Réveil
— Eh ! Il se réveille ! S'écrie alors un curieux personnage en tee-shirt jaune.
— Apportez le plat ! Non pas lui, celui posé sur la table blanche… Non celle à ma droite ! Attend... - Cette fois-ci, c'est un contrôleur JR en chemise.
Mes paupières sont lourdes, c'est comme si des élastiques essayaient de me les garder fermés, comme pour me cacher quelque chose. Enfin, les élastiques n'ont pas de conscience.
— Voilà, c'est bien. Ouvre grand !
Les deux personnes dans la salle m'ont l'air assez inexpérimentées, l'un semble être un stagiaire. J'avale le petit cube que le supposé médecin me donne, avant d'être réprimandé.
— Non ! Il ne fallait pas l'avaler. Bon tant pis. Garde celui-là dans la bouche et laisse-le fondre sur la langue de manière à ce que…
Mes pensées se mélangent dans ma tête. J'essaye alors de me remémorer un événement qui se serait produit récemment, et qui me permettrait de comprendre ma présence sur ce lit d'hôpital. Enfin, un lit d'hôpital dans une salle semblable à celles de l'infirmerie de mon lycée. J'ignore malgré moi les instructions données par le médecin en chemise de chimie, qui me réprimande une seconde fois. Les contrôleurs JR ne portent pas de chemise blanche. Je reprends petit à petit conscience.
— Je lui donnerais l'autre plus tard. Amène-le-moi, il y en a dans la salle des professeurs. Bon, comment tu te sens, pas trop mal au crâne ?
L'homme en blouse se tourne enfin vers moi, pour me poser cette question vide de sens dans mon état actuel. J'ai froid, j'ai chaud à la tête, des courbatures de partout.
— Tu ne te souviens de rien ? Me demande le médecin, l'air inquiet. Je hoche la tête pour éviter de remuer les lèvres. Ma gorge me fait mal, et je risque fortement de lui cracher au visage, involontairement.
— Je vais essayer de te résumer brièvement ce qui s'est passé ce matin. Tu as eu une altercation avec une élève de ta classe, il s'agit de Shiina Tsumugi.
Les propos de l'individu assis à mes côtés sur une chaise en plastique bancale ont mis un peu de temps avant d'atteindre mon esprit. J'aurais frappé une fille de ma classe ? Pour me retrouver dans un tel état ? Après tout, cela de m'étonnerais pas, son niveau de Kendo est très élevé.
— Tu m'écoute ? Je reprends. Donc je te disais que Kirigaya a essayé de vous séparer, et que, malgré tout, tu aurais continué à te faire du mal en te cognant à tous les recoins de la salle. On aurait dit que tu venais d'avoir ta première crise d'épilepsie.
C'est un désordre sans nom qui apparaît dans mon crâne. Est-ce encore un coup monté par les élèves influents de la classe ? Tout en essayant de rassembler les pièces du puzzle, je me concentre sur l'avenir. Sur mon avenir. Que vais-je devenir si ces faits était vérifiés ? Je passerais sans doute devant un juge au tribunal de correction pour adolescents. Ma vision se trouble. Mes blessures me font mal, et je peine à réfléchir.
— Le conseil de discipline te contactera par courrier prochainement. En attendant, tu es autorisé à rentrer chez toi, aucun suivi ne sera nécessaire. Tu peux remercier la nouvelle de ta classe pour cela. Bref, prend cela tous les jours en faisant attention à ce – Ma vue redevient nette, je me lève malgré mes blessures quoique peu profondes, je remarque que mon visage est couvert de bandages : les retirer dévoilerait sans doute une affreuse crevasse.
Je quitte la pièce avec un poignard dans le ventre. Il ne cesse de bouger, et je ne peux l'enlever. Il est 15h10, l'heure où les élèves se rendent à leurs clubs. De ce fait, certains m'observent avec un regard de pitié, d'autres avec un regard assassin. Je vois la nouvelle élève discuter avec ses nouvelles camarades de classe, qui tentent de la rallier à leur cause injuste.
Je laisse échapper un « merci », même si je ne sais pas pourquoi je devrais la remercier, tout est encore brouillon dans ma tête. Et c'est avec le moral au plus bas que je décide enfin de quitter l'enceinte du lycée.
