La fin de l'arc-en-ciel
Le soleil effleure ma peau. J'ouvre les yeux, et j'en croise d'autres du regard.
— Hina…
— Lodaka est vraiment perché sœurette…
— Nagi ! Viens plutôt préparer la table.
J'essaie de me lever, mais c'est un échec : les courbatures de la veille m'empêchent tout mouvement brusque.
— Les onigiris servis sur de l'omelette parsemée d'ognons fris sont prêts ! A table ! Lodaka, qu'est-ce que tu fais ?
Ma tentative d'habillage tourne au drame, une chaussette finie dans le col de mon t-shirt. Nagi me sauve d'une humiliation certaine en la retirant à temps. Et c'est non sans peine que je rejoins la table basse où une odeur particulièrement agréable attire mon attention.
— Itadakimasu !
— Tu as bien dormi Lodaka ?
— Absolument pas, j'ai pensé à toi toute la nuit.
Je n'ai pas tout de suite compris pourquoi un silence gênant s'était installé. D'un côté, Hina avait complètement cessée de fonctionner, de l'autre, Nagi filmait la scène, je crois même qu'il était en live.
— Pose ça toi ! Dis-je en rougissant.
— Eeeeeeh….
— Ce n'est pas ce que je voulais dire ! Je me tourne vers le visage vide d'Hina. Tu m'as parlé d'une chose qui t'avais poussé à créer cet éclair et je voulais en savoir plus…
— Tu n'as pas à le savoir !
— Y'a un mec bizarre sur mon live…
— Mais c'est important ! Pourquoi je n'ai pas le droit de savoir ?
— Et bien… Parce que !
— Je t'ai un peu sauvé la mise, tu pourrais au moi-
— Quoi ? Tu rigole ? T'as surtout failli nous tuer !
— Kirigaya machin truc te dit d'ouvrir son message Lodaka… Il a l'air furieux…
— Vas-y, développe, en quoi j'aurais… pardon ?
— Kirigaya veux que tu ouvres son message…
Autre que Line, j'ai reçu également beaucoup de mails de la part de nombreuses personne que je connais : les élèves de ma classe. J'ouvre en premier un des deux autres messages importants qui s'était affiché en plus ce celui de Hina hier.
Proprio
Bonjour, propriétaire n°155 du bâtiment C de la résidence Aoyamat n°3, arrondissement 23. Votre location vient d'être réquisitionnée par les forces de l'ordre pour suspicion de détention d'arme à feu et de possession de médias non autorisés. Le contrat est rompu, nous vous demandons de vous rendre au commissariat le plus proche.
Kirigaya / Emmerdeur de service
« Tu vas prendre cher pour m'avoir cambriolé mon gars ! T'es dans la merde ! »
Les 27 autres messages sont identiques, mais envoyés par tout les comptes Yahoo de la terminale 3.
« C'est terminé. »
Compte tenu des derniers évènements, nous avons pris la décision de nous rendre au commissariat pour comprendre les raisons de ce foutoir. Nous connaissons les risques, il n'est pas dit que je ressorte de là sans peine. Mais je n'ai nul par où aller, mes parents n'ont rien à voir dans ce merdier. Ce sont mes problèmes et il ne tient qu'à moi de les résoudre. Quant à Hina, elle a décidé de m'accompagner jusqu'à la dernière station de bus. Mon cœur se serre. Et si tout s'arrêtais là ? Et si tout cela était un coup monté par les têtes dures de la terminale 3 ? Ils en seraient tout à fait capables. Cela remonte à longtemps, mais tout ce harcèlement quotidien que je subis y serait peut-être lié.
Il y a tout juste 3 ans, lors de mon entrée au lycée, Il y avait 5 élèves doués d'un grand talent pour le baseball. De ce fait, ils étaient admirés par la plupart des élèves du bahut, ce sport étant dominant dans beaucoup de lycées japonais. A tel point qu'a chaque rencontre, c'est l'intégralité de chaque lycée qui soutient son équipe dans les gradins. Cependant, tout n'était pas rose, et ces types se révélait être de réelles brutes. J'assistait à certaines scènes choquantes aux abords de mon immeuble où ils se rassemblaient souvent. Quand je suis enfin sorti de l'ombre pour en parler à mon père, membre des forces de l'ordres, il à mis en place une procédure inattendue. Une interpellation de grande envergure dans l'enceinte même de l'établissement scolaire a été organisé, et les cinq membres du club de baseball furent tués dans la panique. Mon père biologique sera plus tard exécuté pour homicide involontaire, peine totalement inattendue. Le Bahut étant classé en catégorie E sur l'échelle comportementale, les avis des étudiants à mon sujet sont presque unanimes.
« Station n°17 à 200 mètres, veuillez faire attention à l'ouvertu… »
Aujourd'hui, ils veulent sans doute me faire payer. Me détruire, doucement, pour me faire souffrir. Encore, et encore, et encore. Assise sur le siège d'à côté, Hina me prend la main et me donne un sourire d'encouragement sincère. Je lui rends la pareille, malgré que mes pensées soient complètement confuses.
— Ne t'inquiète pas, tout rentrera dans l'ordre. Tout ira bien.
Quelque chose de chaud me monte à la tête. Sans que je ne m'en rende compte, je m'étais mis à pleurer. Pourquoi une rencontre si brève provoque en moi un tel chamboulement ?
Hina sèche mes larmes, avant de m'embrasser sur la joue. Elle me disait « vas-y » dans son regard. Les portes s'ouvrent, je descends du bus et me dirige lentement vers la station de police. Je touche ma sacoche pour sentir un objet métallique plutôt inconfortable. Ce qui semble être un civil s'approche du bus, l'air intrigué.
— Hina Amano ?
— Oui ?
— Vous êtes en état d'arrestation, veuillez me suivre.
