Bienvenue Bienvenue
Voici donc la version Française de "I Heard you in the Wind". Ce projet a débuté au détour d'une conversation avec itsasumbrella. Depuis octobre ce sujet nous anime et nous passionne. Nous nous amusons a développé ce petit univers ensemble et ses grand acteurs. Voici le premier chapitre d'une histoire dont nous sommes les premières fans.
J'ai choisis de conserver mes choix d'écriture pour cette version. Les noms des personnages et dragons garderons leur prononciation anglaise. Harold sera Hiccup et Krokmou Toothless.
Un grand merci à ma chère Alizée pour la correction de ce chapitre (et pour me soutenir depuis 6 ans dans ces grandes aventures)
Je voudrais aussi une haie d'honneur à Itsasumbrella qui a corrigé la traduction complète de ce chapitre (google traduction s'est bien, les vrais personnes s'est mieux).
Par ailleurs, et comme peut-être certain d'entre vous le savent : vous pouvez suivre nos comptes instagram itsasumbrellasart et poppy.p_draws pour toutes informations sur les mises à jours et peut-être... quelques fanarts.
Je vous souhaite une très bonne lecture
Il y a longtemps qu'elle n'avait pas été habitué à la présence pesante de l'Homme. Le marché grouillait de monde, il était impossible de se déplacer correctement parmi la foule. Elle n'avait pu imaginer qu'un si grand nombre d'humains puisse se presser dans un endroit aussi éloigné du centre de l'archipel. Le bruit de la foule était ce qui la dérangeait le plus. La plupart du temps elle n'entendait que le vent, emmitouflée dans ses grandes laine et peau, tachant de ne pas être arrachée de sa monture. La neige avait commencé à tomber depuis trois semaines. L'archipel n'avait pas vu d'hiver si froid depuis une éternité, ou peut-être le simple fait qu'elle soit si à l'Ouest, vers le large rendait le froid plus rude et le vent plus mordant. Néanmoins, ce jour-là était particulièrement ensoleillé et devait sûrement favoriser la popularité du marché. Elle observa attentivement autour d'elle les gens s'agiter, criant leur négociation. Femmes et hommes se pressaient devant les marchands, enjoués à la recette de fin de journée qu'ils récolteraient. Cette exaltation du gain la fit sourire. On lui proposait des perles et des savons, venu d'Orient et de France, des denrées rares asiatiques et pouvant plaire à des femmes comme elle, cultivées dans des pays plus humides. Il était difficilement imaginable de faire plus humide que l'archipel, presque au bout du monde connu. Mais l'air y était sec, presque étouffant tant il était rare. Dans cette foule, c'était comme de retenir sa respiration. La terre était plus chaude que le ciel et s'en échappait de la vapeur comme du fumier. Mais le ciel était bleu. Une femme large la bouscula, elle dont les hanches étaient minces. Elle passait pratiquement inaperçue dans cette assemblée d'hommes plus épais que des sangliers et plus patauds que des dragons.
Il y avait à peu près tout ce qui était possible et imaginable sur ses étales. La saison empêchant la vente de produits frais, les aliments étaient essentiellement séchés ou fumés, le poisson ne pouvant être pêché en cette saison où la glace entourait les iles. Mais des marchant venus de toutes les régions connues par les cartes exposaient des tissues venus d'Orient, des bijoux d'or et d'argent, sertis de pierres précieuses et semi-précieuses, des armes, des accessoires ménagers, des objets de décoration, des graines, des livres copiés, des bibles, des parchemins, de l'encre venu d'extrême orient, qui devait eux même s'approvisionner de contrées jamais explorées par les bateaux vikings, aux confins du monde. Des sorcières vendaient des objets étranges, des ingrédients fabuleux sur leurs étales où les gens se pressaient pour observer et demander les vertus de chaque produit. Astrid sourit. C'était un grand étaloir de vide. Rien ne l'intéressait, les quelques accessoires d'armement qu'elle cherchait étaient mauvais à la simple vue. Elle désespérait de trouver de quoi réparer sa propre arme. Elle jeta un coup d'œil à sa hache, dont un morceau de la lame était éclaté, fissurant l'entièreté de la lame. Elle soupira.
