Edit du 11 novembre 2019 :

Chers lecteurs, bonjour !

« Blanc, Rouge, Noir » fête aujourd'hui ses deux ans !

C'est avec une immense fierté – et beaucoup, BEAUCOUP d'appréhension – que je peux recommencer les parutions après 10 mois de silence. Et aussi vous confirmer que cette fanfiction est désormais entièrement rédigée. Depuis près d'un mois, elle plafonne à un total de 232 000 mots, soit 447 pages, et 24 chapitres.

Je suis… vidée. Estomaquée. Mais heureuse, tellement heureuse, si vous saviez ! C'est une aventure qui dure depuis désormais deux ans jour pour jour, et j'ai battu tous mes records personnels de rédaction – grâce ma super team, toujours prête à me remotiver dans mes moments de doute, et ils ont été nombreux !

J'ai tellement hâte de partager cette histoire avec vous au fil des parutions maintenant. Plus rien ne peut l'arrêter ! J'espère qu'elle vous plaira, j'espère qu'elle vous transportera comme moi elle m'a transportée !

Bref. J'espère connaître votre sentiment un jour en commentaire. Ce serait une récompense encore plus belle.

Aux anciens lecteurs comme aux nouveaux, je vous souhaite la bienvenue et une agréable lecture.

Have fun,

Elenthya.

.

.


.

.

Alpha-beta-reader en chef : SilverPhantomD

Beta-reader de la version finale : Vanamonde

.

.

.

PS : Un petit rappel quant au contexte de la fanfiction, débutée fin 2017 :

Sont pris en compte les faits, révélations et relations des personnages inhérents à :

- L'intégralité de la saison 1

- Les épisodes « Origines »

- Seulement les épisodes Un à Sept de la saison 2 (qui étaient les seuls parus à l'époque où BRN s'est construite.)

Par conséquent, l'épisode 8 (« Le Hibou Noir ») et son fameux moment dans le container (dont les kwamis ont été témoins) ne sont pas pris en compte dans cette fanfiction. Les faits de l'épisode 9 (« Glaciator » et la déclaration de Chat Noir) et 10 (« Zapotis » et le recrutement de nouveaux Porteurs comme Rena Rouge) non plus.

PS, le dernier : N'hésitez pas à relire la fin du chapitre 12. L'action reprend juste après.

.

xxxxxxxx

.

.

.

.

J – 1.

H – 8.

.

.

- Ça ira comme ça, Tikki. Il faut qu'on y retourne maintenant.

Je pose la serviette glacée contre mon flanc, et la douleur m'arrache une grimace. Au bout d'un moment qui me paraît interminable, le froid anesthésie enfin l'énorme bleu qui couronne mes côtes fêlées. La neige que vient de me rapporter Tikki est un bienfait tout autant qu'une malédiction.

- Je dois d'abord panser tes blessures, souffle-t-elle, affairée.

Je marmonne entre mes dents.

- Je ne vais pas si mal, on…

- J'ai dit non. De toute façon, je suis encore trop faible pour te transformer. Reste immobile, ta joue m'inquiète.

La voix fluette mais autoritaire de Tikki résonne à travers le magasin désert, et je m'interromps, rabrouée. Mon kwami s'affaire à soigner mes brûlures, non sans omettre d'aller mordre dans un cookie de temps à autre. Sur les couvertures autour de moi sont éparpillés des pansements, des bandages, des antidouleurs et des onguents que Wayzz et elle ont dû dénicher dans une pharmacie voisine pendant que j'étais inconsciente. J'aperçois également quelques sachets en provenance du rayon sandwiches, et Tikki surprend ma grimace dégoûtée.

- Il faut que tu manges, Marinette. Tu n'as pas dîné et la nuit promet d'être longue.

Les antidouleurs me rendent nauséeuse. Je préfère ne rien répondre tandis que Tikki examine ma joue blessée. Elle pose avec précaution une compresse humide de baume sur ma peau, et la brûlure lancinante s'exacerbe aussitôt. Je baisse les paupières, le souffle coupé. J'étouffe une nouvelle vague de larmes nerveuses, mais mon kwami n'est pas dupe.

- Marinette ? Parle-moi, s'il te plait. La journée a été rude…

Mes yeux picotent. Je serre les dents et régule mon souffle avant que mes côtes fêlées ne se rappellent à mon bon souvenir. Parler de quoi, de toute façon ? Le temps presse. Et j'ai bien assez pleuré dans les bras de Chat Noir… !

…Chat Noir…

Je tourne la tête pour scruter le bout du rayon désert. Chat Noir s'est retiré pour libérer Plagg et reconstituer leurs propres forces. Tikki soupire, un gros pansement entre les pattes.

- Marinette, regarde par ici, s'il te plait.

J'obtempère tout en activant l'oreillette que m'a rendue Wayzz. Le filtre violet se déploie devant mon œil gauche, mais à mon désespoir, le réseau personnel de Lady Wifi est toujours hors service. Wayzz a probablement raison en soulignant que l'existence de l'objet confirme qu'Alya va bien, mais cela me rassure à peine. Elle a échappé de très peu à l'explosion. Avant de m'évanouir sous les coups de l'Exilé, j'ai bien vu qu'elle avait été blessée, peut-être grièvement.

- Tiens-toi tranquille encore une minute, murmure Tikki.

Frissonnante, je la laisse placer un pansement sur ma joue brûlée.

- La ville est silencieuse et les incendies sont maîtrisés, Marinette. C'est certainement bon signe. Pour l'instant, tu ne peux rien y faire. Prends patience.

Elle d'habitude si empressée à engloutir ses cookies, je la soupçonne de faire exprès de prendre son temps, pour m'empêcher de redevenir Ladybug trop tôt. Déroutée, je me résigne à ne plus bouger tandis qu'elle fixe le pansement. Quand enfin elle recule, je lui tends un autre cookie avec insistance.

- Les autres affrontent toujours l'Exilé, Tikki. Si on ne se dépêche pas, Chat Noir va y retourner sans moi.

- Ça m'étonnerait, ce n'est pas dans le style de Plagg. Ce serait trop dangereux de vous séparer à nouveau.

Tikki décline le cookie et se penche sur une égratignure à mon bras. Elle s'est déjà occupée de mon poignet gauche et l'a enveloppé dans une bande élastique bien serrée, histoire d'apaiser mon entorse.

- Plagg a dû prévoir la témérité de Chat Noir : il ne laissera pas son Porteur se retransformer tant que Ladybug n'est pas également opérationnelle. Et ton précédent Miraculous Ladybug a anéanti mes réserves, j'ai besoin d'encore vingt bonnes minutes.

- Mais…

- Et nous savons toutes les deux que tu n'es pas en état de te battre, et que ce n'est pas seulement dû à tes blessures, Marinette.

Elle a un regard à la fois sévère et désolé.

- Cette précipitation ne te ressemble pas, ma Ladybug. S'il te plait, explique-moi.

Toutes mes protestations meurent sur mes lèvres, les unes après les autres. Tikki retourne à ses pansements, silencieuse. Je me recroqueville, désarçonnée. Je n'arrête pas de penser au coup d'œil que m'a lancé Chat Noir avant de disparaître.

« Pardon, ma Lady. »

- Je… J'ai vu comme il me regarde maintenant, Tikki, murmuré-je enfin d'une voix blanche. Chat Noir s'est comporté comme… comme…

Je ne sais pas exprimer le malaise que je ressens, mais je voudrais l'oublier à tout prix. Tikki touche juste, encore une fois.

- …Comme avec Marinette ?

- Comme avec une civile, renchéris-je. Comme avec quelqu'un qu'il faut protéger.

- Et alors ? C'est mal ?

Face aux grands yeux limpides et interrogateurs de Tikki, je ne suis plus sûre de rien. Je baisse les paupières, la mort dans l'âme. Je crois encore sentir l'étreinte de Chat Noir : quand moi je m'agrippais à lui avec l'énergie du désespoir, lui était au contraire plus précautionneux que jamais, comme si j'étais faite de porcelaine. Rien à voir avec l'accolade qu'il m'avait donnée cette après-midi dans la cour chez Maître Fu, forte à m'en couper le souffle.

Je scrute le bout du rayon dans l'espoir de le voir réapparaître, souriant et prêt à repartir au combat. Son attitude juste avant qu'il ne s'éclipse me hante. Lui qui est toujours si enjoué et si confiant, il semblait tout à coup… hésitant. Distant. Est-ce réellement lié à Marinette ? Je fouille dans mes souvenirs, encore et encore : en dehors de nos missions et de ses fanfaronnades, n'agissait-il pas ainsi parfois avec Ladybug ? N'est-ce pas plutôt moi qui m'attarde sur des détails insignifiants maintenant qu'il m'a percée à jour ?

Maintenant qu'il m'a dit qu'il m'aime…

Je tourne en rond alors que le temps n'a jamais été aussi précieux. À quand remonte la dernière fois où j'ai eu autant de doutes ? Pour Cœur-de-Pierre et notre tout premier Akuma ?

- Je ne serai pas à la hauteur, Tikki. Je n'y arrive pas.

Elle a raison de me freiner. Tout se bouscule dans ma tête…

Alya. Mes amis akumatisés. Maître Fu, l'Exilé, le Papillon. Paris en flammes, ses rues dévastées, Adrien. Mes parents – indemnes, blessés ? – qui doivent se faire un sang d'encre à mon sujet.

Et Chat Noir. Chat Noir de retour. Chat Noir qui sait tout de moi désormais…

- Il faut que je me concentre, et je n'y arrive pas !

Je ne sais plus où j'en suis et je n'arrive plus à le cacher. Si Chat Noir était là, qu'en penserait-il ? Marinette et ses hésitations n'ont pas leur place ici, ni entre nous, ni au cœur du combat qui nous attend.

- Marinette, calme-toi et regarde-moi, s'il te plait.

Je m'exécute à contrecœur. Ma joue blessée m'élance moins maintenant qu'elle est couverte, et pourtant mes yeux continuent de se charger de larmes : je les essuie avec impatience. Tikki vient léviter à ma hauteur, et elle murmure d'un air grave.

