La Tempête

Mardi matin. Huit heure dix. Il pleut, comme depuis 1 mois. Le bruit des gouttes d'eau qui atterrissent sur le toit de l'établissement en piteux état est assourdissant. Elles tombent de plus en plus vite, de plus en plus fort, jusqu'à former des millions de traits perpendiculaires au sol. Dans la salle qui porte le numéro 104 sur son écriteau, la tristesse enfuie au plus profond d'un de mes nouveaux camarades devient colère. Un éclair apparaît dans les confins du ciel sombre, où toute trace du soleil avait disparue. La lumière de la salle s'éteint, et laisse place à un spectacle des plus désolants. Le flash lumineux d'une intensité sans pareil éclaire les deux rivaux, tel deux monstres avides de sang et de pouvoir. Les cris poussés sont tellement forts que ces derniers percent les murs de la pièce jusqu'à parvenir aux classes environnantes. D'un côté, on peut sentir une haine destructrice qui a pour unique objectif la terreur, ou la vengeance. De l'autre, une peur émane d'un corps fluet qui peine à se défendre, telle une proie impuissante face au fléau qui se situe devant elle, et qui menace sa vie. L'affront est d'une telle violence que l'autre professeur présent, alerté par nombre de vulgarités, se rue à l'extérieur pour demander du renfort. Malgré cela, l'issue de cet affront, alors encore inconnu des élèves de la terminale 3 du lycée Koyama, était évidente pour moi. Je suis alors incapable d'agir.

Il y a de cela huit ans, j'ai perdu mon père dans une maladie en phase terminale. Je n'ai rien pu faire. Assise sur une chaise devant un cours de grammaire, j'ai senti comme un pincement aigu dans ma poitrine, une douleur si forte que j'ai dû me rendre à l'infirmerie. En rentrant chez moi, ma mère était absente. J'ai appris le décès de mon père sur un appel enregistré. 7 ans plus tard, après avoir pris pour résolution de suivre mes proches du mieux que je pouvais, j'ai appris que ma mère, alors hospitalisée pour une soi-disant maladie de routine, vivait ses derniers instants sur un lit d'hôpital dur et froid. Et encore aujourd'hui, je me retrouve à assister, impuissante, à un massacre inattendu. Mais cette fois, c'est ma présence qui l'a engendré. Mes yeux rivés sur cette boucherie sous forme de dégradés de gris, je demeure complètement perdue. Aucun son, aucun mouvement de lèvre ne se produit malgré ma volonté.

— T'en veux encore une ? T'as pas encore assez pris ?

— Pardon ? On ne t'entend pas bien, tu disais ? Tu en veux plus ?

— Tout ça c'est de ta faute ! Uniquement de ta faute !

L'assaillant est étendu au sol, le visage meurtri, complètement défiguré et couvert de sang. Cette scène effroyable me fait basculer dans une dimension psychique complètement désordonnée. Ma tête devient lourde, des sirènes retentissent à l'extérieur du bâtiment. Mes paupières se ferment malgré le chaos. Il continue de pleuvoir, encore et encore.