(Dernière beta-correction : 1er Mars 2020)

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Edit – Novembre 2017

Chers lecteurs, bonjour !

BRN fait maintenant 115 pages… Elle est écrite aux deux tiers selon mes pronostics – qui souvent doivent être revus à la hausse… !

Pour comparer, si on compte le présent chapitre, seulement 19 pages sont actuellement publiées. Le décor se met en place, doucement mais sûrement. Mais ma plume et mon temps libre étant ce qu'ils sont – des bestioles dilettantes voire traitresses quand une deadline se profile – je préfère ne pas m'imposer de système de parution régulière pour le moment… Je m'en excuse platement, gentils lecteurs.

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Je salue bien bas Yoshimunchakoopas, SaKimieNolDeph, et JabberwockHeart qui me soutiennent au travers de leurs reviews – je le dis et redis dans mes replies, mais merci encore ! C'est toujours un bonheur que de connaître vos avis, quelle motivation pour ma plume ! Oserai-je vous demander de bien vouloir continuer ? S'il vous plait ?

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Et un grand merci aussi à Bubullina, revieweur « anonyme » - c'est triste mon truc, certes. Mais moi aussi, j'aime bien. Héhé, tu en reprendras bien une petite part ?

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Je vous souhaite une plaisante lecture…

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NB : comme toujours, des images d'illustration pour le chapitre sont visibles sur la page FB (lien disponible sur mon profil d'auteur.)

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Un petit rappel quant au contexte de la fanfiction, débutée fin 2017 :

Sont pris en compte les faits, révélations et relations des personnages inhérents à :

- L'intégralité de la saison 1

- Les épisodes « Origines »

- Seulement les épisodes Un à Sept de la saison 2 (qui étaient les seuls parus à l'époque où BRN s'est construite.)

Par conséquent, l'épisode 8 (« Le Hibou Noir ») et son fameux moment dans le container (dont les kwamis ont été témoins) ne sont pas pris en compte dans cette fanfiction. Les faits de l'épisode 9 (« Glaciator » et la déclaration de Chat Noir) et 10 (« Zapotis » et le recrutement de nouveaux Porteurs comme Rena Rouge) non plus.

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Bonne lecture,

Elenthya.


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J + 365.

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Pensive, je glisse l'anneau terni à mon doigt. Comme d'habitude, il est un peu trop grand. Je secoue la tête avec impatience : à quoi m'attendais-je ?

Dans un soupir, je refais passer le cordon noir dans l'anneau, attache le tout à mon cou et le dissimule sous mon T-shirt. Contre mon sternum, le métal déformé et froid est curieusement familier – rassurant. Je me tourne enfin vers mon bureau, prête à affronter un regard triste ou même accusateur, mais ma sacoche est résolument fermée. Haussant les épaules, je saisis mon sac d'école, ouvre la trappe et m'apprête à quitter ma chambre. Après deux marches, je m'arrête, j'hésite. Puis je remonte récupérer ma sacoche en grommelant.

Moi et ma détermination légendaire.

À l'étage inférieur, la voix familière de Nadja Chamack énonce les nouvelles du jour.

- La cérémonie principale de commémoration aura lieu à 14 heures, mais déjà les témoignages de compassion fleurissent un peu partout à travers la ville…

J'atteins la dernière marche avec soulagement. J'ai descendu l'escalier un peu plus vite que je ne l'aurais souhaité – mais je préfère encore réveiller mes douleurs plutôt que de prendre mon temps et ainsi m'attirer le regard soucieux de mes parents. À ma demande, ils n'accourent plus au moindre de mes cauchemars, mais il reste possible qu'ils m'aient entendue sangloter cette nuit.

Debout devant la télévision, ma mère me tourne le dos. Tandis qu'elle retourne pensivement la télécommande entre ses mains, je me glisse sans un bruit jusqu'à la cuisine.

