(Première parution le 5/1/2020 – navrée pour l'heure tardive !)
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Une belle et heureuse année 2020 à tous !
2019 aura donc fini en beauté ! Avec non seulement l'habituel chapitre hebdomadaire de « Blanc, Rouge, Noir », mais également avec la petite surprise des fêtes qu'était la suite de mon one-shot « Something You Can't Deny ». D'ailleurs, je souhaite la bienvenue aux nouveaux lecteurs qui suite à leur passage sur SYCD, sont venus découvrir BRN… Essai réussi, grand merci à ceux qui m'ont même mis dans leurs Alertes et leurs Favoris !
« Something You Can't Deny » s'attache à respecter et reproduire – avec grand plaisir ! – ce qui fait battre le cœur des fans. « Blanc, Rouge, Noir » s'efforce de faire évoluer les personnages, d'explorer cet univers que la série effleure… Ces deux histoires, si différentes, sont pour moi deux sources de fierté, chacune à leur manière. Et ce sera un grand bonheur de continuer de les partager avec vous pour cette nouvelle année ! J'espère que vous continuerez de les lire et de me faire savoir ce que vous en pensez !
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Bref. BRN attaque son ultime grand virage…
…Êtes-vous bien accrochés ?
C'est parti.
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Audiomachine - When It All Falls Down (en boucle)
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…l'espoir finit par me revenir, fervent, obsédant. À cause d'une histoire de « Porteur de Lumière » et de « Porteur d'Ombre »…
…Des Miraculous d'exception : les Boucles du Zénith, l'Anneau du Nadir. Habités par les kwamis des Astres, bien plus puissants que Nooroo et Duusu qui ne sont que de simples « Armilles ». Réunis, ces Astres pourraient permettre de réaliser l'impossible…
Si les Astres étaient en ma possession…Pourraient-ils ramener mon Émilie ?
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- Maître, vous ne comprenez pas ! Récupérer les deux Miraculous des Astres n'est qu'un début. Pour exaucer votre souhait, il faudra payer un prix équivalent !
- Nooroo, ma décision est prise. Mon fils se débrouillera très bien sans moi, mais il a besoin de sa mère. Je n'ai qu'un seul vœu : lui rendre cette mémoire qu'elle a perdue. Et si pour la ramener, je dois oublier à mon tour, alors…
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…il en sera ainsi.
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- Ladybug… ! Marinette !
Cramponné au bord du toit du Louvre, je scrute avec angoisse la Cour Napoléon, sa pyramide de verre brisé et de métal chauffé à blanc, les trombes de fumée et de flammes qui s'échappent du hall souterrain, qui envahissent peu à peu tout le centre de la place.
Et à mi-chemin, la sphère de lumière.
Cette sphère radieuse et éblouissante, qui flotte désormais là où se tenait Marinette il y a tout juste quelques secondes. Elle enfle et se réduit tour à tour, comme vibrante au rythme d'un cœur gigantesque et surpuissant : chaque battement fait trembler le Louvre, chaque pulsation résonne jusqu'au plus profond de mes entrailles. Mes oreilles sifflent encore après son cri.
« Tikki, Plagg, transformez-moi ! »
Unir les Miraculous de Ladybug et Chat Noir. Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ? C'était pourtant l'objectif de mon père, la raison même pour laquelle il a endossé le rôle du Papillon ! Pour invoquer un pouvoir ultime et exaucer un vœu ! Mais avec quelle contrepartie… ?
…Et maintenant, c'est elle qui prend ce risque ! Est-ce qu'elle a seulement idée de ce que cela pourrait lui coûter ?
« Quoi qu'il arrive… S'il te plait, ne m'oublie pas. »
Je déglutis avec peine, la gorge sèche. Je me souviens, ma Lady. Je me souviens toujours. Mais toi, je t'en prie, sois prudente !
Je t'en supplie… !
La fumée noire qui jaillit du sous-sol sous la Pyramide ne cesse de s'épaissir, émaillée d'éclairs rouges et de flammes. Elle s'étire vers le ciel en de multiples tentacules éthérés, vaporeux et menaçants, comme d'immenses serpents prêts à frapper. Ils se rassemblent alors devant l'édifice calciné, et se resserrent jusqu'à laisser apparaître une silhouette familière.
L'Exilé. Même à cette distance, je distingue les deux étincelles blanches qui lui tiennent lieu d'iris, les veinules d'or en fusion qui parcourent sa peau noire comme du granit. Lorsqu'il prend la parole, sa voix tremble d'une rage bouillonnante, contenue à grand-peine.
- Comment ? Comment oses-tu !
La sphère blanche vibre à intervalles réguliers, silencieuse. L'Exilé fulmine tant et plus.
- Je vous ai laissé une chance. Je vous ai donné l'opportunité de renoncer à vos Miraculous, dans la dignité et dans le respect de vos kwamis. Alors comment oses-tu me résister ! Le Gardien donne et le Gardien reprend, telles sont les règles depuis cinq cent ans ! Rends-toi, Porteuse !
Son cri reste encore une fois sans réponse. La fumée semble crépiter, comme excédée. L'Exilé lève le poing en direction de la sphère.
- Ça suffit !
La flèche de feu part, ronflante, aveuglante. Elle percute la sphère dans un effroyable claquement de verre brisé, l'écrasant contre l'aile sud. La boule de lumière disparaît dans une débandade de pierres et de tuiles, tandis que la façade et le toit sus-jacent s'écroulent sous le choc comme un simple château de cartes.
- Ladybug !
Je me redresse, chancelant, et m'élance sur les toits pour rejoindre le point d'impact. Alors que je maudis ma propre lenteur, la poussière retombe déjà, et apparaît l'aile sud du Louvre, fumante, littéralement éventrée. Les flammes dévorent déjà les teintures et les toiles mises à jour. Le toit menace de s'effondrer davantage.
Mais plus de sphère blanche. Pas de mouvement sous les gravats. Rien.
- LADYBUG !
J'approche du bord du toit sinistré. Des tuiles et des morceaux de la charpente se décrochent sous mon poids, et je suis contraint de reculer. Effaré, je scrute le bâtiment broyé sur tous ses étages, transformé en un amas de pierres, de bois et de ciment que le feu gagne peu à peu. Rien d'autre.
- LADY…
Un sifflement, un choc. Explosion. Je suis projeté en arrière par le souffle. Assourdi, je roule sur le toit et me rattrape de justesse pour ne pas basculer dans le vide.
Un nouveau choc. Puis un autre, plus fort encore. Cramponné à des tuiles encore intactes, les oreilles sifflantes, je sens le bâtiment trembler à chaque impact, la chaleur devenir infernale. Du coin de l'œil, je vois de nouvelles flèches filer droit vers moi, je les perçois s'écraser contre la façade, ravager méthodiquement le bâtiment de part en part.
Vite, trop vite, le toit qui me soutient ploie, brûlant, puis la charpente s'effondre dans un enchaînement de vibrations terribles. Les tuiles basculent dans le gouffre, et à mon tour je me sens glisser avec horreur – je tente de reprendre pied sur le toit mais chaque mouvement accélère ma descente. Je ferme les yeux par réflexe, et compte les secondes avant la prochaine flèche qui me fera définitivement tomber.
Mais rien ne vient.
Encore sourd, je finis par rouvrir les paupières, lentement. Une flèche fuse dans ma direction, et je me crispe, horrifié. Arrivée à quelques mètres de moi, elle explose en plein vol dans une gerbe de flammes. Plusieurs autres subissent le même sort, comme stoppées net par un mur laiteux, à peine visible si on omet les curieuses runes qui scintillent brièvement à chaque nouvel impact.
Un bouclier, comme celui de Wayzz. Comme celui de l'Exilé !
Désorienté, haletant, je risque un regard en contrebas. Je suis au bord d'un trou toujours plus béant, bordé de parquets calcinés et de charpente fumante. Au sol, vingt mètres plus bas, une silhouette noire veinée de rouge me scrute en silence. Mon cœur fait un bond dans ma poitrine – l'Exilé ?!
J'essaie de remonter sur le toit à grands gestes désordonnés, mais la charpente, incandescente et trop fragile, s'effrite sous mon poids. Les tuiles, brûlantes, glissent les unes après les autres au fur et à mesure que je les saisis. Mes pieds battent dans le vide, à la recherche de soutien. En vain.
Merde… Merde ! Non !
Quelque chose – à peine plus consistant qu'une fumée – effleure alors mon dos, et j'ai un cri d'horreur. Je glisse. Mon estomac se retourne de terreur…
…mais la chute libre est brève, à peine une demi-seconde. Déjà je perçois un support sous mes pieds et, les jambes coupées par le vertige, je tombe à la renverse dans ce qui m'évoque furieusement un drap ou un hamac. Les yeux écarquillés, je sens la chose se refermer sur ma taille et mon dos, enveloppante, sécurisante. Je flotte plus que je ne tombe jusqu'au sol, puis le voile s'efface aussi vite qu'il est venu, et j'atterris sur un monticule de gravats encore chauds. Tremblant malgré moi, je lève péniblement la tête et plisse les yeux, encore ébloui par les flèches de feu qui continuent d'exploser à quelques mètres de là, assourdies et à peine tièdes, inoffensives.
Un regard bleu cyan accroche le mien – familier – et je me fige, incrédule. La silhouette noire est toujours là. Elle me dévisage en silence, mais ce n'est pas l'Exilé. Et soudain, je comprends. Je comprends pourquoi notre ennemi avait revêtu un tel aspect, à la fois similaire mais comme usé, décadent. Corrompu.