- La situation est critique, c'est vrai. Wayzz m'a tout raconté : tu as contenu Maître Fu en t'efforçant de préserver la ville, à toi toute seule et pendant près d'une heure. Puis tu as géré comme tu as pu les akumatisés et les manigances du Papillon. Tu t'es interposée entre Riposte et Maître Fu, tu as failli perdre Alya alors que Papillon la contrôlait… Tout ça sans Chat Noir, sans Porteur, ni d'Astre ni d'Armille, à tes côtés. De mémoire de kwami, ça n'était encore jamais arrivé à une Porteuse de Lumière aussi jeune.

De tels mots – Astre, Armille, Porteuse de Lumière – me rappellent mes discussions avec Maître Fu, et je me sens pâlir : alors que le Gardien est toujours en danger de mort, je n'ai même pas songé à demander à mon kwami comment elle vivait la situation. Maître Fu n'est-il pas l'équivalent d'un ami de longue date pour elle ? Voire d'un parent ?

- Tikki, je suis désolée pour toi, tu dois être…

Elle lève une patte, m'intimant le silence.

- J'aurais préféré que de telles difficultés ne surviennent que plus tard, quand tu aurais été plus âgée, plus expérimentée… Mais le Sort en a décidé autrement, et c'est ainsi.

Elle s'approche et vient se poser dans ma main tendue.

- Évidemment que tu es à la hauteur, Marinette, souffle-t-elle avec douceur. Tu l'as toujours été. Cette fois-ci, le Sort n'a pas été tendre, mais tu as fait de ton mieux. Maintenant, Chat Noir est revenu. Avec lui à tes côtés, ça ne peut que s'arranger, j'en suis sûre. Focalise-toi sur ça.

J'hésite, puis je hoche la tête en silence. Tikki a ce petit rire cristallin – léger et insolite, presque magique – qui lui est propre, et soudain, tout paraît plus clair. Je me sens bête à m'inquiéter de comment Chat Noir me perçoit maintenant qu'il sait. Néanmoins, lui qui était déjà capable de prendre les coups pour Ladybug, jusqu'où ira-t-il pour Marinette ?

Non, inutile de ressasser. Il est revenu, et c'est bien l'essentiel. Il faut simplement qu'on ait une discussion désormais, tous les deux. Je ne veux pas qu'il s'inquiète ou qu'il se mette en danger inutilement pour moi…

Allez, du nerf !

- Tu as raison, Tikki, c'est… stupide. Peu importe qui nous sommes ou ce qu'on ressent l'un pour l'autre, ça ne doit pas entrer en ligne de compte. J'espère que Chat Noir va le comprendre…

- Oh, Marinette ! Bien au contraire. Ce que vous ressentez l'un pour l'autre, c'est même le plus important.

Tikki penche la tête et esquisse un sourire conciliant.

- Depuis que les deux Astres sont liés, leurs Porteurs le sont aussi, qu'ils soient des inconnus, des amis ou des partenaires également dans le monde réel. Avec ce lien-là venaient l'inquiétude et la volonté de se protéger l'un l'autre, même quand le secret de leurs identités demeurait intact.

Son aura s'illumine d'une chaleur soudaine.

- Chat Noir sait, il a changé de regard sur toi et c'est bien normal. Mais votre tandem doit fonctionner via la confiance et l'entraide, et non le sacrifice. Or, comme nombre de ses prédécesseurs, il est prêt à tout donner pour protéger les êtres qui lui sont chers, et il fera ce qui lui semble juste. Tes appréhensions ne sont pas des faiblesses : fais-en une force, montre-lui que Marinette et Ladybug sont une seule et même personne, une héroïne avec ou sans son masque. Et je suis certaine qu'il réagira en conséquence.

Son attitude sereine et enjouée serait presque contagieuse. Je la contemple avec étonnement, la gorge un peu moins nouée.

- Tu ne lui as parlé qu'une seule fois… Et j'ai l'impression que tu le connais déjà mieux que personne.

Tikki hoche la tête avec modestie.

- J'ai quelques millénaires d'avance en psychologie humaine. Je sais comment fonctionnent Plagg et ses Élus, et vous n'êtes pas les premiers Porteurs que nous accompagnons. Quant à toi, Marinette, sois indulgente avec toi-même : tous les Porteurs de Lumière ont eu leurs moments de doute et de remise en question. C'est même un gage de leur compétence, crois-moi !

Elle se saisit d'un sandwich et me le met d'autorité entre les mains. Tandis que je m'oblige à en prendre quelques bouchées, elle soulève en douceur mes vêtements et écarte la serviette trempée de neige fondue. Elle reste circonspecte devant le bleu qui marbre tout mon flanc gauche.

- Il n'y a rien à faire de plus. La combinaison atténuera tes douleurs et la puissance des coups, mais veille à protéger ce côté-là dans la mesure du possible, lorsque tu combattras.

Elle retourne à son cookie et le termine enfin, puis en attaque un deuxième. J'imagine qu'elle fait des réserves en prévision de la bataille à venir. En dépit de cette perspective inquiétante, une question me brûle les lèvres.

- Donc, auparavant, Ladybug et Chat Noir… Je veux dire, les « Porteurs d'Astre », ils partageaient parfois leurs identités secrètes ?

- Bien sûr, pépie-t-elle entre deux bouchées. Certains aimaient bien entretenir le mystère – les Porteurs d'Ombre y sont d'habitude très enclins. Mais à la longue, ça finissait presque toujours par se savoir. Souvent pour des raisons pratiques, parfois par le plus pur des hasards. Les Porteurs d'Armille avaient le même genre de liens, par ailleurs.

- Mais c'est pourtant l'une des premières choses que tu m'as apprises : ne jamais révéler mon identité, pas même à Chat Noir. Pourquoi en faire un secret maintenant ?

Le regard de Tikki s'assombrit.

- Cela fait à peine deux siècles que nous procédons ainsi. C'est très récent à l'échelle de notre vie de kwamis. Maître Fu nous l'a imposé après qu'il y ait eu des… incidents parmi ses Élus. Il y a toujours eu des embrouilles entre Porteurs, certains prenant l'ascendant sur les plus jeunes ou sur ceux de plus basse extraction. Pour Maître Fu, l'anonymat remettait tout le monde sur un pied d'égalité, et il n'avait pas totalement tort…

Elle s'interrompt dans son récit et me fixe avec insistance. Après une brève seconde de flottement, je reprends ostensiblement une bouchée de mon sandwich. Elle approuve d'un hochement de tête.

- Maître Fu a jugé nécessaire d'édicter cette nouvelle règle, au moins pour les Porteurs qui n'étaient pas encore adultes et indépendants. Il voulait simplement vous empêcher de répéter d'anciennes erreurs. Et par la même occasion, il voulait nous protéger nous, ses Astres et Armilles. Nous…

Tikki est soudain traversée d'un frisson. Ses yeux écarquillés se voilent puis se tournent vers le plafond du magasin.

- Au lieu de feuler dans ton coin, descends, s'il te plait.

Seul le silence lui répond. Interloquée, je scrute les rayonnages plongés dans la pénombre. Tikki quitte la couverture, son vol devenu plus nerveux.

- Descends, répète-t-elle, exaspérée. Il n'y a plus de secret qui tienne en ce qui nous concerne.

Une petite tête noire dépasse alors du rebord du plus haut des rayons. Deux yeux verts brillent dans la pénombre, accusateurs.

- Ce n'est pas à toi seule d'en décider.

Je me suis recroquevillée par réflexe, plus consciente que jamais de l'absence de mon masque, mais Plagg m'ignore. Instinct protecteur ou pure coïncidence, Tikki vient se placer entre lui et moi, son cookie toujours entre les pattes.

- Si j'outrepasse mon rôle de guide, c'est à l'Armille Bouclier de me le notifier. N'est-ce pas, Wayzz ?

La voix volontairement interrogatrice et haut perchée de Tikki résonne dans le vide quelques instants, puis le kwami tortue émerge à son tour du rayon, l'air penaud.

- Pardon. Nous ne voulions pas être indiscrets. Nous venons seulement d'arriver.

- Je sais, déclare Tikki d'une voix radoucie. Mais étant donné la situation, je préfère que nous jouions cartes sur table avec nos Porteurs désormais.

Wayzz tressaille et jette un regard interrogateur à Plagg, qui se contente de s'installer nonchalamment au bord du rayonnage, la queue pendant dans le vide.

- On ne peut plus continuer ainsi, pas tant que Maître Fu est en danger, reprend Tikki. Wayzz, je sais que tu me comprends.

L'interpellé acquiesce. Ignorant le petit feulement impatient de Plagg, il lévite jusqu'à nous et se pose en douceur sur un coin de couverture, l'air las.

- Je suis tellement désolé, me répète Wayzz. Tout est de ma faute.

Il tient entre ses pattes une pastille violette qui clignote doucement – une oreillette créée par Lady Wifi, similaire à la mienne. Mon cœur se serre quand je réalise que Wayzz aussi doit guetter avec autant d'angoisse que d'impatience le retour du réseau.

- Mais, ce que je ne vous ai pas encore dit, c'est qu'on avait retrouvé Nooroo. Il est conscient de ce que fait le Papillon. Et il agit bel et bien contre son gré.

Un silence écrasant tombe entre les trois kwamis. Attentive, Tikki vient s'installer auprès de son comparse. La petite figure épuisée de Wayzz s'éclaire.

- Papillon est entré en contact avec Fu. Et Fu a donc perçu Nooroo. Je crois même que notre maître lui a parlé… J'ai senti sa joie, son soulagement à travers mon Miraculous.

Le halo rose de Tikki se renforce sous l'effet de l'espoir. Du haut de son étagère, Plagg nous contemple d'un air hautain, sa queue enfin immobile trahissant néanmoins son intérêt pour la conversation. Tandis que Wayzz fixe le vide, son expression attendrie se nimbe de tristesse.

