Chapitre 28 :
La poussière tournait dans le tourbillon, avec la théière, la pion de Pao Sho et le portrait déchiré. Iroh était invisible, mais Jet savait qu'il était au cœur de la tornade noire.
Il plongea ses mains dans cet enfer noir, cherchant à tâtons son oncle parmi les objets qu'attrapaient ses mains. A mesure que le temps passait, la panique montait. Zuko cherchait de plus en plus frénétiquement, et il lui semblait que l'ombre de sa mère lui disait d'aller plus vite, plus vite, avant qu'il ne soit trop tard. Il avait maintenant les bras enfoncés dans le tourbillon jusqu'aux épaules. Il sentit la lame d'une dague et referma ses doigts autour de cette dague, soudain décidé à ne pas la laisser filer...
Il bascula. Le vent noir prit peu à peu possession de ses mains, de ses bras, de ses épaules, puis engloutit sa tête, son torse et son ventre. Zuko sentit une onde de terreur. La tornade était devenue glaciale, et elle allait bientôt avaler le bas de son corps...
Mais une main forte attrapa son épaule et le tira en arrière, l'arrachant au tourbillon. Il se retrouva couché dans le sable chaud, dans les bras de Jet. Le tourbillon s'éloignait. Les mains de Jet, dans son dos, le protégeaient. Il leva la tête vers la masse noire chaotique, au loin, prit Jet par la main et se releva...
« On arrive bientôt, les petits pédés. Le bateau va mouiller dans le port, comme moi si vous vous faites prendre. Alors préparez vous, si vous voulez pas rencontrer la belle famille. »
Après avoir délivré ces quelques mots, June partit en rigolant.
Zuko soupira, puis écarta le bras que Jet avait enroulé autour de sa taille pour se lever. Alors qu'il enfilait ses habits des sables et dissimulait son visage derrière le foulard beige qu'avait dégoté June, il pensait à la jeune femme.
Depuis qu'elle les avait surpris dans la grange, la mercenaire leur avait plus laissé d'intimité. Elle continuait de lui faire des allusions devant Jet et les appelait souvent « les pédés », mais il avait l'impression qu'elle les aimait bien, à sa façon, et surtout qu'il pouvait lui faire confiance. Jet, qui continuait de détester et de se méfier de la jeune femme, était lui persuadé qu'elle allait les livrer à sa sœur aussitôt qu'ils auraient accosté...
Quelques heures plus tard, il était aligné avec les autres faux serviteurs des sables derrière June, sur le port, et sa sœur serrait la main de la chasseuse de primes avec un sourire glacial.
Après trois ans d'exil, il était enfin revenu sur le sol de sa patrie. Sauf qu'il n'était toujours qu'un prince banni, et que son portrait était toujours affiché dans toutes les villes du royaume. C'était donc sous les traits d'un serviteur quelconque qu'il était rentré chez lui. Et il avait beau être noyé dans la masse des sous-fifres, derrière la mercenaire aux cheveux sombres, il se sentait atrocement découvert sur l'immense place royale qui reliait le port et la ville d'entrée de la nation du feu. Surtout qu'Azula, sa terrible petite sœur était là et promenait son regard affûté sur la suite que June avait emmenée. Tous ses muscles étaient tendus et le feu grondait sous sa peau, prêt à s'abattre sur les nombreux soldats qui entouraient la princesse si elle leur faisait signe de l'attraper.
Mais rien de tout cela ne se passa. Azula prit familièrement le bras de June et l'escorta jusqu'à une voiture royale somptueuse où les deux femmes montèrent. Zuko, Jet, le reste de la suite et Nyla furent conduits vers une seconde voiture plus modeste. Des soldats de la nation du feu les accompagnaient, le visage fermé, mais ils traversèrent la ville puis la pente du cratère endormi sans encombre.
Et une fois la voiture arrêtée dans la cité royale de Caldera, au cœur du volcan éteint, ils purent descendre sans encombre. Zuko sentit son cœur se serrer lorsqu'il vit la forme imposante du palais royal se découper sur le ciel bleu, au dessus de la ville.
Mais la main de Jet le ramena dans le présent d'une tape discrète sur l'épaule. Habitué à se faufiler dans les foules, le jeune homme de la nation de la Terre profita de ce que les soldats regardaient les portes de l'enceinte du palais s'ouvrir pour entraîner Zuko dans l'ombre d'un étal. Puis, accroupis l'un près de l'autre, ils attendirent le cœur battant que le convoi disparaisse derrière les murs gris et que la porte se referme.
