Un grand merci pour l'accueil du chapitre 13. Moi qui craignait que BRN passe inaperçue après tout ce temps en hiatus ! Merci à tous ceux qui ont pris le temps de laisser un commentaire ou de mettre cette histoire en favori ou en Alert, vous ne savez pas à quel point cela fait plaisir et remotive pour les ultimes corrections des chapitres ultérieurs.
Dans l'espoir que ce chapitre vous plaise, bonne lecture !
PS : le chapitre 14 étant très dense et conséquent, je l'ai exceptionnellement scindé en deux. La deuxième partie paraîtra dans les 24 heures qui suivent.
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Chapitre 14 : Avant la tempête – Partie 1
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J – 1.
H – 8.
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- Chat Noir ? Comment elle a pu savoir que tu étais parti… ?
Je baisse les paupières un court instant, mortifié. Et zut, ma Lady nous a grillés. Mais le contraire aurait été étonnant !
- On… On s'est croisés avec Invisible, tout à l'heure.
J'adresse un regard accusateur à Sabrina, qui tressaille, embêtée.
- …Oups. Désolée ?
Toujours perchée sur sa balustrade, elle plaque sa main sur sa bouche. J'ai encore des doutes, mais elle semble ne mesurer que maintenant l'impact de ses propos. Sur ses gardes, Ladybug risque un nouveau coup d'œil dans ma direction. Elle a perçu mon malaise, tout comme l'hésitation soudaine de l'Invisible.
- Chat Noir, qu'est-ce qui se passe ?
J'inspire profondément. Aller à l'essentiel. Ne pas trop en dire. Et surtout, surtout, signifier d'une manière ou d'une autre à Sabrina de tenir sa langue. Il ne faut pas que mon identité soit abordée dans la conversation. Il ne faut pas que Marinette apprenne qui je suis.
La solution ? Ne pas laisser l'Invisible s'expliquer.
- Papillon m'a repéré alors que je cherchais à récupérer Plagg, reprends-je précipitamment. L'Exilé venait d'apparaître et je n'avais pas le temps d'être discret. Les pompiers avaient déjà investi l'appartement de Maître Fu suite à sa première attaque, et je me suis fait coincer par la police. Invisible m'a aidé à m'échapper avant qu'ils ne me démasquent. En fait, c'est même elle qui m'a rendu mon Miraculous.
Comme je m'y attendais, Ladybug devient très pâle. Et il faut encore que je lui annonce que Papillon l'a probablement démasquée elle aussi…
- Tu veux dire… qu'elle t'a vu en civil ? Qu'elle sait qui tu es ?
- Oui.
- Et donc, que Papillon aussi sait qui tu es ?!
J'acquiesce encore, la gorge nouée, incapable de soutenir son regard.
- Il m'a épargné et il m'a même aidé à plusieurs reprises. Je pense que c'était pour me permettre de te rejoindre. Pour rééquilibrer les forces face à l'Exilé.
Enfin, je crois. Quand on voit la puissance que Papillon est capable de débloquer avec son flot d'avatars, ou même les capacités qu'ont développées ses nouveaux akumatisés, c'est à se demander pourquoi il m'a rendu Plagg.
Il avait un Miraculous des Astres à sa merci et il ne l'a pas gardé pour lui. Ça n'a pas de sens quand on y pense, en fait… ?
- Chat Noir ?
Une main gantée de rouge se pose sur mon poignet. Je lève la tête, tiré de mes ruminations. Le regard bleu de Ladybug est franc, brillant d'inquiétude.
- Je suis désolée pour toi. Ta famille… ?
Sa sollicitude me touche. On a toujours craint pour nos proches dans le cas où notre identité venait à être compromise – mais vu que le manoir Agreste est conçu comme un bunker, je ne m'inquiète pas pour ses occupants. Je me force à lui sourire.
- Merci, ma Lady. Mais je crois qu'en ce moment, Papillon a d'autres chats à fouetter.
Il ne m'aurait pas rendu mon Miraculous pour ensuite me faire du chantage en menaçant ma famille. De toute façon, avec mon départ imminent, ça n'aura bientôt plus d'importance, mais j'hésite à en dire plus en présence de l'Invisible. Dès que cette histoire sera réglée, je quitterai Paris au plus vite. Une fois en sécurité, je rendrai sa liberté à Plagg, et Ladybug s'en doute. Je ne permettrai pas à Papillon de faire pression sur elle par mon biais. D'ailleurs, raison de plus pour qu'elle ne sache pas qui je suis… !
