Première parution le 1/3/2020.


Sur Internet, les histoires mises en ligne vivent à jamais, lues à toute heure du jour ou de la nuit, d'un bout à l'autre de la Terre. D'ailleurs, peut-être que quelqu'un lit ces lignes en même temps que vous aujourd'hui ?

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Ce qui est certain, c'est qu'une histoire n'est plus grand chose si personne ne la lit ni la commente. Alors un grand merci à Jabberwock Heart, Lia9749, kochkargan, SaKimieNolDeph, Yoshimunchakoopas, Mary Chou, Bubullina, Redhun, stephanie, lovechafou, Syt the Evil Angel, SayoriHime, Electraestar, alejg, KyeranDakota, Lectricite, Sana, Eliyah M, Ostrale, Anna, Stariella, yuki-604, Lilie58, rouky666, Meekolibri, Wispers-Write, Audrey Di Silvestro, et tous les Guest que je n'ai malheureusement pas pu remercier personnellement.

Vos reviews m'ont fait sourire, et rire, et parfois même mis une petite larme à l'œil. Ce fut une incroyable aventure !

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Je préfère vous prévenir, ce chapitre est comme la fin de certains bouquins : il reste un nombre significatif de pages, mais ce n'est pas que de l'histoire qui vous attend. Il y a ensuite des remerciements un peu étranges… et une surprise pour les plus rêveurs d'entre vous.

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À l'issue de ce dernier chapitre spécial, oserais-je demander une ultime review avant votre départ définitif ?

Merci à tous, et bonne lecture… !


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Blanc, Rouge, Noir – Épilogue

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Metamorphosis

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Conseillé pour la lecture: « Building Light » · Philippe Briand, Gabriel Saban, Anne-Sophie Versnaeyen

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- Mère ! Mère, tu t'en vas ? Tu viens à peine de rentrer !

Ça recommence. Pourquoi… ?

Je connais ce moment par cœur. Je sais qu'intervenir ne changera rien. Je sais qu'elle va se contenter de me sourire, de me faire un signe sans vraiment me regarder dans les yeux. Puis elle repartira à pas pressés vers la limousine, son sac de voyage à la main. Elle montera à l'arrière, disparaîtra dans la circulation.

Et ce sera tout. Je le sais déjà. Je l'ai revécu tellement de fois, en pensée comme en rêve.

Et pourtant, je ne résiste pas : je l'appelle depuis le perron, du haut de l'escalier de marbre. Je guette son volte-face incertain, son regard fuyant. Juste une fois. Encore une fois !

Regarde-moi. Parle-moi. C'est tout ce qu'il me restera de toi…

Elle fait un demi-tour sur elle-même. Elle est magnifique dans son tailleur blanc. Ses cheveux dorés ondulent dans la brise, caressent ses épaules. Ses yeux verts errent sur le gravier de l'allée, comme hésitant à se lever vers moi. Ma gorge se noue – je ne peux rien dire d'autre, sinon je vais fondre en larmes. Elle me manque. Elle me manque tellement.

Tellement… !

Son sac tombe à ses pieds, et je tressaille, surpris – ça, c'est inédit. Elle revient vers l'escalier, le gravit dans un claquement impérial de ses talons aiguilles. Arrivée sur le perron, elle me surplombe, et je fais instinctivement un pas en arrière. Je ne me rappelais pas qu'elle était aussi grande.

Son regard – franc, doux – se plonge dans le mien. Je le lui rends, muet, pris de court. C'est alors qu'elle met un genou à terre et me serre contre elle. Mon menton vient se poser sur son épaule, menue mais solide, rassurante. Ses cheveux me chatouillent, souples et fins. Son parfum m'enveloppe, reconnaissable entre mille.

Elle soupire au creux de mon oreille.

- Adrien. Mon Adrien. Je suis désolée, il faut que j'y aille. C'est important. Crois-moi, j'aurais préféré annuler.