- La météo ne semble arrêter personne, et sûrement pas les bénévoles qui sillonnent Paris pour remettre aux passants des cocardes et d'autres accessoires aux couleurs de l'évènement. Pour de nombreux quartiers, l'heure est aux ultimes préparatifs, comme dans cette association étudiante qui…

Il n'y a plus qu'une tasse sur le comptoir, accompagnée de pain encore tiède. Vu l'heure, Papa est probablement déjà à la boutique. Je dépose mon sac d'école et ma sacoche dans un coin. L'oreille tendue, j'ouvre avec précaution le frigo. Dire que ça fait maintenant un an…

- On veut qu'où qu'ils soient, ils sachent qu'on les soutient et qu'on les remercie. Ce jour, c'est aussi le jour de leur plus grande victoire. Ils étaient l'espoir de notre ville, c'est ça qu'il faut célébrer !

- Ladybug, Chat Noir, on vous aime !

- Paris se souvient de vous !

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« Mets-toi à l'abri ! Je m'occupe du reste ! »

« Ma Lady, attends ! »

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Je frissonne à ce souvenir : la porte du frigo m'échappe et claque plus fort que nécessaire. Du coin de l'œil, je vois ma mère sursauter et changer de chaîne par réflexe.

- Marinette ? Je ne t'ai pas entendue arriver.

Elle vient à ma rencontre. Dans son dos retentit le slogan éculé d'une émission de téléshopping. La bouteille de jus d'orange à la main, je la laisse m'embrasser le front comme d'habitude.

- Tu pouvais laisser les infos, tu sais.

- Ce sont les mêmes choses qui tournent en boucle. Moi ça ne m'intéresse plus, mais c'est comme tu veux.

Elle pose la télécommande sur la table puis m'ébouriffe gentiment les cheveux.

- Tu as passé une bonne nuit ?

Je risque un œil incertain vers elle : son sourire est serein, tout comme son regard. Ils ne m'ont pas entendue pleurer. Ouf. Tout plutôt que de les inquiéter davantage.

- Ça va.

Elle a un signe de tête : elle n'est pas dupe, et moi non plus. Je me suis vue dans le miroir ce matin, j'ai une mine de déterrée. Je me détourne et m'assoie au comptoir.

- Il est encore tôt. Tu te sens d'aller en cours, aujourd'hui ?

- Mmh. Et je mangerai avec Alya ce midi.

- Très bien.

- Elle… Elle veut que je l'accompagne à la commémoration ensuite. Elle dit qu'elle est morte de trouille à l'idée de faire ce discours.

Ma mère a un soupir amusé, et nous échangeons un bref regard entendu. Nous savons toutes les deux à quel point Alya est une oratrice née. Me faire venir pour soi-disant se rassurer n'est qu'une excuse pour me permettre de me sentir utile, importante.

- Ton amie est quelqu'un de très fier. Elle doit croire que tu as besoin de défis pour te dépasser. Mais c'est toi seule qui sait si tu es prête, ma chérie. Nous, en tout cas, nous y serons avec ton père.

J'acquiesce en silence.

- Je descends le rejoindre. Pense à lui faire un sourire en partant, d'accord ? Il serait tellement content.

J'acquiesce d'un murmure, saisis la télécommande… et puis je la repose, incapable de remettre les infos.

- Maman ? Comment vous pouvez vouloir y aller ? Avec ce qui s'est passé là-bas ?

Je suis donc la seule à trouver ça… difficile ? Effrayant ?

Insurmontable ?

- Après tout… C'est à cause d'eux, toutes ces victimes. Quoi qu'on en dise, ils ont échoué.

Enfin… à cause de Ladybug, surtout.

Ma mère revient vers moi, et ma gorge se serre. Après un temps de silence, sa main se pose sur la mienne, la serre avec fermeté.

- C'est vrai. Le Papillon a fait beaucoup de mal ce jour-là. À toi, à tous ceux qui étaient présents. Nul ne peut le nier.

Je baisse un court instant les paupières. La cicatrice dans mon dos m'élance, cuisante. Négligeant mon sursaut, ma mère m'enlace avec douceur. Quand enfin je parviens à me détendre, elle murmure.

