(Dernière beta-correction : 1er Mars 2020)

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Edit – Novembre 2017 :

Chers lecteurs, bonsoir !

Vous êtes nombreux à avoir ajouté BRN à vos Alertes et Favoris, et j'en suis ravie ! Oserai-je espérer un petit commentaire, même court ? J'apprécie tellement de pouvoir échanger avec vous !

Merci aux revieweurs qui comme toujours m'ont inspiré un grand sourire avec leur enthousiasme. Bonjour en particulier aux anonymes que je n'ai pas pu remercier en reply : Stephanie (Sois la bienvenue sur la planète BRN ! Addictive, c'est le mot et je suis contente que tu la perçoives ainsi. Le fil rouge est bien entendu le mystère sur la situation d'Adrien, absent du présent de Marinette… Je te laisse découvrir par toi-même, mais la vérité pourrait en étonner plus d'un ! Bonne lecture, et merci !) Guest (toi à qui j'ai arraché des larmes, j'espère te faire sourire et frissonner avec les chapitres qui suivent, merci !), Bubullina (Un bel appétit, donc ? Et si je te disais que tu ne connais que les 27 premières pages de BRN, alors qu'elle en fait pour l'instant près de 132… ? Alors, toujours affamée ? Bon appétit à toi !)

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Un petit rappel quant au contexte de la fanfiction, débutée fin 2017 :

Sont pris en compte les faits, révélations et relations des personnages inhérents à :

- L'intégralité de la saison Un

- Les épisodes « Origines »

- Seulement les épisodes Un à Sept de la saison 2 (qui étaient les seuls parus à l'époque où BRN s'est construite.

Par conséquent, l'épisode 8 (Le Hibou Noir) et son fameux moment dans le container (dont les kwamis ont été témoins) ne sont pas pris en compte dans cette fanfiction. Les faits LadyNoir et MariChat de l'épisode 9 (Glaciator) non plus.

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Bonne lecture,

Elenthya.

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Source initiale d'inspiration, pour ses paroles comme son ambiance

Hurt like Hell - Fleurie

Dreams fight with machines

Inside my head like adversaries

Come wrestle me free

Clean from the war

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Dans ma tête, rêves et machines s'affrontent

En éternels ennemis

Viens, libère-moi

Tire-moi de cette guerre sans merci…

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J + 365.

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- Marinette ! Attends-moi !

Sans ralentir, j'enfile mon manteau avec maladresse. Dans mon dos, les pas précipités d'Alya se rapprochent dangereusement. Les dents serrées, j'essuie à la va-vite la larme qui malgré moi a glissé sur ma joue.

- Marinette !

Alya surgit à mes côtés, le souffle court.

- Ecoute, je suis sûre que Kim ne pensait pas à mal en prenant la place d'Adrien.

- Je m'en fous. Il est con, c'est comme ça. De toute façon, ce n'est pas après lui que j'en ai.

…Mais après moi. Moi qui ne suis pas fichue de tenir le seul objectif que je me suis fixé : revenir en cours, paraître normale. Avec des préoccupations normales et des moments de bonheur normaux.

- C'était stupide de venir aujourd'hui.

Je voudrais tout faire pour ne plus subir le regard condescendant des autres, mais la perspective de vivre cette journée anniversaire – un an déjà, un an seulement - ravive mes cauchemars depuis des semaines. Et dire que je ne peux même pas supporter la vision de son bureau occupé par quelqu'un d'autre…

Contre ma hanche bringuebale ma petite sacoche. Par réflexe, je porte la main à mon cou. Le contact de l'anneau sous mon T-shirt m'arrache un frisson, et je m'arrête malgré moi, foudroyée par un sanglot nerveux – ou un haut-le-cœur, je ne sais plus très bien.

- Marinette. Ça va aller. C'est terminé, tout ça.

Mon amie passe un bras protecteur autour de mes épaules. Je lève enfin les yeux, et elle me fait un sourire douloureux, désolé, conciliant. Comme mes parents, comme nos camarades, elle ne peut pas comprendre. Mon secret tient toujours, et donc elle ignore ce qui me taraude vraiment.

Tout est de ma faute. Et Kim a parfaitement raison, tout ce que je peux faire n'y changera rien. Je ne peux pas revenir en arrière, à cette époque où tout semblait si simple et où je n'avais pas la moindre idée de la chance que j'avais.

Tu me manques. Aujourd'hui plus que n'importe quel jour, si tu savais comme tu me manques… !

Je prends une longue inspiration tremblante, relève le menton, et murmure dans un sourire forcé.