Sa voix est ronde, mélodieuse. Mes yeux se chargent de larmes, tandis que je l'enserre de mes bras tremblants.

- Alors reste !

- Je ne peux pas. Mon petit, mon tout petit. Mon bébé, mon Adrien. Rassure-toi, je t'aime. Je t'aime… Et je t'aimerai toujours.

Cette litanie de mots est rassurante mais étrange, et bizarrement familière – je crois qu'elle m'a déjà dit une chose pareille, mais c'était il y a bien longtemps. Sa main glisse dans mes cheveux, me retient tandis qu'elle m'embrasse le cou, puis la joue.

- Au revoir, chuchote-t-elle.

Elle se relève et fait demi-tour. C'est soudain comme si elle emportait avec elle toutes mes forces, et je vacille, peinant même à tenir debout. Cependant elle me laisse une certitude, inexplicable et tenace. Un sentiment qui s'affirme au fur et à mesure qu'elle s'éloigne.

C'est sa voix, son parfum, sa présence. Et pourtant…

Et pourtant !

- … Tu n'es pas ma mère.

Cette scène est beaucoup trop réaliste, et ce n'est ni un rêve, ni un souvenir. C'est un mélange des deux, c'est… autre chose.

- Qui es-tu ?

Le bruit des talons aiguilles a cessé. Les poings crispés, j'ai enfin le courage de lever la tête. Au bas de l'escalier, elle me fixe en silence, inexpressive.

- Tu agis comme elle, tu parles comme elle. Mais elle ne m'a pas enlacé ce jour-là. Elle ne le faisait plus depuis des mois. Qui es-tu ?

Elle se met à sourire, et tout à coup cela devient évident : ce n'est pas ma mère – ce n'est plus ma mère. Je ne l'ai jamais vue avec un air aussi nostalgique, bien qu'affectueux.

Elle ne bouge plus, elle ne parle plus. Après un long, très long moment, elle se contente de tendre les bras dans ma direction, légèrement ouverts, paumes vers le ciel. Je me sens obligé de faire de même.

D'abord, rien ne se passe. Puis c'est comme si quelque chose d'invisible caressait soudain mes bras. Quelque chose de léger, d'à peine perceptible, comme un voile. Au même instant, toutes mes forces me reviennent, et plus encore. Du courage, de l'amour, de la tendresse, de la joie, tout ça sans prévenir et d'une puissance inégalée. C'est si intense, si pur, si vrai que j'en ai les larmes aux yeux.

Et devant l'incongruité de ce geste, mon cœur fait un bond. Déjà-vu !

Le Louvre en flammes. Les vibrisses guérisseuses. Une paire d'yeux bleus, sans pupilles mais indéniablement tendres.

Tu es…

Le jardin, le manoir, sa silhouette, tout s'efface dans un éclair, le temps d'une rafale de vent. Comme une bougie que l'on souffle, mais au lieu de l'obscurité, c'est la lumière qui devient omniprésente, aveuglante.

Quelqu'un murmure à mon oreille. Sa présence jusque-là diaphane devient vibrante. Elle plane, autour de moi, en moi. Comme si elle avait toujours été là, bien avant même le début de la scène. C'est à se demander comment je n'ai pas pu la remarquer plus tôt !

- Il y a tant de tristesse au fond de toi. Je voulais juste t'apporter un peu de bonheur.

Mais elle s'estompe déjà. Elle me file entre les doigts. Attends. Attends !

Tu es…

- Prends soin d'eux, Adrien.

Elle s'évapore. Mes paupières se font lourdes. J'ai tout juste le temps de crier son nom avant de basculer.

Tu es… !

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« …Tikki… ! »

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J + 366.

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J'inspire en grimaçant. J'ai mal partout. Le lit est franchement inconfortable…

J'ouvre péniblement les yeux, désarçonné. Je ne reconnais pas les lieux tout de suite. Des gens occupent les canapés voisins, d'autres dorment à même le sol comme moi, enroulés dans des couvertures. Je me redresse à demi, hagard, quand un gémissement près de moi m'arrête. Et enfin, tout me revient.

