(Dernière beta-correction : 1er Mars 2020)
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Edit – Novembre 2017
Chers lecteurs, bonsoir !
Après quelques semaines de pause nécessaires à ma plume, les publications de BRN reprennent… à ma grande impatience et, je l'espère, pour votre plus grand plaisir.
Merci aux revieweurs pour votre enthousiasme ! Un salut aux anonymes que je n'avais pas pu remercier en reply : Dona (Qu'en est-il d'Adrien ? Je suis ravie de voir que mes mystères appellent toujours plus de questions. Je vais te laisser découvrir par toi-même, en temps et en heure… et j'attends tes futurs éventuels commentaires avec impatience. Bonne lecture et à bientôt !) et Bubullina (Fidèle au poste ? J'espère que tu as toujours faim ! Et merci de ta bienveillance, un spoil est si vite arrivé ! Bonne lecture !)
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Un petit rappel quant au contexte de la fanfiction, débutée fin 2017 :
Sont pris en compte les faits, révélations et relations des personnages inhérents à :
- L'intégralité de la saison Un
- Les épisodes « Origines »
- Seulement les épisodes Un à Sept de la saison 2 (qui étaient les seuls parus à l'époque où BRN s'est construite.
Par conséquent, l'épisode 8 (Le Hibou Noir) et son fameux moment dans le container (dont les kwamis ont été témoins) ne sont pas pris en compte dans cette fanfiction. Les faits LadyNoir et MariChat de l'épisode 9 (Glaciator) non plus.
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I don't want them to know the secrets
I don't want them to know the way I loved you
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Je ne veux pas qu'ils découvrent ces secrets
Je ne veux pas qu'ils sachent comment je t'aimais
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J – 1.
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Adrien.
- …Marinette ? Marinette, tu es toujours là ?
Je sursaute, ramenée sur terre. Indifférente aux regards étonnés des passants, je bafouille.
- Ah, euh, oui, oui, Maman, je-je réfléchis ! A-attends, je vois avec Alya… !
Je coupe le micro de mon portable et pousse un gémissement nerveux, à mi-chemin entre félicité et exaspération. Adrien, Adrien est chez moi ! Adrien est venu ce matin sans s'annoncer, et en plus pour m'inviter au ciné !
…Mais pourquoi, pourquoi aujourd'hui, alors que je suis occupée à l'autre bout de Paris !
Je me cale dans le renfoncement d'un porche et ouvre ma sacoche. Depuis le fond, Tikki me lance un regard de reproche.
- Marinette, tu as d'autres priorités aujourd'hui !
- Je sais, je sais ! Mais c'est Adrien ! A-dri-en !
- Et toi tu as promis hier soir à Chat Noir que tu allais trouver une solution. Tu dois le rappeler dans quelques heures, ce n'est pas le moment d'être distraite !
- Ouiiiiiiimaaaaais…
Je sautille sur place, en proie au supplice. Elle a raison, cent fois raison – pour changer. Et à vrai dire, rien qu'à l'idée de revoir Chat Noir et sa figure navrée d'hier soir, je culpabilise déjà. Je dois le recontacter à 15h00, hors de question de ne pas tenter ma dernière carte d'ici-là.
Je n'aurais jamais cru penser ça un jour, mais… Adrien attendra.
- Humpf ! Chat Noir, qu'est-ce que tu me fais faire !
Je referme ma sacoche en grommelant – non sans avoir surpris le sourire satisfait de Tikki – puis inspire un grand coup avant de rallumer le micro de mon portable.
- Oui, Maman ? Je viens de voir avec Alya, et… on ne peut vraiment pas annuler nos projets, déclaré-je d'un ton sincèrement piteux. Je… Tu m'excuses auprès de lui ? S'il te plait ?
- Entendu, ma chérie, répond ma mère d'une voix douce. Adrien s'excuse lui aussi d'être passé sans prévenir, il était dans le quartier et il a oublié son portable chez lui.