- Tu es vivante, Marinette. C'est grâce à ton courage, à ta ténacité. Et si aujourd'hui tu es là, un an plus tard, à te poser ce genre de questions mais solidement debout, c'est aussi grâce à ces deux jeunes gens. Qui sait ce qui se serait passé d'autre, s'ils n'avaient pas été là pour arrêter ce criminel. Voilà pourquoi nous y allons, avec ton père : pour les remercier, et pour remercier tous ceux qui ont pris soin de toi ce jour-là.

Mes yeux me brûlent – encore. Sur le point de me défaire de son étreinte, je l'entends qui renifle discrètement. Alors je préfère attendre. Et comme toujours, ses bras, sa chaleur, son parfum, me relaxent bien plus que je ne le souhaiterais. Je baisse les paupières.

Accepter la situation, et avancer la tête haute. En ai-je seulement le droit…

alors que tout est de ma faute ?

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J + 365.

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I loved and I loved and I lost you…

Je t'ai aimé. Je t'ai aimé, et je t'ai perdu.

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J – 2.

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Chat Noir étouffe un juron et se laisse tomber sur les fesses avec un panache douteux.

- Un gardien de musée qui ramène les fossiles à la vie ! C'est moi ou les super-vilains deviennent sacrément balèzes, ces derniers temps ?

À bout de souffle, je glisse à genoux sur le parquet défraichi, contemple d'un œil neuf et hagard l'immense salle désormais sens dessus-dessous. Le Museum d'Histoire Naturelle avait décidemment une impressionnante collection de fossiles de dinosaures. À vue de nez, trois T-Rex, quatre diplodocus, et tout un troupeau de bestiaux supplémentaires. Ah, et un squelette de cachalot long d'une douzaine de mètres. C'est dingue, quand il lévitait à travers les rayonnages pour me gober, il me paraissait bien plus imposant que lors de ma dernière visite du musée avec ma grand-mère Gina…

Les vitrines sont fracturées, les vivariums défoncés. La majorité des fossiles exposés sont maintenant éparpillés à travers la salle. Je lève la tête en direction de la verrière, explosée par un vol de ptérodactyles assoiffés de liberté. Maintenant que le pauvre gardien est inconscient et son akuma exorcisé, les environs doivent être jonchés d'ossements vieux de plusieurs millions d'années. Les parisiens ont beau en voir de toutes les couleurs depuis l'apparition du Papillon, ils doivent tirer une sacrée tête…

Je me secoue et me relève à contrecœur, exaspérée par ma propre nonchalance – à croire que Chat Noir a déteint sur moi après tout ce temps. Je parcours avec précaution les monticules de fossiles inertes à la recherche de l'item né de mon Miraculous. Chat Noir a un cri de douleur.

- Mia-ouch ! Plagg n'a pas dû apprécier mon vol plané dans les bocaux de formol… Ça pique.

J'ai un élan nauséeux et me fais violence pour écarter le souvenir des créatures exposées dans ladite vitrine des « Curiosités ». Pauvre Chat Noir… !

- Quelle idée aussi de t'interposer entre ce T-Rex et moi ! Je m'en sortais très bien, je te signale !

Je me mords la lèvre pour ne pas exprimer plus que nécessaire mon inquiétude – connaissant Chat Noir, cela lui monterait à la tête au point de fanfaronner toute la soirée.

- Ah ça, ma Lady, je me suis juré une chose : ne plus jamais te laisser seule face à un T-Rex. Ou alors, s'attendre à l'inattendu, plaisante-t-il d'un ton un peu moins léger, plus amer.

Il fait évidemment allusion à notre combat face à Animan, pendant lequel j'ai sauté dans la gueule du monstre sans prévenir mon coéquipier de quoi que ce soit. C'était pour la bonne cause, mais je n'ai réalisé que bien plus tard à quel point mon comportement l'avait choqué…

Contre mon oreille, mon Miraculous émet un bip d'avertissement. Plus que quatre minutes avant que je ne me détransforme.