Elle l'avait brisé quelques jours plus tôt, sur une autre ile et sur un autre type de marché. Il s'y pressait moins de monde et la marchandise vendue y était plus insolite et illégale. La vente de dragon était interdite dans l'archipel barbare et les enchères se faisait dans un cadre strictement privé, en présence d'un nombre limité d'acheteur. Astrid avait réussi à infiltrer l'une des ventes, tachant de passer le plus inaperçu possible, malgré le fait qu'elle n'ait été la seul femme, entourée d'homme plus âgé. Elle n'avait pas tardé à attirer l'intention de plusieurs acheteurs, semblant la confondre avec la marchandise. Sa lame aiguisée avait su faire gage de persuasion. Plusieurs individus d'âges variés s'étaient tournés vers elle à son passage, se targuant d'un commentaire obscène lui étant indirectement adressé. Certains s'adressaient directement à elle, lui demandant combien elle se vendait. Elle n'avait pas le temps de s'en affliger, elle était ici pour un but très précis.
Les salles de ventes étaient en amphithéâtre en bois, les participants s'asseyant sur des bancs en demi-cercle, en plein air. Les dragons sauvages étaient présentés au centre de l'assemblé par leurs vendeurs, des trappeurs aguerris et spécialisés pour ce type d'échange. Les magnifiques bêtes étaient emprisonnées et maltraitées, soit engraissées, soit affamées. Le mauvais traitement infligé à ces créatures les rendait plus hostiles et agressives, elles étaient souvent muselées et durement attachées. Leurs écailles étaient frottées et la bête souvent humidifiée pour qu'elle paraisse plus propre et brillante. En dehors des ventes aux enchères, un nombre impressionnant de stock de marchandises issues de dragons : écailles, griffes, dents mais aussi des tripes, des langues et des os, de l'humeur d'estomac ou encore des vessies et testicules de reptiles volants. Ce genre de spectacles l'écœurait, elle faisait mine d'être intéressée par des fournitures acquises par domination.
Les Grimborns contrôlaient une majeure partie du commerce de reptile volant et c'était la première fois qu'elle arrivait à s'infiltrer dans une de leurs présentations. C'étaient deux frères, le premier, Ryker, plus grand et plus épais, le crâne chauve et une moustache taillée et semblait trouver une grande satisfaction pour la maltraitance ; tandis que l'autre, Viggo, était un peu plus mince, semblant avoir moins d'attrait pour la brutalité et plus pour le commerce, la moitié du visage brulé. Plusieurs théories avançaient l'origine de cette cicatrice mais peu d'entre elles devaient être vraies. Cependant, l'une de ses hypothèses avait attiré l'intention de la jeune femme et c'était aussi pour cela qu'elle se trouvait dans cet enfer, entourée de monde qui l'enterrerait bien vivante. Elle avait mis plusieurs mois avant de gagner la confiance d'un informateur qui l'avait fait entrer dans une de ses enchères. Elle n'avait jamais vu aucun de ces deux frères mais sut immédiatement reconnaitre Viggo, dont la moitié du visage était calciné. Les marques étaient désagréables à observer, la peau ondulée et rouge par la brulure. Son œil gauche avait perdu la vue et son sourcil ainsi qu'une partie de ses cheveux avaient brûlé. Il était sinistre, le regard tournant autour de lui observant chacun de ses acheteurs dans un délire paranoïaque. Son œil s'arrêta sur elle un instant, observant ce nouveau visage inconnu. Il plissa un peu des yeux avant de se détourner d'elle pour venir se pencher vers un de ses hommes qui aussitôt leva à son tour les yeux vers elle. Ils vérifiaient que sa présence était bien justifiée. Il était normal de se poser des question sur les nouveaux visages dans ce type de vente. L'accès étant extrêmement restreint, les participants ne pouvaient être de simples marchands. Il y avait longtemps que le trafic de dragons s'était hissé au même prestige que celui d'êtres humains. Les marchands d'esclaves étaient cependant moins secrets.
L'ile où se déroulait l'enchère était nue. Nue de toute végétation s'élevant à plus de trente centimètre du sol, nue de toute vie, balayée par le vent qui oubliait de ralentir en venant se fracasser sur la petite pente de l'îlot. Les corps étaient sans arrêt pétris par le vent d'ouest, épuisant quiconque y restait plus de deux jours. C'était un minuscule espace excentré des grands espaces habités et exploités par les pêcheurs. Un large ponton permettait d'accueillir les bateaux des vendeurs et acheteurs. des échafaudages de bois importé étaient installés, et des tentes dressées pour l'évènement. L'une de ces tentes abritait les secrets de Grimborn. Astrid repérera rapidement les appartements du marchand, au bout de l'entrepôt de stockage des animaux présentés à la vente. Elle l'avait vu s'y installer, alors qu'il ignorait sa présence sur l'île, les attendant depuis quelques jours. Elle souffrait de ce vent qui la maltraitait, cachée sous les ailes de son dragon.
