Chapitre 39

Zuko était au fond de son lit à baldaquin, bien au chaud sous son drap violet richement ouvragé. Sa mère, à son chevet, lui chantait une berceuse en caressant son front. Tout n'était que chaleur et bonheur.

Et puis la main et le chant s'évanouirent. Le visage auparavant serein de la reine affichait désormais un air triste et chamboulé. Elle dit d'une voix pressée « Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait dans le seul but de te protéger. »

L'enfant se releva. Sa mère avait disparu, et avec elle l'impression de douceur. Sa chambre était devenue froide et menaçante. Il sentait la peur faire craquer les murs et écraser le plafond.

Soudain, Azula fut là. Elle avait un grand sourire pervers et ses yeux luisaient de malfaisance. Elle sauta sur le lit de son frère et le plaqua contre le matelas, l'empêchant de fuir.

« Papa va te tuer, Papa va te tuer » chantonna t'elle avec une joie malsaine.

Déjà il entendait les pas lourds d'Ozai s'approcher, brisant le plancher de sa chambre. Sa joue se mit à brûler et son œil commença à fondre. Paniqué, Zuko essaya de se dégager, mais Azula le maintint en place, implacable et cruelle, comme depuis sa naissance.


En regardant le dirigeable blindé qui bombardait le temple de l'Air, Zuko se rappela le rêve qui l'avait poursuivi pendant des années après son bannissement, à l'époque où il chassait l'Avatar pour retrouver l'honneur et sa place de prince. A l'époque où il ne connaissait pas encore Jet. Où qu'il aille, quoi qu'il fasse, son passé le retrouverait toujours, que ce soit sous la forme d'un Dai Li, de son père ou de sa soeur.

Le prince déchu se reprit. Jet avait besoin de lui. Il était affaibli, et June avait promis de les conduire auprès du reste de la troupe de l'Avatar pour le mettre à l'abri tandis qu'il détournait l'attention. Zuko ne savait toujours pas s'il pouvait faire confiance à la mercenaire, mais il avait envie de la croire. Surtout que contre toute attente, elle lui avait rendu la dague qu'elle avait prétendu avoir donné à des ivrognes, le cadeau qu'Iroh lui avait fait alors qu'il était enfant.

Zuko serra l'arme pour se donner courage. Il sortit de sa cachette et cria de toute ses forces :

« AZULA, C'EST MOI QUE TU CHERCHES ? »

La réponse vint sous la forme d'une boule de feu jetée par le dirigeable. Il sauta sur le côté et dévia le feu destructeur avec sa maîtrise. Le pilier à côté de lui se brisa en deux et commença à tomber dans le vide, vers le vaisseau volant. Zuko sauta dessus et courut vers le dirigeable, se servant de la pierre tombante comme d'un pont. Arrivé à la fin de la colonne, il s'élança en avant.

Ses pieds ne trouvèrent que du vide, mais il enfonça sa dague dans l'acier de l'aéronef. Il cala sa deuxième main entre deux parois métalliques puis contracta ses muscles pour se hisser au sommet, lançant sa dague en avant. Lorsqu'il réussit enfin à mettre pied sur le sommet en métal, une vague de soulagement traversa son corps fatigué.

Mais le soulagement fut de courte durée. Sortant d'une trappe, Azula apparut devant lui, avec ses yeux noirs brillant de malfaisance et son sourire sadique.

« Salut Zuzu. C'est gentil de venir m'aider à célébrer le jour où je vais devenir fille unique. »

Avec un rire dément, la princesse jeta un éclair crépitant vers son frère. Mais Zuko s'était préparé. Il tendit un bras vers le trait mortel, l'accueillit dans son corps puis le renvoya vers un autre vaisseau de son autre bras. En voyant le dirigeable atteint commencer à chuter, il repensa à son oncle et le remercia silencieusement de lui avoir appris cette technique.

« Bravo petit frère, très bien évité. » le félicita Azula d'une voix mielleuse.

Zuko lui répondit par une succession de boules de feu. Il connaissait suffisamment sa sœur pour savoir que ses paroles contenaient un poison aussi corrosif que ses éclairs. La jeune femme évita ses attaques par d'habiles pirouettes en arrière, mais la manœuvre la força à se taire. Puis elle riposta avec un jet de flammes bleues que Zuko dévia d'un bouclier de feu orange.

Mais sa maîtrise ne le protégea pas des paroles de la princesse :

« Dommage que tu n'aies pas pu éviter que ton « ami » reçoive mon éclair en pleine poitrine. J'espère que tu n'es pas trop triste de sa mort… Est ce que tu veux que j'appelle un de mes Dai Li pour le remplacer ? J'imagine que ça changera pas grand-chose, du moment qu'il te prend comme une femme. »

Malgré toutes ses précautions, les mots de sa soeur s'imprimèrent dans l'esprit du banni, comme si elle les gravait dans son crâne à l'aide d'un couteau. Soudain, dans le jet bleu qui cognait contre son mur de flammes, il crut revoir l'éclair qui avait transpercé son petit ami, manquant de le tuer et le marquant à vie. Il crut sentir un vent froid souffler dans son dos, s'infiltrant sous ses habits et lui caressant la peau avec avidité. Il sombra.

Il abaissa brutalement son bouclier orangé et lança ses mains contre les flammes bleues d'Azula. Il les saisit dans sa paume, les accueillant avec froideur et détachement avant de les renvoyer de toutes ses forces vers leur émettrice. La jeune femme écarquilla les yeux et plongea sur le côté une fraction de seconde avant que son propre feu ne l'atteigne. Une de ses mèches fut dévorée par l'élément vorace.