- Au lieu de faire de l'esprit, Chat Noir, aide-moi vite à retrouver mon item, que je puisse ranger tout ce bazar et te guérir par la même occasion.

- Je sais, ma Lady, je sais, claironne-t-il avant d'étouffer un autre sifflement de douleur. Par ici, ta… pelle à tarte géante est coincée sous le squelette d'un des diplodocus.

Je lève les yeux au ciel mais oblique aussitôt dans la direction de sa voix, qui oscille entre halètement de douleur et ricanement compulsif. Je ne compte plus le nombre d'occasions où il a eu un fou rire face aux items que mon pouvoir invoque.

- Pour la dernière fois, ce n'est pas une pelle à tarte mais un pellon à pain ! C'est…

À la vue de Chat Noir, mon reproche meurt sur mes lèvres. Mon coéquipier, qui s'affaire auprès d'un monticule d'ossements, s'empresse de terminer ma phrase.

- … « C'est l'outil qui permet au boulanger de cuire et manipuler le pain de manière optimale », tu l'as déjà dit, ma Lady ! Toujours aussi instruite, héhé… Humpf !

Dans un grondement d'effort, Chat Noir extirpe le pellon de sous le tas d'ossements, puis il retombe à genoux, ahanant. Effarée, je contemple le cuir protecteur sur son dos et ses bras : marbré de lacérations, il laisse apparaître sa peau par endroits… et même quelques profondes coupures, sanglantes.

Je ne comprends pas. Nos combinaisons ne nous rendent-elles pas plus forts et plus résistants ? Ne sont-elles pas censées minimiser tous les chocs et empêcher les blessures ? La charge du T-Rex dont il m'a protégée était-elle donc violente à ce point ? Et pourtant il a continué de se battre ?

Après avoir longuement repris son souffle, Chat Noir surprend mon regard alarmé. Il me dédie un sourire forcé, puis s'appuie sur le pellon pour se remettre debout.

- …à toi l'honneur, ma Lady, dit-il en me lançant l'instrument. Moi, je ne suis pas sûr que ça fonctionne.

Encore interloquée par la profondeur de ses blessures, je rattrape le pellon avec maladresse puis m'empresse de le jeter dans les airs, portée par l'habitude.

- Miraculous Ladybug !

Le pellon explose en une myriade de coccinelles. L'aura de Tikki se fait soudain omniprésente, et une tempête de magie rouge et argent s'abat sur la pièce. Les fossiles s'animent les uns après les autres, fusent à travers la salle en un ballet frénétique mais millimétré. Dans des grondements apocalyptiques, les squelettes se reforment sur leurs présentoirs, les vitrines en mille morceaux quittent le parquet et se rassemblent dans un fracas d'étincelles. Les fossiles partis à la découverte du quartier surgissent par l'ouverture béante dans le plafond, comme tombés du ciel, tandis que les poutres métalliques de la verrière se tordent et s'étirent pour retrouver leur configuration initiale.

Un voile de lumière rouge et argent a déjà enveloppé Chat Noir, qui fait une ultime grimace avant de soupirer de soulagement. Il rouvre ensuite les paupières et contemple, émerveillé, le pouvoir de création de mon Miraculous à l'œuvre. Je l'observe en catimini, le cœur gros : sa combinaison est à nouveau intacte, les coupures sur son visage ont disparu.

Ce ne sont peut-être pas nos ennemis qui sont plus forts, ni nos kwamis qui nous protègent moins bien qu'autrefois : la différence, c'est nous. Nous qui prenons de plus en plus de risques.

Parce que le temps nous manque…

Un nouveau tintement de mes boucles d'oreille me rappelle à l'ordre. J'accorde un ultime regard au gardien de nuit, qui commence à émerger de l'inconscience. Comme les autres anciens akumatisés, il ne se souviendra d'aucun de ses méfaits et c'est très certainement pour le mieux.

- Chat Noir, suis-moi !