Je m'avance à la rencontre de Sabrina, restée silencieuse.
- De quel marché veux-tu parler ?
Elle me contemple avec étonnement de derrière son loup noir.
- …ça alors, tu assumes plutôt bien ton erreur, Chat Noir. Moi qui croyais que tu irais jusqu'à lui cacher cette histoire d'identité révélée !
Je hausse les épaules, agacé. Ça, c'était avant que tu ne me trahisses avec ton superbe « Rebonjour »…
- Passons à autre chose, tu veux bien ? Ma Lady a eu pas mal de déconvenues aujourd'hui, tout ça à cause de ton patron. Si je prends les devants, c'est seulement pour essayer de la ménager, Invisible. Et Papillon devrait en faire de même, puisqu'elle est certainement la seule à pouvoir arrêter l'Exilé avec son Lucky Charm.
J'appuie ma réplique d'un regard entendu. J'espère que le message est clair.
Ne vends pas la mèche sur Adrien. Et si d'aventure tu sais qui elle est, ne dis rien non plus.
Sabrina cligne plusieurs fois des yeux, pensive. Elle est plus qu'intelligente – il faut au moins ça pour finir lauréate toutes classes confondues tout en gérant les caprices de Chloé. Et je me doute que si Papillon l'a choisie comme intermédiaire, ce n'est pas uniquement pour son pouvoir.
Invisible hausse les épaules et descend de son perchoir.
- Moui, pourquoi pas. Passons aux choses sérieuses. Papillon voulait vous proposer un marché, donc…
Je respire plus librement. Sabrina s'avance, et devant son visage grave réapparaît le halo blanc en forme de papillon, caractéristique d'une communication directe entre elle et notre ennemi. Elle parle soudain plus lentement, avec de nombreuses pauses, ce qui laisse penser qu'elle transmet en temps réel les dires du Papillon.
- Il vous propose une trêve de non-agression à compter de maintenant, pour vous deux et pour Wayzz. Il met tous les akumatisés qu'il lui est possible de créer sous vos ordres. Il a de bonnes raisons de croire que dans son état de rage, l'Exilé détruira les Miraculous aussitôt qu'il les aura entre les mains. Donc en vous proposant son aide, Papillon voudrait s'assurer que vous gardiez vos Miraculous.
- C'est l'évidence, non ? Ton boss est sacrément gonflé.
Je bombe le torse, irrité. Plus le temps passe, et plus j'ai l'impression que si Papillon envoie Invisible à notre rencontre, c'est pour faire peser l'influence qu'il a gagné sur nous, pour nous faire peur.
- Je ne vois pas quel marché Papillon se croit en droit de nous proposer. Les akumatisés sont déjà prêts à nous aider, avec ou sans son accord, et nous savons que Papillon ne peut pas les contrôler tous à la fois. De plus, Wayzz vient de repousser ses avatars tout seul, ce qui prouve bien qu'il ne peut faire usage de la force face à nous. En revanche, ce désastre est entièrement de la faute du Papillon. Quand est-ce qu'il se montre pour rendre des comptes ?
- Chat Noir, s'il te plait, calme-toi.
Je me tais, interloqué. Ladybug vient se placer à mes côtés et me fait un sourire entendu.
- Ça ne sert à rien de le provoquer, Papillon ne se montrera pas. Nous l'avons appris à nos dépends, il n'est jamais aussi redoutable qu'en restant caché. S'il communique avec nous ce soir, je pense que c'est plutôt pour s'assurer que nous ne fuirons pas. Il ne connaît pas les raisons de ta défection, mais apparemment, ça a suffi à l'inquiéter. Et il a besoin de nos Miraculous, plus que jamais.
Elle fait signe d'approcher à Wayzz, toujours posé sur mon épaule. Le kwami s'exécute, interrogateur.
- Si Papillon a deviné pour Chat Noir, peut-être que c'est à cause de l'Exilé. Et si c'est le cas, alors moi aussi, je suis découverte. Tu m'as bien certifié tout à l'heure que Papillon n'a pas eu accès à la mémoire de Maître Fu ?
Je tends l'oreille, intrigué. Le kwami hésite quelques instants.