La fête chez Alya. La partie de cartes. Et…

Marinette !

Elle est là, blottie contre moi. Je souris bêtement dans la pénombre : j'ai bien un vague souvenir du moment où elle s'est glissée sous ma couverture. Je m'apprête à me rallonger auprès d'elle, quand quelque chose d'humide glisse sur ma joue. Une larme. Mon visage en est trempé. Je l'essuie à la va-vite, mal à l'aise. Qu'est-ce qui m'arrive ?

Le souffle court, j'essaie de me souvenir. Je sais que j'ai rêvé. Et que c'était important, et intense, et un peu effrayant aussi et, avant tout, magnifique. Mais…

Mais… quoi ?

Quelque chose bouge en périphérie de ma vision. Plagg est posté sur le rebord de la fenêtre, dos à la pièce, l'air perdu dans sa contemplation du dehors. Il est beaucoup trop repérable ainsi. Renonçant à l'interpeller pour ne pas réveiller les autres, je me glisse hors de ma couverture et rampe jusqu'à lui. Il tressaille et se retourne en me sentant approcher. Ses prunelles – celle émeraude comme celle blessée autrefois, restée blanche depuis – sont curieusement luisantes. Le velours noir sous ses yeux est barré d'un trait humide.

Il a rêvé, lui aussi. Je le sais, je le sens.

- Qu'as-tu vu ? marmonne-t-il.

- Je… Je n'en suis pas sûr. Mais elle… elle était là, hein ?

Il acquiesce en silence. Son regard est étrangement fixe, comme s'il n'était pas encore totalement réveillé.

- Pourquoi ? Pourquoi aujourd'hui ? croassé-je, la voix à peine audible. Pourquoi comme ça ?

- Aucune idée.

- Mais… si elle l'a fait, c'est que c'était important, hein… ?

- Oui, ça l'était, m'interrompt-il, bourru.

Il se retourne vers l'extérieur, et je sens qu'il ne veut pas en parler – pas pour l'instant. Il a l'air aussi perdu et décontenancé que moi. Je m'accoude à la fenêtre, tentant de réguler ma respiration encore hachée. Dehors, la tempête est terminée. Le ciel sombre commence même à s'égayer d'un rose pâle.

Un bruissement dans mon dos m'arrache un frisson, et je me retourne tout en m'efforçant de cacher Plagg. Marinette s'est assise à son tour, les cheveux en bataille et les vêtements froissés – tout comme moi, certainement. Ses joues sont striées de larmes. Vacillante, elle les sèche avec lenteur d'un revers de manche, méthodiquement, l'une après l'autre. Puis elle murmure, ses yeux oscillant entre Plagg et moi.

- … Vous aussi ?

J'acquiesce en silence, la gorge nouée. Elle soupire, déconcertée. Elle repousse finalement sa couverture, attrape son petit sac et se lève.

- Venez.

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« Remember Me » - Philippe Briand, Gabriel Saban, Anne-Sophie Versnaeyen (en boucle)

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Paris est méconnaissable. La neige a tout recouvert d'un manteau épais d'une vingtaine de centimètres, uni et étincelant. Presque aucune voiture ne circule pour l'instant, et seuls quelques piétons ont décidé comme nous de braver les éléments.

Main dans la main, Marinette et moi avançons avec précaution. La poudreuse fraiche s'enfonce sous nos pas, mais elle peut s'avérer traîtresse par endroits en dissimulant une belle plaque de verglas. Nous l'avons appris plusieurs fois à nos dépends : le pantalon de Marinette est trempé de neige suite à ses trois dérapages, et ma hanche gauche se souviendra un bon moment de mon dernier vol plané.