Le visage à quelques millimètres du sien, Jet lui chuchota alors :
« Enfin débarrassés de cette chienne... Et maintenant, on va où ? »
Zuko sourit :
« Laisse moi faire. Je gère. »
Les soldats, June et surtout Azula partie, avec les enceintes du palais à nouveau closes, le danger était évanoui. Zuko connaissait parfaitement sa capitale. Il avait appris par cœur sa carte lors de sa jeunesse, décidé à devenir un bon roi lorsque le temps serait venu. Il était alors loin de se douter qu'il tournerait un jour ce savoir contre la famille royale…
Depuis maintenant plus de quatre heures, Jet et Zuko étaient tapis derrière un rocher, quelques mètres au dessus de l'entrée de la grande tour de pierre fortifiée collée au cratère qui abritait la prison de la capitale. Le ciel commençait à s'assombrir et la lune montrait sa silhouette ronde. Jet levait un visage nostalgique, presque tendre vers l'astre miroitant, et Zuko devinait à l'immobilité de son brin de paille que son esprit était traversé par des pensées lointaines. Le prince se dit avec un petit sourire que l'air rêveur qu'il affichait était aussi inattendu que craquant…
Un mouvement en contrebas l'arracha à sa contemplation. Les gardes se relayaient. Zuko avança sa tête et plissa les yeux…
« Ne t'avance pas autant, tu vas tomber ou te faire repérer » bougonna Jet dans son oreille en le tirant en arrière.
Zuko voulut s'avancer à nouveau, mais les bras de son petit ami le maintenaient fermement contre son torse. Le prince déchu soupçonna son amant d'avoir autant cherché à le protéger qu'à le câliner. Les battements de coeur rapides qu'il sentait dans son dos et le souffle tiède dans son cou allaient dans ce sens.
Il tourna son visage sur le côté et cueillit le brin de paille de Jet entre ses lèvres. Ces dernières suivirent le végétal et se plaquèrent doucement contre les siennes. Oubliant leur environnement, les deux jeunes hommes entamèrent un baiser torride mêlant langues et salive, tandis que leurs mains trouvaient naturellement place sur le corps de l'autre, sous leurs vêtements austères, avec une soif aveugle …
...Ce qui se révéla être une idée aussi stupide que dangereuse. Non seulement Zuko se tordit le cou, mais entraîné par sa fougue, il tomba sur Jet, ce qui envoya rouler de petites pierres en contrebas. Pour couronner le tout, Zuko manqua s'étouffer avec le brin de paille qui naviguait entre leurs deux gorges et avait fini par être expulsé vers sa glotte par un mouvement de langue de Jet.
Très rouge, Zuko s'immobilisa et attendit quelques minutes, les sens aux affûts, mortifié à l'idée d'avoir été repéré par les gardes pour une raison si ridicule. Sous lui, la poitrine de Jet se soulevait intensément, et ses mains étaient pétrifiées sur ses fesses.
Comme à leur silence répondait celui des gardes, Jet finit par lui adresser un grand sourire moqueur. Zuko dut se retenir de l'effacer à coups de poings ou de baisers enflammés.
« On peut y aller. Le nouveau garde est celui que j'espérais voir.
- Pourquoi tu ne me l'a pas dit avant ?
- J'ai essayé de te le dire mais tu n'étais pas très réceptif.
- C'est marrant, j'avais plutôt l'impression que tu essayais d'embrasser mes lèvres sublimes. »
Le garde était un homme assez âgé, un des nombreux hommes à avoir fait l'entraînement du prince lors de son enfance, mais un des rares à lui avoir montré de l'affection, un homme bon et honnête qui avait combattu sous Iroh et avait admiré le général, comme tous ses hommes, mais un soldat fidèle à la nation du feu. Zuko se découvrit devant lui avec beaucoup d'incertitude. Mais après un temps d'hésitation, le vieil homme inclina la tête, lui tendit une clef et le laissa passer. Jet, qui surveillait la scène depuis le rocher, descendit à son tour, adressa un sourire charmeur au garde interloqué puis s'engouffra dans la tour à la suite de son petit ami.
Tout en courant, Zuko exultait. Il allait enfin rendre un peu à son oncle. Et sa malchance habituelle semblait pour une fois l'avoir lâché. Lui qui avait toujours du se battre contre le destin pour obtenir la moindre infime avancée avait pu retourner sans encombre dans sa capitale et pénétrer sa célèbre prison, malgré tous les soldats, malgré sa sœur et malgré des maladresses risibles… Était-ce un signe qu'il avait fait le bon choix en renonçant à poursuivre l'Avatar pour regagner l'estime de son père ?
Le jeune homme déboucha enfin sur la cellule où étaient gardés les prisonniers les plus dangereux. Il introduisit la clef dans le lourd cadenas et ouvrit la porte…
La cellule était vide.
Zuko abattit son poing contre la pierre avec un cri de rage. Pourquoi arrivait-il toujours trop tard ? Après sa mère et l'Avatar, son oncle lui échappait à son tour. La poisse ne le quitterait jamais.
« Peut-être qu'il n'est pas détenu ici ? »
La main que posa Jet sur sa joue était douce, mais ses mots sonnaient creux. Zuko écarta son petit ami et parcourut la cellule en fulminant.
Et puis il vit briller quelque chose par terre. Il s'accroupit et souffla sur le sol. Un nuage de poussière s'éleva dans les airs, découvrant un jeton de Pao Shi avec un lotus...
Alors je sais, normalement Iroh s'échappe lors de la comète, mais ça m'arrangeait pas. Mais comme il est badass, il aura pu s'échapper autrement.
