Dies iræ

Je ne sais pas ce qu'il se passe. Un passant, à l'allure étrange, interpelle Hina dans le bus. C'est comme si le passant essayait de lui demander de le suivre, elle semble refuser son invitation. Je commence à m'approcher quand un policier m'interpelle.

— Lodaka Desmondes ?

— C'est bien moi.

— Je vais vous demander de me suivre.

Je suis l'agent dans l'enceinte du commissariat. Impossible de penser à autre chose que l'arrestation suspicieuse de Hina, quelque chose ne tourne pas rond.

— Excusez-moi, je-

— Vous pouvez garder le silence.

— Qu'est ce qu'ils vont lui faire, qu'a elle fait ?

— Cela ne vous regarde pas.

Une rage monte en moi. Une fois encore, cette sensation de ne pas gérer la situation me rend dingue. On m'assoie sur une chaise en métal rouillé devant un agent, peu accueillant. Il semble doté d'une impressionnant musculature.

— On est prêts, lancez l'enregistrement.

— Lodaka, je vais te poser quelques questions, me dit l'agent assis en face de moi. Son stylo semble écrasé par la puissance de sa main.

— Possède-tu une arme de poing ?

— Non.

Il s'arrête un temps, avant de commencer à faire tapoter son stylo sur le bureau en métal. Il fait froid, l'atmosphère se fait de plus en plus austère.

— Possède-tu des films téléchargés illégalement sur des disques ?

— Non !

Son mouvement s'intensifie. L'orage craque dehors, les lumières s'éteignent et se rallument en l'espace d'une seconde. On lui apporte un sachet en plastique contenant divers éléments. Au fur et a mesure qu'il les dépose sur la table, je sens une haine profonde monter en moi. Des revues X, de nombreux films téléchargés, le message de Kirigaya a tout de suite plus de sens.

« Tu vas prendre cher pour m'avoir cambriolé mon gars ! T'es dans la merde ! »

Mais il dépose également des munitions du calibre de mon arme. Ces dernières étaient restées sur sol du salon. Je perds mon sang froid.

— Cela ne m'appartiens pas ! Je hurle, si fort que n'importe qui pourrait m'entendre à 200 mètres à la ronde.

— Apporte la suite.

— Voici l'enregistrement vidéo monsieur.

L'enregistrement a été pris depuis une caméra miniature attachée à mes bandages

— Le stagiaire ! Me dis-je, avec la honte de m'être fait piéger de la sorte.

On me voit jeter la sacoche. Le bruit des munitions qui tombent et rebondissent sur le sol a provoqué un déclic dans ma tête. L'agent reprend la parole.

— Cette photo a été prise après l'arrivée de mon équipe sur les lieux, l'étagère vide ne l'est plus, me dit-il en me montrant du doigt ce qui semblerais être les revues posées sur la table.

Tout s'éclaire dans ma tête. Kirigaya s'est sans doute introduit chez moi, la porte étant en mauvais état, avant d'y poser les pièces à conviction. Au moment où je m'apprête à prendre la parole pour remettre les choses en ordre, je m'aperçois que le policier me regarde avec un visage dénué d'émotions. C'est la fin.

*KBOOOM*

Une explosion se produit. Les lumières s'éteignent, un poids me tombe sur la tête

— Suivez-moi, c'est un ordre !

— Il n'en est pas question ! Je hurle de toutes les forces. Un éclair apparait dans le ciel et frappe le paratonnerre du commissariat. Je perds mon sang froid et je ne réfléchis plus. Ils vont l'emmener, le coffrer.

« Lodaka est arrêté pour des motifs passibles de plus de 10 ans de prison ferme. La maison de correction de chargera de son cas. Maintenant, veillez me suivre, vous êtes accusée de travailler en tant que mineure, les services sociaux vont vous prendre en charge. »

Il en est hors de question, il va s'en sortir. On va s'en sortir. Je tiens à lui comme n'importe quel proche. Lorsqu'il s'est battu contre Kirigaya mardi matin, malgré son manque de gestion de l'espace, j'ai de suite su qu'il n'agissait pas de la sorte pour rien. Il ne tient plus à sa réputation, tout ce qu'il souhaitait, c'était, peut-être, apprendre à me connaitre, en tant que nouvelle élève, encore non influencée par les éléments perturbateurs de classe.

— Arrêtez-vous !

Quand personne ne vous adresse la parole autrement que pour vous assaillir, la rencontre avec une nouvelle personne peut changer votre vision des choses.

— Elle est complètement cinglée ! Faites quelque chose bon sang !

Je ne perdrais plus personne. Plus jamais je ne resterais impuissante. Ma colère grandit de plus en plus, je perds tout contrôle de mes émotions. Des éclairs se forment autour de ma taille, créant ainsi de gigantesques arcs d'énergie. Les équipements électriques cessent de fonctionner, les explosions s'enchainent les unes après les autres. Il avait cessé de pleuvoir. Un climat sec s'installe sur la capitale, de nombreux avertissements se déclenchent dans tout l'arrondissement.

— Attrapez-la !

Ils ne me lâcheront pas.

— Je la tiens, passez-moi les menottes !

Ils ne cesseront pas.

— Refus d'obtempérer !

Ils ne comprendront pas.

— On vous emmène au poste. Vous êtes passible de 2 ans d'emprisonnement pour re-

Rongée par le désespoir, je tente le tout pour le tout.

— LÂCHEZ-MOI !

« Une explosion gigantesque vient de se produire au 25ème arrondissement, aux abords du commissariat. Le statut d'urgence vient d'être déclaré. Merci de rester chez… »

« Plusieurs lignes arrêtées en urgence, de nombreux accidents viennent d'avoir lieu dans… »

« Plusieurs départs de feu ont été signalés dans le 25ème arrondissement, des autorités débordées »

« De nombreux passants témoignent de soudaine d'un nombre conséquent d'éclairs sur une certaine zone. Un individu en serait la cause, mais il reste…»

« Les panneaux publicitaires de la zone sinistrée diffusent des photos et vidéos d'un jeune homme en train de maitriser des agents des forces de l'ordre, le kendo ne perm… »

« Au vu de ce paysage désolant, on suppose une attaque ciblée sur un ou plusieurs individus, peut-être d'un gang ou bien d'une organisation qui ne craint pas la peine à perpétuité, comme des étudi… »