De quelques lancers instinctifs de yoyo, je rejoins le toit du musée avant que la verrière ne soit complètement reconstruite. Chat Noir sur mes talons, je profite de la nuit pour atteindre un pâté d'immeubles résidentiels moins éclairé, loin des regards indiscrets et des forces de police qui déjà assiègent le musée.

- J'y vais moi aussi ! Bonne soirée, ma Lady !

- Attends… !

Je m'arrête à l'ombre d'une cheminée et me retourne vers lui. Son propre anneau émet un tintement discret, et le signe qui y figure indique qu'il lui reste à peine deux minutes. Nous n'avons pas le temps d'épiloguer.

- On n'y arrivera jamais de cette manière, Chat Noir.

Son sourire de façade s'évanouit. Ses oreilles de chat s'affaissent.

- Je sais. Plus que dix jours. Et je n'arrive pas à retarder mon départ. Qu'est-ce qu'on fait, ma Lady ?

Je m'avance jusqu'à être assez près pour le toucher. Mise à mal par son regard alarmé, je cille et retourne mon yoyo entre mes doigts.

Nous avons pourtant tout essayé pour traquer le Papillon. Nous avons interrogé les akumatisés dans l'idée de débusquer leur maître, les premiers après leur guérison, les autres pendant qu'ils étaient encore sous son contrôle mental. En vain.

Nous avons tenté de traquer les papillons exorcisés, de détecter la présence des akumas ou même d'anticiper leur apparition avant qu'il n'infecte quelqu'un, de remonter leur trajet à travers Paris pour découvrir le repaire de leur maître. Sans résultats.

Face au Papillon, nous ne pouvons que contre-attaquer. Impossible de prendre l'initiative. Et c'est frustrant.

Et la semaine prochaine, Chat Noir s'en va…

- …Ladybug.

Je sursaute, pourtant Chat Noir n'a fait que murmurer. Ses yeux verts me questionnent en silence, limpides. Du bout d'une griffe, il effleure ma joue droite, puis caresse ma boucle d'oreille dans un léger cliquetis. Comme pour confirmer, un tintement s'élève.

- Moins d'une minute. Tu devrais y aller.

Il me fait un clin d'œil, puis recule d'un pas et dégaine son bâton.

- Bonne nuit.

Il se détourne et s'apprête à s'élancer sur le toit voisin, quand je lui saisis le poignet. Il se fige aussitôt, les yeux écarquillés.

- Chat. Demain à quinze heures, je te recontacte. J'aurais peut-être une dernière solution à tenter.

Il reste encore quelque chose à faire. Quelque chose dont je n'ai pas osé lui parler. Mais je dois en discuter avec Tikki avant tout… Et m'assurer que le concerné est d'accord, lui aussi.

- …ma Lady ?

Chaque seconde compte. Je resserre ma prise sur son poignet et lui accorde un léger sourire. Courage, Chat Noir. Tout n'est pas perdu.

- Demain.

Je le lâche, me détourne et lance mon yoyo à l'assaut de l'obscurité. Comme toujours, je sens que Chat Noir s'éloigne en sens inverse. Je sais à quel point il souhaiterait connaître mon identité et me révéler la sienne, et cela serait si facile pour lui de me suivre et de me surprendre. Il ne l'a pourtant jamais fait.

Je file comme le vent, les yeux brûlants à cause de l'air humide et glacé. Mon cœur se fait lourd alors que je prends conscience de mon propre laxisme. Il y a un mois encore, je n'aurais pas autant tardé à décamper après une mission. Mais à l'instant même, sur ce toit plongé dans la pénombre, me détransformer en sa présence me paraissait presque envisageable, si cela pouvait me permettre de rester encore un peu avec lui.

J'aimerais croire – non, je suis sûre – que si mes certitudes vacillent aujourd'hui, c'est parce que le temps nous est compté. Peut-être aussi parce que je culpabilise : il ne s'en sort pas toujours indemne, et c'est trop souvent à cause de moi, parce qu'il a essayé de me protéger.