Maître Fu avait déjà vu de ses propres yeux la forme ultime des Miraculous. Et il a usé de ce souvenir pour symboliser sa recherche de puissance, mais aussi pour cristalliser sa peine et sa colère à l'encontre de son fardeau.
Elle me contemple sans mot dire, inexpressive. Pas plus grande ni plus âgée que Marinette, son corps et ses cheveux sont noirs et étrangement lisses, vaguement luisants, comme taillés dans de l'ébène poli et verni. Sur sa peau courent par centaines des veinules rouges, qui semblent pulser d'énergie au rythme des battements de son cœur – lent, paisible.
Bois noir et incrustations de rubis. Comme la Boîte… !
À l'image de l'Exilé, elle porte une simple tunique, quant à elle intacte et immaculée. Plusieurs longues écharpes blanches semblent s'échapper de son dos, et à la façon dont elles ondulent paresseusement dans l'air et sur le sol, comme mues d'une volonté propre, je comprends que c'est ça qui a ralenti ma chute.
Son visage fin, figé tel un masque, présente une curieuse fente sous chacun de ses deux yeux d'un bleu cyan, si lumineux et si intense qu'il en devient déroutant. Bien qu'ils soient sans pupille ni iris, je sens qu'elle me fixe, songeuse.
- Ma… Lady ?
Je suis encore assourdi par l'explosion, et ma propre voix me parvient tout juste, lointaine, rauque et hésitante. L'apparition ne bronche pas dans l'immédiat. Une flèche claque contre le bouclier, plus éblouissante que les autres, et soudain les deux fentes sous ses yeux bleus frémissent, comme prêtes à s'ouvrir. J'en ai un frisson de malaise. Qu'est-ce qu'elles cachent ?
- Marinette… ?
Pour toute réponse, un des voiles s'étire et revient s'enrouler autour de ma taille : il est diaphane et presque froid. Pétrifié, je le laisse faire tandis qu'il me soulève délicatement et me dépose une bonne quinzaine de mètres en arrière, là où le parquet et les murs du Louvre sont encore à peu près intacts. Le voile me contraint à faire volte-face et me pousse vers un couloir adjacent, plongé dans la pénombre.
Et une voix étrange retentit, non pas derrière moi ni même en provenance du voile : elle murmure, quelque part en moi.
« Va. Nous nous occupons du reste. »
Une voix… ou plutôt, plusieurs voix, qui chuchotent à l'unisson. Des voix familières, là aussi. Dont une qui supplante toutes les autres. Je balbutie sans réfléchir.
- T…Tikki ?
Je me retourne vers elle, tenaillé de questions. L'apparition bat doucement des paupières, et un court instant ses yeux bleus sans iris semblent briller. Elle tend les deux bras dans ma direction, paumes ouvertes, et je me sens obligé de faire de même. Je tressaille en découvrant ma peau meurtrie, mes vêtements roussis – je ne m'étais même pas rendu compte à quel point les tuiles étaient bouillantes. Je prends enfin conscience de mes brûlures, et je retiens un sifflement de souffrance.
Le voile vient alors m'effleurer, toujours incroyablement frais, d'une douceur presque surnaturelle. J'en frissonne. Une énergie curieuse me traverse, proche de celle du Miraculous Ladybug, et aussitôt mes plaies se referment, la sensation de brûlure disparaît. Quand je lève à nouveau les yeux, effaré, je vois les lèvres figées de l'apparition s'arquer en un très léger sourire.
Une flèche s'écrase sur le bouclier, plus massive que les autres à en croire l'éclair aveuglant. L'apparition sursaute. Le voile recule, si vivement qu'il émet un claquement nerveux, puis lui et les autres se déploient tout à coup autour de leur maîtresse. Au nombre de cinq, ils ondulent non plus avec paresse mais une tension presque palpable, tel un cobra sur ses gardes.
Les yeux bleus se ferment et aussitôt les deux autres fentes s'écartent, révélant des prunelles vert émeraude, sans iris ni pupilles elles non plus. Elle reprend la parole, mais le mélange de voix qui retentit en moi est plus cassant, presque grondant, dominé par un timbre bien connu.
« File, gamin. Ça va se gâter. »
- …Plagg !
L'apparition bande ses muscles puis s'élance. Le cœur battant, je cours jusqu'à la première fenêtre à ma portée. À travers les carreaux brisés, je vois la sphère laiteuse – étincelante mais minuscule – filer en direction de la Pyramide. L'Exilé, réfugié dans ses trombes de brume, contrattaque aussitôt, mais aucune flèche n'arrête la sphère. Quand enfin les projectiles cessent, la boule de lumière s'efface, et la petite silhouette réapparait. Un à un, les voiles se dressent et grandissent comme autant d'ailes prêtes à l'envol.
Et les voix s'écrient alors, bien réelles cette fois-ci puisqu'elles résonnent à travers toute la Cour.
- NOUS REFUSONS !
J'entends Tikki et sa voix claire, aiguë, tonitruante. J'entends Plagg et son timbre éraillé, sifflant de fureur. Mais surtout, je l'entends enfin, altière, décidée comme jamais. Elle, comme au premier jour, perchée sur la Tour Eiffel alors qu'elle défiait le Papillon et se jurait de le retrouver coûte que coûte.
Ma Lady !
- Nous refusons de vous reconnaître comme Gardien ! Nous refusons de nous rendre ! Vous avez failli à votre tâche, vous n'êtes plus digne de disposer des Miraculous !
- Espèce de garce ! J'ai les Armilles avec moi, elles m'ont choisies, TOUTES !
L'Exilé explose de fureur. Paradoxalement, la brume revient se concentrer sur lui. Sa silhouette charbonneuse disparaît, et peu à peu les trombes de fumées et de flammes se densifient jusqu'à former quelque chose de… gigantesque, de plus grand encore que la Pyramide elle-même, qu'il enserre dans ses épais anneaux reptiliens, noirs et veinés d'or. À son sommet qui peu à peu s'affine et s'étire tel un serpent qui tend le cou, deux yeux immenses se mettent à rougeoyer. Une gueule s'ouvre, bardée de crocs charbonneux et de lave.
- Comment oses-tu user de la puissance des deux Astres pour me révoquer, moi ! Je suis ton Gardien, le seul et unique garant des Miraculous, et ce depuis 185 années !
Je me cramponne à la fenêtre, estomaqué. Le monstre de flammes et de fumée ne cesse de s'épaissir face à ma coéquipière. Elle fait à peine la taille de ses iris flamboyants. Et pourtant elle hurle plus fort encore.
- Raison de plus ! Nous réclamons que vous cédiez la place, comme vous auriez dû le faire il y a longtemps déjà ! Rendez-vous, Exilé !
Elle murmure quelque chose que je ne comprends pas, et soudain son bouclier laiteux réapparait puis s'élargit à toute la Pyramide. L'Exilé rugit.
- ESSAIE DE ME VAINCRE, PORTEUSE ! IL TE FAUT ENCORE EN PAYER LE PRIX !
Le bouclier blanc l'engloutit de force. À travers la voute diaphane, je le distingue qui s'élance, vomissant un torrent de flammes, et la petite silhouette ailée qui se précipite à sa rencontre.
Des éclairs par dizaines. Un hurlement caverneux. La terre tremble comme jamais. Au-dessus de moi, la charpente gémit sous son propre poids, dévorée lentement par l'incendie. À contrecœur, je quitte la fenêtre et déguerpis dans le couloir.
Je connais plutôt bien cette partie du Louvre pour l'avoir visitée avec l'école et même pour y avoir déjà tourné un shooting publicitaire. C'est presque sans hésiter que je me rue à travers les halls de marbre et les salles d'exposition. Avec stupeur, je réalise qu'elles ne sont pas toutes vides.
- Qu'est-ce que…
Je me fige, frappé d'horreur. Je savais que le Louvre, avec ses couloirs souterrains et ses fondations, faisait partie des refuges publics parmi les plus sûrs en cas d'Alerte Akuma de niveau 4. Je pensais qu'il avait été complètement évacué dans le courant de la nuit, bien avant que l'Exilé ne vienne s'y replier. Je me trompais.
À la lumière des spots et des groupes électrogènes, le hall est noir de monde. Des policiers et quelques officiers de l'Armée, mais surtout des écoliers, des familles, des touristes, tous piégés probablement depuis la veille au soir.
Est-ce que c'est pour ça que l'Exilé s'est retranché ici ? Pour mettre sa menace à exécution si on ne se rendait pas… ?
Je secoue la tête – pas le temps pour ce genre de questions ! La gorge nouée, j'interpelle le premier gardien que je trouve.
- L'aile Sud est en feu ! Il faut partir, vite !
L'homme déjà très pâle blêmit encore. Autour de nous, les gens commencent à se relever, inquiets.
- Mais, par où ? Le bouclier de l'Exilé est toujours actif ! Impossible de s'échapper !
Je jure à voix basse. J'avais oublié ! Avec Ladybug, nous avons traversé le bouclier doré de l'Exilé sans soucis, très certainement parce qu'on y était invités. Mais maintenant ?
Les gens me fixent avec espoir. Je marmonne.
- Ladybug et Chat Noir sont en train d'affronter l'Exilé près de la Pyramide. Ils vont sûrement le pousser à désactiver son bouclier. Il faut qu'on soit prêts à saisir l'occasion dès que ça se présente !
Comme pour illustrer mes paroles, le sol tremble à nouveau, plus fort que jamais. Un épouvantable vacarme survient depuis le coin d'un couloir – encore une flèche qui vient d'éventrer la façade, à coup sûr.
- Il faut déjà rejoindre la Cour Carrée, ce sera toujours plus sûr qu'ici !