- Et puis, j'ai senti la peur de Fu, sa colère quand Papillon l'a provoqué. J'ai senti sa… sa détresse, sa haine quand il… quand il s'est rendu compte qu'il ne ferait pas le poids. J'aurais dû être avec lui ! Transformé, il aurait pu résister à l'akumatisation !

La voix de Wayzz se brise puis repart, chevrotante.

- Il… Il m'a repoussé. Il ne m'a pas congédié, il m'a juste fermé son esprit, il a coupé le bracelet qui l'attachait à son Miraculous, et puis… et puis… Plus rien !

Je n'ose pas poser de questions tant il paraît bouleversé. J'avais déjà noté plus tôt dans l'après-midi que Wayzz et Maître Fu semblaient avoir tissé des liens plus forts que tout ce que je pouvais imaginer – ils agissaient en symbiose, souvent sans même échanger un regard ou une parole. Peut-être est-ce lié à la magie du Miraculous, et à l'extraordinaire longévité du Gardien…

Après quelques longues secondes d'un silence pesant, Tikki effleure Wayzz avec précaution. Il sursaute, comme surpris de la découvrir à ses côtés.

- Je… Je n'entends plus rien de lui. Je ne sens plus rien. Je ne sais plus quoi faire. Je suis… Je suis tout seul, murmure-t-il comme si cela lui provoquait une angoisse intolérable. Ça fait tellement de temps que je n'ai pas vécu ça ! Et c'est ma faute !

Tikki l'arrête d'un geste.

- Fu a rompu le lien et ça t'a laissé vulnérable, mais te garder avec lui aurait été pire encore. Il a fait tout ça pour te protéger, souffle-t-elle. Tu n'es coupable de rien.

- C'était son choix, Wayzz. Accepte-le.

La phrase cinglante de Plagg tombe comme un couperet. Depuis la pénombre, son regard vert se fait plus perçant que jamais.

- Une Armille prisonnière et une autre toujours disparue, c'est déjà bien assez. Il t'a écarté parce qu'il voulait que tu nous transmettes un maximum d'informations, que tu guides ses Élus quand lui ne le pourrait plus. Il a agi en véritable Gardien. Fais-lui honneur, comporte-toi en digne Armille Bouclier, et aide-nous à régler cette situation.

L'aura émeraude de Wayzz vacille tandis qu'il soutient bravement le regard de Plagg.

- Mais il ne m'écoute plus, il ne me reconnait même plus, s'exclame-t-il, désemparé. Alors que faut-il faire ? On… On ne va quand même pas agir comme le Papillon et sa recrue ?

L'attaque de Riposte me revient en mémoire et m'arrache un frisson d'horreur. Effarée, je guette une réaction étonnée ou interrogatrice chez Plagg comme chez Tikki, qui restent pourtant stoïques. J'imagine qu'entre mon inconscience et le temps passé à soigner mes blessures, ils ont chacun leur tour pu échanger avec Wayzz sur les récents évènements du Champ-de-Mars. Et sur la tentative d'assassinat de Riposte, manipulée par le Papillon.

Plagg paraît réfléchir quelques instants, puis il clôt les paupières avec résignation.

- Si notre Gardien est directement infecté par un Akuma, et si l'énergie qu'il en a tiré l'a rendu fou… Alors, oui, qu'il en soit ainsi.

Wayzz a un soupir angoissé et cherche un soutien chez Tikki, qui baisse les yeux à son tour.

- On manque de temps et de moyens, murmure-t-elle à contrecœur. Et c'est toute la ville qui compte sur nous, mais… Mais, Plagg ! Peut-être y a-t-il une autre solution ?

- Oui, il y en a forcément une !

Les trois kwamis reportent leur attention sur moi. J'ai bredouillé sans réfléchir. Les antidouleurs feraient-ils enfin effet ? Mes côtes endolories s'apaisent et du coup mes pensées s'éclaircissent. Mes convictions s'affirment.

- Maître Fu n'est plus lui-même, mais il reste notre Gardien. Il y a forcément autre chose à faire que le… que l'éliminer !

- Ne t'y trompe pas, Porteuse, siffle Plagg depuis son perchoir. Il aurait pu tuer mon Porteur avec ses explosions. Il a menacé Tikki en te menaçant toi, Ladybug, et si les soldats du Papillon n'étaient pas intervenus, vous ne seriez plus là, ni l'une ni l'autre. Maître Fu a disparu, c'est l'Exilé qui a pris sa place et il est hors de contrôle. Impossible de le raisonner.

Je réfléchis à toute vitesse, en quête d'arguments. À mes yeux, les intentions de l'Exilé ne sont pas aussi claires…

- L'Exilé aurait pu me voler mon Miraculous à plusieurs reprises, renchéris-je, mais c'était comme s'il hésitait. Ou plutôt, comme s'il voulait faire peur au Papillon pour le contraindre à se montrer.

- Soit. Et la bombe ? Il a attiré mon Porteur dans un piège. Il m'a utilisé comme appât pour le supprimer, et il a bien failli réussir !

Je me sens blêmir – encore une chose que Chat Noir va devoir m'expliquer en détail ! Mais en l'attente, je me fais violence pour garder mon sang-froid et donner l'impression que je sais de quoi il parle.

- C'était sûrement l'œuvre du Papillon, pas la volonté de Maître Fu, répliqué-je. J'ai vu notre Gardien fuir et lutter, juste après sa transformation. Au début, il y a eu des moments où Papillon contrôlait l'Exilé. Peut-être même que c'est ce genre de piège qui a révolté Maître Fu au point de lui faire reprendre la main. Wayzz l'a vu lui aussi.

Je cherche le regard du kwami tortue, qui acquiesce frénétiquement à l'entente de mes paroles. La queue de Plagg recommence à battre l'air avec impatience.

- Wayzz est totalement partial dans cette histoire. Et toi, Porteuse, tu affabules pour ne pas voir la vérité en face, gronde-t-il avec hargne. Peu importe, Maître Fu est l'Exilé désormais. Il faudra bien l'affronter, et sur le champ de bataille, il n'y aura pas de place pour les demi-mesures. Avec ton aveuglement de gamine idéaliste, on court droit à l'échec !

Je me raidis, piquée au vif. Plagg a beau être l'ami de mon coéquipier, son ton ampoulé et son mépris commencent sérieusement à me gonfler.

- Et moi je trouve que tu t'habitues bien vite à l'idée d'assassiner ton propre Gardien, sans même envisager une autre option !

Plagg feule, arc-bouté sur le rebord de l'étagère. J'ai touché juste.

- Tu n'as pas la moindre idée de ce qui nous lie à notre Gardien. Mais moi, pour protéger mes frères et sœurs ainsi que mon Porteur, je ferai le nécessaire ! Alors surveille tes paroles, Porteuse. Sans nous, sans nos pouvoirs, tu ne serais rien !

- Peu importe, Plagg, car au final ce sera à nous, Ladybug et Chat Noir, de combattre et de décider ! Et mon coéquipier n'est pas un tueur, pas plus que moi, et tu le sais !

Mes côtes m'élancent. Je dois me faire violence pour ne pas me recroqueviller, pliée de douleur. Ma voix s'étrangle mais je tiens bon.

- On a réussi à stopper l'Exilé une fois, on y arrivera bien une deuxième. Et alors on pourra déterminer comment le ramener à lui. Nous allons unir nos forces et faire front avec les recrues du Papillon ! On sauvera Maître Fu !

Wayzz m'a affirmé qu'autrefois le Papillon œuvrait pour le bien commun aux côtés de la Coccinelle. J'ai expérimenté aujourd'hui une telle collaboration – même courte, même entachée du geste meurtrier de Riposte – et l'idée de les mêler à la bataille me terrifie toujours autant. Pourtant, je n'ai pu que l'admettre : les akumatisés sont des alliés précieux, inventifs et capables de se défendre.

Je me raccroche à l'idée que l'alliance est encore possible, que c'est le bon choix. Que c'est peut-être même le genre de situation ironique qui aurait fait sourire Maître Fu.

J'espère ne pas me tromper. J'espère…

- Il faut que j'en discute avec Chat Noir. Il sera d'accord, j'en suis sûre. Et à nous deux, on va trouver une solution.

Chat Noir. Mon partenaire !

Je me relève avec peine, grimaçante mais fatiguée de devoir me dévisser le cou pour donner la réplique à Plagg. Je réalise alors qu'aucun des kwamis n'a bronché depuis un bon moment. J'ai un rapide coup d'œil pour Wayzz, qui a repris quelques couleurs. Près de lui, Tikki me fait un sourire lumineux, empli de fierté. Elle engloutit le reste de son cookie puis volette jusqu'à moi, se blottit contre ma joue indemne.

- Te revoilà. Bravo, ma Ladybug.

- J'ai une excellente conseillère. Elle a plusieurs millénaires de pratique, paraît-il.

Au lieu d'un rire, elle laisse échapper un doux vrombissement que je ne lui ai que rarement entendu. On dirait presque un ronronnement. C'est… rassurant. Je ferme les yeux et laisse ce curieux son me traverser, m'apaiser.

- Ça ne fait que commencer, pépie-t-elle plus doucement, comme une excuse. Tiens bon, même quand tu seras transformée et que je ne serai plus à tes côtés.

- Tu seras toujours là, avec moi. Et je ferai de mon mieux. Je te le promets.

- J'en suis sûre.

Nous levons toutes deux la tête vers Plagg, qui n'a pas bougé de son perchoir. Il a l'air plus renfrogné que jamais, et j'en tire une profonde satisfaction.

- Je voudrais parler à Chat Noir, répété-je plus doucement. Où est-il ?

- Jamais là où il devrait, rétorque-t-il. J'aurais apprécié qu'il t'entende. Lui qui n'arrête pas de se morfondre à ton sujet, ça lui aurait remis les idées en place. Tu es bien une Porteuse de Lumière, avec ou sans ton masque.

Je hausse les sourcils. S'il ne m'avait pas autant méprisée par ses paroles quelques minutes plus tôt, j'aurais pu prendre cette déclaration comme… un compliment.

