Chapitre 40 :

Un long ruban de ciel noir s'étalait au dessus de la tête de Jet. Là où s'était autrefois tenu un tapis de feuilles dorées, il n'y avait plus qu'un trou béant. Toute la pénombre du monde coulait par cette ouverture dans le camp des Combattants de la Liberté.

Jet parcourait cet espace familier à la recherche de la vie joyeuse qui l'avait jadis animé. Mais les huttes, les arbres et les passerelles étaient aussi vides que le ciel était noir. Il butta sur quelque chose et découvrit un de ses crochets. Il se baissa et le ramassa, mais sans son double, l'arme lui sembla inadéquate.

Tout à coup, cette pénombre se resserra autour de lui et l'écrasa, pressant sa poitrine comme si l'air était fait de roches noires. Broyés, ses yeux perdirent la vue et il se retrouva aveugle et seul dans l'obscurité hostile.

Et puis une lumière parut. D'abord un point blanc scintillant à l'horizon, la lueur grandit, grandit, et prit la forme d'un humain. Le cœur de Jet s'accéléra lorsqu'il reconnut la tache rose sur le visage et le corps nu, mélange subtil de finesse et de muscles, d'angles et de courbes. Avec cet être lunaire, la pénombre recula et le poids sur sa poitrine se dissipa.

Lee arriva enfin à sa hauteur, saturant ses yeux de son éclat lumineux. Jet avança une main prudente vers cette peau blanche, craignant que l'apparition se dissipe dans l'air et le laisse à nouveau seul dans le noir. Mais ses doigts hésitants rencontrèrent une chair solide et tiède, bien vivante, et Lee lui adressa un sourire éblouissant.

Il serra son amant dans ses bras avec la force du soulagement. Contre lui, la peau chaude ramena de la chaleur dans son corps, et tout le camp désert s'illumina, baigné par la lumière douce de Lee. Alors seulement, Jet vit le mot qui avait été gravé dans le tronc d'un arbre, et il sut que c'est là que ses compagnons avaient disparu.


« Boiling Rock. C'est là que tes amis sont retenus, si on en croit ta mercenaire cinglée... »

Jet regarda Sokka et son air sérieux, et à travers lui il crut revoir son rêve de la nuit précédente. Il chassa ce souvenir et hocha fermement la tête.

« Et si on en croit cette psychopathe d'Azula, c'est aussi là que Suki est détenue. »

Jet se retint de demander qui était précisément la jeune femme pour le guerrier de la tribu de l'eau. Il avait vu son expression lorsque la princesse maléfique, accrochée à la paroi rocheuse après une remontée spectaculaire grâce à la propulsion de ses flammes, avait crié que la dénommée Suki était dans la prison.

Les pensées de Jet dérivèrent vers la terrible sœur de son petit ami. Elle lui faisait l'effet d'un monstre magique, imbattable et maléfique. La façon dont elle s'était tirée seule d'une chute fatale était spectaculaire. Et ses mots empoisonnés avaient encore atteint leur cible, comme lorsqu'elle l'avait piégé dans le bunker de la Capitale de la Nation du Feu, l'attirant vers son éclair. Avec un frisson, Jet se rappela de la sensation glaciale qui traversait sa poitrine. Sans Lee, il serait mort.

« Je compte aller la délivrer. Tu es avec moi ? Demanda Sokka.

- Évidemment. Je ne vais pas laisser pourrir mes compagnons là bas. »

Les deux jeunes hommes échangèrent un sourire hésitant puis se serrèrent la main. Jet repensa au garçon suspicieux qui l'avait soupçonné (peut être pas à tort) dans sa forêt, puis à son hostilité lorsqu'il était à nouveau tombé sur leur groupe, à Ba Sing Se. Aujourd'hui, il lui faisait suffisamment confiance pour partager ses projets de sauvetage secret. Sentant qu'il se faisait gagner par l'émotion, Jet se hâta de fixer un rictus fat sur son visage et dit :

« Je serai le chef de notre mission, vu que j'ai l'expérience et le charisme d'un leader.

- Ok. Alors je serai ton styliste. Une barbe en mousse ajoutera grandement à ton charisme. »

Jet foudroya du regard le jeune homme de la Tribu de l'Eau et son sourire goguenard.