Un mur à ma droite se lézarde de part en part, et les quelques civils encore prostrés bondissent sur leurs pieds. Une tension paniquée parcourt la foule, et c'est à grand-peine que les policiers et les gardiens présents parviennent à calmer les esprits et à organiser l'évacuation de la salle dans le calme.
Une autre explosion étouffée retentit en provenance du toit. Les nerfs à vif, je devance la foule et file à travers les couloirs. Les plus rapides sont sur mes talons.
Il faut rejoindre le Pavillon Sully. De là, en tournant le dos à la Pyramide, on pourra traverser la Cour Carrée en direction de l'Est, puis passer la Porte de la Colonnade et déboucher dans la rue…
Une nouvelle détonation fait perler la poussière depuis le plafond. J'évite de justesse quelques débris de plâtre et de bois. Je résiste à la tentation de me jeter sur la première fenêtre à ma gauche pour scruter la Pyramide.
Elle va s'en sortir. Elle le doit… !
Le Pavillon Sully est ouvert à tous les vents, sûrement depuis la contrattaque de l'Armée. Haletant, je m'assure qu'il y ait bien un chemin praticable à travers la Cour Carrée. La place est toujours encombrée des débris de la précédente bataille contre l'Exilé, mais on peut se faufiler jusqu'à la Colonnade et sa sortie. Levant les yeux vers le ciel pâlissant, je m'aperçois que le bouclier doré de l'Exilé vacille au rythme des explosions lointaines. J'ai un sourire crispé.
Continue, ma Lady… Continue !
Les civils déboulent, plus nombreux encore que je le pensais, canalisés tant bien que mal par les policiers et les gardiens qui les redirigent vers la Colonnade donnant sur la rue. La foule commence enfin à se clairsemer quand un visage familier retient mon attention. L'homme m'interpelle, surpris.
- Adrien ? Adrien Agreste ?
J'ai un sourire en reconnaissant le père d'Alya, mais mon enthousiasme retombe vite face à l'épais bandage de fortune qui lui masque un œil.
- Monsieur Cézaire ! Vous êtes blessé ?!
L'homme a un geste de la main pour relativiser.
- Héritage de mes prouesses en tant qu'Animan, il paraît. Je fouillais des décombres avec la brigade cynophile à la recherche de blessés, quand mon Akuma m'a lâché. J'ai failli ne pas m'en sortir. Mais rien de grave, comparé à ce que ça aurait pu être.
Il me prend par les épaules, l'air inquiet.
- Tu es tout seul ? Tu as des nouvelles d'Alya ?
- Je ne faisais pas partie des akumatisés, Monsieur. Je suis désolé…
L'homme acquiesce d'un ton bourru et me tapote l'épaule, le front plissé. Soudain le pavillon tremble sur ses fondations. Les fenêtres encore intactes explosent, les battants des lourdes portes s'ouvrent à la volée comme si elles ne pesaient rien. Un souffle brûlant nous jette à plat ventre, les mains sur la tête tandis qu'une pluie de poussières de plâtre nous tombe dessus. Médusé, je me contorsionne pour risquer un regard vers l'Ouest.
La Cour Napoléon est cernée par les flammes. La Pyramide est toujours emprisonnée sous un dôme blanc laiteux. Mais elle vacille dangereusement, puis s'affaisse dans un grondement d'outre-tombe. Et enfin elle disparait, comme happée à l'étage inférieur.
Ma Lady !
Le bouclier blanc persiste, signe qu'elle va bien. Mais je reste pétrifié de terreur. Le père d'Alya me relève sans ménagement.
- Assez traîné, mon garçon. On y va !
Il m'entraine à la suite des derniers civils, vers la porte Ouest et la Cour Carrée, à l'opposé de la Pyramide. Mais je m'arrête, statufié. Il se retourne vers moi, alarmé.
- Adrien ! Avance, petit !
Je serre les poings. Je suis impuissant, j'ai déjà failli mourir bêtement sur le toit. Je n'ai plus qu'à faire confiance à Ladybug et me mettre à l'abri. Et c'est ce qu'elle a demandé.
Mais…
« On est un duo, Chat Noir ! Une EQUIPE ! »
…Oh, et puis merde !
J'emboîte le pas au père d'Alya, mais juste le temps de m'emparer de la lampe de poche à sa ceinture.
- J'ai un dernier truc à faire. Allez-y, je vous retrouve dehors !
Et sans attendre de réponse, je pique un sprint et retourne sur mes pas. Otis Cézaire n'arrive pas à me rattraper. Dans les salles suivantes, à la faveur de la pénombre, c'est sans mal que j'esquive les derniers policiers et gardiens qui s'assurent de n'avoir laissé aucun blessé derrière eux.
Enfin seul, je vérifie d'un regard la Cour Napoléon, parcourue de fissures et de gravats. Le bouclier est toujours là, à surplomber le trou béant qu'a laissé la Pyramide. Transformé, il m'aurait été facile de bondir dans ce gouffre et de me réceptionner sans mal pour participer au combat. Mais en tant que civil… Je ne pourrai pas la rejoindre par là, même si le bouclier me laissait miraculeusement passer !
Je m'approche d'un des plans affichés au mur et le consulte avec fièvre à la lueur de lampe torche. La Pyramide surplombait l'entrée principale du Louvre. Les souterrains creusés sous la Cour Napoléon la relient au reste du Musée. Je peux toujours tenter de passer par l'un d'eux, en espérant qu'ils ne soient pas bloqués par un éboulement…
Un hurlement caverneux m'arrache un frisson – l'Exilé. Dehors, le bouclier blanc se renforce, et pourtant, j'ai un mauvais pressentiment.
Je jette un dernier coup d'œil au plan, puis je m'élance vers un des escaliers et m'enfonce dans l'obscurité.
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J - ?
Une fin d'après-midi. Une pièce tranquille. Une tasse de thé fumante, revigorante.
- Il y a quelque chose que vous ne m'avez jamais dit, Maître.
Une voix familière. Un léger accent…
- Que veux-tu savoir ?
- Que se passerait-il si quelqu'un possédait la bague de Chat Noir et les boucles d'oreilles de Ladybug ?
- Alors le Porteur pourrait les utiliser en même temps, et à l'aide d'une invocation spéciale, il obtiendrait le pouvoir ultime ! Celui qui façonne la réalité.
- Il y a un pouvoir ultime… qui « façonne la réalité » ? En quoi ça consiste, Maître ?
- Eh bien, pour faire simple, cela permet au Porteur d'exaucer un vœu.
- Wow, c'est formidable ! Mais, pourquoi on ne s'en sert pas ? On pourrait faire de grandes choses, comme mettre fin aux guerres, éradiquer la pauvreté, vaincre le Papillon !
- L'univers doit toujours conserver son équilibre. Pour chaque action, il y a une réaction. Pour chaque vœu, il y a un prix à payer…
Stupeur.
- Je n'y avais pas pensé.
- C'est pourquoi Ladybug et Chat Noir ne doivent jamais perdre leur bijou. Car c'est l'Équilibre de l'univers qui est en jeu.
Résignation. Résolution.
- Je ne laisserai jamais personne mettre la main sur les Miraculous ! Surtout pas le Papillon. C'est promis.
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J ?
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J 0.
« Tikki, Plagg ! Transformez-moi ! »
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H – 1.
« Metamorphose » – Michael Frankenbergen (en boucle)
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Au creux de mes mains, les Miraculous vibrent. Brûlants, à peine supportables. Je serre les paupières, et pourtant leur lumière continue de m'éblouir.
Une énergie colossale explose et s'écoule entre mes doigts, comme jaillie de nulle part. Mélange des présences de Plagg et de Tikki. Marquée de l'empreinte du Miraculous Ladybug, et de l'empreinte de…
…Chat Noir.
C'est comme s'il était là, à mes côtés, à la fois similaire et différent – sans émotion propre. Ma gorge se noue. Quelque part contre mon oreille, Tikki murmure, vacillante.
« Tout va bien, ma Ladybug. »
Plagg marmonne, bourru.
« Concentre-toi un peu, Porteuse. »
J'essaie. Mais c'est tantôt comme lutter contre le sommeil… et tantôt comme se débattre au cœur d'un océan en furie. C'est irrésistible, incontrôlable. Épuisant, grisant, effrayant, transcendant. Paniquant.
« Concentre-toi ! »
Plus je résiste, et plus c'est difficile. Plus la pression s'installe, plus mon souffle se heurte et mon cœur s'emballe. J'ai peur ! Alors je lâche prise, je veux fuir. Mais le pouvoir remonte, inexorable. Sur moi, en moi. Il m'englobe toute entière. Froid, chaud. Douceur, douleur. C'est si puissant et si changeant que j'en ai la respiration bloquée. Dépassé par tant d'informations contradictoires, mon corps s'engourdit. Comme s'il disparaissait.
Une vague m'engloutit. Mon âme sombre, mes pensées s'éteignent.
Tout devient calme.
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Lumière. Obscurité.
Le néant. Puis la matière.
Tout. Tout ne fait plus qu'un.
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Vie. Mort. Sommeil. Éveil.
Éternel recommencement.
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Et soudain, des voix surgissent du néant. Par centaines. Des voix d'hommes, des voix de femmes. Des voix d'adulte, des voix d'enfants. Des langues et des mots et des cris que je ne reconnais pas mais que je comprends pourtant. Des émotions par milliers qui font écho au plus profond de moi.
Des gens comme…
Et une parole – une formule – qui se réinvente et se répète, inlassablement, à travers le monde et le temps. Une formule prononcée tour à tour avec peur, espoir, colère ou tristesse…
Tikki… !
