Un dernier effort

Il fait froid. Lorsque je reprends conscience, je ressens un vent chaud qui proviens d'une brèche dans le mur de la cellule d'interrogatoire. L'officier baraqué a succombé à ses blessures, la poussière m'empêche de respirer correctement. Une fois à l'extérieur, je contemple avec stupeur et désolation, l'arrondissement 25 de la ville de Tokyo, complètement métamorphosé. Les cendres jonchent le sol, les flammes s'élèvent à chaque coin de rue, les bus renversés. Une odeur nauséabonde flotte dans ce décor tout droit sorti d'un film post-apocalyptique.

« Quatre lycéens interpellés : Kirigaya Matsushita, Aria Nichisawa, Misaka Fujiwara, Kaguya Chitoge sont suspectés d'avoir organisé ce massacre d'une envergure jamais vue depuis plus de 30 ans. »

Une seule et unique chose me taraude l'esprit. Où est Hina ? Où est-elle ? Comment la retrouver dans ce chaos ?

« Ravie de faire votre connaissance, j'espère que nous nous entendrons bien. Je compte sur vous ! »

Les voix dramatiques exagérées des médias mêlés aux alertes qui tournent en boucle dans les haut-parleurs ne me confortent pas. C'est un désastre inqualifiable.

« Tout ça c'est ma faute. »

Où est-tu, Où est-tu bon sang !

J'aperçois une silhouette qui m'est familière, sous un panneau de signalisation qui s'était affaissé.

« Ne t'inquiète pas, tout rentrera dans l'ordre. Tout ira bien. »

— HINA ! Je hurle de toutes mes forces.

Son corps, inconscient, est étendu sur le sol.

— Je t'en prie, réveille-toi ! Allez !

Les premiers secours se révèlent inefficaces.

« C'est terminé »

Le paysage devient gris, les bâtiments prennent des formes angulaires. Je ne vois plus rien, le crépitement des flammes ne fait de plus en plus rare. Tous mes sens ont disparu, envolés. Mes muscles ne me répondent plus. Comment en est-on arrivé là ?

« Enfin, c'est quoi cette chose que j'ai manqué d'apercevoir ? »

« Pas grand-chose. Ne t'inquiète pas pour cela »

Si je m'inquiète, je veux savoir ! Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?

— Qu'est-ce que je peux faire ?!

On va s'en sortir. Tout ne va pas s'arrêter là. On ne mérite pas que tout se finisse-là. Je tente le tout pour le tout. Mes sens reviennent doucement. Un dernier effort. Je m'approche doucement du corps de la jeune fille, je pose les mains couvertes de poussière sur tête, je prends une grande inspiration. Mes lèvres entrent en contact avec les siennes. Je tente tant bien que mal de la réanimer. C'est toi qui as changé ma perception du monde, qui m'as redonné goût à la vie ! Alors par pitié, s'il vous plait. Vous là-haut, si vous existez, faites-en sorte de la sauver !

Onegai(1) !

Une goutte d'eau tombe sur ma joue. Puis une seconde. Puis des dizaines. Un torrent tombe du ciel, des milliers d'êtres vivants se dirigent vers les flammes qui s'éteignent peu à peu. Un air frais vient remplacer les odeurs toxiques. Soudain, il cesse de pleuvoir. Je lève la tête, sans aucune attente particulière, et j'assiste au plus bel évènement qu'il m'est été donné de voir de toute ma misérable existence. Le ciel se dégage, les rayons du soleil se dédoublent sur les parois réfléchissantes. C'est comme si la ville s'habillait de ses plus vêtements d'été. Hina me prend la main, et manque de me faire sursauter.

— Contente que tu sois là, Lodaka, me dit-elle avec un léger sourire, La voix très faible. Je reste sans voix.

Les secours accourent sur la scène.

— Vous allez bien ? Nous demande un pompier en plein milieux de nos retrouvailles.

— On l'emmène !

— Non, attendez, vou-

— Ne t'en fait pas, elle s'en remettra. En attendant, va…

Je cesse d'écouter les pompiers et regarde Hina partir au loin, sur un brancard. L'ambulance s'éloigne, je la chasse du regard à travers les décombres. J'ai mal. Une douleur atroce me parcourt le corps. Mais nous nous reverrons, j'en suis convaincu. La pluie retombe, et ne s'arrêtera plus.


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