- Je suis vraiment fatiguée. Je vais rentrer…

Alya hoche frénétiquement la tête, les lèvres plissées.

- D'accord, d'accord. Mais tu viendras à la commémoration cette après-midi, hein ? Je passe te prendre à 13h00 chez toi, on ira ensemble.

Mon estomac se tord. La cérémonie. J'avais oublié. Rien qu'à l'idée de retourner là-bas, je sens à nouveau mes jambes sur le point de se dérober.

- Je… Je ne sais pas si je pourrai, Alya.

- Marinette, ça fait un an. Un an ! Il faut qu'on passe à autre chose maintenant.

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« Il y a toujours une solution,

mais elle n'est pas forcément celle qu'on souhaiterait entendre. »

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La petite sacoche contre ma hanche me fait l'effet d'une brûlure. Je serre les poings. À court de mots, je repars en direction de la sortie du lycée. De l'air. Il me faut de l'air. Alya me suit, à mon grand désarroi.

- On en est tous capables. Toi aussi, Marinette, j'en suis sûre.

Mais c'est justement là que le bât blesse : je ne veux pas passer à autre chose.

Pas sans toi.

- Cette cérémonie, elle s'adresse à chacun de nous. C'est l'occasion de prendre un nouveau départ…

Pas encore… ! C'est trop tôt !

- Lâche-moi un peu avec tes grands discours, Alya ! On n'a pas tous ta capacité à aller de l'avant, merde !

Je me fige, mortifiée. Mes paroles ont dépassé ma pensée. À mes côtés, Alya s'insurge, à bout de patience.

- Parce que tu crois que c'est facile pour moi ? J'y étais moi aussi, je te rappelle ! D'accord, de nous deux, c'est toi qui a le plus morflé. Mais on s'en est sorties, et il faut en faire une fierté. Si Ladybug et Chat Noir étaient là, ils…

- Justement, Alya, ils sont morts !

Ma voix résonne sous le préau, aiguë et cassante. Je voudrais me taire, passer mon chemin, aller ruminer ailleurs et en silence comme d'habitude. Mais cela me paraît tout à coup impossible. Et le regard d'Alya, à la fois choqué et furieux, ne fait qu'attiser ce qui couve en moi.

- Morts ! Et s'ils étaient encore vivants, ils n'auraient aucune raison d'être fiers, crois-moi ! Tu as failli y passer, toi et tous les autres, et tout ça c'est à cause d'eux !

Muette, Alya a le geste inconscient de masser son épaule droite. Dans ses cheveux roux, j'entrevois la fine mèche blanche, à peine discernable, qui trahit la présence de ses cicatrices. La culpabilité m'étreint la gorge, et je poursuis d'une voix rauque.

- Ouvre un peu les yeux ! Tout le monde comptait sur eux, et ils ont échoué ! Pendant des mois, ils auraient pu coincer le Papillon et éviter ce désastre. Mais tout ce qu'ils ont réussi à faire, c'est aggraver les choses !

Alya pâlit, les poings crispés.

- Qu'est-ce que tu en sais ?

- J'étais là moi aussi, figure-toi ! J'ai vu comme ils ont hésité. Comme ils ont laissé leurs émotions décider à leur place, alors que vous étiez tous en danger de mort ! Ladybug n'a rien d'une héroïne, rien !

Ce n'est pas Ladybug qu'il faudrait célébrer aujourd'hui. Ce n'est pas elle qui a tout donné pour sauver Paris.

C'est toi. Toi qui as choisi de partir à ma place. Et personne ne le saura jamais.

- Je ne peux pas venir. Désolée, Alya.

Je descends la volée de marches qui mène à la sortie. Alya m'appelle encore, mais elle a enfin renoncé à me suivre. Dehors, la neige a recommencé à tomber, et je dois me faire violence pour ne pas rester figée d'effroi sur le parvis du lycée. Les mains légèrement tremblantes, je ferme mon anorak et rabats la capuche fourrée sur mon front, inspire un grand coup avant d'affronter l'averse blanche et silencieuse.

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« Méfie-toi, Ladybug. Ne t'avise pas de l'oublier. »

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Je ne suis plus Ladybug.

Je ne suis plus Marinette la petite fille parfaite, insouciante et sans histoires. Le plus absurde dans tout ça ? C'est que malgré moi, j'essaie encore d'y croire.

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J + 365.

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Your heart fits like a key

Into the lock on the wall

I turn it over, I turn it over

But I can't escape

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Ton cœur est telle une clé

Pour ouvrir la porte de cette prison

Je la tourne, encore et encore,

Mais je ne peux m'échapper

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J – 1.