- Vu d'ici, c'était très drôle, ricane encore mon kwami, bien à l'abri dans la capuche fourrée de Marinette.

- La ferme, Plagg. On n'a pas tous la chance de pouvoir léviter, ronchonné-je.

Plagg a un feulement moqueur, et Marinette elle-même étouffe un petit rire contrit. La ruelle où habite Marinette est enfin en vue. Son immeuble, comme tous les autres, a son toit et ses rebords de fenêtres noyés sous la neige, et j'aurais pu avoir du mal à l'identifier s'il ne faisait pas l'angle de deux grandes avenues. Malgré tout, la boulangerie est déjà ouverte.

- On dirait que tout va bien pour eux aussi, remarque Marinette avec un curieux soulagement.

Elle pousse avec empressement la porte de la boulangerie, et aussitôt une délicieuse odeur de pain chaud nous accueille en même temps qu'un tintement de clochette. Mme Cheng arrive depuis l'arrière-boutique, et l'étonnement poli sur son visage fait place à un sourire chaleureux.

- Oh, vous voilà déjà ? Vous êtes bien matinaux… !

Elle s'apprête à me saluer quand sa fille se jette dans ses bras sans un mot. D'abord surprise par cet élan visiblement inhabituel, Sabine l'enlace doucement, un sourire tendre aux lèvres.

- Eh bien, eh bien ? La soirée s'est mal passée ?

Marinette secoue la tête, toujours solidement accrochée à sa mère.

- C'était super. Mais j'ai eu peur pour vous deux.

Je fronce les sourcils, pris de court : elle ne semblait pas particulièrement inquiète pendant la fête, aurais-je manqué de vigilance ? J'étais si fatigué que je me suis endormi d'un coup hier soir…

Sabine caresse la tête de Marinette, aplatissant avec douceur les épis dans les cheveux de sa fille.

- Allons, allons. La maison est solide, et nous aussi.

Mettant pour l'instant de côté mes questionnements, j'ai un sourire attendri devant cette scène : Marinette est presque plus grande que sa mère à présent, mais elles restent touchantes.

Tom surgit de l'arrière-boutique, un plateau entier de viennoiseries encore chaudes dans les mains.

- Bonjour, les enfants ! Adrien, ça fait un bail ! Comment tu vas ?

- Des ficelles. On n'est pas samedi, mais il a fait des ficelles, marmonne Plagg, venu se planquer dans mon écharpe. Demande-lui des ficelles… !

Je me fais violence pour ignorer mon kwami et son ton curieusement… salivant, et tâche de répondre avec naturel.

- Très bien, merci ! Et vous, Monsieur Dupain ?

- Mon garçon, combien de fois je vais devoir te le dire ? C'est Tom. Pas Monsieur, ni Monsieur Dupain, juste Tom.

- Et Sabine, renchérit la mère de Marinette en m'adressant un sourire bienveillant. Contente de te revoir, Adrien.

- Moi aussi, Mad… Sabine.

Tom pose son plateau en vitrine puis essuie ses mains pleines de farine en contemplant Marinette et sa mère, toujours tombées dans les bras l'une de l'autre. Il hausse les épaules, un peu étonné, mais va tout naturellement se joindre à l'accolade.

- Attention, Papa Ours débarque, chantonne-t-il en les serrant fort dans ses bras de déménageur.

Sabine le réprimande gentiment d'une voix étouffée. Coincée entre eux deux, Marinette glousse dans les replis de son écharpe. Rien que ce petit rire semble ravir ses parents, qui échangent un regard complice avant de prolonger le câlin général de quelques secondes supplémentaires.

- C'est mignon. Demande-leur des ficelles.

Je me retiens de hausser les yeux au ciel. Ce n'est pas le moment, Plagg.

- Je voudrais rapporter des croissants à tout le monde, c'est possible ? couine alors Marinette en tirant tant bien que mal son porte-monnaie de sa poche. C'est moi qui paie.