…Plagg !
Transforme-moi !
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Des gens qui nous ressemblent.
Des gens comme nous !
Rares sont ceux dont on se souvient encore dans mon monde, la plupart me sont inconnus. Ils n'ont plus de corps, plus d'existence véritable. Et pourtant je les ressens, juste là, au cœur des Miraculous. Silencieux depuis toujours, mais bien réels. Enfin accessibles, enfin perceptibles.
Déferlante d'images, de souvenirs. Des visages, des histoires, des vies par milliers. Je les découvre, un par un, jour après jour, depuis leur première transformation jusqu'à leur tout dernier contact avec Tikki ou avec Plagg.
J'apprends qu'ils étaient là bien avant nous. Bien avant Maitre Fu, bien avant les Gardiens tels qu'on me les a décrits. Bien avant même la Boîte, qui a été créée un jour pour tous les réunir, autant pour les protéger que pour mieux les contrôler, pour asservir leur puissance.
Il a eu des siècles, des millénaires entiers où les Astres et les Armilles étaient dispersés de par le monde. Des ères où devenir Porteur pouvait se produire par pur hasard, se gagner à la faveur d'un combat ou par la ruse, ou bien se transmettre comme un héritage familial, de parent à enfant.
Des âges sombres où être Porteur devait rester secret à tout prix, sous peine d'attirer les représailles ou d'éveiller la convoitise.
Des ères lumineuses ou houleuses, où les Porteurs s'affichaient pleinement, considérés comme des démons ou des anges, des héros de guerre ou des saints protecteurs, parfois même des dieux à l'origine de tout un culte, d'une société, ou d'une nation.
Des époques où les Porteurs s'associaient, et des époques où les Porteurs s'affrontaient.
Les Porteurs d'Astres. Tous. Ils sont tous là ! Au creux de mes mains. Comme s'ils ne faisaient qu'un avec la trame des Miraculous.
Et ils sont tous différents de nous – de moi, et de mon Chat Noir. Ils avaient des vies, des objectifs et des fins qui leur étaient propres. Et pourtant, il est des choses, immuables, qui nous rapprochent tous.
Le même émerveillement face à Plagg et Tikki. Et souvent, le même attachement à leur encontre.
Enfin ils prennent conscience de ma présence, minuscule et solitaire face à eux innombrables et sans âge. Après un temps de silence, je sens qu'ils me reconnaissent et m'acceptent comme l'une des leurs. Ils m'accueillent à bras ouverts. J'en ai les larmes aux yeux.
Leurs mémoires attendent, comme une fresque gigantesque qui tarde à révéler ses petits détails et ses moindres secrets. Comme une constellation de planètes ne demandant qu'à être explorées.
Je m'y plonge sans regret.
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Un ciel bleu profond. Un soleil de plomb. En plein désert, comme un diamant au creux des dunes, ma ville aux murs blanchis de chaux est de retour, intacte, éclatante. Malgré la chaleur, les rues sont peu à peu envahies par mon peuple en liesse. Je place ma main en visière et retiens des larmes de reconnaissance : tout est rentré dans l'ordre. Tikki n'avait pas menti !
- Et maintenant ?
Un murmure derrière moi. Un visage familier, ses yeux verts et espiègles, masqués de fard noir. Sa peau mâte comme la mienne, couverte de tatouages au henné.
Mon scribe pose un genou à terre, et ses pièces d'armure scintillent malgré la pénombre, habillant de noir ses tibias et ses avant-bras. Il me tend son khépesh, lame à nue entre ses deux mains, paumes vers le ciel en guise d'allégeance. Mais son fin sourire reste moqueur, ses yeux pleins de hardiesse.
Nous ne venons pas de la même classe sociale, pas du même monde. Mais sous le masque, nous sommes partenaires et égaux. Egaux… et complémentaires. Cette première bataille nous l'a bien fait comprendre. Nous ne l'oublierons pas.
- Quels sont tes ordres… ma Déesse ? ronronne-t-il.
L'envahisseur Hyksos reviendra. Tout reste à faire pour les vaincre. Mais je souris à mon tour, transportée de joie. Au creux de ma paume, l'Ecrin Coccinelle est prêt à fuser sur les toits. La liberté est à portée de main.
Désormais, nous avons les moyens de contrattaquer, de prospérer.
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1779.
Des rizières à perte de vue.
Une vie difficile, rythmée par le temps des semailles, les cultures, les récoltes. Une vie de labeur, au fil des intempéries et des saisons. Une vie simple, prévisible. Je suis à ma place ici-bas.
Mais au loin, la guerre fait rage, et un jour elle risque même de venir frapper ma chère vallée. Ce Gardien de passage m'a choisie pour y remédier. Qu'a-t-il bien pu voir en moi ? Je ne suis personne.
Peu importe. Je dois tout quitter.
- Tout ira bien… Tu es vouée à faire de grandes choses, Bọ Rùa, tu sais ?
Contre mon cœur, le kwami s'excuse presque de ce destin que je ne m'explique pas. Dans mon sac, quelques Armilles attendent, encore endormies. Prêtes à être distribuées.
Je soupire, inquiète. Je ne sais pas de quoi demain sera fait.
- Oui, Tikki. Allons-y.
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1625.
Une nuit de pleine lune.
Les rues aux pavés humides et traitres. Les chants braillards et les éclats de rire gras qui émanent encore de quelques troquets. Les quais et les entrepôts envahis de rats, qui s'enhardissent à la faveur de la pénombre.
Une escarmouche à l'ombre de Notre-Dame.
Le poignard vole et rebondit dans l'obscurité. Je menace ma proie désarmée de ma rapière, et pointe le fleuret glissé à sa ceinture.
- Lâche. Bats-toi à la régulière, tu veux ?
Ses deux yeux verts luisent dans l'ombre de sa capuche. Il a un sourire carnassier, un petit rire sardonique. Il lève ses mains gantées.
- Je suis un piètre duelliste. Je me rends !
Et à ma stupeur, il bondit vers la sacristie, escalade le mur avec une aisance déconcertante et s'assoit nonchalamment sur le toit.
- Droit d'asile ? raille-t-il.
- Pour cela, il faudrait que tu passes les portes de la cathédrale ! Descends, voleur. Tu dois répondre de tes actes.
- Oh ? Quel ennui. Viens me chercher, alors ?
Un éclair vert jaillit. Sous sa cape miteuse, sa tenue change radicalement, et une mandoline apparait, sanglée contre son dos. Une bestiole noiraude vient planer autour de lui, goguenarde. Enfin je comprends pourquoi il échappe à mon père et ses comparses mousquetaires depuis tout ce temps. Ce n'est ni un acrobate issu d'une quelconque Cour de brigands, ni un démon farceur flanqué de son farfadet ricanant comme les superstitieux le prétendent. C'est beaucoup, beaucoup plus simple que ça.
Démasqué et pourtant sans-gêne, il me nargue de toute sa hauteur. Il me décoche alors un sourire enjôleur.
- Dis donc, belle oiselle ? Les environs ne sont pas sûrs à cette heure-ci, même pour ta rapière. Me permettras-tu de te raccompagner chez toi ? Contre le gite et le couvert, je pourrais te conter quelques bien jolies histoires…
Sa voix se fait de velours, sa pose nonchalante et toute étudiée. Il a un clin d'œil équivoque, et sa créature a un petit ricanement enjoué. Et en plus, c'est un goujat qui se croit irrésistible ! Je comprends mieux les rougissements des quelques jouvencelles que j'ai eu l'occasion d'interroger. Il a probablement dédommagé en nature toutes celles qui ont bien voulu l'héberger.
Je rengaine, excédée. Je suis une femme qui sait manier l'épée, et c'est déjà assez difficile comme ça d'être prise au sérieux. Alors m'associer avec ce poète de quatre sous, qui devient maître de la cambriole à la nuit tombée ? Jamais !
- Tikki, qu'en penses-tu ?
Elle bondit de ma sacoche et a un couinement outré.
- Je crois qu'ils ont besoin d'une bonne leçon, tous les deux !
J'ai un petit rire tandis que le poète écarquille les yeux, livide. Son kwami hoquette de stupeur.
- Gamin, on décampe, viiiiite !
Le monte-en-l'air se retransforme aussitôt et déguerpit – rapide, avec ça. Mais pas assez pour me distancer !
Je me transforme à mon tour et m'élance sur les toits. Il ne perd rien pour attendre, ce matou chapardeur. Je sais qui il est maintenant.
Et Paris n'est pas assez grande pour nous deux !
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1431.
Un souvenir diaphane, à peine esquissé.
Les murs d'une prison.
Une missive sans réponse.
Le procès pour hérésie n'était qu'une mascarade. Et mon roi m'a abandonnée.
Un bouclier rouge et argent, délaissé. Une armure, confisquée.
Quelques larmes. Tikki pleure, elle aussi. Elle ne pensait pas que cela irait aussi loin. Ni que ça finirait aussi mal. Elle regrette… Mais pas moi.
Je la rassure. Je murmure tout en retirant mes Boucles d'Oreilles, résignée.
- Puisqu'il le faut…
Le bûcher attend.
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Le jour commence à peine. La savane chante déjà, foisonnante de vie et de mystères. A l'affût de ma proie, prostrée parmi les hautes herbes, je frémis d'impatience, déjà transformée grâce à Tikki.
Un petit corps chaud vient frôler mon genou dans un miaulement, et je souris. Comme ses semblables chats sauvages, il a couru la savane toute la nuit à la poursuite de petits rongeurs et d'insectes. Ça ne lui a donc pas suffi ?