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- Dis donc, ma grande, t'aurais pas quelque chose à m'avouer, mmh ? Ce « truc ultra-important et top-secret » pour lequel je suis censée te couvrir jusqu'à ce soir, ça ne concernerait pas Adrien, par hasard ?

- Hein-que-quoi-comment ça ?

Mon yoyo m'échappe des mains et rebondit sur le parquet dans un chuintement sonore. Ma voix, un peu plus aiguë que d'ordinaire, retentit dans la petite pièce où Wayzz m'a demandée d'attendre.

- Mais non, pas du tout ! P-Pourquoi tu me demandes un t-truc pareil, Alya ?

- Ben… sa gouvernante Nathalie m'a appelée tout à l'heure, puisque la déléguée de classe – toi, ma grande – ne répondait pas. Elle m'a demandé de faire passer l'info : Adrien a disparu depuis ce matin. Il aurait fugué. Tu m'avais dit que c'était pas la joie entre lui et son père, du coup, ça pourrait expliquer qu'il ait voulu changer d'air, comme la dernière fois à Noël. Mais j'ai contacté toute la classe, personne ne sait où il est, même pas Nino. Nathalie est très inquiète, le téléphone d'Adrien est éteint et ça ne lui ressemblerait pas.

Je ramasse le yoyo en toute précipitation et le fixe machinalement à ma hanche.

- Eeeuh… C'est-à-dire que… il est passé à la boutique ce matin, et…

- Quoi ?!

Comme je le craignais, la voix posée d'Alya se fait surexcitée.

- Comment ça, « il est passé à la boutique » ? Quand ? Qu'est-ce qu'il t'a dit ?

- Mais rien, rien du tout !

Je baisse les paupières et m'efforce d'inventer fissa une explication valable – lui dire qu'Adrien voulait m'inviter au cinéma est à proscrire. Encore heureux que je ne sois pas face à Alya, ou alors mon splendide rougissement m'aurait immanquablement trahie.

- Il voulait juste acheter quelque chose à manger, il… il avait l'air… normal ?

- …Ah bon ?

À mon soulagement, Alya n'est pas soupçonneuse, mais simplement déçue. J'enchaîne, plus sûre de moi.

- Oui… Il a dit qu'il avait oublié son portable chez lui. C'est sûrement pour ça que Nathalie n'arrive pas à le joindre.

- Mouais… « oublié » son portable ? Je pense qu'il voulait surtout que son paternel lui lâche la grappe pour la journée, oui !

Alya éclate de rire. Je rougis plus encore tandis que les détails s'assemblent dans mon esprit. Adrien a eu une dispute avec son père, au point de partir sans prévenir et en envoyant balader ses responsabilités de la journée – certainement nombreuses, comme toujours. Et c'est dans cet état qu'il est venu me voir, moi. Pas Nino son meilleur ami, mais moi. Et je n'étais même pas là pour le soutenir !

Je trépigne en grommelant.

- Et zutzutzutzutzutzuuuuut…

- Marinette ? C'est quoi ce grondement bizarre ?

- Rien ! Rien du tout, je…

Alors que je fais les cent pas pour m'apaiser, Wayzz jaillit du mur adjacent, suivi d'un autre kwami noir de jais. Je trébuche à leur vue, et mon téléphone manque de m'échapper des mains.

- Ah !

- Ladybug ? murmure Wayzz pour ne pas être entendu d'Alya. Aurais-tu une minute, je te prie ?

Je reste figée, surprise par le ton respectueux de Wayzz tout autant que par la présence inattendue de son compagnon noir, qui me contemple en silence.

- Ma grande ? Eh oh ? T'es toujours là ? C'est quoi tous ces bruits ? Mais t'es où, à la fin ?

Aïe la question piège… ! Vite, vite, une explication !

- J-je suis dans la rue, il y a du monde et un-un chat de très… très mauvais poil, marmonné-je avant de jurer en silence, exaspérée de ma propre maladresse.

Le kwami noir de jais se fige dans sa lévitation paresseuse. Jusque-là dédaigneux, ses yeux verts se plissent maintenant avec hostilité. Je me mords la lèvre.

Vexer le kwami de ton partenaire dès le premier mot. Alors là, bravo, Marinette.

- Dis, Al-hum… Je… Je peux te rappeler plus tard ?

Ouf, son nom ne m'a pas échappé.

Un bref silence s'ensuit. Alya reprend d'une voix très calme, un rien hésitante.

- D'accord. Tu peux avoir tes secrets, t'inquiètes. Mais tu sais aussi que tu peux tout me dire, hein ? Fais attention à toi, ma grande. À plus tard.