Je lève les yeux au ciel, partagée en évoquant l'image d'Adrien avec son sourire désolé. Mais non, mais non, ne t'excuse pas de passer chez moi à l'improviste. Reviens demain, après-demain, ou quand tu veux ! Chacun de tes regards pour moi est une bénédiction, et… !
- Marinette ? Je lui transmets autre chose ?
- Oui… Non ! Euh… Ehm, remercie-le ? Je suis vraiment désolée… Merci, Maman.
- Je t'en prie, ma chérie. Amuse-toi bien avec Alya. Bonne journée !
Je raccroche à contrecoeur, et me répands dans un soupir à fendre l'âme. Parfaite mouche du coche, Tikki me chuchote depuis sa cachette.
- Je suis fière de toi, Marinette ! Et je suis sûre qu'Adrien comprendrait, lui aussi ! Il est toujours prêt à se sacrifier pour son ami Nino !
- Par pitié, tais-toi et laisse-moi regretter amèrement ma décision encore quelques minutes…
Je reprends ma route en marmonnant, tenaillée par l'envie de me coller des baffes. Le rire enjoué de Tikki parvient finalement à m'arracher un léger sourire.
Bon an mal an, je finis par atteindre le petit immeuble anodin. Une fois passées dans le hall, Tikki quitte sa sacoche et se réfugie dans le creux de mon écharpe. Arrivée devant la porte de l'appartement de Maître Fu, j'ai soudain une hésitation. J'aurais voulu téléphoner pour prévenir de ma venue, si seulement j'avais eu un numéro où le joindre. Mais tête en l'air que je suis, je n'ai jamais songé à le lui demander.
- Il a peut-être des patients à voir. Tu es sûre que je ne vais pas le déranger ?
- Certaine, Marinette. Maître Fu ne prend jamais de rendez-vous. Il part du principe que les gens viennent toujours au moment propice.
- Si tu le dis…
Au moment de frapper, quelque chose m'arrête. Qu'est-ce que j'espère, au juste ? Je ne sais rien de la situation de Chat Noir, si ce n'est qu'une affaire familiale l'oblige à quitter Paris dans à peine neuf jours. Que pourrait y faire Maître Fu, quand on y réfléchit bien ? Convaincre les parents de Chat Noir de le laisser à Paris ? C'est absurde, même les miens, pourtant très tolérants, bondiraient au plafond si on leur tenait ce genre de discours. Et quelle raison leur donner d'ailleurs ? Maître Fu est le Gardien des Miraculous, et comme moi, comme Chat Noir, il doit tenir cela secret.
Et d'ailleurs, comment puis-je souhaiter que Chat reste seul ici, sans sa famille ? Si c'était moi, je crois que j'en serais incapable…
- Marinette ? Qu'y a-t-il ?
- …Et s'il n'y avait rien à faire, en fin de compte ?
Je viens de parcourir la moitié de Paris en bus et en métro pour exposer la situation à Maître Fu, mais c'est seulement maintenant, devant sa porte, que j'ai l'impression d'y voir clair. En réalité, je crois que je voulais simplement me décharger d'un énorme poids.
J'ai joué les leaders devant Chat Noir. Les petites filles bornées devant Tikki. Mais au final, si je suis ici, c'est pour parler de mon inquiétude, de ma peur face au départ de Chat Noir. Parce que…
…Parce que je ne veux pas qu'il s'en aille, tout simplement.
Tikki quitte les replis de mon écharpe et se poste à hauteur de mon regard. Après un court moment de silence, elle me fait un sourire très doux.
- Marinette, tu te rappelles de ce que Maître Fu t'a dit la dernière fois que tu es venue ici ? Il n'est pas de problème qui n'ait pas sa solution.
- Oui ?
Ses grands yeux bleus limpides cillent. Elle paraît très triste tout à coup.
- Moi, je me permettrai d'ajouter simplement ceci : il y a toujours une solution, mais elle n'est pas forcément celle qu'on souhaiterait entendre.
Elle a un lent battement de cils, secoue la tête avant de retrouver son aplomb.