Stormfly et elle avait noué des liens forts et serrés. Elle et ce Deadly Nadder avait traversé tout l'archipel des hooligans ensemble, retournant la moindre parcelle de terrain à la recherche même de la moindre écaille noire. La dragonne l'avait supportée dans toutes ses idées et pistes farfelues, assurant ses arrières et sa protection. Astrid devait, à de nombreuses reprises, sa vie à la dragonne dont les perceptions accrues prévenaient des dangers imminents. C'était aussi le seul être vivant proche d'elle ces derniers mois.
Elle s'était éclipsée avant que la vente ne commence, se fondant derrière des acheteurs se penchant un peu plus vers les premiers dragons présentés. Certaines espèces étaient vendues pour leur peau, d'autres pour leur salive ou feu, d'autres pour leur capacité destructrice. Il y avait des vendeurs d'armes dans cette salle et Astrid connaissait trop bien les dirigeants de ce marché, notamment parce que son île avait pris habitude d'y faire appel. Sa crainte la plus importante était d'ailleurs d'être reconnue. Si les personnalité présentes étaient plutôt des spécialistes dans la vente, les trappeurs et chasseurs l'étaient moins. C'était tant mieux pour elle.
Astrid passa à l'arrière dans les réserves, où les cages s'empilaient de nombreux dragons. Des tours savamment empilées étaient entreposées derrière la scène de présentation. L'air y était chaud et pourtant son sang était glacé. Elle observa, cherchant la cage la plus efficace à ouvrir. Au fond du dépôt, un vieux Razorwip attendait son tour de vente. Il serait certainement vendu pour ses écailles tranchantes et impénétrables. L'animal avait la queue attachée au sol, les ailes coincées contre sa panse et la gueule muselée de nombreuses sangles consolidées en fer. Ses yeux suivaient l'inconnu qui tournait autour de lui, dont l'odeur ne devait en rien être semblable à celle des hommes qui s'occupaient de le transporter jusque-là. C'était suffisant pour occuper quelque temps la vente. Elle s'approcha lentement de la cage en chuchotant doucement à l'oreille du dragon. Il se laissa aussitôt approcher. Elle eut un sourire doux et empathique envers lui, concernée par sa souffrance. Elle leva la hache vers le verrou qui se brisa instantanément sous le coup. C'était presque trop facile. Elle s'introduisit dans l'espace occupé pour y détacher les liens qui le tenait prisonnier. Elle le libéra et supprima la muselière qui le gardait jusque-là inoffensif. Ses dents tranchantes écorchaient ses proies en quelques instants. Le dragon essaya d'abord de la mordre, s'agitant, mécontent, tout en s'étirant de cette longue période d'immobilité. Il poussa la porte et se précipita vers la sortie, incapable d'étendre ses ailes tant qu'elles étaient entourées de toutes ces cages. Les autres dragons autour s'agitèrent, certaines cages tombèrent, s'ouvrant sous le choc. Astrid sortit de la cage, satisfaite. Il était toujours très satisfaisant de voir ce genre de moment de prise de liberté et de pouvoir. L'animal était pris de folie vengeresse et ferait payer ses souffrances à qui se mettrait en travers de sa route. Elle s'éloigna du chaos en création. Il ne l'attaqua pas.
Viggo Grimborn était un maniaque. Ses habitations étaient agencées avec soin, rien ne dépassant de l'ordre établi. Il s'agissait d'une tente avec un lit de camps sur lequel l'homme d'affaire devait dormir de courtes nuits. Au centre, une table avec de nombreux manuscrits et livres étaient posés, empilés par ordre de taille, les rouleaux d'un côté et les parchemins de l'autre. Quelques armes étaient éparpillées dans des caisses entreposées contre la toile, soigneusement triées selon le type d'armement, une cassette contenant des vêtements venant compléter l'équipement. Elle s'approcha de la table. Elle devait trouver le moindre signe qui mentionnerait un Fury nocturne. Ses mains parcoururent la paperasse, elle souleva les feuilles, lisant en diagonal les piles de papiers. C'étaient dans l'ensemble des correspondances avec des acheteurs, des particuliers, quelques préparations de contrat d'achat, des listes de ventes avec les valeurs données aux dragons actuellement exposés. C'était répugnant. Dehors, elle pouvait entendre le chaos causé par la fuite du dragon, les hommes tentant de calmer l'animal. Il ne tarderait pas à s'envoler où être maitrisé. Une de ses résignation au cours de la mission était qu'elle ne pourrait secourir les reptiles mis en vente. La tâche était trop ardue et elle était seule. Son temps sur place était compté. Mais si elle achevait sa quête, elle avait espoir que ce type de commerce se disloque et disparaisse pour de bon.