Elle raccroche aussitôt. Je reste prise de court par sa réplique peinée et cassante. Mais après tout, c'est moi qui l'ai appelée ce matin à la première heure, pour lui demander sans explications de me fournir un alibi pour toute la journée. Je me retiens de soupirer : dès demain, j'irai m'excuser. Et d'ici-là, je vais devoir mettre au point un scénario crédible pour affronter ses inévitables questions…

Je baisse précipitamment mon portable, reconnaissante du fait qu'il soit peu identifiable. J'ai la même pensée préoccupée pour mon sac et mon anorak posés dans un coin, mais de là où nous sommes, ils sont hors de vue.

J'affronte le regard hautain du kwami noir. Wayzz s'est mis en retrait. Mes mains sur les hanches pour me redonner contenance, je me racle la gorge.

- …Plagg, c'est ça ? Enchantée.

Le kwami aux allures de chaton s'avance, lévitant légèrement plus haut que ma tête, ce qui m'oblige à lever les yeux. Je réalise que jusque-là, Wayzz comme Tikki ont généralement eu le réflexe de se positionner à hauteur de mon regard. Ça m'en dit un peu plus sur le caractère de Plagg, même si Chat Noir, au fil du temps, m'a délivré malgré lui de nombreux indices à ce sujet. Dans ses mots, son kwami m'apparaissait comme goinfre, paresseux, je-m'en-foutiste et râleur, parfois même un peu sournois. En somme, une personnalité bien différente de celle de Wayzz, et l'exact opposé de celle de Tikki.

Alors qu'il prend la parole, il fait une petite grimace, et je distingue deux crocs minuscules mais effilés.

- Tikki. Libère-la.

Je croise les bras, partagée entre ma méfiance croissante et une brusque bouffée de sympathie protectrice pour mon kwami.

- Pourquoi ça ?

- Je dois la voir. Ne discute pas, Ladybug.

Wayzz intervient alors, souriant et amène.

- Ce que Plagg essaie de dire, c'est que la situation aujourd'hui est exceptionnelle, et nous souhaiterions parler avec elle de cette question. De plus, nous autres kwamis n'avons pas souvent la chance de nous réunir. C'est une belle occasion.

J'expire profondément. Je me souviens très bien de la joie et de la complicité qui unissaient Tikki et Wayzz, la première fois que je suis venue en tant que Ladybug.

- D'accord… Je comprends.

Je jette un dernier regard soupçonneux à Plagg, puis m'apprête à me détransformer quand Wayzz m'interrompt d'un looping.

- Les règles sont immuables : Plagg non plus n'a pas le droit de connaître ton identité. Je te prie d'attendre que nous ayons quitté la pièce. Tikki saura où nous trouver.

Il s'incline avec grâce. Plagg se contente de lever les yeux au ciel, l'air fatigué de toutes ces politesses. Il s'apprête à emboiter le pas à son collègue, mais quelque chose l'arrête. Il revient alors vers moi, cette fois à hauteur de mon regard, juste un peu plus près que nécessaire, et me jauge en silence. Je tiens bon sous ses prunelles dédaigneuses, en réalité étonnée de le sentir aussi distant – Chat Noir ne me l'avait pas décrit ainsi. M'en voudrait-il encore pour cette entrée en matière un peu maladroite ?

Enfin, il murmure.

- D'habitude, les Chats Noirs sont des électrons libres, fiers et indépendants. Parfois, ils deviennent même des leaders charismatiques et adulés de leurs pairs. Mais ce qu'ils maitrisent tous sans exception, c'est l'art de la drague, et crois-moi, j'en ai vu défiler des conquêtes depuis que je suis lié à l'Anneau. Pourtant, cette fois-ci, mon Porteur est le pire tombeur que j'ai jamais connu : il est naïf, maladroit, paumé. Une vraie fleur bleue doublée d'une bonne poire.

Je me retiens de l'interrompre, néanmoins excédée : c'est de mon coéquipier qu'il parle, là… !

- Du moins, c'est tout ce qu'il était quand je l'ai rencontré. Ça me hérisse de l'admettre, mais cette fidélité que tu lui as inspirée, c'est une force rare. Tu es le but et l'espoir qui lui manquaient. Et aujourd'hui, ça va bien au-delà de son rôle de Chat Noir. Ça dépasse presque tout ce que j'ai déjà pu voir chez un Porteur de mon Anneau.

Plagg se rembrunit encore.

- Ce genre de décision chevaleresque… Elle m'avait prévenu que ça recommencerait un jour ou l'autre. J'aurais préféré qu'elle se trompe.

- Qui ça, « elle »… ? Tikki ?