Un peu étonnée, je lui gratouille sa tête minuscule, son oreille jadis blessée lors d'une bagarre de territoire. L'Anneau étincelle à son cou, pendu à une cordelette noyée dans sa fourrure grise et brune. Il active alors son Anneau dans un éclair vert, et grâce à Plagg, mon petit compagnon décuple de volume.
Sa silhouette désormais massive revient se coller contre moi, et d'humeur joueuse, il me renverse dans les hautes herbes et me mordille le bras en grondant. J'éclate de rire et lui rends coup pour coup – enfin, j'essaie.
Quand enfin il me laisse me retourner, il grogne avec bonheur, et il est si gros que cela fait trembler le sol sous mes pieds nus. On aura de la chance si le troupeau voisin ne nous a pas repérés…
Mais les antilopes les plus proches semblent déjà plus nerveuses, humant l'air avec frénésie. C'est subtil, mais le vent a tourné. Pour la discrétion, on repassera.
Résignée, je me relève. Agrippant par poignées son épaisse fourrure noire, je me hisse sur son dos. Il s'étire les pattes avant puis les reins, et a un long et puissant bâillement qui achève d'alerter les troupeaux alentours. J'ai un grondement dépité, et lui me répond d'un soupir paresseux – moqueur ? – qui fait vrombir ses flancs.
Je prends une longue inspiration à mon tour. Je me gorge de ma vue imprenable sur ces terres sauvages que j'aime tant. Nos terres, celles de nos ancêtres. Celles qui nous font vivre depuis mille générations, et celles qu'il nous faut protéger pour les mille autres à venir.
Il gratte le sol de ses griffes, frémissant d'anticipation. Je m'accroche davantage à sa crinière noire. Pour l'heure, nous les Porteurs, nous devons nourrir la tribu.
Le soleil se lève. La chasse peut commencer.
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1944.
- Ils ont reçu notre message, tu crois ?
- J'en suis certain, Léa. Toutes les radios amies du canton ont dû nous capter. Ils relaieront l'info par leurs propres moyens.
« Les Alliés débarquent dans un mois. Continuez la lutte, mais ne tentez rien de désespéré. L'espoir est en marche. »
Nous renonçons. Les kwamis disparaissent, endormis. Pedro me tend sa tabatière vide, et j'y dépose mon Anneau auprès de ses Boucles d'Oreille. Il referme la boîte à contrecœur, puis la glisse sous une latte du plancher. Il y fait glisser un vieux buffet et brouille toute trace laissée dans la poussière. Quand il se redresse, grimaçant à cause de ses blessures, ses yeux noirs sont remplis de larmes. Je renifle moi aussi.
Nous sommes tous seuls, maintenant.
- Pedro… J'ai peur.
Il m'attire contre lui et m'embrasse pour toute réponse. Je l'enlace avec désespoir, en sanglots.
À l'extérieur, une voix nous apostrophe encore en allemand, menaçante. Délaissant nos armes, nous sortons, les mains sur la tête.
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2000.
Au sommet de la Tour Nord, je broie du noir. La ville fourmille en contrebas, comme toujours. Vacarme incessant des voitures, des sirènes de police. Mon ouïe surdéveloppée ne m'épargne rien, même à cette distance.
J'ouvre et referme mon communicateur, nerveuse. À ma ceinture, mon flingue me pèse plus que jamais.
- Tu crois que c'était le bon choix ?
Elle soupire. Sa main gantée et griffue se pose sur mon épaule.
- Piper, la seule chose dont je suis sûre, c'est qu'ils m'auraient tuée si tu n'étais pas intervenue. Tu m'as sauvée.
- Mais Maître Fu a dit que…
- Qu'il vienne se battre lui-même dans nos rues. Et alors on verra s'il garde ses grands principes de non-violent. Les gangs ont tous mis notre tête à prix. Parfois, il n'y a pas d'autre façon de riposter.
- Mais le Porteur de Plagg incarne la Destruction, et celui de Tikki, la Création… !
- Et Tikki ne t'aurait pas équipée d'armes létales si tu n'étais pas censée t'en servir. Allez, oublie ça, sœurette. On rentre.
Elle quitte le rebord d'un pas souple. Après quelques instants, je l'entends soupirer puis revenir. La sangle de cuir qui lui tient lieu de queue me gifle l'arrière du crâne.
- Amène-toi. Bouge… !
Sa queue repart à la charge, et je l'intercepte d'un geste vif, habituée. Elle a un petit feulement réprobateur.
- Tu réfléchis trop, Piper.
- Et toi, pas assez.
- Peut-être. Mais moi au moins, j'arrive à dormir.
Elle dégage sa queue, s'agenouille et m'enlace les épaules. Elle vient frotter son menton sur le sommet de mon crâne, puis laisse monter ce petit ronronnement qu'elle seule est capable de débloquer – sûrement un talent lié à Plagg. Bien joué, j'y résiste rarement. Je souris, peu à peu plus sereine.
Dans la Tour voisine, malgré la distance, quelques civils nous ont repérées et nous pointent du doigt avec stupéfaction. J'esquisse un sourire amer – jamais tranquilles.
- Tu as raison, Sal'. Rentrons à la maison.
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Les bombardements ont repris. Les insurgés désertent les rues. C'est la débandade totale. Bientôt, plus personne ne sera à l'abri.
Alors qu'il s'apprête à fuir l'impasse à la recherche d'un sous-sol quelconque, je lui attrape la main.
- Tu me fais confiance ?
Autour de nous règnent la guerre, la révolte. Le chaos dans toute sa splendeur. Et dans ses yeux, il y a pire encore. Une bombe explose à quelques rues de là, et nous sursautons malgré nous. Je plaque mes mains sur ses joues et me hausse sur la pointe des pieds pour capter son regard.
- Réponds ! Tu me fais confiance ?
Il déglutit à grand-peine, baisse les paupières, puis acquiesce en silence. Quand mes mains glissent jusqu'à ses oreilles, ses larmes coulent sur son masque, mais il ne me résiste guère. Je lui ôte ses Boucles, et Tikki réapparait, muette. Elle a déjà compris ce que je compte faire.
Quand je baisse les bras, les Boucles d'Oreilles serrées dans mes paumes, il m'attrape la main droite, m'embrasse doucement les doigts. Puis, lentement, il retire mon Anneau. Ma tenue disparaît, et je frissonne moi aussi dans le vent chargé de poussière et de soufre. Plagg s'écarte d'un vol vacillant, résigné.
Il hésite un court instant avant de me tendre mon Anneau. Puis il m'enlace, si fort que j'en ai le souffle coupé.
- Je t'aime.
Je lui rends son étreinte, les larmes aux yeux. Il sanglote contre moi. Je me gorge une dernière fois de son odeur, de sa chaleur. Je chuchote, la gorge nouée.
- Je sais. Embrasse les enfants pour moi.
Je le repousse, incapable de dire plus, incapable de le regarder en face – sinon je vais renoncer, c'est certain. Je quitte l'impasse au pas de course. À en croire le bourdonnement qui plane et enfle, des bombardiers reviennent déjà à la charge.
- Tikki… Plagg ?
Tikki lévite à mes côtés, mutique. Sur mon épaule, Plagg renifle.
- Nous sommes là, gamin. Nous serons toujours là.
Les larmes roulent sur mes joues salies de poussière. Un Miraculous dans chaque paume, je murmure.
- …Transformez-moi.
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La plage battue par les vents. La mer à perte de vue. Des voiles ennemies, partout jusqu'à l'horizon.
Le galop de ma jument, vive et alerte. Ses sabots qui s'enfoncent et font voler le sable à chaque foulée.
Mon arc en bandoulière. Mon glaive qui bat ma cuisse. Mon carquois bien garni contre mon épaule. Derrière moi, lancée à pleine vitesse, grondante et hurlante, toute mon armée.
Les premières trirèmes sont sur le point d'accoster. Elles débordent de fantassins et de myrmidons prêts à en découdre. Je serre les dents, surexcitée. Cette bataille promet d'être palpitante !
Une silhouette noire bondit alors du plus grand des navires, prend pied parmi les vagues et court jusqu'au rivage dans une envolée d'écume. D'un regard, je quête l'approbation de Tikki, cramponnée à mon épaule.
- C'est lui ?
Ses grands yeux cyan s'écarquillent, puis elle a un hochement de tête résolu.
- Oui, c'est lui !
- Parfait ! Tikki, transforme-moi !
L'aura de mon kwami me submerge. Dans mes rangs, certaines hurlent plus fort encore, hargneuses, exaltées.
- Pour Hyppolitia ! Notre Reine !
Je gagne encore en force brute, en acuité visuelle et en vitesse – je sais que si je sautais de ma jument, j'irais encore plus vite qu'elle, mais je préfère garder quelques atouts en réserve. Je lâche les rênes, saisis mon arc, encoche une flèche. Autour de moi, chacune fait de même. Les cordes gémissent, les souffles se tendent.
- Amazones, à mon commandement !
La silhouette noire s'est figée, glaive dégainé et bouclier en garde, solidement campée sur ses jambes. Déjà ses fantassins l'encerclent. Je bouillonne.
Tu as eu l'audace de venir me chercher sur mon île. Ton kwami sera bientôt à nous.
À nous deux, Porteur d'Ombre !
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1572.
Une nuit sans lune.
Tout est silence, et moi aussi.
Tapi au sommet du rempart, l'oreille tendue, je compte les secondes que met la sentinelle pour aller jusqu'au mur Ouest. Tout juste une vingtaine, puis l'homme se retourne et revient sur ses pas. C'est peu pour atteindre le centre de cette gigantesque place et le bâtiment qui s'y dresse, et je déteste évoluer à découvert. Mais si je pouvais éviter de tuer ce soir, cela m'arrangerait.