Elle observa les livres. L'un d'entre eux attira particulièrement son regard car il était extrêmement abimé. Elle l'ouvrit pour y observer le contenu et son cœur rata un battement. C'était Son écriture. Dans ces lignes, c'était sa main gauche. Elle en était absolument certaine. Jamais elle n'avait pu espérer autant de ses recherche. Elle eut un sanglot d'angoisse, incapable de contenir son choc. Comment était-ce possible ? Que faisait ce carnet en possession du plus grand vendeur de dragon de l'archipel ? Elle s'en empara, décidant de répondre à ces questions plus tard, même si tout son esprit s'embuait de douleur. Elle devait comprendre, elle devait trouver des réponses. Malgré tout, c'était la première piste absolument sérieuse qu'elle avait depuis des mois… si ce n'est des années. Le risque qu'elle prenait avait enfin payé.
« Je pourrais vous demander vos motivations mais elle ne m'intéresse que très peu. »
Astrid sursauta alors que Viggo Grimborn entra seul dans la tente, les bras croisés sur la lame tranchante d'un couteau. Elle recula, tenant le carnet contre sa poitrine. Viggo observa ce qu'elle portait, un sourire se dessinant sur son visage.
« Ce n'est pas à toi, jeune fille, murmura-t-il.
—Ce n'est pas à vous non plus. »
Sa voix ne tremblait pas, elle n'avait pas peur. Il tentait de la déstabiliser, de la réduire. Il y a longtemps qu'elle n'était plus une fille, elle en avait assez d'être une fille. Son poing se serra contre sa hache, prête à s'en servir, alerte.
« Comment avez-vous eu ça ? »
Viggo Grimborn ne grimaça que d'un côté de son visage, l'autre partie immobile à cause de la chair brûlée.
« Je me disais bien que je connaissais ce visage. Il y a de jolis dessins de toi à l'intérieur. »
Il voulait toujours la déstabiliser. Elle avait retrouvé beaucoup de dessins d'elle depuis dix ans, éparpillés dans l'archipel. Elle n'oscilla pas. Rien ne servait de s'agacer. Elle allait bientôt s'éclipser. Elle devait juste encore le faire parler quelques temps. Elle avait attendu ce moment depuis trop longtemps.
« Ce n'est certainement pas vous qui les avez dessiné. Où est l'auteur ? »
Viggo eu un rire franc.
« Ce n'est pas lui qui t'envoie ? »
Astrid serra un peu plus les poings. Non… Non il devait savoir quelque chose. Mais elle ne devait pas se dévoiler.
« Je pensais que ça ne vous intéressait pas ?
—J'ai beaucoup d'ennemis mais quand c'est Lui je veux bien avoir un tant soit peu d'intérêt. Je lui dois tout.
—Alors où est-il ? »
Elle avait élevé la voie. Elle devait savoir. Elle n'avait jamais été aussi proche de lui.
« Je ne sais pas. Il a disparu depuis quelques années déjà. »
Ce n'était pas la réponse qu'elle attendait. Son visage se ferma d'agacement.
« Pourquoi avez-vous ce carnet ?
—Je l'ai parce qu'il me l'a donné.
—Mensonge. »
Son sourire mauvais glaça le sang d'Astrid. Que voulait-il dire ? Milles questions avaient surgi dans son esprit en ébullition pour la première fois depuis des mois. Elle le sentait si proche. Elle pouvait le menacer, l'obliger à parler mais elle n'en avait pas le temps. Elle devait s'éclipser. Elle observa encore une fois autour d'elle, avant de porter des doigts à sa bouche pour appeler au secours.