Plagg plisse les yeux et semble sur le point de répliquer vertement, mais Wayzz a un léger raclement de gorge. Le kwami noir lui lance un regard renfrogné, puis paraît consciencieusement peser ses mots.

- Il va renoncer à son Miraculous, marmonne-t-il enfin. Il sait qu'ainsi il enfreint toutes les règles, mais il veut que quelqu'un lui succède et puisse t'aider quand il ne sera plus là. Il te l'a dit, n'est-ce pas ?

Je frémis. Je serre les poings et affronte bravement le regard torve de Plagg. Le kwami jouait les insensibles méprisants, mais n'est-ce pas de l'inquiétude que je distingue soudain dans ses yeux verts ?

- Oui, il m'en a parlé.

- Si ça arrive, je n'aurai plus aucun contact avec lui d'aucune sorte, Ladybug. Alors débrouille-toi comme tu veux, mais ne le laisse pas tomber. Ce gosse a sa part d'ombre, et il est plus fragile qu'on ne le croit. Avec les casseroles qu'il se traîne, je pense qu'il aurait déjà plongé s'il ne nous avait pas rencontrés.

Je me raidis tandis que Wayzz s'approche, l'air à la fois hésitant et désapprobateur.

- Plagg.

L'interpellé me vrille de ses prunelles vertes, les crocs découverts, et ajoute aussitôt.

- Méfie-toi de ses décisions autant que de vos ennemis. Il prend déjà des coups à ta place, Ladybug, et il ne reste plus beaucoup de temps. J'ignore jusqu'où il pourrait aller pour te défendre, y compris lorsqu'il sera… redevenu un civil. Il a beau y croire, il n'est pas invincible.

- Plagg.

La voix de Wayzz s'élève, plus affirmée et clairement réprobatrice. Plagg, jusque-là excessivement sérieux, émet alors un petit ricanement. Il exécute une élégante cabriole, qui me fait penser aux révérences de Chat Noir.

- Méfie-toi. Ne t'avise pas de l'oublier.

Il rejoint son compagnon en virevoltant, minaudant et nasillard comme si ses avertissements n'avaient jamais existé.

- Wayzz, mon ami, tu aurais de quoi manger ? Je suis affamé !

Sans un regard en arrière, Plagg traverse un autre mur. Wayzz s'incline derechef avec une mimique d'excuse, puis il disparait à son tour. Je reste figée, aux aguets malgré moi. Je n'avais jamais envisagé de rencontrer Plagg et encore moins dans ces conditions, mais qu'est-ce qui vient de se passer exactement ?

J'hésite à redevenir Marinette, bien moins sereine maintenant que je sais que Plagg peut surgir à tout instant. Après une bonne dizaine de secondes supplémentaires, je me détransforme.

- Marinette ? Où sommes-nous ? Et Chat Noir ?

Cette succession de transformations n'étant pas forcément de tout repos, je tire un cookie de ma sacoche et le tends à Tikki, qui l'accepte avec joie.

- Il discute toujours avec Maître Fu. J'espère que tout va bien…

- Bien sûr, réplique-t-elle entre deux minuscules bouchées. Rappelle-toi quand tu es venue en tant que Ladybug la première fois. Il y avait beaucoup de choses à t'expliquer. C'est pareil pour Chat Noir.

Le visage faussement nonchalant de mon coéquipier me hante : je le connais assez bien maintenant pour savoir quand il se force à faire bonne figure. Soucieuse, je m'assois à la fenêtre, qui donne sur une petite cour intérieure. Du fait des immeubles alentour et du soleil qui se couvre peu à peu, il y fait déjà sombre.

- Wayzz et Plagg ont demandé à te parler. Je crois qu'ils t'attendent dans la pièce voisine.

Le bruit de grignotement s'arrête net.

- Plagg ? Tu l'as rencontré ?

- Mmh. Et il est aussi rustre et désagréable que Chat Noir est charmant. Je réalise à quel point j'ai de la chance de t'avoir, Tikki.

- Oh… Marinette.

Elle émet un petit rire étrange, et vient se poser sur le rebord de la fenêtre à mes côtés.

- Plagg n'a pas changé, on dirait. C'est souvent la première impression qu'il veut donner.

Je soupire pour toute réponse, avant de froncer les sourcils. Minute. J'ai dit de Chat Noir qu'il était… charmant ?

- Merci, Marinette.

Elle dépose dans ma main la moitié restante du cookie, et m'accorde un regard rêveur.

- Les kwamis sont un peu comme leurs Porteurs, tu sais : ils ont plusieurs masques. Il faut du temps pour comprendre réellement qui ils sont.