- Mais une chose à la fois. Tu es ici pour demander l'autorisation d'amener Chat Noir. Il n'y a que lui qui puisse exposer la situation au Gardien. Ensemble, ils trouveront peut-être une issue.
Je sens qu'elle-même a du mal à y croire. Elle retourne se réfugier dans le creux de mon écharpe, se blottit contre mon cou.
- Allons-y, Marinette. Courage.
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J – 1.
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2018. J + 365.
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« Courage, Marinette. »
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Le banc est vide.
Un crissement appuyé de craie me fait lever les yeux vers le tableau. Je m'empresse de recopier la ligne de calcul, sans même réfléchir à ce qu'elle peut bien signifier. Je n'ai pas la tête à ça, aujourd'hui.
- Une fois que vous avez résolu cette simple équation, vous êtes en mesure de calculer les quantités nécessaires pour…
Le banc est vide. Entre les doigts de ma main gauche roule l'anneau boursouflé.
À mes côtés, Alya a un énième raclement de gorge désapprobateur. Je me résigne à revenir au tableau, m'étonne d'y trouver soudain trois nouvelles étapes de démonstration. Je les retranscris telles quelles à la va-vite, avant de me concentrer sur ce que la prof de chimie fait de ses bocaux bouillonnants et colorés. Mais, insensiblement, mon regard glisse de son bureau vers celui du premier rang.
À côté de Nino, le banc est vide. Encore. Toujours…
La cloche sonne l'intercours. Certaines chaises raclent déjà sur le sol, trahissant un regain d'énergie chez certains élèves pressés d'aller prendre l'air.
- Allez, dix minutes de pause, accorde la prof à regret. Profitez-en pour constituer des groupes pour le TP qui va suivre. Et pas de chahut dans ma salle, compris ? Le matériel de chimie coûte cher !
Je referme mon cahier de notes et laisse retomber la bague sous mon T-shirt, avant de bâiller à m'en décrocher la mâchoire. Je m'effondre pour de bon, la tête dans mes bras croisés. Une main vient m'ébouriffer les cheveux.
- Dis donc ma grande. Je sais que la chimie ne te passionne pas, mais tu pourrais faire un effort pour avoir l'air concentré. Entre tes bâillements et ton regard vide, la prof t'a remarquée un bon paquet de fois.
Je grommelle mais hausse la tête juste assez pour décocher un sourire las à Alya.
- Mal dormi cette nuit.
- Je m'en doute, dit-elle doucement. Aujourd'hui est une journée un peu spéciale. N'empêche, c'est bien toi qui m'a dit qu'on ne devait pas te ménager.
Elle me frotte un peu plus fort le cuir chevelu et ne cesse qu'à mon grognement exaspéré. Son sourire prévenant se fait espiègle.
- Alors, alors, qu'est-ce que ce cher Monsieur Dupain a prévu pour remonter la glycémie de sa fille adorée et de ses amis, aujourd'hui ?
Assis devant nous, Nino a un léger sursaut et rabaisse l'air de rien son casque audio, se retourne pour nous faire un éclatant sourire. Je retiens un rire amusé et tire le sachet de mon sac, l'ouvre avec cérémonie. Si l'odeur familière de chocolat et de cannelle me fait un gros pincement au cœur, Alya, quant à elle, a un cri enthousiaste et se sert sans hésitation.
- Des cookies ! Trop bon !
Je fais glisser le sachet vers Nino, qui se sert à son tour. Alya déguste avec ostentation son propre biscuit.
- Pause faste : des cookies, et toujours pas de Chloé. Bénie soit l'épidémie de grippe…
- Même si tu l'as déjà chopée deux fois ? intervient Nino.
- Chut. Ecoute. Ce silence, reprend Alya d'une voix transportée, le regard perdu dans le vague. Pas de commentaire puéril sur la dernière collection Chenal, pas de caquètement insupportable sur le dos d'un élève innocent. Savourons.
