un simple frôlement de hache suffit à le faire tomber de Nyla et à l'envoyer s'écraser contre la paroi rocheuse, plusieurs mètres plus loin.
Bien qu'un peu sonné, il se remit vite sur pied et adapta son style à celui de ses adversaires, renonçant à ses habitudes frontales pour préférer un alliage de pirouettes défensives et d'attaques éclair. Son premier adversaire fut vite mis hors d'usage grace à cette nouvelle technique, ce qui arracha un petit sourire au maître du feu. Il avait toujours été de ceux qui apprennent de leurs échecs passés et deviennent meilleurs.
Mais il n'en allait pas de même pour Jet. Après que son amant avait été propulsé contre les montagnes, il avait sauté au bas de la shirshu et s'était jeté vers les pillards qui le séparaient de Zuko en hurlant. Sauf que sa rage le rendait aveugle et le faisait se jeter dans la mélée sans aucune prudence.
« Jet ! Il faut éviter leurs coups ! Ils sont très dangereux au corps à corps, mais mauvais en combat à distance. »
Mais Jet, les yeux noirs de hargne, continuait à chercher le corps à corps. Zuko jura puis courut l'aider, inquiet. Mais un bandit s'interposa au moment même où l'ancien leadeur des Combattants de la Liberté s'effondrait sur le sol, assommé par un violent coup de massue…
Jet, le cœur battant à tout rompre, se dépêcha de vaincre son adversaire, mais trois autres apparurent encore et lui barrèrent la route.
« JET ! JE T'INTERDIS DE MOURIR ! » hurla Zuko avec désespoir.
Il n'eut pas de réponse.
Ce silence funeste brisa quelque chose en lui. Une vague glaciale traversa le corps du prince et lui embruma l'esprit. Au lieu de chercher à combattre ses ennemis un par un, il s'avança vers eux d'un pas décidé, les poings serrés autour de ses gardes et un sourire froid plaqué sur les lèvres.
En quelques mouvements souples et tranchants, il lacéra le corps de ses adversaires. Lorsque leurs corps tombèrent sur le sol, ils étaient déjà morts.
Zuko marcha sur leurs cadavres, cherchant son petit ami du regard...
Et le trouva allongé par terre, dans la poussière, derrière June qui le protégeait de ses fouets et de son corps, avec l'aide de sa fidèle monture.
Il rejoignit leur guide et l'aida à se débarrasser de leurs derniers attaquants. Ce n'est que lorsque le dernier homme tomba que le brouillard glacial qui tenait son esprit se dissipa.
Il s'écroula aussitôt sur le sol, rattrapé par une fatigue immense. Puis, ignorant ses bras tremblants, il se pencha sur son petit ami et vérifia sa respiration. Une fois rassuré sur son état, il releva la tête et regarda June, qui était en train de déblayer le passage. Se sentant observée, la jeune femme se tourna vers lui et dit :
« Je te conseille de le surveiller. Je ne serai pas toujours là pour le ramasser s'il perd le contrôle. »
Zuko acquiesça sombrement. Puis il lui adressa un sourire maladroit et grommela un « merci » étouffé. Avec un haussement d'épaule, la jeune femme sauta sur sa monture et ajouta :
« Et évite de retomber dans cet état. Ça fait froid dans le dos.»
