Un grand merci à Dragsou pour avoir si gentiment bêta-lectée cette histoire !
Assis à côté du corps de sa mère, Harry lui caressait ses cheveux roux, les larmes dévalant ses joues. Il ne l'avait pas connue mais il l'aimait. C'était sa mère et il venait d'assister à son exécution. Il n'avait rien pu y faire mais cette fois, il savait ce qui venait d'arriver, cette fois, il pouvait la pleurer en toute connaissance de cause.
Harry se redressa dans un sursaut, le crac caractéristique du transplanage résonnant à ses oreilles. Des pas se firent entendre, courant dans la maison, ils se rapprochaient. Il ne savait pas qui venait mais instinctivement, Harry se glissa contre la dépouille de sa mère, la serrant de ses petits bras potelés. Quelle ne fut pas sa surprise en voyant Rogue, en tenue de mangemort, devant l'entrée de la chambre. Ce dernier parut dévasté par ce qu'il vit, s'avançant tel un automate pour se laisser tomber à côté de Lily, la prenant dans ses bras. L'homme n'avait pas l'air de se rendre compte que Harry était accroché à sa mère et ce dernier se mit donc à gigoter entre les corps. Le mouvement répétitif et de plus en plus appuyé finit par avoir raison d'une partie de la douleur de l'adulte qui éloigna doucement son corps de celle qu'il aimait pour découvrir un bambin rouge aux yeux bouffis mais tellement vert.
Une demi-seconde, le visage de Rogue laissa place à une expression de dégoût. Comment cette… petite chose insignifiante osait-elle s'accrocher ainsi à sa Lily ?! Il enleva l'enfant du corps de sa mère pour le remettre sans cérémonie dans son lit à barreau. Même s'il ne le portait pas dans son cœur, il n'était pas assez fou pour laisser un gamin de cet âge crapahuter sans surveillance. Il retourna auprès de Lily pour lui faire ses adieux mais sa cape fut retenue en arrière. Son regard retomba sur le gamin qui la tenait sans montrer de signe indiquant qu'il la lâcherait. Faisant demi-tour, Rogue avait bien l'intention de récupérer son bien, il tira dessus mais l'enfant s'y agrippait de toutes ses minuscules forces. Rien à faire, l'enfant se serait laissé frapper par les barreaux si cela lui avait permis de garder la cape du mangemort entre ses doigts. Rogue se résolut à attraper les mains enfantines pour écarter les doigts un à un.
Mais Harry n'était pas d'accord. En fait, il venait de penser qu'il serait de bon ton d'anticiper la haine que lui porterait le futur professeur. Alors, quand l'adulte eut fini de lui décrocher les doigts de sa cape, il tendit les bras vers lui. Si un jour, on lui avait dit qu'il tendrait les bras comme pour se faire porter par son professeur honni… L'adulte s'arrêta une seconde avant de se détourner, son regard exprimant toute la haine qu'il vouait à James Potter, envers ce gamin qui pensait pouvoir l'amadouer. Il ne le connaissait pas.
- … vus…
Cette fois Rogue fit un bond en regardant à nouveau le dit gamin qui le regardait avec espoir. Il devait avoir mal entendu. S'approchant du lit, il vit l'enfant tendre les mains vers lui et l'appeler.
- Se'è'vus …
Harry se serait maudit. Il n'arrivait pas à prononcer correctement le prénom. Il avait décidé que l'appeler ainsi était mieux que d'utiliser le nom de famille, cela montrerait que Lily avait parlé de Severus à Harry, mais il n'avait pas prévu de buter ainsi dans ses paroles. L'adulte, quant à lui, n'en menait pas large. Il était choqué que l'enfant le connaisse alors qu'il ne l'avait jamais rencontré.
Il s'avança vers le bambin mais le bruit d'un moteur le fit s'arrêter. Un coup d'œil derrière lui, une larme pour Lily en regardant Harry et il transplana en accordant le doute à l'enfant.
Harry en profita pour escalader à nouveau les barreaux mais une paire de mains le souleva alors qu'il était encore en équilibre sur la barrière.
- Que fais-tu gamin ? C'est dangereux, souffla une voix anéantie par le chagrin.
Cette voix, Harry en avait rêvé tellement depuis ce dénouement désastreux. Il posa son regard sur l'homme étant son parrain. Il était tellement plus jeune, son regard n'était pas hanté et ses yeux brillants de vie sautaient à la figure malgré le chagrin qui y était parfaitement visible. L'enfant posa doucement sa main sur la joue de Sirius, comme palpant quelque chose de tout à fait irréelle. Sirius prit l'enfant contre lui et le serra contre son cœur, Harry l'entendit palpiter. Bien vivant, le cœur battait le rythme des respirations de son propriétaire.