Elle croque dans son cookie presque religieusement, et pousse un soupir comblé. Je lève les yeux au ciel, amusée par son cirque. Sans surprise, je croise le regard brillant de Mylène et Rose, et les invite d'un sourire à se joindre à nous. Ivan et Juleka suivent tout naturellement, ainsi que d'autres élèves que je ne connais pas encore très bien. Les plaisanteries vont bon train au-dessus du paquet de cookies, et je finis par simplement écouter les potins.
C'est chaque jour la même chose. J'imagine que c'est que souhaite mon père quand il me fournit assez de douceurs pour nourrir toute la classe. Reprendre les cours en milieu d'année n'a pas été une mince affaire, même si je connaissais déjà une grande partie de mes camarades. Les regards attristés ou condescendants m'ont longtemps collé à la peau, et ils sont plus vivaces après chacune de mes absences encore régulières. Je préfèrerai davantage être perçue comme normale et sans histoire. Sans cette histoire.
Mes yeux glissent vers le bureau vide devant moi…
Un coup de coude me ramène à la réalité. Tout en piochant un autre cookie dans le sachet, Alya m'adresse un clin d'œil. J'ai un grand soupir silencieux : j'ai longtemps hésité à sortir de chez moi, aujourd'hui. Mais heureusement que je l'ai fait, en fin de compte.
- À vos places, tout le monde.
La prof vient d'entrer dans la salle de classe. Son cookie encore en bouche, le regard méfiant, Alya s'empresse de refermer le sachet en papier pour me le fourrer sur les genoux. Elle n'a pas oublié le jour où la prof a jugé nécessaire de confisquer mes biscuits puisqu'ils n'avaient pas leur place en cours – « Imaginez qu'ils soient contaminés par des produits chimiques ? Je ne supporterai pas de remplir un rapport d'incident pour chaque élève intoxiqué ! ». Je range donc les cookies dans mon sac à dos, non sans avoir glissé un biscuit supplémentaire dans ma sacoche – petite attention vite récompensée d'un craquement discret.
- Ivan, allez prévenir les trainards, lance la prof d'une voix fatiguée. On reprend le cours.
Quand je lève les yeux de mon sac, le banc devant moi n'est plus vide. Kim déballe ses affaires de classe et s'y installe avec nonchalance.
- Mec, qu'est-ce que tu fais ? demande Nino, son sac sur l'épaule. J'allais te rejoindre au fond, comme d'hab'.
Je rouvre mon cahier. Ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave.
- Eh, c'est bon, réplique Kim. Le matos de chimie à mon bureau craint toujours, et la balance est encore cassée. Ici, on sera mieux pour le TP.
- Mais mec, c'est la place d'Adrien…
Je fais tourner les pages une par une. Ce n'est pas grave. Je prends un stylo. Malgré moi, ma main tremble un peu.
Ce n'est pas grave.
- Lâche-moi, Nino, tu veux ? Y'a pas son nom marqué dessus, si ? Qu'est-ce que ça change ?
- …Marinette ?
La voix d'Alya se fait exceptionnellement hésitante. Je serre les poings, la gorge douloureuse.
Contre ma hanche, ma sacoche frémit.
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« Ma Lady ? Si jamais tout ça se termine un jour… On se reverra ? »
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Je rassemble mon cahier et mes stylos, les balance pêle-mêle avec ma trousse dans mon sac à dos. Attrapant mon anorak, je me lève et quitte mon bureau, manque de bousculer les élèves retardataires au passage.
- Je ne me sens pas bien. Je voudrais aller à l'infirmerie.
Dans la classe derrière moi, il règne tout à coup un silence de plomb. Je risque un regard vers la prof, qui me scrute sans mot dire. Au moment où je m'apprête à me passer de son accord, elle me fait signe de partir. Dans mon dos, j'entends Alya vociférer.
- Mais merde, Kim… !
- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
- Tu pourrais pas comprendre, mais t'étais obligé de venir t'asseoir là aujourd'hui ?
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J + 365.
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. I don't think they'd understand it, no
I don't think they would accept me, no
Je ne pense pas qu'ils comprendraient, non
Je ne pense pas qu'ils m'accepteraient, non…
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J – 1.