« Tu n'aurais certainement pas dû faire ça Astrid. »
Viggo se lança vers elle avec sa lame qu'elle évita de peu. Elle avait eu un moment de frayeur quand sa bouche prononça son prénom. Elle ne l'avait donné à personne, ce n'était même pas sous cette identité qu'elle s'était présentée à la vente. Sa voix résonnait dans son esprit embrouillé. Il avait réussi à la déstabiliser, il avait réussi à trouver une faille. Elle lui assena un coup dans le dos avec le manche de sa hache. Il était adroit, enchainant directement les coups, tachant de la mettre à terre. Il avait dû être un bon guerrier mais son œil gauche lui faisait défaut. Astrid se décala vers son angle mort et lui donna un large coup dans la mâchoire. Il tomba à terre, un peu sonné et elle en profita pour chercher un chemin par lequel s'échapper. Il se relevait déjà que des renforts vinrent à son secours. Ryker, l'autre frère Grimborn et certainement bien plus dangereux avec une arme, entra dans la tente. Astrid se jeta dans la toile sans réfléchir, la transperçant avec sa hache. Elle était passée maitre dans l'art de l'échapper efficace. Stormfly l'attendaient. Elle courut en même temps que la Deadly Nadder qui la souleva du sol. Si elle s'enfuyait avec bien plus que ce qu'elle espérait, elle n'en ressortait pas triomphale. L'enchère semblait avoir été avortée. Mais Viggo Grimborn lui avait échappé, ou plus précisément avait mené un jeu habile. Elle se cramponna fermement à la patte de la dragonne attendant d'être plus haut en vol pour s'assoir sur son dos, tenant fermement le journal dans sa main. Elles rasèrent les cages de dragon à pleine vitesse, et alors que son bras pendait vers l'une d'entre elle, sa hache alla se fracasser contre le fer forgé et lourd des grilles des prisons. Elle jura.
Quelqu'un la bouscula violement, la tirant de ses pensées. Elle jeta un dernier regard sur les étals et la foule avant de se diriger vers une rue adjacente. Elle ne put s'empêcher de soupirer de soulagement. Il devait bien y avoir un forgeron dans ce village. Elle devait réparer cette hache au plus vite. Ses recherches dans les iles inoccupées de la région devaient reprendre. La neige immobilisait les voyageurs, même à dos de dragon. Son propre dragon lui-même se reposait dans une grotte à l'autre bout de l'ile. Stormfly allait sûrement dormir quelques jours avant de reprendre la route. Sa Nadder était tout ce qu'elle avait, avec sa hache et maintenant le livre. Elle l'avait parcouru pendant des heures. C'était le seul reste qu'elle retrouvait de lui depuis très longtemps. Depuis qu'elle avait commencé ses recherches, elle était tombée à de nombreuse reprise sur sa trace. Le temps passait bien trop vite, elle se sentait rattrapée chaque hiver un peu plus. Mais, éparpillés dans l'archipel, des indices de sa vie la conduisaient vers des réponses. Elle ne pouvait se résoudre à abandonner tant qu'elle n'était pas certaine qu'il était mort. Il n'était pas mort. C'était impossible. Le carnet qu'elle avait trouvé était vieux mais emplis de croquis et de recherches plus ou moins récentes. Toutes ses sources s'arrêtaient à peu près à la même époque, mais celle-ci était plus récente. Il ne pouvait pas être mort. La lecture de cet ultime indice avait prouvé une fois de plus que ses recherches sur les dragons s'étaient poursuivies après qu'il ait quitté Berk, dix ans plus tôt. Si elle n'y apprenait pas grand-chose elle-même, ce genre de connaissances était un atout majeur pour des chasseurs de dragon. Elle n'arrivait pas à saisir comment Viggo Grimborn avait pu se procurer pareil objet, et le traiter avec une tel nonchalance. Il avait connu Hiccup. Personnellement. Cette idée la terrifiait, c'était cependant la première fois qu'elle envisageait qu'il ait pu passer au camp ennemi. Cela signifierait aussi que tous ses espoirs étaient brisés et que ses recherches n'avaient servi à rien. Ils seraient condamnés.
Elle serra le poing sur le manche de sa hache. Le froid mordait ses joues alors qu'elle s'éloignait de la chaleur de la foule. Elle observa le ciel bleu, sec. Ses bottes glissaient sur la glace. Son regard croisa celui d'un vieillard assis sur les marches de sa maison et qui l'observait tenter de se rattraper. Elle se sentit d'abord ridicule puis choisit cette opportunité de communication pour se faire indiquer le chemin et éviter de perdre son temps.
« Excusez-moi ? Il y a un forgeron par ici ?