Elle me fait un sourire encourageant, mais dans ses yeux, dans sa voix, quelque chose m'indique qu'elle est un peu anxieuse. L'attitude de Plagg, plus que son avertissement, me reste en travers de la gorge. J'ai beau savoir que Tikki est une battante – sa verve face à Maître Fu me l'a encore prouvé – je m'inquiète de la voir tout à coup aussi hésitante.

- Tikki, ça va aller ?

- Bien sûr. Ça fait très longtemps que je ne l'ai pas vu, mais je sais à quoi m'attendre.

Elle a un rire cristallin et enjoué pour me rassurer.

- À toute à l'heure… !

Elle s'élance en direction du mur par lequel sont partis Plagg et Wayzz, disparaît à son tour. Dans la petite pièce, le silence est tout à coup écrasant. Je réalise que cela fait très, très longtemps que je n'ai pas été seule ainsi. L'impression est pour le moins… étrange.

Je m'accoude à la fenêtre, observe la cour intérieure avant de jeter un œil à mon téléphone. L'idée m'effleure de rappeler Adrien pour m'excuser de mon absence de ce matin, et mon cœur s'emballe aussitôt. Puis je me souviens qu'il a oublié son portable chez lui, et je soupire, partagée entre soulagement et déception.

Désœuvrée, je pose mon front sur mes mains croisées, puis je ferme les yeux. Entre l'attaque Akuma au Muséum et mon inquiétude pour Chat Noir, j'ai à peine dormi cette nuit, et le silence allié à la pénombre grandissante me rend somnolente.

« Débrouille-toi comme tu veux, mais ne le laisse pas tomber. Ce gosse a sa part d'ombre… Je pense qu'il aurait déjà plongé s'il ne nous avait pas rencontrés. »

À la réflexion, je crois que Plagg vient ni plus ni moins de me demander de surveiller son Porteur une fois qu'il sera redevenu un simple civil. Autrement dit, il veut que je m'arrange pour découvrir qui est Chat Noir. Ce n'est donc pas étonnant que Wayzz soit intervenu : depuis le premier jour, nous sommes obligés de garder le secret sur nos identités. En fin de compte, Plagg est véritablement attaché à Chat Noir…

Chat Noir. Son entretien dure une éternité. J'espère que tout va bien.

À mon cou, je retrouve le petit porte-bonheur que m'a offert Tikki pour mon anniversaire, et le fais rouler pensivement entre mes doigts. Machinalement je croque dans le cookie, et un petit sourire me vient.

Chocolat et cannelle. Tikki en raffole, et moi aussi.

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J – 1.

H – 15.

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I turn it over, I turn it over…

Je cherche mon salut, encore, et encore…

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J + 365.

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Le souffle court, les joues rougies par le froid, je scrute le bâtiment que je n'ai pas vu depuis des mois. Il n'y a plus d'échafaudage, plus aucun ouvrier dans le jardin entouré de hauts murs. Les vitres ont été remplacées, le toit réparé, les façades reconstruites et consciencieusement repeintes.

Je m'approche du gigantesque portail en fer forgé, choquée : le manoir Agreste est comme neuf. Comme s'il ne s'était strictement rien passé.

Aucune lumière ne brille aux fenêtres. Le grand escalier menant aux portes d'entrée est encombré d'une neige blanche, épaisse et immaculée. L'endroit paraît abandonné, inhabité. Je baisse finalement la tête, la gorge nouée. À quoi bon ? Je sais qu'il n'y est pas. Cette absence ravive ma douleur, impitoyablement.

Je me détourne, maudissant l'impulsion stupide qui m'a amenée jusqu'ici. Le cœur lourd, je reprends ma route hasardeuse à travers Paris, plus dans l'idée de me réchauffer et me vider la tête que pour atteindre un but précis. Quand je marche, tout s'efface, transitoirement. S'il ne neigeait pas, si la ville ne portait pas fièrement tout ce rouge et ce noir, je pourrais presque trouver cette balade apaisante. Mais que puis-je faire d'autre ? Retourner au lycée aujourd'hui est au-dessus de mes forces. Rentrer chez moi et affronter le regard peiné de mes parents ? Encore pire.

Je soupire profondément. Vivement que tout ça se termine. Que retombe ce remue-ménage à propos de la commémoration. Qu'on revienne à un quotidien plus simple, plus… normal.

Sous mon manteau, tout contre moi, je sens peser ma petite sacoche. La journée promet d'être longue, et pour l'instant je n'ai rien pour notre déjeuner. La gorge nouée, je finis par entrer dans une supérette.

