Thème : Tenir bon
Sujet : Ansem le Sage/Ienzo
Il attendait ici depuis combien de temps ? Il n'avait pas de repère. Aucune indication du temps qu'il passait en dehors de sa prison sombre. Alors il se perd dans ses souvenirs, dans sa mémoire, dans des données qui ne sont pas que scientifiques.
La première fois qu'il avait tenu Ienzo dans ses bras était l'un de ses plus beaux souvenirs. Il venait tout juste de l'adopter et quand il avait pris cet être si fragile contre lui, Ansem s'était juré de protéger ce petit bout de chou. Il faisait beau ce jour là, et le soleil diffusait une douce chaleur. Tenant l'enfant contre lui, il avait posé un rapide petit baiser sur son front avant de sourire. Il était papa. Il était enfin papa.
Sentant une larme venir, l'homme en manteau noir serra les poings, le cœur douloureux. Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour revenir à ce jour.
Un second. Une inquiétude. Le bébé ne pleurait jamais, ou plutôt il pleurait mais sans faire le moindre bruit. C'était une véritable horreur à vivre. Il avait même songé que Ienzo avait un problème mais non. Il pleurait mais sans crier comme un bébé normal. Il était calme, tout le temps. Pour faciliter son nouveau métier de père tout en joignant celui de scientifique, il avait mis le bambin dans son bureau, dans un petit parc tout jaune. Et recouvert de peluches. Ainsi, assis derrière son bureau, il avait une parfaite vision sur son fils jouant toujours sans bruit avec ses jouets. Alors qu'il était en train d'étudier un dossier important, un son le fit froncer les sourcils, l'obligeant à redresser la tête de sa lecture. Ce qu'il vit le fit doucement sourire. Ienzo tenait deux petites peluches et avait la bouche ouverte en un parfait O. Le vieil homme s'était approché sans bruit, intrigué et amusé par la scénette.
- Ienzo ? Qu'est-ce que tu es en train de faire ?
Percevant une certaine lueur dans les yeux de son fils, Ansem se pencha vers le bambin aux quelques mèches ardoises, l'air encore plus intrigué.
- Ien-
- BAWGH !
Pour un premier cri enfin perceptible, Ienzo avait fait fort. Ansem avait tellement été surpris qu'il en était tombé à la renverse. Un cri puissant et rapidement suivi par un autre plus doux. La première fois qu'Ansem put entendre la voix de Ienzo, il entendit son rire.
Doucement, une larme coula sur ses joues non rasées. Cela devait l'aider à tenir. Il avait des dettes à payer. Il avait commis des choses horribles. Alors il devait en payer le prix. Les fragments de sa mémoire ne seront qu'une chose. Un point de repère pour ne pas sombrer dans la folie.
Il rampait. Partout. Et en bavant. Plus d'une fois, il avait remercié Even, Braig, Dilan ou Aeleus pour l'avoir attrapé à temps. Cela avait beaucoup amusé le sniper qui l'avait tenu comme un trophée de chef, un sourire moqueur aux lèvres. Et dès qu'il avait le dos tourné, Ienzo filait aussi rapidement que ses quatre pattes lui permettaient !Et c'était reparti pour une chasse au Ienzo ! Et toujours sans faire le moindre bruit. Certes Aeleus n'était pas très bavard, mais cela semblait être à son avantage dans la traque. C'était souvent lui qui le trouvait dans un coin. Mais la plupart du temps, l'espiègle enfant était dans le laboratoire d'Even, les yeux brillants devant toutes les fioles de couleurs d'où pouvait s'échapper de la fumée. Les gardes mirent un autre parc dans la zone de travail du blond, après son accord, ainsi Ienzo avait un nouvel endroit pour jouer. Et cela sans que personne ne lui court après.
Une seconde. Une troisième. Une quatrième. Et à la fin, Ansem cessa de compter pour mieux se calmer. Fixant le point d'horizon au loin, il fut surpris par une voix féminine et douce. Une femme se présenta à lui, bleue des pieds à la tête. Une tâche de couleur dans un océan noir. Se mettant près de lui, elle commença à lui parler. Depuis combien de temps était-elle ici ? Est-ce que comme lui, elle s'accrochait à des brides lumineuses du passé pour affronter ce futur obscur ? Sans doute oui. Sans aucun doute.
Passant un doigt sur la poussière de son bureau pourtant nettoyé, le vieil homme se tourna rapidement en entendant des pas dans son dos. Ienzo était en face de lui,le regard fuyant. Encore sans faire de bruit pour ne pas changer. Il se mordait nerveusement les lèvres et avait les yeux qui brillaient, comme de peur que son Maître ne soit encore partit loin de lui. Comblant la distance entre eux en quelques pas, Ansem prit le plus jeune dans ses bras. Il pleurait, Ienzo pleurait sans bruit dans ses bras, comme lorsqu'il était petit. L'embrassant sur le front du même geste protecteur que durant son enfance, le scientifique laissa à son tour ses propres larmes couler sur ses joues.
- Je suis rentré Ienzo. Je suis enfin rentré.