- Plagg. Les blessures de Marinette sont pansées, et on ne peut plus attendre désormais. Va chercher ton Porteur.

À l'interpellation plus posée et un rien incisive de Tikki, le kwami noir se recroqueville au bord de son rayonnage, tel un chaton à l'affût d'une proie.

- Non.

- Le temps des secrets est révolu, répète Tikki comme si une telle formulation avait une valeur rituelle ou même symbolique. Je comprends que ton Porteur veuille rester anonyme, mais il faut que nous puissions parler tous ensemble de ce qui va suivre. Tu dois le convaincre de se montrer.

- Il n'est pas le seul, Tikki. Moi aussi, je refuse.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

Pour toute réponse, Plagg descend enfin de son perchoir et vient s'arrêter à la hauteur de Tikki. Ses yeux émeraude prennent un aspect froid, presque métallique.

- Byzance. Montréal. Tokyo.

Je fronce les sourcils, désarçonnée. Tikki a une embardée stupéfaite.

- Non ! Maître Fu ne l'aurait pas permis… !

- Et pourtant. Le Hasard, peut-être. Mais mon Porteur est formel, et ses arguments sont valables. Il y a déjà eu des antécédents lors de leurs précédents combats, et on ne peut pas prendre le risque. Pas cette nuit.

- Ce n'est pas possible, Plagg. Tu…

- Je ne peux pas te mentir. Pas sur un tel sujet, pas depuis Tokyo. Tu le sais aussi bien que moi.

Les vibrisses de Plagg s'affaissent tout à coup, ses prunelles émeraude se plissent – de peine, de remords ? – et je retrouve soudain le kwami muet de chagrin avec qui Tikki a exécuté cette danse étrange et nostalgique, cette après-midi même chez Maître Fu.

- S'il te plait, écoute-moi, gronde-t-il doucement. Pour leur bien à tous les deux… Et pour ton bien à toi.

Plagg et Tikki ont tour à tour un rapide coup d'œil dans ma direction. L'aura comme le vol de Tikki se font vacillants, tandis que le kwami noir baisse brièvement les paupières, l'air résigné. Il murmure alors.

- Elle ne doit pas savoir. C'est mieux comme ça.

Tikki hésite. Elle finit par s'approcher de Plagg et pose délibérément son front contre le sien, yeux fermés elle aussi. Plagg tressaille mais ne recule pas. C'est moi qui fais quelques pas en arrière et détourne la tête. J'ai l'étrange certitude que ce simple contact leur est au moins aussi précieux et aussi intime que leur danse sous la neige.

- Je te fais confiance, souffle-t-elle. Hier, aujourd'hui, demain. Comme toujours, et à jamais.

Du coin de l'œil, je vois Plagg frissonner à ce murmure. Il ronronne alors, et elle a en écho son léger vrombissement, à peine perceptible.

- Transmets à Chat Noir notre conversation à propos de Maître Fu. Quand il sera de nouveau transformé, nous l'attendrons ici même. Je m'occuperai de les guider.

Plagg ne bouge pas. Quand Tikki reprend la parole, sa voix n'est plus atone mais rauque de larmes.

- Va-t'en maintenant… !

Plagg disparait aussitôt à travers un rayonnage, et Wayzz, après une hésitation, lui emboîte le pas. Tikki reste immobile un long moment, avant d'aller prendre un troisième cookie qu'elle grignote sans entrain. Quand elle croise mon regard perdu, elle me fait un léger sourire.

- Pour la dernière fois, Marinette : mange.

Je me rassois et termine mon sandwich, troublée. J'ai bien compris que le sujet était grave et même tabou, mais je finis par poser la question qui plane inlassablement entre nous.

- Montréal… Et Tokyo ? Qu'est-ce que Plagg voulait dire ?

Après un long silence, Tikki reprend la parole d'une voix détachée.

- Les tandems de Porteurs d'Astre ont toujours débuté sous le sceau du secret, mais rares ont été ceux qui ont maintenu le mystère tout au long de leur vie. Pour la majorité d'entre eux, une telle révélation a renforcé leurs liens, et pas seulement en tant que Porteurs. Leur symbiose a pu s'exprimer dans le monde civil, au travers d'une amitié ou d'un but commun. Pour certains, cela a même évolué en vie de couple, puis par la fondation d'une famille…

Un court instant, elle se fait rêveuse, presque attendrie, comme quand elle évoque à demi-mot mes prédécesseurs. Mais son sourire s'éteint bien vite.

- Byzance, Montréal, et Tokyo. Trois villes dans lesquelles Plagg et moi avons accompagné des Porteurs autrefois. Trois tandems, tous différents dans leur dynamique, dans leurs origines et dans les objectifs qu'ils s'étaient fixés. Mais semblables dans les liens qui les unissaient… Des tandems puissants et fiables, jusqu'au jour où ils ont su l'un pour l'autre. L'un des tandems s'est révélé par volonté commune, un autre par un malencontreux hasard. Le troisième à la faveur d'un combat contre leur ennemi juré, qui avait percé leur secret.

- …Tokyo ?

Je me remémore le ton de Plagg, plus lugubre et hésitant que jamais à l'évocation de cette ville. Tikki acquiesce en silence et repose son cookie. Sentant son découragement, je mets mes mains en coupe, et elle vient s'y poser en soupirant.

- Il y a eu d'autres échecs, mais ces trois villes… Elles sont devenues une sorte de code pour nous, les kwamis. Un code pour nous rappeler que, parfois, l'ignorance est la meilleure des protections entre Porteurs.

- D'autres… échecs ?

J'ai la gorge sèche. Tikki acquiesce encore.

- Ces trois tandems ont perdu leur symbiose quand chacun a découvert l'identité de l'autre. Que ce soit à cause de leur ethnie, de leur classe familiale, de leurs rivalités dans le monde civil ou même de leur religion, la vérité s'est avérée trop difficile à accepter, ou trop déstabilisante dans le contexte d'alors. Les Porteurs d'Astre n'ont pas su retrouver leur équilibre à temps, et en situation de crise, c'est peut-être ce qui a causé leur perte.

Tikki hoche la tête avec renoncement.

- Plagg juge que connaître la vérité pourrait vous conduire à un tel désastre. Il est vrai que vous êtes encore très jeunes. Et même parmi les tandems adultes, certains n'ont jamais retrouvé leur symbiose…

Je reste silencieuse, analysant enfin le fait que Chat Noir puisse rester anonyme alors qu'il connaît mon identité désormais. Curieusement, j'en tire un mélange de soulagement et de déception. Le regard intransigeant – méfiant – de Plagg pèse toujours sur moi, et tout à coup un sentiment de révolte m'étreint, comme chez Maître Fu un peu plus tôt.

- Mais comment Plagg peut-il être aussi catégorique ? Il ne me connaît même pas !

Tikki reste muette un long moment. Puis elle ajoute, comme en conclusion.

- Je ne vois qu'une seule raison au comportement de Plagg et de son Porteur : tu connais Chat Noir dans ta vie de tous les jours.

Elle revient se poser sur les couvertures, l'air résigné.

- Tu connaîtrais même assez bien Chat Noir pour qu'ils craignent que ton jugement en souffre en plein combat. Ils veulent seulement nous protéger, Marinette, et j'ai confiance en Plagg. Et toi, as-tu assez confiance en Chat Noir pour accepter de rester dans l'ignorance ?

Je ne sais pas quoi répondre, perplexe.

Et c'est à ce moment précis que l'oreillette contre mon pavillon se remet à sonner.

.

.

.

Mercury – Sleeping at Last ("Chat Noir's Theme")

/YJsF7sHpaPs

.

.

.

J – 1.

H – 8.

.

I know the further I go

The harder I try, only keeps my eyes closed

And somehow I've fallen in love

With this middle ground at the cost of my soul

.

.

- Ehm… Ici Chat Noir ?

Un brusque silence ponctue mon salut. Puis c'est l'avalanche de cris dans mon oreillette.

- Chat Noir ? Le vrai Chat Noir ?!

- Eh, Chat Noir vient d'arriver sur le canal de discussion !

- Chat Noir, ravie de t'entendre enfin !

- Merci pour Alya ! Merci !

- Chat Noir, où est Ladybug ? Tu as intérêt à bien t'occuper d'elle !

- Taisez-vous et laissez-le parler !

Je grimace lorsque la voix incisive et aisément identifiable de Riposte dépasse toutes les autres. Le calme revient peu à peu, mais dans la cacophonie d'exclamations surexcitées, j'ai cru reconnaître l'accent enjoué de Nino, la voix un peu éraillée d'Alya, et même le timbre haut perché et sardonique de Chloé.

- Je croyais qu'on avait banni Riposte de nos conversations ? enchaîne quelqu'un, nerveux.

Tiens… Serait-ce Kim ?

- On ne va pas remettre cette question sur le tapis, Dislocœur, répond Alya, confirmant sans le savoir mon hypothèse. Papillon avait donné de mauvaises infos à Riposte, et elle a agi en croyant bien faire. Point.

- Je maintiens qu'on a une tueuse dans nos rangs et que ça craint, reprend Kim, buté.

- Et moi je te rappelle que tu n'as jamais brillé par tes talents de stratège, lance une nouvelle voix, familière également. Donc abstiens-toi de porter des jugements hâtifs, Kim. Sois le bienvenu, Chat Noir. Désolé pour notre manque de professionnalisme.

Je me concentre, sourcils froncés. À cette voix bien connue vient enfin se superposer un visage sérieux, au regard brillant derrière de grandes lunettes… Plus un nœud papillon pour couronner le tout.

- C'est… C'est toi, Gamer ?

Le nom de Max mon camarade de classe a failli m'échapper, mais je me suis corrigé à temps. Ce dernier reprend avec enthousiasme, l'air agréablement surpris que je l'aie reconnu.

- Oui, Chat Noir. Si tu as du mal à nous suivre, active l'écran de ton oreillette, ce sera plus clair.