Un tintement répétitif et régulier commence. Celui des dernières secondes. Trop tard pour rentrer chez moi. Je me laisse tomber dans une petite cour résidentielle, exempte de lumière à cette heure de la nuit. Alors que je me blottis sous un porche, mon yoyo émet une sonnerie différente, propre à celle de la fonction communicateur. Etonnée, je l'ouvre in extremis pour y découvrir un simple message, qui tient en quelques mots.

« Comme toujours, vos désirs sont des ordres, ma Lady. Demain, quinze heures. J'attendrai. »

Ma tenue se dissipe le temps d'une bourrasque. Le froid m'assaille, cinglant en dépit de mon anorak, que j'ai enfilé par précaution avant de quitter ma chambre en début de nuit. Sur mes genoux, je sens Tikki vaciller.

- …Marinette ? Où sommes-nous ?

Je souris à l'entente de sa petite voix fluette, probablement étonnée par la pénombre environnante.

- Tout va bien. J'ai juste manqué de temps pour trouver une cachette digne de ce nom.

Engoncée dans mon anorak, je tire péniblement de ma poche mon portable ainsi qu'un sachet de la boulangerie de mon père. À la pâle lumière de l'écran, les grands yeux bleus de Tikki étincellent. Elle s'exclame, sautillante.

- Cookie ?

Je ris sous cape et tire triomphalement du sachet un cookie maison aux pépites de chocolat, son préféré. Dans un petit cri de joie, Tikki se saisit du biscuit et le grignote avec application. Je l'entoure avec précaution de mon écharpe : je sais qu'elle devient vulnérable au froid quand elle sort d'une transformation.

- Reprends des forces. Vu l'heure, je préfère rentrer en yoyo.

Ce à quoi elle acquiesce avec un soupir de bonheur, la bouche pleine. La lumière de mon portable décline, et j'en profite pour lever les yeux vers le ciel : avec un peu de concentration, quelques étoiles sont à peine visibles.

Demain, je n'ai pas cours. J'irai voir Maître Fu pour lui parler de cette situation hors norme. Je veux lui demander conseil ainsi que sa permission.

Je crois qu'il est temps pour Chat Noir de le rencontrer.

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J – 2.

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I loved and I loved and I lost you

I loved,

and I loved,

and I lost you…!

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J + 365.

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- Voilà, ma grande. Tout droit sortis du four, pour toi et tes amis !

Je reste silencieuse. Chaque jour depuis que j'ai repris les cours, c'est le même rituel. Certaines fois, ce sont des macarons. À d'autres, des mini-viennoiseries. Un jour, c'était même une énorme brioche encore brûlante. Le concierge du lycée a failli ne pas me laisser entrer en classe avec.

- …Marinette ?

Aujourd'hui, ce sont des cookies.

Des cookies.

Mes sanglots de la nuit dernière me reviennent. Je glisse un regard à ma sacoche posée sur le comptoir avec mes gants. Je me mords la joue pour retenir mes larmes nerveuses.

- Oh, tu en voudrais plus ?

La voix inquiète de mon père me ramène à la réalité. Je déglutis précipitamment et me force à sourire.

- Non non, Papa. C'est super. Merci, fais-je d'une voix rauque.

La moustache de mon père frémit, et ses pommettes rougies par le four s'accentuent tandis qu'il sourit à son tour. Je m'empresse de récupérer le sachet posé sur le comptoir – envoyant ainsi valser mes gants.

- En plus, Alya adore tes cookies. Ça va la booster pour son discours !

Avec une petite grimace involontaire, je me penche pour ramasser mes gants, puis réendosse maladroitement mon sac d'école, engoncée dans mon anorak.

- À cet après-midi, ma grande, lance mon père avant de se reprendre, hésitant. Enfin, ça, c'est si jamais tu veux venir saluer tes vieux parents à la cérémonie, mais tu peux aussi rester avec tes amis… Mais tu n'es pas non plus obligée d'y aller, à vrai dire, je…

Depuis l'arrière-boutique, je crois entendre ma mère soupirer. Le cœur lourd, je m'avance pour embrasser la joue rougeaude de mon père, coupant court à ses justifications maladroites.