Ou plutôt, ça l'arrangerait, elle. Je lève les yeux au ciel, exaspéré. Elle et ses principes… Si ça ne tenait qu'à moi, cette mission sera déjà terminée – en silence et dans un bain de sang, avec un petit Cataclysme en prime pour détruire la porte de cette résidence et récupérer ce qui nous revient de droit. Mais je lui ai fait une promesse, et que nous restera-t-il si on ne peut plus faire confiance à personne, même pas entre nous les Porteurs ?
Bref. C'est surtout que comme elle frappe fort, je n'ai pas d'autre choix que de filer droit. La peste soit de cette coéquipière. J'aurais dû l'éliminer proprement, ou à défaut lâcher l'affaire et déguerpir de la capitale. Encore heureux pour elle qu'elle soit mignonne.
…Et j'assume complètement cette remarque. Peu importe ce qu'en pense Plagg.
La sentinelle se réchauffe quelques instants au braséro au centre de la cour, puis soupire. Enfin, elle fait volte-face. Aussitôt je me laisse tomber du rempart, atterris en souplesse dans son ombre – la sentinelle ne bronche pas, elle continuer de s'éloigner de son pas pesant. Je pique un sprint vers le centre, nerveux. Je bande mes muscles, prêt à bondir sur le toit de la résidence quand soudain je – CONCENTRE-TOI, PORTEUSE !
Je tressaille. J'inspire brusquement.
Plagg ?!
Un choc, brutal. Un claquement de verre brisé. Je suis projetée en arrière.
Apesanteur. Puis mon dos touche un bâtiment, le crève dans une explosion de roches et de flammes, heurte un second mur qui cette fois me stoppe net. Un flot de pierres et de bois me submerge dans un fracas d'outre-tombe.
J'attends que la douleur vienne. Mais elle n'arrive jamais. Tikki chuchote, rassurante.
« Ça va aller, Marinette. Prends ton temps. »
Plagg grommelle, moins avenant.
« On s'occupe du reste. Tant que tu ne repars pas bâiller aux corneilles ! »
Je me dégage et me relève presque sans m'en rendre compte. Mon corps ne m'appartient plus. Tikki et Plagg sont là, omniprésents autour de moi comme en moi. Ils guident chacun de mes gestes. Je ne me reconnais pas en ces mains noires veinées de rouge, je ne sais pas d'où vient ce bouclier blanc qui arrête toutes les flèches de l'Exilé. Je ne comprends pas ce que sont ces grands voiles qui sauvent un civil non loin de là…
Ce civil blessé – Adrien !
Je voudrais lui parler, mais mes pensées s'emmêlent, et les mots me manquent. Quand enfin je reprends pied, Tikki l'a déjà guéri et mis en lieu sûr, à l'écart des décombres et de l'incendie qui m'entourent. Elle murmure à Plagg.
« Il faut qu'il parte. Nous ne pourrons pas le protéger éternellement. »
« Je doute qu'il accepte. C'est une vraie tête de mule, ce gamin. »
Contre le bouclier, les flèches sont de plus en plus insistantes. Je vacille, prise de vertiges. Je devine que Plagg montre les crocs, inquiet.
« L'Exilé s'impatiente ! Secoue-toi ! »
Je n'ose pas bouger. Adrien me contemple sans un mot, et son expression effarée me terrifie. Qu'est-ce qu'il pense, qu'est-ce qu'il voit ?
« Porteuse ! S'il est encore là, c'est parce qu'il voulait te protéger, parce qu'il t'a crue sans défense ! Tu veux vraiment lui donner une nouvelle occasion de se faire tuer ? »
La voix cinglante de Plagg me fait l'effet d'un électrochoc.
Non !
Je veux serrer les poings, un peu plus alerte à chaque seconde. Et à ma stupeur, mon corps me répond enfin. À mon oreille, Tikki soupire, rassurée.
« C'est ça, ma Ladybug. Tu y es. »
Plagg ajoute, railleur :
« Pas trop tôt, Porteuse ! »
Je respire doucement, longuement. Mes idées s'alignent enfin, mes pensées s'éclaircissent. Nos sens – ceux de Tikki, ceux de Plagg et les miens – s'entremêlent, se complètent, et s'accordent. J'entends tout, je vois tout, je ressens tout. À des dizaines de mètres à la ronde. Et je comprends enfin ce que je suis, ce que nous sommes désormais.
Deux yeux bleus, deux vibrisses et des veinules rouges. Pour la Protection et la Création.
Deux yeux verts et trois vibrisses, une essence noire comme l'ébène. Pour l'Attaque et la Destruction.
L'énergie colossale qui pulse dans tous les moindres recoins de mon corps – notre corps – protégé sous cette carapace noire striée de rouge.
Les voiles – leurs cinq vibrisses – qui ondulent et glissent autour de moi comme autant de nouveaux membres ne demandant qu'à m'obéir – nous obéir.
Le pouvoir à l'état pur, au creux de mes mains – nos mains. Le savoir de centaines de Porteurs, oublié mais jamais réellement perdu, lové désormais au creux de mon âme… Notre âme.
Nous pouvons créer. Nous pouvons détruire.
Et surtout, nous pouvons intervenir. Changer le cours des choses. Balayer l'équilibre… pour ensuite mieux le rétablir ?
« Suis ton instinct, Marinette. »
J'ouvre les paupières. Nos quatre yeux s'écarquillent. Nos vibrisses se dressent.
Je m'abandonne au pouvoir ultime. La réalité semble se complexifier et s'agrandir encore.
Boucliers actifs, je m'extrais du Louvre en ruines et file vers le centre de la Cour. L'Exilé s'y matérialise, mais les veinules dorées sur sa peau de granit revêtent soudain un tout nouveau sens, une multitude de couleurs et de chaleurs, d'émotions, de vibrations. Nous reconnaissons chacune d'entre elles.
Ce sont nos Armilles, nos amis. Nos frères et sœurs. Privés de leur liberté, de leur jugement et même de leur conscience. Réduits à l'état de réserves d'énergie pure. Ça m'arrache un frisson d'angoisse, de dégoût… et de colère.
L'angoisse de Tikki et Plagg. Leur dégoût, leur colère, leur désespoir. Je saisis soudain l'étendue de cette décision qu'ils ont pris la mort dans l'âme, je comprends toute l'ampleur de leur dilemme et de leur sacrifice.
Quand nos kwamis ont choisi de se rendre, c'était quitte ou double pour eux. Il n'y avait aucune certitude quant au fait que l'Exilé s'apaise une fois les Astres en sa possession. Invoquer la forme ultime – la fusion de leurs pouvoirs – était une solution à tenter pour le raisonner, mais Tikki et Plagg ne voulaient pas nous influencer, nous, leurs Porteurs. Ils voulaient nous laisser y venir par nous-même, nous laisser le choix de nous battre… jusqu'au bout.
Je l'ai fait. Je l'assume. Je veux tous les protéger. Je veux agir… !
Leur colère devient ma colère. Leur volonté de sauver leurs frères devient ma volonté. Leur révolte, ma révolte.
Et quand je prends la parole, je pense chacun de mes mots.
- NOUS REFUSONS !Nous refusons de vous reconnaître comme Gardien ! Nous refusons de nous rendre ! Vous avez failli à votre tâche, vous n'êtes plus digne de disposer des Miraculous !
- Espèce de garce ! J'ai les Armilles avec moi, elles m'ont choisies, TOUTES !
Sa silhouette gonfle et enfle, imbue d'énergie, menaçante. Je frémis devant cette débauche de pouvoir corrompu, bouillonnant, à peine maîtrisé. Je tremble non pas de peur, mais de rage et de tristesse. Ça n'aurait pas dû se terminer ainsi !
- Comment oses-tu user de la puissance des deux Astres pour me révoquer, moi ! Je suis ton Gardien, le seul et unique garant des Miraculous, et ce depuis 185 années !
Et lui ? Comment ose-t-il s'approprier ces forces qui appartenaient à la Nature, ces forces nées avec l'univers, ces forces qui jadis étaient craintes, révérées, adulées ? Ces forces qui ont été attachées à ce monde, personnifiées en kwamis et en Miraculous pour pouvoir le protéger ?
- Raison de plus ! Nous réclamons que vous cédiez la place, comme vous auriez dû le faire il y a longtemps déjà ! Rendez-vous, Exilé !
Mais je devine sa réponse – Plagg l'espère même. Il est déjà prêt à contre-attaquer, avec toute cette puissance désormais accessible grâce à la forme ultime. J'agis d'instinct, j'invoque le bouclier, et un dôme blanc, inébranlable, s'étend jusqu'à englober toute la pyramide et une bonne partie de la Cour.
- ESSAIE DE ME VAINCRE, PORTEUSE ! IL TE FAUT ENCORE EN PAYER LE PRIX !
J'hésite un court instant. « Le prix » ?
Oui, c'est vrai… Mon vœu !
Soudain à cette pensée, quelque chose vibre et tonne au plus profond de moi, impérieux. Étranger.
« Porteuse, quel est ton vœu ? »
Le temps semble se figer. Je frissonne, attentive. Ça n'est pas moi, ça n'est pas Tikki, ni même Plagg. C'est… autre chose.
Quelque chose de bien plus grand, de bien plus puissant encore que nous tous réunis. Une force sans âme et sans matière, une force qui nous dépasse tous.
« Quel est ton vœu ?
Si tu es en mesure de payer le prix, tu seras exaucée.