J'effleure avec circonspection l'unique bouton de mon oreillette. Un filtre violet apparaît devant mon œil gauche. Max reprend la parole, et dans un coin de cet écran improvisé, clignotent en même temps les initiales « GMR ». « Gamer » ?

- Ladybug va-t-elle se joindre à nous ?

Le nom « LWF » scintille tout à coup, au rythme de la voix catastrophée d'Alya.

- Chat Noir, c'est Lady Wifi ! S'il te plait, dis-lui que je vais bien, et que je suis désolée, Papillon a dû me posséder, je ne contrôlais plus rien ! Et merci, aussi ! Merci de m'avoir sauvée ! Et…

« RIP » s'illumine à l'écran. « Riposte » ?

- Wifi, arrête de monopoliser le canal, on a mieux à faire que d'échanger des banalités.

- Ce ne sont pas des banalités, c'est même super important ! Chat Noir, comment va-t-elle ? Et toi, comment tu vas ?

Les pseudonymes à l'écran cessent tous de clignoter, et le silence se fait. Jusque-là encore sous le choc, je réalise qu'ils attendent ma réponse.

- … Ladybug va bien, et moi aussi. Et de votre côté ? Tout a l'air calme.

Alya soupire de soulagement, prête à enchaîner. Max le Gamer la coupe ostensiblement, et elle n'insiste pas.

- Nous sommes parvenus à neutraliser l'Exilé pour un temps. Heureusement, Numéric a débloqué un pouvoir très similaire à celui de sa première akumatisation, et il a pu l'enfermer dans son monde parallèle. Tout est sous contrôle.

Riposte ajoute :

- Papillon est silencieux depuis votre départ. Nous n'arrivons plus à le contacter. Je pense qu'il attend votre retour, lui aussi.

Un silence de mort suit la réplique de Riposte.

- J'ai appris ce que tu avais tenté de faire, Riposte, et dans quelles conditions. Est-ce que… Est-ce que ça va ?

Wayzz m'a raconté – avec une rancœur compréhensible – sa tentative de meurtre. Mais Alya et Max affirment que Riposte a été victime des mensonges de Papillon, et je suis prêt à les croire. Pour préparer mes tournois d'escrime, j'ai étudié longuement la technique du clan Tsurugi, et son héritière – Kagami alias Riposte – s'est avéré être une combattante puissante, honorable et pleine de principes. Si elle a tenté de tuer l'Exilé, j'imagine qu'elle était persuadée que c'était la seule option pour sauver le plus grand nombre.

Après quelques secondes de mutisme, Riposte reprend un ton plus bas, encore sur la défensive.

- Je ne l'ai pas fait de gaieté de cœur, Chat Noir, et j'espère que vous aurez une meilleure alternative à proposer. Mais… merci de ta considération.

Une façon élégante de valider son malaise sans pour autant perdre la face. Typique de son éducation, j'imagine.

- Euh… Ok, conclut Alya après un long silence. Chat Noir, on n'attend plus que vous deux pour reprendre les hostilités. Vous pensez en avoir pour longtemps, de votre côté ?

Le réseau de communication a été créé par Lady Wifi, mais il reste dépendant de l'énergie allouée par le Papillon, qui nous écoute peut-être par ce biais. Je reste donc volontairement évasif, puisqu'il est hors de question de lui délivrer plus d'infos qu'il n'en a déjà.

- Difficile à dire… Encore trente minutes, peut-être.

- D'accord, d'accord, reprend Le Bulleur tandis que les initiales « BLR » clignotent à l'écran. On comprend que tu ne veuilles pas nous en dire plus. Avec le Papillon qui pourrait écouter, tout ça, tout ça. Mais… Perso, j'aurais deux trois choses à lui dire, à cet enfoiré ! Alors Papillon, si tu m'entends, je veux des explications pour ta prise d'otage sur le Champ-de-Mars !

- Oh, Nino ! Ça me touche, mais s'il te plait, change de disque, râle Lady Wifi, exaspérée.

Quelques rires sarcastiques fusent sur le canal, et le malaise ambiant s'estompe enfin. J'ai un sourire amer. Chercher à tourner en dérision les situations les plus sombres, c'est du Nino tout craché.

- Ladybug nous avait expliqué que l'Exilé était un ami à vous, au départ. On a mis au point un plan pour le calmer sans trop le malmener, mais on doit d'abord améliorer quelques paramètres avec Numéric et le Dessinateur, annonce Max. Ce sera opérationnel d'ici une demi-heure. Rendez-vous sur le Champ-de-Mars.

Quelques acquiescements saluent cette affirmation. Je réalise un peu plus à chaque instant à quel point leur organisation – d'une cohésion surprenante – pourrait changer la donne.

- Soyez prudents. Et… merci pour tout ce que vous avez déjà fait.

- No problem. Chat Noir ?

- Mmh ?

La voix de Nino s'est faite plus hésitante tout à coup. Un curieux tintement retentit dans mon oreillette, et la ligne devient plus silencieuse encore. L'écran est vide et ne comprend plus que mes initiales ainsi que celles du Bulleur.

- J'ai changé de canal de discussion, il n'y a plus que nous, Chat Noir. Je voulais te remercier encore pour ce que tu as fait pour Alya – je veux dire, pour Lady Wifi. Je n'arrive pas à imaginer ce qui lui serait arrivé si… si tu ne l'avais protégée de l'explosion. Du fond du cœur, mec, merci.

Il fait une pause, durant laquelle je ne sais pas quoi dire. Même s'il se cache derrière son phrasé désinvolte, j'ai rarement entendu Nino aussi ému.

- On joue les fiers à bras, mais sincèrement, on a tous hâte de vous revoir. On ne veut pas qu'il y ait d'autres bavures comme celle de Riposte. Ou d'autres blessés comme Alya.

Un tintement résonne encore, et les initiales de Lady Wifi réapparaissent à l'écran.

- Je confirme, souffle-t-elle, la voix soudain bien fatiguée. C'est grisant, ce genre de pouvoirs, mais on n'a pas votre expérience, Chat Noir. On a clairement besoin de vous.

Nino éclate de rire, mais je le connais bien : le cœur n'y est pas.

- Eh, c'était une conversation privée… !

- Pas sur mon réseau, mon Bulleur. Et pas quand j'ai quelqu'un d'aussi important à vous présenter.

Un troisième tintement retentit, et je n'ai pas le temps de m'attarder sur le tendre « mon Bulleur ». À l'écran viennent d'apparaître deux nouvelles initiales : « LB ». Mon cœur se serre. Nino émet un sifflement, puis il marmonne.

- L-Ladybug ?

- Bonsoir, Bulleur.

Elle a une infime hésitation.

- Salut, Chat Noir.

Je ferme les yeux malgré moi. Cette voix décidée… Ladybug, ou Marinette ? Je n'arrive plus à les distinguer tout à coup. Comment ai-je pu passer à côté de cette évidence pendant si longtemps ? Et comment Nino et Alya peuvent-ils encore s'y tromper ?

- Salut, répliqué-je avec un naturel qui me surprendrait presque. Heureux de t'entendre.

- « Salut » ? Vous n'êtes pas ensemble ? relève Nino, étonné.

- On a dû se séparer pour quelques minutes, répond Ladybug le plus simplement du monde. Le temps de recharger nos pouvoirs.

- Ladybug, pardon d'insister, mais tu es sûre que ça va ? questionne Alya. Les autres m'ont raconté ce qui s'est passé, il paraît que l'attaque de l'Exilé était d'une violence… !

Je me crispe par réflexe à ce souvenir. Pourtant, Ladybug répond d'une voix égale, sereine et presque chantante.

- J'ai de la ressource, Lady Wifi, rassure-toi ! Et Chat Noir s'est occupé de tout. C'est plutôt à moi de m'inquiéter, que s'est-il passé tout à l'heure ? Papillon t'a fait du mal ?

- Je… Je ne crois pas. Je ne me souviens de rien. C'était comme une vraie akumatisation. À un moment, j'étais en sécurité sur les toits avec Nino et les autres, et l'instant d'après… J'étais dans les bras de Chat Noir, sonnée par l'explosion.

Yeux fermés, je me remémore en détail la scène – surréaliste – de mon arrivée sur le Champ-de-Mars. Lady Wifi qui tentait de maintenir l'Exilé dans sa prison de glace au péril de sa vie, tout en éloignant de force une Ladybug aux abois. Les autres akumatisés, réfugiés sur le toit d'un bâtiment voisin, curieusement amorphes, leurs costumes vacillants comme s'ils étaient sur le point de disparaître.

- Sur le coup, on n'a pas vraiment compris ce qui se passait, reprend Nino. Et Papillon refuse de communiquer avec nous depuis votre départ. Mais on pense qu'il a redirigé toute son énergie sur Alya pour la posséder et agir en direct. Du coup, nous, les autres akumatisés, on était comme prisonniers de nos Akumas. Je voyais tout, j'entendais tout, mais je ne pouvais plus bouger, et ça ne s'est arrêté qu'une fois qu'Alya est redevenue elle-même, après l'explosion.

- C'est sûrement pour ça qu'il nous a recrutés en nous proposant un marché plutôt que par la force, conclut Alya. Il peut toujours contrôler pleinement l'un d'entre nous, mais ça handicaperait les autres.

J'intègre lentement ces informations cruciales. Ça voudrait dire que même si Papillon décidait de nous trahir, il ne pourrait pas nous submerger avec toute son armée d'akumatisés. C'est sacrément rassurant !

- Lady Wifi, comment tu te sens maintenant ?

- L'explosion m'a fait un sacré choc. Mais à part ça, rien de grave…

- Tu parles ! Alya est restée inconsciente pendant un bon quart d'heure. Si je n'avais pas dû protéger les autres de l'Exilé, je l'aurais emmenée fissa à l'hosto pour un check-up complet.

- Arrête, Nino ! Je ne suis pas en sucre ! Et je vais bien maintenant, la preuve, mon réseau fonctionne aussi bien qu'avant !