Le souffle lui manqua et Harry commença à suffoquer, l'adulte s'en rendit compte et regarda l'enfant.
- Harry…, s'inquiéta Sirius.
Son prénom avec cette inquiétude mêlée à la voix de son parrain fut la goutte de trop pour Harry. Sans qu'il ne s'en rende compte, ce dernier commença à pleurer. Il hoquetait doucement, pleurant à chaudes larmes, ses pleurs se faisant de plus en plus bruyants.
Sirius était complètement perdu, Lily et James étaient morts mais Harry allait bien, il ne pleurait pas jusqu'à ce qu'il le touche. Craignant un sort de douleur qui ne s'activerait qu'au contact physique, Sirius aussi voulut déposer Harry dans son lit. Mais les pleurs de l'enfant redoublèrent quand son parrain l'eut lâché. L'enfant ouvrant grand les yeux, l'adulte ne vit que douleur et désespoir dans ces immenses lacs verts. Le bambin se remit debout s'appuyant sur la barrière et tendit désespérément les bras vers l'adulte qui le reprit immédiatement dans ses bras. Harry s'accrocha à lui comme un naufragé à une bouée quand l'adulte commença à essayer de calmer la crise de larmes.
Pris dans leur étreinte, ils ne virent pas l'immense silhouette qui vint à leurs côtés.
- Hem… Excusez-moi…
Sirius releva les yeux pour tomber nez à nez avec Hagrid. Celui-ci paraissait très triste mais aussi très gêné.
- Dumbledore m'envoie pour mettre le petit à l'abri.
Sirius acquiesça, tentant de faire lâcher prise à l'enfant. Dumbledore le mettrait en sécurité pendant que lui partirait à la chasse au rat ! Il sentait déjà la colère l'envahir, le sentiment de trahison ne se faisait que plus présent.
Harry ayant entendu les paroles du garde-chasse avait agrippé de ses petites mains les habits de Sirius, s'y retenant du mieux qu'il pouvait. L'adulte s'escrima à le faire lâcher prise mais Harry tint bon.
- Harry, s'il-te-plait, se lamenta Sirius.
- Non !
Toutes tentatives pour décrocher l'enfant de l'adulte se stoppèrent net. Sirius regardait Harry avec de grands yeux, étonné qu'il lui ait répondu. Il plongea son regard dans celui de son filleul. Encore une fois, ces immenses lacs vert l'étonnèrent. Si un peu avant il n'y avait pas vraiment fait attention, maintenant la détermination et la sensation que ce regard en avait plus vu que ce qu'il aurait dû à son âge le suivait et était pour le moins étrange.
- Non ! Retentit encore une fois la petite voix de l'enfant.
- Ha-Harry, je dois aller faire quelques petites choses mais c'est promis je reviens très bientôt.
- Non ! Non ! Non !
L'enfant ne voulut rien savoir et Sirius se mit donc à faire les cents pas avec Harry dans les bras pour tenter de le calmer tandis qu'Hagrid se plaçait en retrait pensant qu'il effrayait le gamin.
- Aller, tonton Sirius va revenir très vite.
- Si seul'ment tu sa-avais…, souffla l'enfant posant sa tête dans le cou adulte.
- Si je savais quoi ? … Tu parles ? demanda Sirius sur le même ton en s'arrêtant.
- Tu me fais 'onfiance ? voulut savoir l'enfant avec de grands yeux innocents mais une inflexion mature dans la voix.
- B-bien sûr ! Non attend, fit Sirius en se retournant. Hagrid ? Je reviens, je vais juste … changer Harry !
- Bien sûr !
Mais Sirius avait déjà filé dans la salle de bain et refermé la porte pour entendre sa réponse.
- Pa'don ?! Jch'ai passé l'âge 'on me change ! s'insurgea Harry en regardant son parrain dans les yeux.
- … Harry ?
- Oups.
Sirius ne comprenait plus grand chose, il était certain de tenir son filleul dans ses bras, il reconnaissait sa signature magique, mais il avait aussi une personne en pleine possession de ses capacités mentales dans les bras. Et qui semblait bien être Harry.
- Comment ?