Si tu n'es pas en mesure de payer le prix seule, d'autres le paieront pour toi. »
Mon vœu ? Je l'ignore pour l'instant. Ce n'est pas le moment.
Pas encore !
« À ta guise, Porteuse. Mais l'heure tourne. »
Cette… présence s'estompe aussi vite qu'elle est venue, et je reste pantelante, désorientée. Tikki chuchote, anxieuse.
« Marinette ? »
Même Plagg semble désarçonné.
« Porteuse ! Oui, tes prédécesseurs sont captivants, mais ce n'est pas le moment de rêvasser ! »
Donc… Mes kwamis n'ont rien entendu, rien senti ?
Je me secoue mentalement. « L'heure tourne » ? J'évite de réfléchir à ce que cela peut signifier. Pour le moment, je peux peut-être encore arrêter Maître Fu ! Faire revenir les Armilles !
Je me concentre et fais confiance à mon instinct, à ce savoir infini dont je suis maintenant dépositaire. En moi, Tikki et Plagg libèrent aussitôt leur pouvoir qui semble tout à coup inépuisable. Je renforce mon bouclier et l'agrandis encore – je dois protéger les alentours, et Maître Fu ne doit surtout pas s'enfuir !
L'Exilé a perdu toute mesure. D'une taille démentielle, il a revêtu l'aspect d'un serpent de fumée, ses anneaux enserrant la Pyramide brisée avec tant de force qu'il la fait peu à peu ployer sous leur poids. Son énorme gueule s'ouvre et dans un hurlement de rage, il crache un torrent de flammes. Sans même que j'ai besoin d'y penser, les voiles – nos vibrisses – se regroupent en une demi-sphère protectrice. La fournaise s'écrase sur nous, mais je ne ressens ni choc, ni brûlure. Tikki me souffle, affairée.
« Marinette ? Ensuite ? »
Je sais. Le temps presse. Et il faut tout essayer !
Je sers le poing droit et imagine le poids et la froideur d'une bague à mon annulaire. Subrepticement, ce n'est pas ma propre voix qui fuse dans mon esprit, mais celle de Chat Noir, fière, déterminée. Rassurante.
…CATACLYSME !
Ma main noire striée de rouge grésille, elle revêt l'habituel halo d'énergie sombre, puissant comme jamais. Plagg rugit.
« FONCE, PORTEUSE ! »
Je bande mes muscles pour prendre mon élan. La lévitation des vibrisses s'empare de moi, et je décolle dans un claquement assourdissant. Vive comme l'éclair, je me rue sur l'Exilé, dirigeant mon poing vers son anneau le plus accessible.
- Libère-les, Exilé ! MAINTENANT !
Mon poing heurte la chair noire et brûlante. Le Cataclysme se déchaîne – Plagg aussi. Notre ennemi s'étrangle dans son jet de flammes et hurle à la mort. Il se dresse, se cogne contre mon dôme blanc, se contorsionne encore et encore, pris de soubresauts incontrôlés. Sous pression, la Pyramide gémit dans un concert de métal tordu.
Je tiens bon, les yeux brouillés par des larmes d'effort. L'onde de choc remonte le corps de l'Exilé dans un craquement d'outre-tombe, suivie d'une gigantesque entaille. Tandis que le Cataclysme le transperce de part en part, un flot de fumée bouillonnante jaillit de la plaie béante. Révulsée, je m'esquive prestement.
Et soudain, une aura s'exacerbe, pure, étincelante à nos sens. Curieusement familière. Epuisé, comme à l'agonie de douleur et de rage, l'Exilé s'affaisse sur la Pyramide qui grince dangereusement. Il a un dernier soubresaut, presque un haut-le-cœur, et de sa gueule gicle une substance d'un vert cristallin, lumineuse et vibrante.
Tikki et Plagg s'écrient d'une même voix, si paniqués, si angoissés que j'en frissonne.
« SASS ! »
La substance tombe sur le marbre de la Cour avec un tintement plaintif. Interdite, je reconnais soudain l'aura qu'émet la flaque vert émeraude. Mon cœur bondit d'espoir. C'est Sass, le Kwami Serpent !
On a réussi !
Je m'élance vers la flaque iridescente. En son centre qui palpite et luit de plus en plus fort, je crois voir remuer quelque chose…
« MARINETTE, NON ! »
Tikki hurle, et dans ma tête, c'est l'équivalent d'un coup de tonnerre. Son énergie se retourne contre moi – ma course est stoppée net. Je suis projetée en sens inverse, comme si quelqu'un m'avait violemment agrippée par l'épaule et tirée en arrière.
« BAISSE-TOI ! »
Je trébuche et m'aplatis sur le sol, désorientée. Mes vibrisses se rassemblent autour de moi, protectrices. Entre deux voiles, je distingue encore la flaque émeraude, qui étincelle, tout à coup aveuglante…
Puis elle explose.
Le souffle, sifflant, surpuissant, ravage la place. Nos vibrisses résistent un temps, puis sont balayées comme des fétus de paille. Je décolle et rebondis contre mon propre dôme, qui se fissure peu à peu. Et pour la première fois depuis que nous ne formons plus qu'un, j'entends Tikki gémir, Plagg couiner de souffrance. Une trombe brûlante me submerge. Recroquevillée sous mes voiles, j'attends, les mâchoires contractées de douleur, l'ouïe bourdonnante.
La tourmente retombe enfin. L'air crépite encore des derniers relents d'énergie. Je réalise qu'avec un peu de concentration, je peux toujours sentir les auras des autres Armilles. Mais Sass… ?
Il a disparu. Complètement. Disparu.
Indépendantes de ma volonté, nos vibrisses tremblent et se secouent pour se débarrasser des gravats, comme le feraient les ailes d'un oiseau trempé au sortir d'une tempête. Quand enfin je peux rouvrir nos quatre yeux, mon dôme fissuré s'effrite par pans entiers, et la Cour est méconnaissable. La Pyramide, brûlée, broyée, à moitié fondue par endroits, semble ne plus tenir debout que par miracle. Le sol de marbre dans lequel elle plonge ses fondations est fendu de plusieurs crevasses, qui s'élargissent de seconde en seconde.
Notre ennemi repose à même le sol près de la Pyramide – l'Exilé, ou plutôt ce qu'il reste de l'énorme serpent de fumée. Haletant, il lutte pour se redresser, la tête dodelinante. Il prend appui sur la Pyramide pour me faire face, sifflant de douleur et de haine. Son regard doré se plante dans le mien, et je me crispe, prête à riposter – ou à esquiver…
Mais les crevasses s'élargissent les unes après les autres, et c'est toute la Pyramide et ses alentours qui soudain s'enfoncent. Des blocs entiers du revêtement de la Cour chutent autour de moi, et le hall souterrain du Louvre apparaît en contrebas. Amorphe, l'Exilé dégringole à l'étage inférieur avec les restes de la Pyramide. Le vacarme du métal broyé est assourdissant.
Médusée, je peine à réagir quand le marbre sous mes pieds se morcelle à son tour. Je glisse.
« Marinette ! »
Sous l'impulsion de Tikki, nos vibrisses se tendent vers le ciel. Avec un tressaillement de douleur, je les sens qui déploient l'énergie nécessaire pour me rattraper, et nous lévitons à nouveau, bon an mal an. De nos quatre yeux écarquillés, nous observons la Cour Napoléon qui s'écroule vers l'étage inférieur comme un monstrueux parterre de dominos. Quand enfin la débâcle cesse, la place est creusée en son centre d'un immense trou béant, jonché de plâtre, de marbre brisé, de métal fondu et de blocs de béton broyés.
Tout au fond, parmi les décombres et la poussière de plâtre, l'Exilé a perdu sa forme tangible de serpent géant. Il n'est plus qu'un nuage de fumée opaque, qui ondule laborieusement au rythme de sa respiration lourde. Avec espoir, je fonce dans sa direction, me pose à distance respectueuse, le cœur battant.
- Maître Fu… ?
À mon appel, le nuage de brume se rétracte aussitôt. Toujours plus dense, il forme peu à peu une nouvelle silhouette, trapue et malgré tout menaçante. Une aura s'exacerbe à nos sens, et l'Exilé n'a pas terminé d'apparaître que déjà Tikki et Plagg murmurent, le cœur gros.
« C'est Roaar. »
« Le Kwami du Tigre… Non ! »
En lieu et place du serpent, se tient désormais un félin deux fois plus massif qu'un simple tigre. L'Exilé se ramasse sur lui-même, les crocs découverts. Ses yeux dorés étincellent, tous comme ses veinules, redevenues flamboyantes. Il arque le dos, puis lance un rugissement qui résonne à travers tout le gouffre. Je sers les poings, et mes vibrisses claquent dans mon dos en réponse à sa provocation. S'il le faut, je recommencerai, encore et encore ! Jusqu'à ce qu'il abandonne !
Catac…
« Arrête, Porteuse. C'est inutile. »
La voix – sombre, pâteuse – de Plagg m'interrompt. Son énergie court en moi, virulente, inépuisable – je le sais, je la sens. Et pourtant, il répète encore.
« Arrête. Il y a douze Armilles secondaires comme Sass et Roaar. Puis cinq Armilles primaires comme Wayzz. Même si j'ai assez d'énergie pour tous les lui arracher… Je ne veux pas. »
Au fond de moi, je sens que Plagg se recroqueville. Et même… qu'il pleure.
« Je ne veux pas sentir mourir un autre de mes frères. Pas par ma faute… ! »
Tikki reprend, plus douce et enveloppante que jamais. Une vibrisse s'enroule délicatement autour mon bras droit crispé.