Lady Wifi et Le Bulleur s'envoient quelques répliques cinglantes. On se croirait revenus en salle de classe, avec Alya et Nino échangeant sur un banal TP de chimie raté. Je reste silencieux par prudence, craignant de lancer dans le feu de la discussion une remarque qui me trahirait et révélerait Adrien Agreste.

Ladybug a un petit rire forcé mais n'intervient guère. Est-ce que Marinette souffre elle aussi de ce décalage constant ?

- Bref, ponctue Alya d'une voix cassante pour couper court à toute protestation. Comme l'a dit Gamer, la situation est sous contrôle ici, mais revenez vite. Nous serions plus tranquilles.

- Mmh. On est tous redescendus de notre nuage avec ce qui s'est passé. C'est du sérieux, cette histoire, souffle Nino.

Un lourd silence s'ensuit. Ladybug rétorque d'une voix égale.

- Je sais que vous avez tous passé un marché avec le Papillon, mais il a menti à Riposte et failli faire tuer Lady Wifi. Il n'hésitera pas à se servir de chacun d'entre vous pour arriver à ses fins. Vous pouvez encore arrêter là. C'est une affaire entre lui, Maître Fu, Chat Noir et moi.

Alya chantonne, caustique.

- Ladybug, Ladybug, Ladybug. On n'a jamais eu la moindre envie de revenir en arrière. Ni moi, ni le Bulleur, ni les autres. Même Rose et Mylène nous prêtent main forte alors que ce sont des peureuses notoires. Résultat : le pouvoir de Rose est une brume de soin, idéale pour les bobos, et la forme monstrueuse de Mylène nous a permis de faire diversion en combat, ajoute-t-elle avec bienveillance.

- Et Antibug est toujours d'attaque alors qu'elle se serait déjà cassé deux ongles en affrontant l'Exilé, renchérit Nino, narquois. Si ça, ce n'est pas de la motivation !

- Nous avons tous accepté la proposition du Papillon en connaissance de cause. Peu importe ses intentions au final. On peut agir et on va le faire, pas pour honorer notre pacte avec lui, mais pour défendre Paris et nos familles. On est prêts à tout.

- Maintenant, c'est de leaders dont on a besoin ! Chat Noir, Ladybug, c'est quand vous voulez !

Je serre les poings, partagé entre excitation et appréhension.

- Qu'en dis-tu, Ladybug ?

Elle a un soupir. Quand sa voix s'élève, c'est comme si je pouvais voir son sourire conquérant.

- Le devoir nous appelle, Chaton.

J'entends en sourdine les murmures surexcités d'Alya et Nino, comme s'ils suivaient côte à côte la conversation et se tapaient dans les mains en guise de congratulations. Puis Ladybug ajoute, et ma joie retombe un peu :

- Lady Wifi, nous devons encore mettre certaines choses au clair de notre côté. Vous pouvez tenir une demi-heure ?

- Et même le double si c'est nécessaire, réplique Alya. L'Exilé fonctionne au ralenti depuis votre départ. Maintenant, il erre dans l'univers de Numéric sans tenter quoi que ce soit pour s'échapper… Je crois qu'il vous attend, lui aussi.

- Entendu. On vous recontacte une fois en route. Restez prudents.

- Pareil !

Deux tintements caractéristiques se font entendre, signe du départ successif de Nino et d'Alya. J'attends, le souffle suspendu.

- …Ladybug ?

Un troisième tintement s'élève pour toute réponse. Le canal de discussion devient plus silencieux que jamais. L'écran est vide. Je retire mon oreillette et elle se désactive aussitôt, retournée à son état de simple pastille inerte au creux de ma paume. La réalité me revient, brutale.

Je scrute le minuscule local technique dans lequel je me suis enfermé pour libérer Plagg. Frissonnant, je me pelotonne dans mon anorak : le courant n'est toujours pas revenu. À la lumière d'une lampe de camping dénichée dans un rayon, mon kwami dévore son deuxième camembert. J'ai un sourire attendri face à cette scène si habituelle, et que je pensais ne jamais revoir un jour.

- …Chat Noir.

Je me crispe d'instinct, assis le dos contre l'unique porte de la pièce. De l'autre côté du battant, j'entends un frôlement.

- Chat Noir ?

La voix de Marinette est un peu plus hésitante. Je déglutis avec peine, le cœur trépidant.

- …Je suis là.

Un silence lourd s'installe. J'hésite à reprendre la parole. Je ne sais pas par où commencer. Elle me devance.

- Plagg m'a expliqué que tu voulais rester anonyme. Je… Je n'ai pas mon mot à dire, je l'ai bien compris. Mais j'aimerais juste te poser une question.

- Oui ?

Il y a encore un silence, puis un léger coup contre le battant, suivi d'un long frôlement. Quand elle reprend la parole, sa voix étouffée paraît plus proche. Elle s'est assise au pied de la porte, tout comme moi.

- Tu ne veux pas que je sache. Est-ce que… Est-ce que c'est parce que je suis Marinette ?

Je frémis. Je n'arrive pas à déterminer ce qu'elle ressent. Je préfère répondre la vérité, sans savoir à quel point je peux l'étoffer.

- …Oui.

- Je comprends. Tu dois être déçu ?

Hein ? Non !

- Mais pas du tout ! C'est juste que je… je…

Je cherche mes mots et supplie Plagg du regard, mais mon kwami ne m'est d'aucun secours. Comment expliquer l'inexplicable ? Comment lui dire sans me trahir ?

- Je te connais, c'est ça ? Ton vrai toi ?

J'hésite.

Mon vrai moi ? C'est…

- Oui. Oui, c'est ça. On… On s'est déjà croisés. Et tu m'as aussi protégé alors que j'étais en civil.

- Et… c'est tout ?

- Non… Non. Mais je ne peux pas t'en dire plus.

- Tu penses que je serai incapable de garder les idées claires si j'apprends qui tu es.

Ce n'était pas une question. Et pas non plus un reproche. Mais quelque chose entre les deux…

- C'est plus compliqué que ça, Marinette. Je…

Je ferme les yeux et jure à voix basse : je viens de l'appeler Marinette par inadvertance. Manquerait plus que ça m'échappe en public… !

- Ladybug, je ne veux pas que tu me voies comme un civil.

- Comme toi tu es en train de me voir ? C'est injuste !

- Je sais… Je sais !

Je jure en silence, bien conscient que je ne fais que m'enfoncer avec mes excuses foireuses. Mais que faire ?

Un ange passe. Puis elle chuchote, pensive, à peine audible. Peut-être qu'elle parle à Tikki ?

- Quelqu'un que nous avons… non, que j'ai protégé ? Mais...

Une sueur froide coule le long de mon dos. Je revois Ladybug face à Volpina et ses illusions, je l'entends encore crier de panique devant son faux Adrien pris en otage. Ce jour-là, ma Lady était prête à capituler, juste pour éviter une chute mortelle à mon double.

- Arrête. Ne cherche pas, la coupé-je, plus cassant que je ne le voudrais.

- Trop tard, Chat Noir, réplique-t-elle avec amertume. De toute façon, comment veux-tu que je devine ? Il y en a eu tellement !

- Justement, arrête de te triturer les méninges, ça n'en vaut pas la peine. S'il te plait ?

Je t'en prie.

- … Je vais essayer. Mais je ne promets rien.

Un bruit sourd retentit, comme si elle se laissait aller contre la porte, et elle soupire profondément. Je l'imite, les yeux fermés.

- Je ne peux pas faire comme s'il ne s'était rien passé, Chaton.

Cette voix ! J'ai l'impression de la redécouvrir, encore et encore. C'est celle de Marinette quand elle ronchonne après Alya. Mais c'est aussi celle de Ladybug lorsqu'elle me reproche d'en faire trop pendant nos missions.

Comment ai-je pu ne pas la reconnaître dès le premier jour ? Et elle, comment peut-elle ne pas me reconnaître ?

Est-ce donc si invraisemblable d'imaginer que je suis… Adrien ?

- Fais-moi confiance, Ladybug. S'il te plait. Il vaut mieux en rester là.

- C'est plutôt toi qui ne me fais pas confiance, Chat Noir. Mais… je crois que pour ça aussi, je commence à comprendre. Tikki a fait ce qu'elle a pu pour m'expliquer ton point de vue. Il y a eu des antécédents parmi les Porteurs. Des… des accidents.

Byzance. Montréal. Tokyo.

J'ai un coup d'œil vers Plagg, qui fuit méthodiquement mon regard. Il me les a raconté, à moi aussi, ces histoires de Porteurs qui, devant le véritable visage de leur partenaire, se sont sentis perdus, voire même trahis par leurs divergences d'opinion, d'ethnie, de religion ou même de sentiments. Certains au point de ne plus pouvoir combattre côte à côte, causant ainsi leur perte face à l'ennemi.

De l'autre côté, Marinette soupire encore.

- Je sais que je n'ai pas été un modèle de confiance en soi aujourd'hui. Excuse-moi. Ça va changer.

Je fronce les sourcils.

- On n'avait jamais eu affaire à ce genre d'akumatisation. Et tu étais toute seule pour gérer ce désastre. C'est plutôt à moi de m'excuser, Ladybug. Je… Si j'avais su.

- Tu l'as déjà dit, Chaton. Et je te répète que c'est du passé. Tu es là, maintenant. C'est le plus important.

Il y a un nouveau frôlement contre la porte. La voix de Ladybug semble plus lointaine. Elle s'est relevée.

- Il faut qu'on y aille. Alya et les autres nous attendent. Rejoins-moi quand… quand tu seras prêt.

J'entends ses pas qui s'estompent. Le silence revient, épais, culpabilisant. Plagg a fini de manger. Doucement, il s'approche.

- Tu es bien sûr de toi ? La situation n'est pas commune, tu sais. Votre symbiose en souffre déjà, ça pourrait peut-être rééquilibrer les choses qu'elle sache qui tu es.

- Ça pourrait être pire également, et tes histoires me l'ont confirmé, Plagg.

Je fais tourner longuement mon Anneau, pris d'un bref remord. Et si je m'inquiétais pour rien… ? Non, non. Je ne peux pas revenir en arrière.