Harry le regarda à son tour, comprenant qu'il ne pourrait pas tout expliquer maintenant. Même s'il n'était pas forcément brillant à l'école, il savait que tout expliquer serait plus long que le temps qui était requis pour changer une couche - qui n'était même pas sale !
- Si'ius, éc'oute, sh'il-te-plait, jche t'en supplie, commença Harry alors que ses yeux redevinrent deux lacs d'immenses tristesses insondables. Jche ne sais pas 'omment mais jch'ai û faire un vouyage 'ans le temps, chez moi, jch'ai quin-inze ans et tu es … tu es … Enfin, tu n'es plus là, dit-il, incapable de dire la vérité. Tu as passé douze ans à Azkaban pa'ce que Pete'r a fait cwoire que c'était toi qui avait tué … Papa et Maman …, cela lui fit drôle de les appeler ainsi alors qu'il n'utilisait que leur prénom ou le terme parent pour les désigner d'habitude.
- Qu'est-c-
- Non ! Ne paw pas à la wecherche de Pete'r ! Il va 'éussir son coup sinon, et tu sewas enfermé ! Jch'ai … jch'ai une idée, un peu, pas 'u tout, enfin comp'lètement folle : ce soir amène Patmol à Little Whinging 'ans la rue Pwivet Dwaive et cache toi. Ne sort de là que demain matin et viens au numéwo quat'e.
- Harry… mais… Tu as quelque âge ? se questionna Sirius.
- … Si'ius ! Ch'est pas le moment ! En plus jche te l'ai dit avant !
- Oui, bon, je te change et je te donne à Hagrid je suppose.
- Oui, non ! Laiche Haguid m'emmener mais jche n'ai pas besoin d'êt'e changé ! pesta Harry qui n'arrivait pas à améliorer son élocution avec cette langue qui n'avait pas encore l'habitude de parler.
- On s'en fiche, elle doit être humide depuis que tu la portes.
- Oui mais non ! s'écria Harry n'en revenant pas.
Finalement, Sirius revint avec un Harry aussi rouge qu'un coquelicot et qu'il passa à Hagrid.
- Il a de la fièvre le p'tiot ? demanda Hagrid en voyant les joues rougies.
- Non, il a seulement fait un caprice pour que je ne le change pas, expliqua Sirius avec le sourire de celui qui a gagné. Hagrid, prend donc ma moto, j'ai quelques petites choses à faire.
- Merci.
Sous un dernier regard échangé par les deux adultes et l'avertissement dans les yeux de Harry à l'égard de Sirius, ils partirent tous de leur côté.
Harry se sentit ballotté quand Hagrid monta l'engin à deux roues et qu'il décolla mais très vite tout se stabilisa. Il vit le ciel et la barbe du demi-géant voler au gré du vent. Ce dernier posa son regard sur lui et l'enjoignit à dormir, arguant qu'un enfant petit comme lui se devait de dormir beaucoup. Cela fit un peu de peine à Harry qui aurait bien voulu le rassurer mais il décida de passer sous silence sa maturité et ne fit donc rien de plus que regarder ce qui l'entourait.
Après plus d'une heure de vol, Harry sentit la moto descendre et atterrir durement sur l'asphalte de la rue plongée dans le noir. Descendant de la moto, Hagrid le regarda à nouveau.
- Tu aurais dû t'endormir mon p'tiot, maint'nant tu seras fatigué, lui fit-il remarquer avant de faire un signe de tête envers d'autres personnes. Professeur Dumbledore, professeur McGonagall.
- Hagrid, comment va-
Une petite main interrompit la femme animagus et de grands yeux verts se posèrent sur elle en même temps qu'Harry se redressait de la couverture où il était emmailloté un peu contre son gré. Ce n'était pas de sa faute, si ce corps trop jeune avait froid en altitude !
- Il ne voulait pas et ne veux toujours pas dormir professeurs, soupira Hagrid.
- Je vois, dit Dumbledore en prenant l'enfant pour le porter vers une porte d'une des maisons, le quatre, de Privet Drive.
- Albus, vous êtes sûr ? J'ai observé ces moldus toute la journée et je peux sans conteste vous affirmer qu'ils sont horribles. Nous ne pouvons pas …
- Je sais Minerva, je sais. Mais il lui faut une famille et c'est la dernière qu'il a, souffla le vieux sorcier avec tristesse.
- Sirius, dit l'enfant.