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Je raccroche mon communicateur, mon message délivré. Après une légère hésitation, je murmure.
- Détransformation.
Un flash, un frisson. Quand je rouvre les yeux, Tikki est à nouveau près de moi. Elle me fait un sourire entendu.
Le silence règne dans la pièce, éclairée de quelques lampes à la lumière chaude et douce. Dehors, le soleil hivernal commence déjà à décliner. Dans un coin, le kwami tortue Wayzz prépare à nouveau du thé. Assis en tailleur sur l'un des tatamis, les yeux fermés, Maître Fu paraît méditer. Hésitante, je retourne m'asseoir sur le coussin qui m'a été dévolu, face à lui.
- Quelle est la réponse de Chat Noir ? murmure alors le vieil homme.
- Il dit qu'il fait au plus vite. Je lui ai transmis votre adresse, comme vous me l'aviez demandé.
Maître Fu acquiesce d'un simple signe de tête. Tandis que la bouilloire frémit doucement, Wayzz vient placer une troisième tasse sur la table basse, puis retourne léviter en silence auprès de son maître. D'un sourire, il m'invite à dire ce qui me taraude. Comme pour approuver, Tikki se pose sur mon épaule et m'encourage d'un regard. J'ai un grand soupir silencieux.
- Je suis désolée, Maître Fu. J'aurais dû venir vous en parler plus tôt.
Le vieil homme entrouvre les paupières, paraît lentement émerger de ses pensées. D'un geste las, il se saisit de sa tasse et la fait longuement osciller.
- C'est plutôt moi qui devrais présenter des excuses, Marinette. J'ai suivi ma conviction et ma formation sacrée pour attribuer vos Miraculous, et je ne doute pas que vous êtes de parfaits Porteurs. Mais les écrits sur lesquels je me base datent d'il y a fort longtemps, d'une époque où à votre âge, on était déjà considérés comme adultes et libres de choisir sa propre voie. Aujourd'hui, les enfants sont choyés par leurs parents bien plus longtemps. C'est une chose heureuse, mais leur prise d'indépendance est en contrepartie plus tardive.
Dans ses yeux à la lueur sans âge, j'entrevois la même tristesse résignée que le jour où il a mentionné ses origines – le monastère où il a été élevé et formé pour devenir Gardien, son « erreur » qui, selon ses dires, serait la cause de la disparition de ses pairs. En dépit de mes questions répétées, Tikki n'a jamais voulu m'en dire plus à ce sujet.
Le vieil homme finit par boire quelques gorgées. Je l'imite pour me donner une contenance : le thé est agréablement parfumé, encore tiède. Revigorant.
- Compte tenu de votre jeune âge, ce genre de situation devait arriver, un jour ou l'autre. J'aurais dû le prévoir. Mais dans ma précipitation pour contrecarrer le Papillon, j'ai omis ce détail qui n'en est pas un. Pas dans la culture où nous évoluons aujourd'hui.
- Que pouvons-nous faire ?
- Je n'ai pas de réponse pour l'instant. Il me faut déjà entendre ce que Chat Noir a à me dire.
Tikki vient léviter à hauteur de ma tasse. Dans un léger sourire, je la laisse goûter. Elle fait une petite grimace théâtrale à mon attention.
- Maître Fu… Un Porteur a-t-il déjà renoncé à son Miraculous de son plein gré ?
- C'est formellement interdit.
La voix de Fu est curieusement cassante. Je frémis, étonnée, tandis que Wayzz et Tikki reprennent un vol un peu plus nerveux. Interceptant le regard à la fois inquiet et bienveillant de son kwami, le vieil homme pince les lèvres puis s'adoucit.
- Mais il n'est pas non plus permis de séparer vos deux pouvoirs. Le Chat Noir se doit d'accompagner la Coccinelle, et la Coccinelle le Chat Noir. Ils symbolisent l'équilibre de toutes choses. Lumière et Obscurité. Heur et Malheur. Création et Annihilation. Si l'un est en activité, l'autre doit l'être aussi, et de préférence dans les environs immédiats.
Il soupire, soucieux.