« Hey, Zuko ! Tu veux de l'aide ? »

L'Avatar venait d'arriver à sa hauteur, suspendu à son bâton volant. Zuko répondit d'une voix neutre en bombardant sa sœur de flammes bleues, plus puissantes et plus dangereuses que ses habituelles flammes orangées :

« Non. Occupe toi des autres vaisseaux. »

S'il avait regardé son ami, le prince déchu aurait lu l'inquiétude sur son visage. Mais Zuko avait déjà détourné les yeux, concentré sur son objectif : la destruction physique de sa petite sœur. Celle ci roula sur elle même et évita de justesse ses attaques puis plongea dans la trappe.

Le jeune homme avança calmement vers l'ouverture, déterminé à la retrouver. Il était à moins d'un mètre lorsque la princesse jaillit du trou et envoya un éclair vers son visage. Avec un sourire froid, il cueillit l'éclair dans sa main et le redirigea vers sa sœur. Le jet mortel explosa sur le métal, juste à côté de l'oreille d'Azula, emportant une nouvelle mèche de ses cheveux.

« Tu es si prévisible, soeurette. »

La princesse fronça les sourcils et toucha sa chevelure abîmée. Puis elle évita une bordée de flammes d'un salto arrière, sortant de sa cachette. Lorsqu'elle atterrit à nouveau sur ses pieds, faisant face à son frère, un sourire étirait ses lèvres.

« Et tu deviendrais presque imprévisible, susurra t'elle. Intéressant. »

Le frère et la sœur se jaugèrent quelques secondes en silence. Puis le combat reprit, plus violent et plus mortel que jamais. Zuko enchaînait les flammes oranges et bleues, il contrait et renvoyait les attaques de sa sœur et avançait méthodiquement, effaçant pas après pas la distance qui le séparait de son adversaire. Il voyait sa sœur ployer devant son feu et sentait qu'au moindre faux pas, il pourrait la vaincre. Pour la première fois de sa vie, il faisait le poids face à elle, il avait une chance.

Ils étaient désormais à moins de deux mètres l'un de l'autre. D'un même mouvement, ils levèrent leur bras. Leurs doigts se frôlèrent presque lorsqu'ils lancèrent chacun leur flammes. Le feu bleu et le feu rouge fondirent l'un sur l'autre et explosèrent violemment. Zuko et Azula furent projetés en arrière par le souffle démentiel de la déflagration, à l'opposé l'un de l'autre.

Zuko pensa à tout vitesse pendant qu'il fendait l'air. Il devait impérativement se raccrocher au vaisseau pour ne pas tomber dans le vide et mourir, pour ne pas perdre face à sa sœur. Il sortit sa dague et voulut la planter dans le métal du dirigeable, mais une vague de fatigue emporta soudain ses forces et la lame raya l'acier sans s'y enfoncer.

Il dépassa l'aéronef.

Ne restait plus que le vide autour de lui. Le vide et une immense fatigue, comme si la mort avait anticipé et l'avait déjà recueilli dans sa main. Il eut une pensée pour sa sœur qui peut-être tombait comme lui vers sa mort, et cette pensée acheva de chasser sa colère froide, lui laissant une sensation vague de regret. Il ferma les yeux et convoqua l'image de Jet, de ses yeux chocolat pétillants, de son sourire séducteur et de son stupide brin de paille. Il sourit tendrement à la mort…

… Et se fit soudain attraper par deux bras. Surpris, Zuko rouvrit les yeux et tomba nez à nez avec le visage furieux de Aang. Il mit quelques secondes à comprendre que l'Avatar avait plongé en le voyant tomber et s'était mis debout sur son bâton volant pour pouvoir le réceptionner. Puis il comprit que son sauveur lui hurlait de se tenir à lui pour qu'il puisse reprendre le contrôle de leur trajectoire.

C'est ainsi que Zuko, peu après avoir failli vaincre sa sœur, se retrouva à agripper un enfant de douze ans volant sur un bâton cerf-volant pour ne pas mourir. Position d'autant moins confortable qu'il n'avait presque plus de force, que le vent fouettait son visage, remuant son estomac, et que ledit enfant était occupé à lui faire la morale, apparemment inconscient qu'il frôlait l'évanouissement.

Si bien que le banni fut presque soulagé lorsque Appa apparut et que l'Avatar le jeta sans beaucoup de ménagement dans les bras d'un individu bizarre avec un chapeau pointu et une barbe en mousse.

« On y va ! » cria Katara.

Aang hocha gravement la tête et suivit le bison volant que conduisait la maîtresse de l'eau. Il y avait aussi Sokka, Toph et Momo. Personne ne semblait perturbé par le fait qu'un inconnu avec une barbe en mousse les accompagnait, ni par le fait que celui ci serrait Zuko avec une familiarité déplacée. Le jeune homme en question, trop fatigué pour s'interroger sur cette bizarrerie, se contenta de demander d'une voix faible où était Jet. Sokka explosa de rire, mais Katara l'assura qu'il était en sécurité.

Alors Zuko s'autorisa à fermer les yeux. Il sombra presque aussitôt dans le sommeil, étrangement rassuré par la barbe en mousse contre ses tempes, le corps qui l'entourait avec douceur et les bras fermement enroulés autour de son ventre...