Après tout, il était son parrain, il devait avoir sa garde, non ? Harry avait pris une expression horrifiée, se disant qu'il aurait dû demander à son parrain de venir avec lui. Des fois, il maudissait son impulsivité et ses plans à la manque. Tant pis, ce plan bancal était déjà mis en route, il ne pouvait plus vraiment reculer.
- Non Harry, Sirius ne viendra pas, expliqua doucement Minerva en se penchant sur l'enfant alors qu'Albus voyait son expression s'assombrir.
- Si'ius innocent, tenta Harry. Il ne savait pas trop si les enfants de son âge parlaient beaucoup ou même s'ils le pouvaient mais s'il ne faisait pas de phrases construites, peut être que ça passerait déjà mieux.
- Harry, tu devrais dormir, lui suggéra Dumbledore. Malheureusement, même si ton parrain était innocent, je ne pourrais rien faire pour lui.
Albus déposa l'enfant sur le porche et se releva après ces mots, un peu étonné de lui-même. Pourquoi parlait-il comme ça à un si petit enfant ? Il ne devait même pas comprendre ce qui lui arrivait. C'est un reniflement qui le fit se retourner alors qu'Hagrid sortait un immense mouchoir.
- Allons, Hagrid, ce n'est qu'un au revoir, dit Albus.
- Je sais mais …
- Au wevoir, dit Harry assis sur ses couvertures agitant sa petite main potelée.
- Décidément, souffla le professeur de métamorphose en le regardant par-dessus ses lunettes.
Albus rigola doucement alors que le garde-chasse partait.
- Je pense qu'Harry est destiné à de grandes choses, Minerva. J'espère juste qu'il restera dans le camp de la lumière, dit Albus un pli soucieux au-dessus de ses yeux qui pétillaient d'inquiétude.
- Que voulez-vous dire Albus ?
- Minerva, vous savez aussi bien que moi qu'il n'y a ni gentil ni méchant dans une guerre. Mais Harry représente l'espoir du monde sorcier, il se doit donc d'être lumineux et aussi pur que possible. Il serait dérangeant qu'il se tourne vers les arts sombres…
- Albus… vous … vous …, bégaya la femme-chat, horrifiée.
- Oui Minerva, il va falloir manipuler cet enfant afin qu'il reste le plus blanc et lumineux possible et l'amour de sa famille l'y aidera. Ne vous en faites pas, Minerva, je n'ai aucunement l'intention de me servir de lui.
- Pourtant c'est ce que vous avez sous-entendu…
- Mais seulement pour le plus grand bien, souffla Dumbledore en rallumant les lampadaires avant de transplaner.
Le professeur McGonagall se transforma dans un coin sombre de la rue et disparue de la vue d'Harry qui avait tout entendu. Dumbledore l'avait manipulé ! Il avait du mal à y croire, le vieil homme était bienveillant mais ses méthodes… Certes peu importe les moyens, ce qui compte c'est le résultat mais autant aller directement voir Voldemort pour lui demander de se rendre dans ce cas-là !
Harry regarda autour de lui, à la recherche d'une ombre qu'il ne vit pas mais une chose était sûre, il allait aller dans le sens de Dumbledore mais il lui ferait une petite surprise. Il n'était pas question qu'il serve de figure de proue, il serait lui-même à la barre cette fois et cela irait dans son sens. Il était hors de question que les fiascos qu'il avait connu se reproduisent. Il se recoucha dans ses couvertures en même temps qu'il vit un grand chien noir se coucher derrière les plantes de sa chère et tendre tante, qui ne tarderait pas à sauter au plafond à son réveil, une surprise de taille sur son pallier.
Bonsoir !
On m'a fait remarquer quelques fois, que le rythme de parution, 1 chapitre/mois, était trop lent, trop étalé, trop peu et lasserait le lecteur. Je reste sur ma position et le rythme de publication restera ainsi. Je l'ai délibérément choisi à mon avantage, pour concillier mes études, mon emploi et mon temps libre et ainsi garder un rythme correcte d'écriture et de publication pour cette histoire. Sinon, j'en fait un énorme pavé style Lokison ou Mon Ourson et un chapitre tout les 18 mois environs. Ce qui n'est pas ce que je veux, ni mon objectif pour Les Reliques du Monde.
Ce chapitre est un peu court, ils vont s'allonger petit à petit qu'on avance dans l'histoire.
Merci à KlaineGlee, Angelyoru, Armoise asphodle cytise bruyre, Cocochoco78 et Lia9749 pour leur review !
Je vous souhaite une très bonne année 2020 !
Triple A.