- Oui, Papa. J'y serai peut-être. Merci.

Je fais volte-face mais m'arrête à mi-chemin de la porte. Derrière la vitre, la neige a cessé de tomber. Tout est blanc dehors.

Blanc. Froid.

Rouge. Noir.

J'ai mal.

Tout est de ma faute. J'aurais dû accepter l'inévitable pendant qu'il était encore temps. Mais…

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« LADYBUG, ATTENTION ! »

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- Marinette ?

Je tressaille quand la grosse main de mon père se pose sur mon épaule. Quand a-t-il contourné le comptoir pour me rejoindre ?

- …Tu ne prends pas ta sacoche ?

Je balaie la boutique d'un regard confus, le souffle court. Dans mon dos, ma cicatrice m'élance au rythme de mon cœur. Le front de mon père se plisse d'inquiétude. Il contemple la neige au-dehors, puis paraît comprendre.

- Je te dépose ? Ma camionnette est garée au carrefour.

Je secoue vivement la tête.

- Non, non. C'est bon, ça ira. J'ai… j'ai envie de marcher. Ça me fera du bien.

Il acquiesce en silence, le visage bourru mais les yeux humides, puis me tapote l'épaule tout en se raclant la gorge. Avec une hésitation, je saisis ma sacoche, et il m'ouvre la porte vitrée.

- Bonne journée, tous les deux, marmonné-je.

Mon père me répond d'une voix toute aussi rauque, couverte par le tintement de la clochette au-dessus de nos têtes. Oublieuse de mes courbatures, je m'élance d'un pas pressé, les yeux rivés au trottoir ouaté de neige.

La neige est blanche. Bien blanche. Toujours blanche.

Ce n'est qu'arrivée au bout de la rue que je ralentis puis m'arrête, les poumons déjà en feu, les jambes en coton. Plus de sport pendant les huit premiers mois de convalescence, c'est encore dur de s'y remettre.

J'avise le sachet de cookies dans ma main gauche, ma sacoche dans la droite. Mon cœur battant se serre, encore. Avec un soupir tremblant, je baisse la fermeture éclair de mon anorak, passe la bandoulière à mon cou et cale la petite sacoche contre mon flanc, à l'abri du froid. Au moment de refermer mon manteau, j'hésite, puis je vérifie les alentours avant de murmurer.

- Ecoute, je… suis désolée pour cette nuit. Vraiment désolée.

Silence total.

- Les cookies sont encore chauds. Ça t'intéresse ?

Encore quelques secondes de silence. Puis la sacoche s'entrouvre à peine. Les yeux brûlants, je glisse un cookie puis un autre dans l'entrebâillement. Au lieu de tomber au fond, les biscuits disparaissent avec lenteur. La sacoche se referme d'elle-même, puis je finis par entendre un craquement discret. Le son est anodin, et pourtant si familier que mes larmes montent. Je les essuie avec application, renifle à outrance – j'ai encore oublié mes mouchoirs.

Je regrette sincèrement mes mots – mon geste – de la nuit passée. Je ne suis pas la seule à souffrir, je le sais pourtant.

La cloche de mon ancien collège retentit à travers le quartier. Je remonte la fermeture éclair jusqu'à mon cou, rajuste mon écharpe. J'inspire profondément, éblouie. La neige est partout. Pour la commémoration, Paris a décoré ses rues et ses commerces aux couleurs de Ladybug et Chat Noir, ses deux héros disparus.

Blanc.

Rouge.

Noir.

La journée va être interminable.

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J + 365.

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I loved and I loved and I lost you

And it hurts like hell

Yeah it hurts like hell

Je t'ai aimé. Je t'ai aimé, et je t'ai perdu.

Et ça fait mal, si mal…

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« J – 2 », « J + 365 »… à quoi peut bien correspondre ce fatidique jour J ?

Les paris sont ouverts. La page de reviews aussi !

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Cher lecteur, en l'attente je l'espère de tes retours, je te souhaite de belles fêtes de fin d'année.

A bientôt, en 2018 ?

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Bien à toi,