Mes achats à l'abri de la neige dans mon sac à dos, je laisse mes pensées vagabonder au fil de mes pas. En dépit de la météo, la foule est dense dans les avenues de Paris. Je laisse la circulation me porter, jusqu'à m'apercevoir que je me rends là-bas, doucement, insensiblement. Est-ce parce que de plus en plus de passants convergent eux aussi vers cet endroit ?

Mon sang se glace dans mes veines. Je m'arrête net, indifférente aux légères secousses des badauds qui me contournent et me frôlent. Soudain le rouge et le noir ne sont plus seulement des éléments de décoration dans les boutiques : les passants eux aussi arborent des écharpes, des cocardes, des vêtements aux couleurs de l'évènement. Ils vont peut-être tous à la commémoration. Mais moi, je ne veux pas. Je ne peux pas.

Je ne peux pas…

Contre ma hanche, ma sacoche me brûle. Je suis sur le point de faire demi-tour, quand une vibration de mon portable attire mon attention. Le message m'arrache un sourire douloureux.

« Je regrette. Pardon de ne pas être à tes côtés pour la cérémonie. »

Mes yeux me brûlent. Je les essuie à la va-vite et réponds d'un simple smiley.

J'hésite à passer mon chemin. Alya, gérante reconnue du LadyBlog et en digne porte-parole des lycées de Paris, doit intervenir lors de la commémoration. Assister à la cérémonie est peut-être au-dessus de mes forces, mais je lui ai promis d'au moins essayer.

Je range mon portable, renifle puis inspire un grand coup l'air glacial. Les poings serrés, je m'engage à la suite des autres passants. Bon an mal an, je m'efforce de faire abstraction de l'angoisse sourde qui m'envahit peu à peu, alors que je m'approche de cet endroit.

Cet endroit où va être inauguré un ultime monument à la mémoire des victimes du Papillon.

Cet endroit qui, il y a un an jour pour jour, a vu disparaître Ladybug et Chat Noir.

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I loved and I loved and I lost you…

And it hurts like hell

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La neige a cessé de tomber. Un à un, les parapluies qui couronnaient la foule se sont refermés.

Au milieu de l'assemblée silencieuse, je ne prête aucune attention au discours du Maire. Je tourne et retourne entre mes doigts gantés la petite veilleuse rouge qu'un bénévole m'a remise à mon arrivée. Je jette un énième regard nerveux vers le centre de la place, à la grande structure informe et couverte d'un voile noir.

Haussant le menton, je scrute les occupants du chapiteau, derrière le pupitre du Maire. À côté des adjoints, des personnalités politiques et de ceux que j'imagine être les chefs de la police et des pompiers de Paris, je reconnais une petite silhouette rousse, exceptionnellement discrète. J'ai un léger sourire. Alya a opté pour un tailleur pantalon noir très seyant, a rassemblé ses cheveux en une natte épaisse mais soignée sur sa nuque. Elle a cependant choisi d'égayer sa tenue de son écharpe rouge et noire, et arbore fièrement la cocarde de commémoration de notre lycée.

Je l'observe longuement. Digne et sereine en apparence, elle replace toutes les trente secondes ses lunettes sur son nez, un signe emblématique de son stress. Après une courte hésitation, je me saisis de mon portable et tape un rapide texto.

« Laisse tes lunettes tranquille. Tu es superbe, Madame la Déléguée. »

J'envoie le message. Après un court laps de temps, Alya frémit. L'air toujours pleinement concentrée sur le Maire et son interminable discours, elle tire discrètement son portable de sa poche et consulte l'écran. Ses épaules se relâchent de manière évidente, et elle range son téléphone. Son regard balaie la foule, glisse plusieurs fois dans ma direction sans me voir. Elle a néanmoins un signe de tête, puis un imperceptible sourire.

Sous ma capuche, je souris à mon tour. Puis je laisse à nouveau mon esprit vagabonder, tandis que les discours s'égrènent, les uns après les autres.

Vite, trop vite à mon goût, un responsable fend la foule et s'approche de l'édifice encore caché, au centre de la place. Au signal du Maire, il tire sur le voile noir, et le nouveau mémorial apparaît. L'assemblée, jusque-là à peine murmurante, se fait plus silencieuse que jamais. Mon cœur se serre d'appréhension, et je me fais violence pour ne pas détourner les yeux : je sais que l'apparence du mémorial a été sujette à de nombreux débats houleux, mais je n'ai pas eu la force de les suivre.