- J'en suis sûr et certain, Plagg. Je l'ai vue paniquer quand mon double créé par Volpina était en danger. Ou quand elle a cru que Riposte allait tuer Adrien, au Louvre. Marinette n'a pas besoin de cette pression supplémentaire. Surtout pas cette nuit.

- Soit. Cette décision t'appartient, Adrien. Mais sache que je n'aurais pas cherché à convaincre Tikki si je ne l'étais pas moi-même.

Il vient se poser sur mon genou. J'esquisse un sourire penaud.

- Merci d'être de mon côté, Plagg. Je crois que je ne l'ai pas vraiment mérité aujourd'hui.

- Mouais… C'est à se demander qui est la bonne poire, entre nous deux.

Il bâille à s'en décrocher la mâchoire, mais son regard reste alerte.

- Je te fais confiance, ronchonne-t-il. À toi d'en faire de même avec Ladybug, maintenant.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Bien sûr que je lui fais confiance !

- Vraiment ?

- C'est juste que Marinette est si fragile, elle…

Plagg incline la tête sur le côté, les prunelles écarquillées comme pour dire « voilà pourquoi ». Je me tais, pris sur le fait.

- Ladybug est Marinette, et Marinette est Ladybug, me sermonne-t-il. De l'autre côté de cette porte, il y a cette partenaire que tu croyais capable de déplacer des montagnes ce matin encore. Rien n'a changé concernant ses compétences, fourre-toi bien ça dans le crâne.

Il grommelle.

- J'en ai soupé, des Porteurs mâles qui tombent dans le mélodrame dès que leur partenaire femelle se révèle. Avant, vous la voyez comme une sorte de super divinité sans aucune faiblesse, et après, on jurerait que les représentantes de votre race ne sont que des fleurs fragiles ! En plus, la Coccinelle est l'un des prédateurs les plus féroces de son écosystème ! Donc pour ce qui est d'une créature frêle et innocente, on peut repasser, crois-moi ! Continue comme ça et tu vas la mettre en colère, et tu ne veux pas savoir ce que ça fait, une Coccinelle en colère. Toi, tu n'as jamais vu Tikki quand elle est mal lunée !

Je le contemple avec des yeux ronds, à vociférer ainsi perché sur mon genou. J'ai un rire nerveux.

- Tu essaies de me réconforter, c'est ça ?

Plagg s'arrête aussitôt, plus stoïque que jamais.

- … Peut-être. Est-ce efficace ?

- Un peu. C'est toi qui a raison, pour une fois.

- Comme toujours, tu veux dire.

Je ris pour de bon. Plagg a son petit rictus qui dévoile ses crocs, et même un léger feulement amusé. Puis ses oreilles s'abaissent, et il soupire.

- Je n'ai jamais vraiment compris cette décision de Maître Fû de maintenir le secret envers et contre tout. Je trouve que ça complique bien trop les choses entre les Porteurs quand ils décident de sauter le pas. Les humains sont si étranges… Pourquoi retirer un masque change autant la perception que vous avez l'un de l'autre, alors que vous vous côtoyez depuis si longtemps ? Alors même que vous vous connaissez en tant que civils ?

Je hausse les épaules, désarmé par sa candeur. Moi-même je ne suis pas certain de pouvoir l'expliquer. Comme pour signifier qu'il n'attendait aucune réponse, Plagg reprend sa lévitation paresseuse.

- Allez, en piste. On ne fait pas attendre une Coccinelle.

Je me relève en grimaçant. Les courbatures de mes péripéties vécues quand je n'étais qu'Adrien se font toujours cruellement sentir. Vivement que je retrouve les facultés de Chat Noir ! Une fois transformé, les blessures ne disparaissent pas, mais c'est comme si mon endurance à la douleur était accrue.

- Ne fiche pas tout en l'air juste pour cette histoire d'identité, je t'en prie. On a beaucoup trop à perdre, toi et moi.

Le ton soudain très sérieux de Plagg m'interpelle.

- Evidemment. Je protégerai Ladybug, et je protégerai Tikki aussi.

- Tu oublies quelqu'un.

Je le considère avec étonnement. Veut-il parler de Maître Fu ?

- Reste en vie, souffle-t-il. Ça n'a effectivement duré que quelques heures, mais tu m'as manqué toi aussi, Adrien.

Touché, je lui souris, à court de répliques spirituelles. Je lui tends une main, et il vient se poser au creux de ma paume.

- Je te le promets, Plagg.

Satisfait, il ferme les yeux, et j'en fais de même.

- Plagg. Transforme-moi.

Un éclair vert fuse derrière mes paupières fermées. La combinaison de Chat Noir se referme sur moi, source d'énergie et de vigueur. J'inspire profondément et savoure cette impression d'être protégé d'une part tout en ayant mes sens exacerbés, décuplés.

Au moment de quitter le local, mon bâton émet une sonnerie discrète. Mon cœur rate un battement. Le nouveau message. Je l'avais ignoré jusque-là, trop occupé à rejoindre Ladybug. Et un peu par lâcheté, aussi.

La main sur la poignée, mon bâton dans l'autre, j'hésite. Pas besoin de réfléchir longtemps pour comprendre qu'elle me l'a laissé juste après notre conversation chez Maître Fu. À quoi bon se faire du mal ?

Et pourtant…

Du bout de la griffe, je sélectionne l'enregistrement à l'écran, puis je porte le bâton à mon oreille. Quand une voix – familière, trop familière – essoufflée commence, je ferme les yeux, mal à l'aise.

- Chat Noir ? C'est moi, je… Je suis…

Elle hésite. Je l'entends fouler un sol couvert de neige. Elle était probablement encore dans la cour chez Maître Fu à ce moment-là.

- Je ne comprends pas, je n'y comprends plus rien… Je… qu'est-ce qui te prend ? T'enfuir comme ça, après m'avoir dit un truc pareil ? En plus, tu t'en vas la semaine prochaine ! Je croyais… Depuis le début, je pensais que ce n'était pas important pour toi, que… que ton côté dragueur, c'était juste pour rire…

Son ton incertain change peu à peu. Sa voix devient hargneuse.

- Mais… Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse maintenant ? Et qu'est-ce que ça veut dire, « peu importe » ? Tu t'en fous, de ce que j'en pense ? … Alors à quoi bon me l'avouer si c'est pour me planter comme ça juste après ? Tu vas partir, et c'était déjà bien assez difficile comme ça ! Mais qu'est-ce que tu attends de moi ? Je ne sais plus quoi faire ! Tu m'énerves ! Tu m'énerves, Chat Noir ! Merde !

Elle se tait. Le silence est interminable, cuisant. À deux reprises, je vérifie avec angoisse l'écran de mon communicateur, mais le message continue. Et en me concentrant, je peux entendre sa respiration, hachée et tremblante.

Oh… ma Lady.

Je suis mortifié, pendu à ses lèvres. Elle reprend enfin. Sa voix est tout juste audible. Rauque. Ponctuée de reniflements.

- Je n'avais rien compris, rien du tout. Et dire que demain, on a rendez-vous… Oh, Chat Noir, je t'en prie... Rappelle-moi. Rappelle-moi.

Elle raccroche. Je baisse le bâton, atterré. Je voulais partir sans rien lui dire, pour lui laisser une image d'un Chat Noir fort et sûr de lui – plus rassurant, plus reluisant, comme pour la convaincre que c'était bien le meilleur choix, la meilleure façon pour moi de la préserver, de la protéger. Mais si l'Exilé ne s'était pas manifesté, ce message aurait été pour elle le vrai dernier souvenir nous concernant. Le décalage entre sa réalité et la mienne est si brutal que j'en ai presque la nausée.

Mais… Mais à quoi est-ce que je m'attendais ?!

D'après mon communicateur, elle a essayé d'appeler une deuxième fois, mais sans laisser d'autre message. Tikki a dû intervenir ensuite car c'est le silence complet, même après l'heure de l'apparition de l'Exilé. Sa remarque acerbe me revient, lancée en pleine rue après m'avoir sauvé en tant qu'Adrien.

« Chat Noir ne viendra pas. »

Je serre les dents et quitte le local. Tandis que je m'enfonce entre les rayons obscurs, je jure entre mes dents, les joues cuisantes. Qu'est-ce que j'ai osé lui dire déjà, il n'y a pas deux minutes ? « Arrête de te triturer les méninges » ? Non mais franchement, je peux bien parler, moi !

Les oreilles bourdonnantes à force de ressasser, j'atteins enfin le rayon où j'avais installé Marinette lorsqu'elle était encore inconsciente. Les couvertures et les coussins sont entassés dans un coin, les lampes de poche pendues aux rayons sont toutes éteintes sauf une. Sous le faible halo de lumière, la silhouette rouge de Ladybug patiente, le dos tourné, la tête baissée comme si elle réfléchissait. Elle a remis sa sacoche noire, qui servait d'ailleurs de cachette à Wayzz un peu plus tôt.

Elle m'a certainement entendu venir, car elle prend la parole.

- J'ai fait le plein de provisions, dit-elle en soulevant brièvement sa sacoche. Pour recharger les batteries des kwamis, au cas où.

- Bonne idée.

Elle a un geste comme pour regarder par-dessus son épaule, dans ma direction. Ses yeux sont fermés.

- …Tu es prêt ?

J'acquiesce d'un murmure. Elle bat des paupières et fait volte-face. Son regard s'attarde sur ma combinaison avant de se ficher dans le mien, puis elle a un léger sourire. Elle a l'air en forme, mais je ne peux pas m'empêcher de scruter le pansement sur sa joue.

- Tes blessures ?

- Ça va. J'ai fait le nécessaire avec Tikki. Et ma combinaison atténue les douleurs, donc… ça va, répète-t-elle comme si elle cherchait ses mots. Et toi ? Je ne sais même pas si tu as été blessé par l'explosion, en fin de compte.

- J'ai eu très très chaud, plaisanté-je, mais c'est à peu près tout. J'ai pu retomber sur mes pattes.