- Je n'en suis pas sûr à cent pour cent, Ladybug. Quand mon maître a été akumatisé, il a rompu tout lien extérieur, avec Papillon comme avec moi. Mais nous en avons discuté avec Plagg et Tikki. Si Papillon s'était infiltré dans les pensées de mon maître, il aurait appris bien d'autres choses qui l'auraient rendu plus puissant que jamais. Or, je n'ai rien relevé dans ses actions qui puisse traduire un tel gain de connaissances.
- Ah bon ? hasardé-je, cynique. Parce que recruter autant de soldats d'un coup, ce n'est pas révélateur pour toi ?
- Le Porteur du Papillon a toujours été capable de créer plusieurs champions à la fois, et ces champions ont toujours disposé de leur libre-arbitre, comme aujourd'hui. C'est si Papillon avait été en mesure de tous les contrôler en même temps qui aurait traduit une montée en puissance.
Wayzz s'assombrit.
- Et par ailleurs… En y réfléchissant bien, si Papillon avait compris qui vous étiez, l'un comme l'autre, je pense qu'il n'aurait même pas pris la peine de contrôler l'Exilé ou d'aider Chat Noir. Il serait plutôt allé trouver chacun d'entre vous, pour vous surprendre sous votre apparence la plus vulnérable et vous voler votre Miraculous.
Une ombre passe sur le petit visage du kwami tortue.
- En tout cas, c'est bien souvent ainsi que… que ça se terminait autrefois pour les Porteurs et leurs familles, quand leur secret tombait entre de mauvaises mains.
Evidemment.
- J'ai rencontré l'Exilé alors que j'étais en civil, et il m'a clairement appelé Chat Noir, déclaré-je, le cœur lourd. Même s'il n'était plus contrôlé par Papillon, un de ses avatars était peut-être présent.
Quand j'y repense, c'est à partir de là que les papillons blancs ont commencé à me suivre, bien avant que je ne m'infiltre chez Maître Fu. Et si notre vieil ennemi avait encore des soupçons sur mon secret, alors mes tentatives désespérées pour récupérer Plagg ont dû les balayer définitivement.
Ladybug reste songeuse.
- L'Exilé ne m'a appelée par mon vrai nom qu'une seule fois, mais il avait déjà repoussé le contrôle du Papillon, et j'étais seule avec Wayzz. Je suis sûre que personne d'autre ne l'a entendu, pas même un autre akumatisé.
J'essaie de comprendre où elle veut en venir. Son visage s'éclaire en même temps que mes pensées.
- Papillon ne sait toujours pas qui tu es, ma Lady. C'est pour ça qu'il marchande ! Il n'a pas le choix, il est obligé de s'assurer de notre survie face à l'Exilé tant qu'il ne t'a pas identifiée. N'est-ce pas, Invisible ?
Pour la première fois, Sabrina baisse les yeux et croise les bras. Face à cet aveu muet, je soupire de soulagement. Marinette n'a pas été percée à jour, finalement. Dans un moment pareil, c'est une sacrée bonne nouvelle… !
- Et l'Exilé aurait pu m'éliminer à plusieurs reprises, souffle ma partenaire, ce qui me refroidit un peu. Ou en tout cas, il aurait pu me reprendre Tikki au cours de la bataille. Il ne l'a pas fait car il ignore encore qui est Papillon. Je pense qu'il a fait exprès de me menacer dans l'espoir de faire sortir Papillon de son trou. Il te croyait tombé dans son piège et mort. S'il m'éliminait moi aussi, Papillon perdait toute raison de participer au combat et aurait pu disparaître avec son propre Miraculous.
- Donc, si je résume… L'Exilé veut récupérer les Miraculous – tous les Miraculous. Il compte nous garder en vie aussi longtemps que possible pour faire pression sur le Papillon et le débusquer. Et Papillon est obligé de nous aider s'il veut que les Miraculous restent à sa portée. Je rêve ou en réalité… nous avons l'avantage ?
Sabrina a un raclement de gorge.
- Papillon s'impatiente, rappelle-t-elle. Mais si vous avez besoin d'une garantie de sa bonne foi, il consent à vous en donner une de plus.
Invisible paraît sur ses gardes, mais j'ai la nette impression que son assurance est feinte. Comme si elle-même était surprise par ce qu'elle venait d'apprendre.
- Un des enfants du Papillon a été recruté par erreur. Il risque sa vie face à l'Exilé en ce moment même.
- Hein ?!
J'en tombe des nues. Ma Lady roule des yeux effarés.