—A trois rues d'ici ma petite dame, il est surement très occupé aujourd'hui à cause du marché. Mais il pourra peut-être trouver du temps pour vous. Il s'appelle Haaken. »
Elle sourit gentiment en s'éloignant vers la direction pointée du doigt par l'homme. Les rues étaient pleines de boue mêlée à la neige. Les rues adjacentes commençaient à se calmer alors que le ciel s'assombrissait. Bien que les journées fussent extrêmement courtes à cette période de l'année, la vie au sein des villages continuait dans les tavernes, le froid incitant à boire plus. Elle avait elle-même cherché passivement une auberge, toutes occupées par l'affluence du marché. Elle continuerait certainement après son passage chez le forgeron.
Astrid avait construit au cours de ces dernières années une forteresse de solitude qui l'accommodait. Elle avait passé ces derniers mois sur Berk avec elle-même, n'interagissant qu'avec sa mère et ses frères. Il y a longtemps que les jeunes gens de son âge n'avaient plus ses préoccupations, la plupart installée et occupée par leur vie professionnelle ou de famille. Par la suite, cet attrait pour la solitude lui avait permis de ne pas créer de lien dans ses multiples recherches dans l'archipel. Cela faisait plusieurs mois qu'elle était partie définitivement de Berk, fuyant de manière un peu précipité. Elle s'était promis de ne pas revenir dans sa patrie sans lui.
Au coin de la rue, une petite foule s'agglutinait devant la boutique du forgeron. Elle fut très étonnée par la fréquentation féminine du lieu, généralement l'apanage des hommes. Elle s'approcha, armée de sa hache brisée. Le monde agglutiné la dérangeait et pour la particularité de sa demande, elle choisit d'attendre que le nuage humain ce dissipe.
Elle ne pensait pas attendre si longtemps. Elle chercha pendant plusieurs minutes à comprendre la raison de cette foule avant de rapidement la cause des gloussements. Le forgeron devait être de bon goût. Elle l'aperçut plusieurs fois, l'entrevoyant entre deux personnes, souriant gentiment. Elle se dirigea vers l'enseigne, la lumière à l'intérieur s'éteignant peu à peu. Le forgeron, l'entendant approcher dans son dos, ne se retourna pas pour la regarder.
« Je suis désolé, il va falloir revenir demain. »
Astrid s'arrêta un instant, incertaine de devoir insister ou non. Puis elle pensa à Stormfly endormie dans sa montagne, et le temps passé dans ce petit village dans les prochain jours. Elle devait insister auprès de l'artisan, comprenant immédiatement pourquoi la foule s'intéressait tant à lui. Il possédait un dos large et épais, musclé par la forge, quelques taches noires remontant dans son cou, de forme indistincte et semblant être un tatouage. C'était rare dans la région de voir des individus arborant ce type de caractéristiques physiques. De dos, il était visiblement très grand. Il était penché sur un sceau d'eau froide dans lequel une lame aiguisée trempait.
« J'attends depuis plus d'heure. J'ai une requête un peu spéciale qui requiert un soin particulier pour ma hache. »
A l'instant où elle éleva la voix, elle vit le corps du forgeron se tendre et son oreille gauche se tourner vers elle. Il était soudain très attentif à ce qu'elle allait dire. Il se retourna vers elle en se redressant, la peau du visage étrangement pâle faisant sortir le vert de ses yeux qui s'aggrandirent un peu plus quand il l'observa enfin. Il était vraiment plus grand qu'elle, ses cheveux bruns tombaient sur son visage, attachés à l'arrière de la tête. Les reflets roux permettaient de comprendre pourquoi ses joues étaient couvertes de taches de rousseur. Son menton et les contours de sa bouche étaient entourés d'une barbe peu longue mais taillée un peu négligemment. Son cou était étrangement délicat, posé sur de grande épaule. Il portait un tablier à la taille et une tunique verte tenue par une ceinture marquant la taille, tentant vainement de cacher un torse épaissis par le muscle. Il était tonique, jeune et beau.
Cependant, la chose la plus étrange était qu'elle n'était pas la seule prise de cours par cet échange de regards perplexes. Il était aussi pétrifié, les yeux largement ouverts et la bouche entrouverte.
« Astrid ?! »
Et soudain cela fit sens. C'était complètement absurde. Non. C'était impossible. C'était littéralement impossible. Comment avait-elle pu ne pas réaliser avant, pendant ces longues minutes d'attente devant la forge ?
C'était lui. Elle le reconnut dans ses yeux, seuls les siens pouvaient la transpercer ainsi.
« Toi… TOI ?! »