Son sourire se fait plus naturel, et je respire un peu mieux.

- Merci d'avoir sauvé Alya. Et… Merci d'avoir pris soin de moi.

J'hésite, taraudé par le besoin de m'excuser, encore plus pressant après l'écoute de son message. Si j'avais été plus rapide pour la mettre en lieu sûr, si j'avais gardé mon sang-froid, si…

Mais le regard franc de Ladybug m'arrête net dans mes tergiversations. Est-ce à cause du masque et de l'aura des Miraculous ? Ou est-ce simplement parce qu'elle s'est remise de ses émotions ? Mais ses yeux bleus semblent étinceler dans la pénombre, pleins d'assurance. Magnifiques, comme toujours.

- Tout l'honneur était pour moi, Ladybug, finis-je par murmurer.

Elle se trouble. Elle baisse soudain la tête et soupire.

- Chat Noir. Ecoute, je…

- LADYBUG ! TIENS BON, ON ARRIVE !

Elle grimace et porte la main à son oreillette qui vient de se réactiver : même à cette distance, j'ai aisément pu reconnaître la voix paniquée d'Alya. Je m'empresse de remettre ma propre oreillette, aux abois. Ladybug a déjà dégainé son yoyo.

- Lady Wifi ? Qu'est-ce qui se passe ?

- On a détecté des explosions dans le 12e arrondissement ! Vous avez besoin d'aide ? On arrive !

- Mais… Mais non, ce n'est pas nous !

- Hein ? Mais c'est qui alors ?

Ladybug et moi échangeons un regard interloqué. En pensée, je fais une rapide revue de ma fuite de toute à l'heure.

- Ladybug, on est dans le 12e. On va voir ?

Elle acquiesce. D'un même ensemble, nous commençons à courir. Bâton dégainé, je fonce vers la sortie de secours.

- Lady Wifi, on va jeter un œil, reprend Ladybug, sur mes talons. Restez sur le Champ-de-Mars pour surveiller Maître Fu !

- Mais, Ladybug… !

- S'il te plait, Alya !

La sortie est en vue. Ladybug revient à ma hauteur et jette un regard circulaire.

- Chat Noir, tu as prévenu Wayzz ?

Je frémis, étonné.

- Hein ? Il n'est pas avec toi ?

Elle surprend mon regard posé sur sa sacoche et secoue la tête.

- Non ! Il est reparti avec Plagg juste avant que Lady Wifi ne réactive son réseau. Je le croyais avec toi !

Un grondement retentit tout à coup, si profond que la vaisselle frémit dans un rayon voisin. Le temps pour nous d'échanger un coup d'oeil effaré, et un autre grondement se fait entendre, plus puissant encore.

- Plagg était tout seul quand il est revenu me voir. Il ne m'en a même pas parlé, j'ai cru que Wayzz était resté discuter avec Tikki !

Ladybug force l'allure, anxieuse, et j'en fais de même. Qu'est-ce les kwamis nous ont caché encore… ?

Nous atteignons enfin l'issue de secours. Je me jette en premier contre la porte anti-panique. Moins lourde que je ne le croyais, elle s'ouvre avec fracas et je manque de trébucher sous le choc. Ladybug se rue à l'extérieur, bouclier-yoyo en action. Un nouveau grondement retentit à quelques blocs de là. Un bâtiment qui s'écroule ?

- Par là ! De la fumée !

Ladybug a déjà lancé son yoyo à l'assaut des toits. Je la suis en quelques bonds assistés de mon bâton. La Lune s'est levée mais l'électricité n'est toujours pas revenue dans les rues et les habitations. La ville, ainsi plongée dans la pénombre et saupoudrée de neige fraîche, semble plus figée et endormie que jamais. Au milieu de ce paysage blanc et noir, quelques colonnes de poussières signalent des explosions récentes.

Un éclair – vert et or – attire notre regard, talonné par une autre forme lumineuse, gigantesque et grouillante.

- Mais c'est…

..des papillons blancs ?

- WAYZZ !

Ladybug s'élance déjà à la rencontre des deux adversaires. Presque aussitôt, le plus petit d'entre eux – une sphère dorée – oblique vers nous, zigzagant tant bien que mal entre les cheminées et les barres d'immeuble. Son poursuivant, bien moins précautionneux, traverse et détruit les obstacles sans la moindre hésitation, tant et si bien qu'il manque à deux reprises d'engloutir la sphère sous sa masse blanche et étincelante.

Ce sont des papillons blancs… Des milliers !

- Wayzz, par ici ! Chat Noir, récupère-le !

- OK !

Ladybug s'arrête au sommet d'un immeuble, en garde. Arrivée à quelques mètres de nous, la sphère scintille puis disparaît, et Wayzz déboule dans un petit cri. Je l'attrape au vol entre mes mains gantées, me rétablis dans une roulade et bondis pour me réfugier derrière ma Lady. Le sifflement du yoyo retentit déjà, presque aussitôt couvert par un fracas de tuiles broyées. Du coin de l'œil, à travers le bouclier rouge et argent de Ladybug, je vois la masse des papillons foncer droit sur nous. Enorme.

Ladybug hurle, les muscles bandés en prévision du choc.

- PAPILLON, NON !

Je me recroqueville d'instinct. Mes paumes gantées me chauffent tout à coup. Wayzz glapit quelque chose. Un éclair doré fuse. Une bulle de lumière se déploie, nous englobe Ladybug et moi. La vague des papillons s'écrase contre la paroi dans un craquement assourdissant.

Une tempête nous enveloppe de ses milliers d'ailes. Le souffle de l'impact nous fait vaciller, je me ramasse sur le sol enneigé et tiens bon quand Ladybug agrippe mon épaule pour ne pas tomber.

Après de longues secondes de lutte, la vague de papillons cède et s'éparpille dans les airs, complètement désorganisée. Le bouclier doré disparaît presque aussitôt. À bout de souffle, nous attendons une riposte, qui ne vient pourtant pas. D'un vol hasardeux, les papillons se posent les uns après les autres sur les toits voisins. Stupéfaite, Ladybug hésite à rengainer son yoyo.

Elle risque un regard par-dessus son épaule. Sa voix est rauque, encore haletante.

- Chat Noir ? Wayzz… ? Ça va ?

J'écarte avec précaution mes paumes encore tièdes, ahuri de voir de la fumée s'en échapper. Wayzz apparaît, chancelant.

- Merci, mes frères, marmonne le kwami tortue, hagard.

Je croise le regard interloqué de Ladybug, et réalise que Wayzz vient de parler en chinois mandarin. Il a l'air sous le choc.

- Il… je pense qu'il va bien, marmonné-je. Il est juste un peu sonné. C'est… C'est lui qui a fait ça ?

Ladybug acquiesce, quoique effarée.

- Il m'a déjà protégée plusieurs fois comme ça en ton absence. Mais je crois que ça l'épuise.

- L'Armille Bouclier, hein ? croassé-je en essayant de plaisanter.

Ladybug me fait un sourire vacillant. Wayzz s'ébroue au creux de mes paumes, l'air soudain plus alerte.

- Aïe… ça a marché ? Vous allez bien ?

Il nous regarde tour à tour, inquiet.

- J'ai senti que les papillons cherchaient à vous débusquer. J'ai fait mon possible pour les distraire…

Je me relève avec précaution et dégaine mon bâton de ma main libre, me place dos à ma coéquipière. Le bouclier-yoyo a recommencé à siffler.

- On va bien, grâce à toi. Mais on n'est pas encore sortis de l'auberge.

Wayzz a un petit soupir épuisé en constatant les alentours : les papillons nous encerclent, frémissants. Il y en a à perte de vue.

- Qu'est-ce qu'on fait, ma Lady ? On appelle l'équipe B à la rescousse ? Puisque Papillon ne pourra pas tous les contrôler en même temps…

- Aucune idée pour l'instant. Mais… les choses s'arrangent, on dirait.

J'ai un rire nerveux tandis que Wayzz vient se placer sur mon épaule.

- Elles s'arrangent ? Où ça ?

- Tu m'appelles de nouveau « ma Lady ». Pas trop tôt.

Je me fige, désarçonné. Quand j'ose jeter un œil par-dessus mon épaule, c'est pour capter le sourire malicieux de Ladybug. Mon cœur déjà trépidant fait un bond. J'en perds mes mots un court instant.

- Je… Hé ! C'est à moi de sortir les répliques tendancieuses !

- Mais oui, si tu le dis, chaton.

Sa voix se fait exagérément langoureuse et taquine. Puis elle me donne un petit coup de coude, redevenue sérieuse.

- Plus tard, les réclamations.

Elle cille en direction de l'autre extrémité de la terrasse. Je suis son regard, et la stupeur manque de me faire lâcher mon bâton. Nonchalamment assise sur le garde-fou, Sabrina alias l'Invisible nous scrute de derrière son halo blanc en forme de papillon. Elle sourit et nous fait un petit signe de la main, son pouvoir d'invisibilité pour le moment inactif.

- Salutations, Ladybug. Et rebonjour, Chat Noir. Contente que tu aies pu reprendre du service !

Ladybug me jette un coup d'œil intrigué, et je serre les poings, mal à l'aise. Je n'ai pas encore eu l'occasion de lui raconter mon périple pour récupérer Plagg, ni de lui signaler que Papillon a deviné mon identité – et que puisque Maître Fu est l'Exilé, Ladybug aussi est peut-être découverte… Ah, tellement de choses à dire et d'autres à lui cacher, je ne sais plus où j'en suis !

Une seule certitude me vient tout à coup : et si Sabrina parlait trop, si Ladybug comprenait que l'Invisible m'a vu en civil ? Et si ma Lady invoquait ce nouvel argument pour exiger de savoir qui je suis ?

Sabrina ajoute alors, d'une voix bien plus sérieuse.

- Papillon voudrait passer un marché.

.

.

.

xxxxxxxx

.

.

.


Donnez du bonheur à un écrivain. Une question, une petite review avant de partir ?

Merci !