- Papillon a recruté son propre enfant ?
Invisible hausse les épaules, l'air mal à l'aise. Le halo blanc devant ses yeux vacille, comme si Papillon hésitait lui aussi.
- Ça semblait être une bonne idée, si je comprends bien. Ou plutôt, Papillon l'a fait pour le protéger d'une attaque de l'Exilé. Mais il n'avait pas imaginé que les choses iraient aussi loin. Il dit que sinon, il n'aurait jamais pris un tel risque…
Je ricane, nerveux. Tu m'étonnes ! J'avais déjà repéré de belles erreurs stratégiques dans le jeu du Papillon – comme avec Lady Wifi ou Antibug, qui chacune avait eu l'un d'entre nous à sa merci et n'en avait pourtant pas profité pour nous voler notre Miraculous. Mais à ce point-là…
L'Invisible tique, de plus en plus nerveuse mais concentrée sur ce que lui explique notre ennemi.
- Papillon n'avait pas prévu que son enfant se joindrait à la contre-attaque… Il n'a aucun moyen de désamorcer son Akuma sans annuler tous les autres, et la perte d'énergie serait si violente qu'il n'aurait plus aucun moyen de combattre ou… de vous protéger cette nuit. Et… Oh, Papillon, ça va, j'ai compris que c'était compliqué. Laissez-moi parler pour vous, s'il vous plait !
Le halo blanc disparaît pour de bon. L'Invisible se masse les tempes comme pour rassembler ses idées. J'échange un coup d'œil surpris avec Ladybug : côtoyer Chloé au quotidien semble avoir donné une certaine ténacité à Sabrina, car c'est bien la première fois qu'elle se lâche à ce point.
La rouquine se racle la gorge, soucieuse mais appliquée comme lorsqu'elle est sur le point d'entamer un exposé devant toute la classe.
- Vous êtes en position de force, Ladybug, Chat Noir. L'Exilé peut vous malmener, mais il ne peut pas se permettre de vous éliminer avant d'avoir identifié le Papillon, qui donc doit rester caché. Et le Papillon a toutes les raisons du monde de vous assister, puisqu'il veut protéger vos Miraculous et son enfant qui combat à vos côtés.
Il y a comme un moment de flottement. Puis Ladybug m'adresse un regard interrogateur, auquel je réponds d'un hochement de tête.
- Très bien, Papillon, lance-t-elle, hautaine. Mais c'est donnant-donnant. Protège-nous en te protégeant toi, et veille sur tous tes soldats. Nous, nous nous occupons de l'Exilé.
- À la bonne heure ! s'écrie soudain Sabrina. Je vais prévenir tous les autres que vous arrivez. Chloé va être fière de moi !
Elle tape dans ses mains en sautillant sur place. Je hausse un sourcil. Pas sûr que Papillon cautionne ce comportement, mais…
- On se retrouve sur le Champ de Mars, ne traînez pas !
Invisible s'efface, mais les traces successives dans la neige indiquent qu'elle s'enfuit par les toits. Un frémissement traverse la nuée de papillons, et tous s'envolent. En garde malgré nous, Ladybug et moi-même les observons s'éparpiller dans la nuit.
Un épais silence retombe. Je reste choqué par ce que je viens d'entendre : parmi les akumatisés actuels, l'un d'eux a un lien direct avec le Papillon. Notre champ de recherche vient de se réduire à une vingtaine de personnes. C'est inespéré… !
Encore effaré, je me tourne vers ma coéquipière. Sur son visage, je lis le même ébahissement alors qu'elle réalise tout ce qu'on a traversé ces dernières heures.
Wayzz vient voleter devant nous.
- Eh bien ? Nous y allons ?
Nous échangeons un regard, puis un gros soupir épuisé nous échappe en même temps.
- « Le devoir nous appelle », c'est ça, hein ? ronchonné-je. Bah, le point positif avec mon départ, c'est que je vais redécouvrir le sens du mot « vacances ». Quel bonheur.
Mon sarcasme tombe à plat, mais j'ai quand même un petit pouffement nerveux. Un ange passe, puis ma Lady s'esclaffe. Je lui jette un coup d'œil penaud : mortifiée, elle a une main plaquée sur sa bouche. Ses épaules se crispent, tremblantes. Elle croise mon regard, et après avoir vainement tenté de se retenir, elle laisse échapper un rire. Puis un autre. Elle fait tout pour rester sérieuse, mais ses yeux pétillent. De la voir peiner ainsi anéantit le peu de maîtrise de mes nerfs qui me restait, et j'éclate de rire.