Sur un piédestal de marbre, se dressent une Ladybug et un Chat Noir en granit. Face à face, un genou à terre, ils ont la tête basse, les yeux fermés, leurs fronts sur le point de s'effleurer. Leurs armes rangées à leur ceinture, leurs mains posées sur les épaules de l'autre, ils surplombent ainsi d'un cercle protecteur une représentation discrète et symbolique de la ville de Paris.

Un peu plus grands qu'à taille humaine, ils apparaissent à la fois imposants et humbles, le visage neutre et serein derrière leur masque. Comme prêts à rouvrir les paupières et à bondir d'un même ensemble à l'assaut d'un ennemi invisible.

Pour toujours endormis, mais à jamais les protecteurs de Paris.

Ma vision se brouille. La gorge serrée, je contemple ce Chat Noir athlétique et élancé que l'artiste a choisi d'immortaliser. Je ne me rappelais pas à quel point il semblait jeune ce jour-là, à la fois fort et fragile. Et pourtant…

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« Ma Lady ! »

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Je le revois soudain comme si c'était hier. Ce Chat Noir adolescent, debout et pensif sous une pluie de flocons.

Un regard dans ma direction. Une révérence, un sourire moqueur.

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« C'est notre tour. M'accorderas-tu cette danse ? »

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Une étreinte, une promesse.

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« Je coincerai le Papillon. Quand Paris sera débarrassée de lui, j'essaierai de prendre contact avec toi … »

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Et une autre voix, plus aiguë, plaintive. Tikki.

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« Oh, Marinette… Chat Noir ne t'a pas dit qu'il… »

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- Mademoiselle ?

Je sursaute. De sous ma capuche, je croise le regard de ma voisine de gauche, une mère de famille. Comme je ne réagis pas, elle se saisit doucement de ma veilleuse, l'allume à la flamme de son petit cierge commémoratif, et me la rend avec un sourire conciliant. D'un signe de tête, elle me montre mon voisin de droite. Machinalement, j'allume sa veilleuse éteinte au contact de la mienne, et il s'exécute à son tour avec ses amis.

Je contemple la foule d'un œil neuf. À la lumière des bougies, beaucoup de regards brillent. Je ne suis pas la seule à retenir mes larmes. Je ne suis pas la seule à avoir perdu un proche ce jour-là.

Mais il n'y a que moi qui ait une part de responsabilité dans ce désastre.

L'air me manque tout à coup. Je jette un dernier coup d'œil au mémorial, m'attarde sur Chat Noir et évite sciemment la Ladybug de granit. J'ai comme un goût amer sur la langue. Je retiens mes sanglots à grand-peine.

Je déteste cette statue. Elle ne rend pas justice aux véritable héros de cette histoire. Comment aurait-elle pu, d'ailleurs ? Paris ne sait pas aussi bien que moi ce qui s'est passé, ce jour-là.

Personne ne sait à quel point je me sens coupable. À quel point Ladybug est coupable.

- Eh… ça va aller.

La mère de famille à ma gauche vient de poser une main prévenante sur mon épaule. Elle promène un regard inquiet autour de moi.

- Tu es venue toute seule ? Reste avec nous, si tu veux.

Je baisse les yeux. Ses deux enfants, des bambins, me scrutent avec circonspection. L'un d'eux se cache contre le manteau de sa mère, tandis que l'autre me fait un sourire innocent.

Je suis incapable de parler. Je tends ma bougie à la jeune mère, puis je déguerpis sans me retourner. Dans les haut-parleurs retentit soudain une voix familière : celle d'Alya, grave et solennelle bien qu'un peu hésitante. Je presse le pas, quitte à bousculer quelques personnes sur mon passage.

Je connais déjà par cœur le discours d'Alya. Je sais que si je l'entends encore une fois aujourd'hui, je vais m'effondrer pour de bon.

Je fonce à travers l'avenue, m'engouffre dans la première bouche de métro.

Je rentre chez moi.

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J + 365.

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Blanc, Rouge. Noir.

Nous étions Amis. Peut-être plus.

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Mais me Souvenir est un supplice

Je rêve d'enfin pouvoir Lâcher prise

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J'ai beau avoir Mal à en crever

Ma promesse continue de me porter, de me tarauder…

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Arc d'exposition terminé – enfin.

Prochain chapitre : LadyNoir, bien sûr. Au fait, qu'est-ce que la réplique citée plus haut – « M'accorderas-tu cette danse » – vous inspire ?

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Et pour finir, une petite énigme : quel titre portera le prochain chapitre ? Hypothèses, avis et critiques sont les bienvenus dans les reviews. Début de réponse bientôt sur ma page FB, vous êtes conviés à venir découvrir les illustrations choisies pour chaque parution… Et les indices qu'elles recèlent ?

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Merci et à très vite,

Elenthya

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