«Bon, reprit Sokka sur un ton sérieux. Tu sais où est cette prison ? »

L'ancien chef des Combattants de la Liberté planta un brin de paille dans sa bouche et cala ses bras derrière sa tête, en une pause confiante :

« Non. Mais je saurai d'ici demain tout ce qu'il faut savoir sur sa localisation et ses pièges. »

Sokka haussa un sourcil, mais l'arrivée de sa sœur l'empêcha de poser sa question. Il s'éloigna vivement de Jet et se mit à fixer ses ongles avec l'air le moins naturel au monde. Mais la jeune femme sembla contre toute attente plus attendrie que suspicieuse face à cette réaction et elle gratifia Jet d'un grand sourire bienveillant.

« Allez Jet, c'est le moment ! Annonça t'elle joyeusement. Normalement, après cette fois, tu seras définitivement guéri ! Dernière fois que tu auras à te déshabiller devant moi! »

Le jeune homme retira son haut en grognant, tandis que Sokka s'étouffait (avec sa salive?). Katara sortit l'eau de sa gourde par sa maîtrise d'une main et posa son autre main sur le torse cicatrisé de Jet. Elle passa son eau guérisseuse sur l'étoile blanche puis inspecta le torse guéri d'un œil expert.

« Tu apprécies ce que tu vois ? » la taquina Jet.

Katara rit et Sokka s'écria :

« Ca suffit! »

Le jeune homme sauta entre la guérisseuse et son patient et domina Jet de toute sa hauteur. La méfiance et l'hostilité étaient brusquement revenues dans ses yeux, et ses joues étaient rouges de colère.

« Jet, arrête de draguer ma sœur. Si je te vois encore en train de lui tourner autour, je te casse la gueule, blessé ou pas. »

Katara fronça les sourcils et Jet ouvrit la bouche, partagé entre l'amusement et l'irritation. Mais la voix de Toph, derrière un rocher, les devança :

« Par pitié, que quelqu'un explique à ce débile que Jet est trop occupé à baver sur Zuko pour draguer qui que ce soit d'autre. Et ensuite on dit que c'est moi l'aveugle du groupe. »

Le silence accueillit cette déclaration. Le brin de paille glissa des lèvres ouvertes de Jet, Sokka se paralysa, les yeux écarquillés et le cerveau visiblement en surchauffe, et Katara, derrière eux, monta une main devant sa bouche.

Lee arriva sur ces entrefaites. Inconscient de ce qui venait de se passer, il se laissa tomber à côté de Jet en râlant sur l'attention fluctuante de Aang. Ses yeux dorés tombèrent sur le torse nu de Jet, et des flammes montèrent peu à peu dans son regard. A mesure que son attention se focalisait sur le corps de son petit ami, sa tirade perdait en cohérence. N'importe qui pouvait voir qu'il dévorait la cicatrice en étoile des yeux. D'un côté, Jet se sentit flatté par cet hommage rendu à ses attributs. D'un autre côté, il était très conscient du regard de Sokka qui courait de Lee à lui.

Son petit ami finit par se rendre compte que le jeune homme de la Tribu de l'eau l'observait avec des yeux écarquillés, et il lui demanda d'un ton brusque :

« Qu'est ce que t'as ? »

Katara intervint avant que son frère n'ait pu rassembler ses esprits. Elle plaqua sa main sur la bouche de Sokka et expliqua d'une voix fausse qu'il avait pris un coup sur la tête avant de l'attraper par le col et de le traîner derrière elle sur le sol. Lee les regarda disparaître en fronçant les sourcils, l'air perdu.

Charmé par cette moue adorable, Jet réduisit la distance entre eux et posa ses lèvres sur celles de Lee et sa main sur sa taille, sous le tissu.

Avec un bruit sourd, la terre autour d'eux se dressa et forma une petite hutte, les enfermant dans une semi-pénombre. Les yeux dorés se chargèrent d'une incompréhension intense mais l'explication leur parvint sous la voix de Toph :

« Mes yeux sont peut-être aveugles, mais je vois ce que vous faîtes avec mes pieds ! Alors comme je suis gentille, je vais me trouver un autre coin, mais c'est bien la dernière fois ! »

Jet sentit la joue de son petit ami devenir brûlante contre sa joue, et il eut un petit rire. Il dévora la lèvre inférieure devant lui et passa une main joueuse dans les cheveux noirs. Sans se formaliser du grognement de protestation qui faisait vibrer son oreille, le jeune homme de la Terre fit basculer son amant sous lui et colla son tronc entre ses jambes écartées avant de plonger à nouveau vers la bouche délicieuse, pressant son torse nu contre celui de Lee. Les mains du prince déchu trouvèrent son dos et ses jambes s'enroulèrent autour de son bassin, invitantes. Ses yeux s'étaient fermés sur un rideau de cils noirs frémissants et sa poitrine se soulevait sur une respiration intense.