Wayzz nous contemple tour à tour, interloqué.
- Mais… mais… Enfin, que vous arrive-t-il… !
Ladybug se laisse aller contre un muret et s'esclaffe encore. C'est comme le rire de Marinette après notre dernier contrôle de maths, ce rire nerveux, incontrôlable mais communicatif qui a fini par déchaîner toute la classe. Les jambes en coton, je tombe assis dans la neige, mentalement à bout, pris de fou rire à mon tour.
- Chat Noir ! Ladybug ? Ladybug, parle-moi !
Ladybug gémit entre deux hoquets.
- Une minute, Wayzz, juste… une minute !
- Mais, mais ! Mais l'heure est grave ! Et… !
- Je sais, je sais !
Plus ce pauvre Wayzz nous interpelle, catastrophé, et moins Ladybug arrive à se contrôler. Et plus je ris à mon tour.
- Oh c'est pas vrai, marmonné-je en me tenant les côtes. Ma Lady, c'est même pas drôle, arrête !
Elle rit plus fort encore. Le rire de Ladybug, nerveux et désarmant, est pourtant le plus beau et le plus libérateur que j'ai jamais entendu. Elle en a les larmes aux yeux – et moi aussi.
Quand enfin je parviens à m'arrêter, je suis épuisé et à bout de souffle, mais mon esprit est plus léger que jamais. Assis par terre, je m'adosse contre le muret et contemple le ciel étoilé. J'inspire longuement.
- On a l'air fin, maintenant, marmonné-je en reniflant. Mince, je croyais que ça n'arrivait que dans les séries télé, un truc pareil !
Accroupie près de moi, Ladybug a un dernier pouffement tout en s'essuyant les yeux.
- …ça m'arrive parfois avec Alya. Elle appelle ça l'effet « cocotte-minute », elle…
Ladybug s'interrompt, et je lui glisse un coup d'œil étonné. Elle pince les lèvres, mortifiée. Elle vient de se trahir et elle en a pris conscience – encore heureux que je suis le seul témoin. Je me relève comme si de rien n'était.
- Bon, allez ! On y va, Ma Lady !
- Chat Noir… !
Quelque chose me retient par la ceinture. Je me fige aussitôt, comme toujours.
- Chat Noir, promets-le-moi, s'il te plait. Que quand tout sera terminé, tu viendras me dire au revoir.
J'inspire difficilement, le souffle encore heurté. Le changement de ton est radical. Wayzz volette avec empressement.
- Je vais aller faire le guet. Pour m'assurer que l'Invisible ne revienne pas !
Il s'éloigne à toute vitesse. J'ai un pauvre rictus à son attention.
- Chat Noir ?
La voix de Ladybug est étrangement calme. À peine suppliante. Plutôt… fervente.
- Je sais que ça n'est pas facile pour toi. De partir, d'oublier, de tout laisser derrière toi. Mais… Promets-moi de ne pas le faire sans me prévenir. S'il te plait. Je veux te dire au revoir.
Je me retourne et la contemple en silence. Recroquevillée, le front sur ses genoux, elle tient le bout de ma ceinture dans sa main crispée. J'attends qu'elle lève les yeux, mais en vain. Enfin, je me racle la gorge.
- Je te le promets, ma Lady.
Elle me lâche avec hésitation, puis se redresse et soupire longuement. Ses yeux brillent derrière son masque, et j'aimerais croire que c'est lié à ses larmes de rire. Je lui tends une main.
- C'est promis.
Ses yeux bleus croisent les miens et ne me quittent plus. Elle renifle, puis met sa main dans la mienne. Je l'aide à se relever. Elle marmonne.
- Et j'insiste. Quand tout sera terminé, tu devras m'écrire qui tu es, Chaton. Pour plus tard.
C'est pas vrai. Quelle tête de mule…
- ….Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
- Je sais bien. Et Tikki pense que je te connais dans la vraie vie, et donc elle a peur que je prenne les choses trop à cœur. C'est pourquoi on doit attendre que toute cette histoire soit réglée. Qui sait, nous arriverons peut-être à identifier Papillon d'ici-là ? On sait qu'un des akumatisés est son enfant, c'est la première véritable info qu'on ait jamais eue à son sujet.