- D'ordinaire, un Porteur de Miraculous ne délaisse son pouvoir qu'à la mort.
- Maître Fu.
Jusque-là très discrète, Tikki a pris la parole. Elle affiche une expression dure, presque comme une marque de reproche.
- Il y a d'autres alternatives, Maître. En tant que Grand Gardien, il vous incombe de les mentionner.
Je reste silencieuse, étonnée par sa verve. Mais après tout, Tikki m'a affirmé être âgée de plus de cinq mille ans, et les anecdotes historiques qu'elle me raconte étayent grandement ses dires. Maître Fu, lui, reste humain. Il ne peut pas avoir autant de recul qu'elle.
Ce dernier nous fait un sourire las.
- Oui, il y a d'autres alternatives. Et parce qu'elles sont ce qu'elles sont, je les exposerai en temps utile, et à Chat Noir seul.
Je cherche le regard de Tikki, redevenue pensive, puis celui de Wayzz, soudain fuyant. Enfin je reviens sur Maître Fu, insondable.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Une chose à la fois, Marinette, répète Tikki dans un sourire affable. Tout ira bien.
Je fronce les sourcils, inquiète. Un léger frisson agite alors Wayzz. Son maître et lui échangent un regard, puis le kwami se dirige vers la porte, qu'il traverse sans hésiter.
- Ladybug, tu devrais te transformer, dit le vieil homme. Chat Noir vient d'arriver.
Oh… Déjà ? Au téléphone, il a eu beau me lancer son fameux « Je n'attendais que chat, ma Lady », je ne pensais pas qu'il arriverait aussi rapidement. Mais c'est les vacances après tout, il n'avait probablement rien d'autre à faire…
D'un coup d'œil, j'obtiens l'approbation muette de Tikki. Je ferme les yeux, active la transformation. Après une courte minute, Wayzz réapparait, l'air tout chose.
- D'habitude, les humains ont peur quand ils me rencontrent. Même les Porteurs de Miraculous ont un recul quand je surgis…
Redevenue Ladybug, je fixe le plafond avec embarras : Tikki n'a jamais oublié mes hurlements suite à sa première apparition, encore moins le fait que je l'ai traitée de « blatte-souris ».
Les yeux de Wayzz pétillent.
- Mais lui m'a fait un grand sourire, et il m'a même appelé « petite tortue géniale », Maître ! Quel beau jour.
Maître Fu rit avec mesure. J'esquisse un sourire gêné : Wayzz n'a probablement jamais entendu parler de Dragon Ball, sinon il aurait peut-être moins bien pris ce jeu de mots. Pas de doute, c'est bien Chat Noir de l'autre côté de cette porte.
- Il était venu en civil, comme demandé. Il s'est retransformé maintenant.
- Alors, il peut entrer, déclare Maître Fu.
Wayzz me fait un signe de tête entendu puis retourne se poster auprès de son Porteur. Je m'avance vers la porte et saisis la poignée – mais malgré moi, une nouvelle vague d'inquiétude me hante. Dans mon cou, je crois encore sentir la chaleur de Tikki.
« Courage, Marinette. »
J'inspire un grand coup, puis j'actionne la poignée. Il n'y aucune lumière sinon celle du soleil déclinant, que délivre une porte vitrée au bout du couloir. Dans la pénombre grandissante, j'aperçois une silhouette familière adossée au mur. Les yeux verts de Chat Noir croisent les miens. Pensifs, ils retrouvent aussitôt cette lueur espiègle qui leur est propre.
- Ma Lady.
Il décroise les bras et se fend d'une révérence toute calculée.
- Bas les pattes, murmuré-je alors qu'il s'avance avec la volonté affichée de me faire un baisemain. C'est du sérieux, cette réunion.
- Je sais, ma Lady. Mais c'est Chat Noir qui est convié, n'est-ce pas ? Et j'ai un cahier des charges très précis concernant chacune de nos retrouvailles.