Sentant que son esprit allait bientôt sombrer dans un seul désir lourd et aveugle, Jet se raccrocha au souvenir de ses compagnons prisonniers et à sa mission d'en savoir plus sur la prison où ils étaient détenus. Il abandonna à regret les lèvres tendres de son amant et colla sa bouche saliveuse contre l'oreille cicatrisée :

« Lee, j'ai juste une question... »

Le jeune homme frémit sous son souffle, puis ses longs cils s'écartèrent et son regard jaune intense happa celui de Jet.

« Et j'ai une requête. » souffla t-il.

Jet hésita, un peu déstabilisé par le ton sérieux de son petit ami, puis il hocha la tête.

« Vas y, commence, offrit-il.

- J'aimerais que tu me fasses l'amour…

- C'est ce qui était prévu mon prince, gloussa Jet.

- ...de dos, à quatre pattes. »

Le sourire goguenard se figea sur les lèvres de l'ancien Chef des Combattants de la Liberté. Lee se tortilla sous lui, visiblement mal à l'aise, puis se redressa sur ses coudes, rapprochant son visage de celui de son amant.

« C'est Aang qui me l'a conseillé. »

Les yeux de Jet s'écarquillèrent tant qu'il se demanda s'ils n'allaient pas jaillir hors de ses orbites.

« Aang t'a conseillé que je te prenne par derrière, à quatre pattes ? » Répéta t-il, éberlué.

Lee s'empourpra puis s'écria d'une voix paniquée :

« Non ! Évidemment que non ! Mais il m'a conseillé d'affronter mes démons du passé. »

Jet eut l'impression qu'une main glaciale s'était refermée sur ses poumons. Toute idée de Boiling Rock s'était effacée, remplacée par ce gouffre qu'il avait cru combler mais qui était toujours là, entre eux, dans leur relation, dans leurs souvenirs. Les yeux tournés vers le sol, Lee reprit :

« Il a vu ma colère froide l'autre jour, quand je me battais contre ma sœur. Il pense que c'est dangereux, que mon corps risque de ne plus sentir ses limites naturelles et de s'abîmer. »

Jet aurait voulu acquiescer, mais son corps était paralysé par l'angoisse. Il ne put que fixer intensément son amant et sa tête baissée.

« Il a dit qu'il avait un blocage avant, vis à vis du fait qu'il avait abandonné les siens il y a cent ans parce qu'il ne voulait pas de son rôle. Et pour s'en débarrasser, il a du affronter en face son blocage en revivant sa chute dans l'eau. »

Lee remonta le front, laissant voir deux yeux dorés brillants d'un mélange de détermination et d'inquiétude.

« Jet, peut-être que c'est le moyen pour que je surmonte définitivement ce traumatisme, que j'efface ce souvenir. »

Les yeux jaunes le regardaient, attendant une réponse, mais Jet en était incapable, assailli par les souvenirs d'un corps frissonnant à quatre pattes devant lui, de yeux implorants montés vers son visage et de traînées de sang sur la peau blanche.

« Jet ? »

La main de Lee s'était posée sur sa joue avec douceur, et ce contact le tira de sa torpeur. Jet enroula ses bras autour du dos de son amant et posa un menton tremblant dans le creux de son cou.

« Tout ce que tu veux, si tu penses que tu en as besoin. » soupira t-il dans ses cheveux noirs.


Jet plongea sa bouche vers les fesses musclées et rébondies. Il saisit une pleine bouchée de cette peau élastique entre ses lèvres et suçota amoureusement la chair tendre. En même temps, ses mains caressaient les jambes écartées et le ventre légèrement crispé de son amant. Quand il sentait une vague de stress tendre le corps aimé, il frôlait d'un doigt faussement innocent la virilité pâle ou lâchait les fesses pour embrasser doucement le bas du dos, chassant la raideur. Puis il retournait à son ouvrage, avec patience et précaution.