- C'est vrai, mais il n'y a pas que ça, ma Lady. Ecoute, c'est…
Ma voix s'éteint. Alors que je sens son regard perçant sur moi, je réalise lentement quelque chose dont je n'ai parlé ni à Tikki, ni même à Plagg. Une raison bien plus personnelle et puérile que toutes celles ce que j'ai pu prétexter jusque-là.
Et il est trop tard pour reculer.
- À propos de ma vraie identité. Celui que j'incarne au quotidien, il… Crois-moi, il n'est pas vraiment intéressant. Ce n'est qu'un rôle… Une façade. Une coquille vide. Le vrai moi, c'est…
Je pose une main sur mon cœur et esquisse un semblant de révérence.
- …C'est ça, maintenant. Chat Noir, c'est moi. Ce sera toujours moi.
Je me tais, déjà pris de remords. Je crois que je n'ai jamais autant détesté le silence qu'en cet instant précis.
- Et pourtant, tu accepterais de tout oublier ? Juste pour permettre à un autre Chat Noir de m'aider ?
Pas seulement, et Tikki le sait déjà sans aucun doute – oublier ce qu'on a perdu, c'est toujours moins de souffrance. Mais je n'ai pas la force de m'expliquer ce soir. Alors j'acquiesce, la gorge tellement nouée que j'en ai les oreilles qui bourdonnent. Le silence revient, s'éternise.
- Eh. Regarde-moi.
Je refuse d'un hochement de tête.
- Regarde-moi. S'il te plait.
Elle s'avance. Elle prend alors ma main droite – celle avec l'Anneau. Je sursaute et serre instinctivement le poing.
- Chat Noir. Eh…
Ses mains enveloppent la mienne. Sa voix est à peine audible. Apaisante, sereine.
- Je crois que je comprends maintenant pourquoi tu voulais rester anonyme. Mais peu importe qui tu es en vrai, ou qui nous sommes. Je voudrais seulement que tu saches… Tu ne me connaissais pas encore à l'époque, mais avant d'être Ladybug, j'étais une fille peureuse, maladroite, incapable d'aller au bout de mes idées. Et puis je t'ai rencontré, en même temps que Tikki. Ladybug est née, et elle a fini par rejaillir sur mon vrai moi. Ou plutôt, j'ai fini par assumer cette personnalité plus… affirmée.
Elle a un sourire tout simple, et ses yeux étincèlent dans la pénombre.
- Je veux croire que le Miraculous s'inspire de ce qu'il y a de meilleur en nous, et qu'il nous aide à le révéler au grand jour. C'est pour ça que je suis sûre que tu es quelqu'un de bien, même sans ton masque. Tu n'as juste… pas encore eu l'occasion de te le prouver ?
Son sourire s'élargit.
- Tu es quelqu'un de bien, répète-t-elle avec aplomb, avant de devenir malicieuse. Sinon, c'est quelqu'un d'autre qui aurait reçu ton Miraculous. Et on ne se serait jamais rencontrés ! Tu imagines ?
Elle me fait un sourire franc, encourageant, contagieux. Ça me rappelle celui de Marinette, le jour où elle m'a remis son porte-bonheur. La ressemblance est tout à coup si évidente que j'en ai le cœur chaviré.
Mais comment ?
- Euh… Chaton ?
Je ne résiste plus. Je l'enlace, puis je pose mes lèvres sur son front et l'embrasse avec ferveur.
Comment j'ai pu passer à côté, pendant tout ce temps ?
- D'accord. On fera comme tu veux. Je t'écrirai mon nom et tu me retrouveras, quand le danger sera passé. Mais méfie-toi ! Chat Noir ou pas, je suis prêt à le parier : il me suffira de te revoir pour que je tombe à nouveau sous ton charme, ma Lady.
Comme c'est cliché. Mais je la sers plus fort encore, et à mon grand bonheur, elle m'enlace à son tour. Elle a même un petit rire et chuchote.
- Ton « Ma Lady » ! Je n'aurais jamais cru que ça me manquerait un jour. Pas à ce point.
J'inspire discrètement au creux de son cou – son odeur, sa tiédeur, sa présence. Je me laisse emporter, rêveur. C'est peut-être la dernière fois que je peux l'enlacer ainsi. Et j'aimerais inscrire tous ces détails en moi, pour toujours.
