Tout là-haut dans le ciel

Je reprends conscience, j'ai la sensation d'avoir dormi pendant une éternité. Un son assourdissant me parvient aux oreilles. Des soufflements, un vent très fort donne l'impression de voler. Il fait humide, je peux sentir des centaines de gouttelettes d'eau se poser, et glisser le long de mon visage. Mes bandages ont l'air d'avoir disparu. J'ouvre enfin les yeux. Un paysage crépusculaire digne d'un film fantasy me colle à la rétine

— Eeeeh ?

Une multitude de prairies flottantes se trouvent en face de moi. Les gouttes d'eau décrivent des mouvements contraires aux lois de la physique.

— Des oiseaux ?

— Des poissons.

Une voix claire et enfantine me coupe dans mon élan. Elle se place dans mon champ de vision, et me regarde avec un sourire plein de compassion. Réflexion faite, c'était moqueur.

— Pardon ? Qu'est-ce que tu racontes ? Et puis t'es qui, t'es quoi au juste ? Qu'est-ce que-

— Tu parles trop vite, je ne comprends même pas la moitié de ce que tu dis.

— Mais bon sang c'est quoi cet endroit ? Où suis-je ? M'écriais-je, complètement dépassé par les évènements.

— C'est vrai que c'est allé très vite. Alors accroche toi, ce n'est pas facile à accepter. En ce moment même, on est au-dessus du lycée…

— Dans le ciel ?

— Tout juste !

— …

Je marque un temps d'hésitation. Tout cela me paraît complètement surréaliste.

— Tu vas me faire gober ça ?

— C'est pourtant le cas ! Regarde autour de toi !

— Les prairies, ça ne vole pas à ma connaissance, me disais-je à moi-même. Cette fille se fichait de moi. Je suis sans doute drogué, et enfermé dans une cellule de maison de correction.

— Au fait, c'était quoi l'affront d'hier ? Tu t'es vu ? T'aurais pu blesser de nombreux élèves ! Moi la première ! Qu'est-ce qui t'as pris de te jeter sur lui ? Tu savais que tu ne ferais pas le poids !

— Sur « lui » ? On m'a dit que c'était sur Shiina...

— Laisse tomber, dit-elle en soupirant d'exaspération. Son regard c'était assombri et je craignais l'avoir froissée. Car là où je suis, je ne peux compter que sur elle, je n'ai pas toute ma tête.

— Je suis désolée. Tu dois être perdu. En même temps, ce n'est pas courant de se retrouver dans cette situation.

— Non, c'est moi qu-

— Stop !

Le silence s'installe. D'épais nuages se forment, les prairies se font de plus en plus rares.

— Elle disparaissent ! On va tomber !

— Bien vu Newton ! Je devais attendre ton réveil pour procéder, mais tu t'es réveillé trop tard. Donc on-

— Je n'y peux rien !

— Écoute moi ! Tu vas prendre mes mains, et tu vas fermer les yeux. Surtout reste conscient.

Ses yeux fixaient les miens avec sérieux. Encore une fois, Je ne pouvais me concentrer sur autre chose. Je n'ai pas entendu la moitié de ses explications, mais, me tendant les mains, je me disais qu'il n'y avait rien d'autre à faire.

— Quel genre d'offrande ?

— Pardon ?

Je perds pied. Hina se rue sur moi et m'enlace sans me demander mon avis. Le vent souffle dans mes oreilles, la sensation du cœur qui remonte dans la poitrine se fait de plus en plus forte. Mes repères sont complètement inexistants. Les bras filiformes de la jeune fille glissent le long de mon corps, et ses mains finissent par attraper les miennes. Une énergie très forte m'envahit, comme si une solide connexion venait de s'établir entre nos deux âmes. Je rouvre les yeux en l'espace d'un instant, avec une douleur dans le dos. Ma jambe a l'air d'avoir pris un coup. Une voix irritée m'accueille.

— Tu n'écoutes rien à ce qu'on te dit ! C'est incroyable. Pitoyable, me sermonne-t-elle. J'ai failli me blesser ! C'est pas vra-

Je suis allongé sur ce qui semblait être le toit d'un bâtiment délabré, très ancien. Quand soudain, un éclair déchire le ciel et explose le sanctuaire situé à deux pas de notre lieu d'atterrissage. Le bâtiment semble tenir en équilibre, mon instinct me dit de partir. Il se met à pleuvoir.

—...Incapable de rester les yeux fermés plus de cinq secondes, aucun tact-

— Pousse toi ! Crie-je à Hina, complètement déconnectée du monde réel.

Le sol s'effondre sous mes pieds, je suis alors en plein saut. Sans une once de réflexion, je prends sa main et dévale les escaliers de secours. Les rambardes rouillées manquent de me couper à chaque prise, les marches en métal se disloquent. Pendant notre course effrénée, elle n'a pas prononcé un seul mot. S'en sortir vivant est actuellement notre seul objectif.