Le jeune homme brun ramena ses mains sur les fesses crèmes et les écarta doucement, exposant l'anus rose. Il déposa un chemin de baisers au bas de la colonne vertébrale puis aventura une langue saliveuse vers cet espace familier et sensible. Les jambes blanches frémirent sous la caresse de sa langue, mais Jet engloutit ces hésitations dans des baisers langoureux. Il salivait désormais dans Lee, préparant son intimité avec amour. Ses mains brunes parcouraient paresseusement son membre pour le détendre et maintenir le plaisir, dans l'espoir de chasser d'éventuels mauvais souvenirs. Attentif à la respiration de son petit ami, Jet se calait sur le rythme de ses inspirations et de ses expirations pour avancer dans son exploration buccale. Dans l'ensemble, tout se passait bien...

Et puis Jet introduisit un premier doigt en Lee. Depuis les événements de la grotte, ils avaient refait plusieurs fois l'amour et le corps du banni avait accueilli sans problème les doigts puis la verge en érection de son amant. Pourtant, cette fois Jet sentit l'intimité se refermer autour de son index, luttant contre son avancée. Il creusa un peu plus et un petit cri échappa à Lee. Jet s'immobilisa aussitôt, son doigt à peine enfoncé jusqu'à la première phalange. Il essaya de détendre Lee en embrassant son dos et en titillant doucement son gland, mais son doigt resta prisonnier d'un corps hostile.

« Continue Jet, je suis prêt. » marmonna Lee par dessus son épaule, ses yeux jaunes décidés.

Jet aurait pu forcer l'entrée et avancer plus loin. Mais il sentait que tout le corps de Lee refusait cette intrusion, quoi que sa volonté puisse lui dicter. Il entoura le membre de son amant de sa main, plaqua son ventre sur le dos frémissant en un câlin tendre et retira son index. Lee tourna la tête vers lui, les sourcils froncés et la bouche ouverte sur une question fâchée, mais Jet intercepta ses lèvres et les entraîna dans un baiser vibrant où il laissa toute sa peur et son amour s'exprimer.

Puis tout en l'embrassant, Jet glissa ses mains sur les hanches blanches et retourna ce corps familier. Quand il libéra enfin ses lèvres, Lee, couché sur le dos, lui faisait face. Jet le regarda droit dans les yeux et lui mentit avec un sourire d'excuse:

« Désolé, Lee. Je n'arrive pas à bander dans cette position. »

Les yeux de Lee le jaugeaient, semblant lire en lui comme dans un livre ouvert. Jet se gratta la tête pour cacher sa gène.

« Ça te va si on fait l'amour normalement?»

La voix de Jet était si hésitante que les traits de Lee se radoucirent. Avec un grand sourire tendre, il monta ses bras vers Jet et entoura ses épaules musclées.

« Evidemment. »

Jet fondit sur son amant et son sourire si craquant.

Cette fois, entrenles baisers et les caresses, son index glissa naturellement en Lee dont le corps s'ouvrit avec langueur. Et quelques minutes après, Jet rentra sans difficulté sa virilité gonflée de désir dans l'antre autrefois fermée...

Ce jour là, Jet fit l'amour à Lee avec une grande douceur. Aux intenses coups de rein enthousiastes, il préféra de petits mouvements de bassin lents et pénétrants, sortant à peine de Lee, savourant le bonheur de l'emboîtement paisible de leurs deux corps. Au lieu de se laisser submerger par la vague de son désir, il garda toute son attention focalisée sur celui de son petit ami, réagissant à chacun de ses petits soupirs d'extase ou frisson de plaisir. Il se sentit plus connecté que jamais à ce beau corps diaphane qui s'offrait autant qu'il le prenait.

Pour la première fois, Lee vint avant lui et répandit sa jouissance sur le ventre de son amant, transporté par une longue étreinte durant laquelle Jet le saisit entièrement, depuis l'intérieur de son corps jusqu'à sa nuque. Et quand il vint à son tour en Lee, son propre orgasme fut moins violent mais plus long que les intenses pics auxquels il s'était habitué, prenant son corps entier et l'emplissant d'une sensation profonde de bien être. Ému par cette nouvelle sensation, Jet serra son amant dans ses bras et se laissa embrasser avec délice.

Mais lorsque la torpeur cueillit Lee, faisant s'abandonner son corps blanc luisant de sueur contre lui, Jet repensa à cette tension extrême qui avait fait obstacle à son index quelques heures plus tôt. Les yeux sombres, il se demanda si l'Avatar ne se trompait pas. Il existait peut-être certains démons qui ne s'exorcisent jamais...