Qui sait ? Peut-être que ça, je m'en souviendrai. Et alors, quand je la reverrai…
- …Chaton ?
Ses mains ont glissé jusque sur mes flancs, et doucement elles me repoussent. Je fais obligeamment un pas en arrière.
- Tu as été sincère, et… Et je vais être franche, moi aussi. Si tu le souhaites, je ferai tout pour te retrouver, après. Mais, est-ce que ça changerait quelque chose pour toi si… si Marinette avait déjà quelqu'un ?
La réalité me revient, brutale. Ça me fait l'effet d'une douche glacée.
- Oh.
Parce qu'elle se montrait intouchable, j'avais toujours imaginé Ladybug en célibataire. Et hormis un crush passager de Nino et une ancienne fixette de Nathaniel – des sentiments à sens unique – je n'avais jamais entendu parler d'un quelconque copain concernant Marinette. Pourtant, ça reste du domaine du possible.
Je marmonne une chose convenue, plus amère que je ne le voudrais.
- Je comprends. En tout cas, cette personne a bien de la chance.
Ladybug a un petit rire gêné. Chose rare, elle rougit. Juste un peu. Et c'est tellement mignon.
Zut. Zut…
- Je n'ai jamais osé le lui dire, Chaton. Vu comme il m'impressionne, ça ne risque pas d'arriver. Et lui, il n'a rien remarqué.
Je croise les bras et hausse les sourcils.
- Franchement ? Ce mec doit être d'une cécité affligeante. Tu sais déjà tout ce que je pense de Ladybug. Quant à Marinette, elle est gentille, drôle et courageuse, débrouillarde, c'est une grande artiste et une couturière géniale, et…
Son silence étonné m'interpelle. Je réalise que je compte théâtralement sur mes doigts, et je baisse aussitôt la main. Je côtoie Marinette tous les jours, mais ça, elle n'est pas censée le savoir. Je me reprends maladroitement.
- Je veux dire… Je n'ai croisé Marinette qu'une poignée de fois, c'est vrai, mais je l'ai toujours trouvée… attachante. Qui sait, si je n'avais pas souhaité rester fidèle à Ladybug, je… je pense que j'aurais apprécié de la connaître davantage. Enfin, de te connaître davantage. Euh…
Je bredouille, dérouté par la mine indécise de Ladybug. Je croirais presque entendre Plagg ricaner.
Là, ça devient pitoyable. Arrête tout !
- Mince. J'ai l'air jaloux d'un mystérieux inconnu, plaisanté-je pour donner le change. C'est pas vraiment digne d'un super-héros… !
Elle a un rire tout en retenue. Sa main glisse vers ma clochette, et je m'attends à ce qu'elle y donne une petite pichenette, histoire de clore cet échange de plus en plus embarrassant.
Sauf qu'elle l'attrape, se hausse sur la pointe des pieds et m'embrasse doucement sur la joue. Je reste statufié. Elle me murmure, certainement pas moqueuse, mais… satisfaite.
- Non. C'est juste le plus beau compliment que tu m'aies jamais fait, Chaton.
Elle me relâche dans un tintement. Après un dernier sourire malicieux, elle s'éloigne au pas de course.
- Allez, assez traîné !
Je pique un fard comme jamais encore – heureusement qu'elle ne me regarde plus. Je me mets en route, pris d'un vertige. Encore un peu amer, heureux malgré tout.
Ce n'est pas pour moi que tu rougis, ma Lady… Mais tant pis, ce qu'on partage, c'est peut-être mieux encore. Et hormis Maître Fu, je suis le seul à savoir qui tu es vraiment.
Et ça, ça n'a pas de prix.
- Eh ! Je me répète, Bug'inette, mais les conduites tendancieuses, c'est mon job !
- Eh bien, félicitations ! Tu as déteint sur moi !
Le yoyo fuse à travers la nuit, tout comme son rire. Ce rire qui me ferait aller jusqu'au bout du monde.
Je m'élance dans le vide, le cœur léger.
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J – 1.
H – 8.
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Yet I know, if I stepped aside
Released the controls, you would open my eyes
That somehow, all of this mess
Is just my attempt to know the worth of my life…
Made of precious metals
Precious metals
Precious metals inside
I'll go anywhere you want
Anywhere you want
Anywhere you want me.
.
.
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2e partie, à paraître très bientôt!
Jusque-là, quel a été votre ou vos moments préférés dans BRN?