Il ne m'a posé aucune question au téléphone, et je ne lui ai rien expliqué si ce n'est que la rencontre était importante. Pourtant sa prestance nonchalante est parfaitement habituelle, et cela me met du baume au cœur. Peut-être qu'en fin de compte, son kwami lui avait déjà parlé de cette éventualité ?
Je m'écarte et l'invite en silence à entrer. Soudain son visage s'assagit, son sourire disparaît. D'une démarche tout à coup moins féline, plus posée, il s'avance dans la pièce. Je referme la porte derrière lui et me place en retrait, troublée.
C'est drôle. Je le vois se battre plusieurs fois par semaine, mais je n'avais pas remarqué à quel point il avait changé, ces derniers temps. À nos débuts, même s'il était un peu plus grand que moi, nous étions d'une carrure similaire – le genre « maigrichon poids plume », dirait mon père. Aujourd'hui, Chat Noir me dépasse d'au moins vingt bons centimètres, et sa silhouette, bien que toujours élancée, se fait de plus en plus athlétique au fil des mois.
Maître Fu s'est relevé. Sans la moindre hésitation, Chat Noir s'arrête à distance respectueuse et pose un genou à terre, s'incline profondément.
- Chat Noir, pour vous servir. C'est un honneur de vous rencontrer, Maître Gardien Fu.
Le vieil homme incline simplement la tête.
- Je constate que Plagg t'a déjà parlé de moi.
- Très peu, Maître. Il a mentionné votre existence il y a seulement quelques minutes, quand il a su où nous attendait Ladybug.
Le ton humble – presque penaud ? – de Chat Noir me fait tiquer. Je connais le rôle de Maître Fu depuis l'affaire du grimoire sur les Miraculous, trouvé chez Gabriel Agreste. Quelques mois sont passés depuis, mais comme promis je n'ai jamais parlé de cette histoire à mon coéquipier. Peut-être parce que je craignais que ses soupçons ne se portent désormais sur Adrien – à juste titre après tout, puisqu'il ne connait pas Adrien comme moi je le connais.
- Ladybug et Plagg ne t'ont rien dit sur mon compte à ma demande expresse, répond Maître Fu. Je te prie de ne pas leur tenir rigueur de ce silence. Sauf urgence, les détenteurs des Miraculous ne sont pas censés avoir connaissance de l'existence du Gardien aussi tôt : découvrir vos compétences par vous-mêmes fait partie intégrante de votre parcours de Porteur.
- Je comprends, Maître.
Un court silence s'ensuit, pendant lequel Wayzz se saisit de la théière pour aller la remplir à la bouilloire.
- Ladybug m'a fait part d'un problème grave lié à ton identité secrète.
- En effet, Maître.
Maitre Fu lui intime en silence de se relever, puis il me remercie d'un sourire affable.
- Ladybug, je dois m'entretenir seul à seul avec Chat Noir. Suis Wayzz, il va te conduire dans une pièce voisine où ton kwami et toi pourrez patienter en toute tranquillité.
- D'accord…
Je cherche par réflexe l'approbation de Chat Noir. Il semble partagé entre le soulagement et l'inquiétude. Un bref instant, j'ai l'impression de retrouver ce regard d'il y a quelques semaines, celui du garçon solitaire et taciturne, assis en tailleur au bord du vide, la tête basse et la voix hésitante tandis qu'il m'apprenait à contrecœur son départ.
« Je dois quitter Paris. »
Mais l'instant suivant, je ne vois plus rien de tout ça. Seulement son sourire confiant, ses yeux brillants et rassurants. Il acquiesce d'un signe de tête enthousiaste.
- Merci, ma Lady. À plus tard.
Comme toujours, je pourrais répondre un truc spirituel et railleur – « Pas de bêtises, Chaton, mmh ? ». Mais le cœur n'y serait pas. Je me contente de hocher la tête. Escortée par Wayzz, je quitte la pièce, la gorge nouée.
J'ai amené Chat Noir jusqu'au Gardien des Miraculous. La suite dépend d'eux, désormais.
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J – 1.
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Un petit commentaire ?
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Bien à toi, cher lecteur,
Elenthya