« Ils sont dix-sept. Mais toi, ma Ladybug… »
Le voile m'invite à poser les yeux sur ma main droite.
« …Toi, tu survivrais à peine à un autre Cataclysme. »
Mon cœur rate un battement. Ma main droite n'est plus tout à fait noire. La carapace sombre a viré au gris cendré – comme l'Exilé en tout début de soirée. Les veinules rouges étincellent toujours, mais avec un peu moins d'éclat au fur et à mesure qu'elles approchent du bout de mes doigts. Et c'est soudain comme si la peau, aux extrémités, commençait à s'écailler. À peler.
De ma main gauche indemne, j'effleure le bout de mes doigts devenus gris : une fine pellicule se détache, se désagrège avant même de toucher le sol. Une image – atroce – passe devant mes yeux.
La Boite qui tombe en cendres entre mes mains impuissantes.
Je me crispe, nauséeuse.
- C'est… c'est à cause du Cataclysme ?
« Non, ma Ladybug. Mais aucun humain n'est fait pour supporter longtemps la somme de nos pouvoirs. »
Les autres vibrisses viennent se refermer sur moi, et je ne sais plus si c'est de mon fait ou de celui de Tikki. Elle murmure, avec tendresse et tristesse.
« Aucun corps ne peut canaliser indéfiniment mon énergie et celle de Plagg à pleine puissance. »
« Trouve une solution, Porteuse. Ou ça va te consumer. »
La remarque amère de Plagg a le don de me faire réagir, encore une fois. Je me redresse, le souffle court. « L'heure tourne ».
Oui, « l'heure tourne » !
« Es-tu décidée, Porteuse ? As-tu fait ton vœu ? »
Je tressaille. Comme appelée d'une simple pensée, la présence au fond de moi est de retour. Imposante, impérieuse. Sans pareille. Alors qu'elle gronde, inexorable, ni Tikki ni Plagg ne réagissent. Je suis la seule qui semble en avoir conscience.
« Si tu es en mesure de payer le prix, tu seras exaucée.
Si tu n'es pas en mesure de payer le prix seule, d'autres le paieront avec toi. »
Elle se répète, inlassable, sans émotions. Elle attend.
A l'autre bout du gouffre, le tigre rugit à qui mieux mieux, puis il s'élance. Sur l'impulsion de mes kwamis, les vibrisses s'étirent et filent dans sa direction, s'enroulant autour de lui, lui emprisonnant les membres et l'échine. Il hurle, se débat, se contorsionne et se roule dans les gravats, tente de se dématérialiser pour s'échapper, mais les voiles le rattrapent aussitôt. Plagg vocifère, ahanant.
« Porteuse, qu'est-ce qu'on fait ?! »
Tikki souffle, inquiète.
« Marinette ? »
Tous deux attendent. Et la voix étrangère résonne encore, péremptoire.
« Porteuse, quel est ton vœu ? »
J'hésite, désemparée. Je fouille dans ma mémoire, puis dans celle que m'ont léguée les autres Porteurs d'Astres. À travers les âges, rares sont ceux qui ont bel et bien usé de la forme ultime. Ça ne s'est jamais bien fini pour eux. Jamais.
« L'univers doit toujours conserver son équilibre. Pour chaque action, il y a une réaction. Pour chaque vœu, il y a un prix à payer. »
Je revois le couple en zone de guerre. Le Porteur d'Ombre de l'époque, prêt à user de leurs deux Miraculous pour protéger leur village d'une frappe aérienne.
Le bombardement a effectivement été stoppé ce jour-là, les avions déroutés, les bombes précipitées dans les champs voisins, là où leur impact ne ferait aucune victime par les villageois. Sauf que la contrepartie pour exaucer un tel vœu… fut la vie de la moitié des humains présents à des kilomètres à la ronde. Des soldats, mais aussi des civils. Des femmes, des hommes et des enfants.
Trahison. Cruel. Injuste !
Je manque d'éclater en sanglots au souvenir du désespoir de ce Porteur, qui ne voulait que le bien des gens auxquels il tenait. En contrepartie, il les a vus mourir avant de disparaître à son tour, dévoré par la présence qui n'avait pourtant fait que lui obéir. À la lumière de ce vécu-là, je renonce à mes propres souhaits les uns après les autres.
Je ne peux pas détruire l'Exilé – trop fort désormais.
Je ne peux pas ramener la Boîte ou les kwamis – trop couteux.
Je ne peux pas remettre Paris en état – trop ambitieux !
Je ne peux même pas sauver Chat Noir, ou mes parents ! Cela pourrait tuer quelqu'un d'autre… Et l'Exilé serait toujours là !
« Quel est ton vœu ? »
Je craque. Je tombe à genoux et fonds en larmes, incapable de me retenir davantage.
« Oh, Marinette… ! »
Les vibrisses sont trop occupées à maintenir l'Exilé au sol. Et pourtant, je sens presque une caresse sur ma joue – comme quand Tikki séchait mes pleurs, dans ma chambre hier encore.
« Marinette, il est encore temps. Nous pouvons nous rendre. »
« Qui sait… Cela suffira peut-être à apaiser sa folie. »
Je sens, à la douleur dans la voix de Tikki, à l'amertume dans le ton de Plagg, qu'ils n'y croient qu'à moitié. Mais qu'ils n'ont plus que ça à quoi se raccrocher.
Je renifle et hoquette, essuie avec frénésie mes larmes. De nouvelles cendres se détachent de ma main droite, et même la gauche a commencé à se ternir. J'étouffe dans mes propres sanglots – si seulement j'avais plus de temps ! Si seulement je pouvais y réfléchir posément, ou en parler à...
…à Chat Noir !
« Ma Lady ! »
Je sanglote encore plus fort, recroquevillée parmi les gravats. Qu'est-ce que je ne donnerai pas pour une de tes blagues stupides, Chaton. Pour un de tes sourires de tombeur, là, maintenant !
« Ma Lady… Je t'aime. »
Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour sentir ta main dans la mienne, comme avant de plonger dans Paris-Pixel, quand il restait un espoir, quand tout semblait encore possible…
Prisonnière, Tikki me supplie, en larmes elle aussi.
« Marinette… On ne pourra pas le retenir éternellement. Il te suffit d'annuler la transformation ! Je ne veux pas te sentir mourir, toi aussi ! »
« Porteuse, relève-toi ! S'il s'empare de nous alors que nous sommes encore en toi, tu vas y passer pour de bon ! »
- Non, marmonné-je entre deux hoquets, je ne vous abandonnerai pas… !
Une force invisible me relève brusquement. C'est Plagg qui tente de m'imposer sa volonté, mais il me suffit d'une pensée pour qu'il n'y parvienne plus. Je retombe sur les gravats, tremblante, et il glapit, à bout de nerfs.
« Il est devenu fou, Porteuse ! Laisse-nous nous en occuper ! Quand il sera en train de nous absorber, nous pourrons peut-être le persuader d'arrêter ce massacre ! Laisse-nous sortir ! »
- NON !
« Oh, Marinette ! »
Et soudain, j'écarquille nos quatre yeux. Mes sanglots s'amenuisent, s'arrêtent.
- « L'Exilé… est devenu fou ».
« Porteuse, quel est ton vœu ? »
- L'Exilé est devenu fou.
C'est ça… C'est ça, la solution !
Je me relève d'un bond. Tikki et Plagg restent muets, conscients que quelque chose vient de basculer. Je fixe mes mains tremblantes et grises, les veinules rouges qui pulsent le long de mes bras.
« Si tu es en mesure de payer le prix, tu seras exaucée.
Si tu n'es pas en mesure de payer le prix seule, d'autres le paieront avec toi. »
Je n'ai pas le temps de chercher si un Porteur a déjà tenté une telle chose autrefois. Je dois laisser faire mon instinct. Les autres ont toujours formulé un vœu avec des effets matériels : protéger ou reconstruire quelque chose, vaincre un ennemi, ressusciter un proche… Mais si je demande une information – une seule et unique information, alors à qui cela pourrait-il faire du mal, à part moi ?
Trouver la clé. L'explication qui change la donne. On en revient aux bases, comme dirait Chat Noir.
J'ai un sourire amer. Si seulement tu étais là ! Si seulement tu pouvais me confirmer que c'est une bonne idée… Je n'en ai jamais eu autant besoin qu'en cet instant précis.
« Porteuse. As-tu fait ton vœu ? »
Je bredouille sans savoir quoi faire d'autre.
- Ou-oui, je me suis décidée.
La présence s'exacerbe en moi, comme à l'écoute.
« Recueille-toi, Porteuse.
Puis, quand le moment sera venu, dis-le à voix haute.
Que tous, humains et Astres, entendent et soient témoins. »
Je déglutis, le cœur battant, l'estomac noué. Mais ça doit être ça. Ça ne peut être que ça… !
Parce que c'est comme ça que tout a dérapé.
C'est comme ça que Maître Fu a failli.
Et c'est ça qui l'a conduit à sa perte. À notre perte.
Je ferme mes yeux bleus, mes yeux verts. Je ferme ma conscience à l'Exilé, aux vibrisses, à Tikki et à Plagg. Je me ferme aux mémoires de mes prédécesseurs, en qui j'ai toute confiance mais qui ne peuvent pas m'aider davantage. Je me ferme au souvenir de Chat Noir – mon Chat Noir.
J'expire longuement. J'inspire plus longtemps encore.
Et je clame, haut et fort, la gorge serrée.
- Maître Fu a été akumatisé, hier soir. Montre-moi ce qui l'a fait basculer.
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…à la semaine prochaine.
Review ?