- Et depuis quand ? s'insurge son père sans pour autant relâcher son étreinte. C'est nous qui offrons. Alya vous a hébergés toute la nuit, c'est le moins que l'on puisse faire.

- Même si nous soupçonnons fortement ton amie d'avoir fait exprès d'ignorer les bulletins météo hier pour pouvoir vous garder chez elle, murmure Sabine avec ironie. Mais ça nous fait plaisir. Notre première fournée sera prête dans quelques minutes, et je doute qu'on ait beaucoup de clients ce matin de toute manière.

Marinette a un sourire radieux.

- Merci… !

Une alarme retentit – un four, probablement – et Tom les lâche à contrecœur pour repartir dans l'arrière-boutique. Une lueur dorée commence à poindre par les baies vitrées, et Marinette a une inspiration subite.

- Maman, le soleil se lève. On peut monter quelques minutes ?

- Bien sûr. Mais faites attention à ne pas glisser là-haut !

Elle rejoint Tom dans l'arrière-boutique. Négligeant mon haussement de sourcils interrogateur, Marinette récupère une des minuscules baguettes laissées en dégustation dans une panière sur le comptoir, et la rompt en deux fragments qu'elle glisse dans la poche de son anorak. Puis elle me prend par la main et m'entraîne dans l'escalier de leur immeuble.

- Allez, vite ! me souffle-t-elle en gravissant les marches quatre à quatre.

Arrivés dans leur appartement, elle se rue à l'étage dans sa chambre, grimpe sur le lit mezzanine et ouvre le vasistas pour atteindre la terrasse. J'ai un regard hésitant pour nos chaussures, encore humides de neige.

- Ce n'est pas grave, je changerai les draps. Monte !

Dans un ahanement d'effort, elle se hisse par le vasistas. Qu'est-ce qu'il y a de si urgent à voir, là-haut ? Je lui emboite le pas, déconcerté.

Arrivé sur la terrasse, je cligne brièvement des yeux, surpris par la luminosité après la pénombre de l'appartement. Peu à peu ma vision s'habitue, et le paysage me laisse alors bouche bée : les toits de Paris sont d'une blancheur immaculée, et la circulation étant encore bloquée par la neige, il règne un silence inhabituel et même impressionnant. Les nuages ont presque entièrement déserté le ciel d'un bleu pâle, pur comme je l'ai rarement vu à Paris. Le soleil ne va pas tarder à se lever, nimbant déjà de rose et d'or tout un pan de l'horizon.

- …ça paraissait tellement réel, pourtant.

Le murmure déçu de Marinette me ramène à moi. Immobile, elle fixe le sol de la terrasse, là où la neige est encore lisse et sans défaut. Elle a un soupir vaincu, et ses épaules s'affaissent. Alarmé, je viens me placer auprès d'elle et lui prends la main.

- Eh… ça va ?

Elle hoche vivement la tête et me rends mon étreinte, le regard brillant. Elle renifle discrètement.

- J'ai… J'ai fait un rêve bizarre. Toi aussi, n'est-ce pas ?

J'acquiesce d'un murmure.

- J'ai du mal à me souvenir de tout, poursuit-elle d'une voix un peu tremblante. Toi, qu'est-ce que tu as vu ?

Je déglutis, pris de court. J'essaie d'y réfléchir, mais plus je tente de me remémorer mon rêve, et plus il part en lambeaux.

- J'ai rêvé du manoir, et de son jardin d'avant l'incendie. Et… de ma mère. Du jour où elle est partie. Sauf qu'elle n'agissait pas comme dans mes souvenirs. Et que ce n'était pas vraiment ma mère, en fin de compte. Je…

Je me tais, trop peu sûr de moi. Je ne peux pas lui avouer que je l'ai vue elle, hein ?

- Moi, j'ai rêvé de la fois où il avait neigé pour le Nouvel An, quand j'étais petite, déclare Marinette. Je m'étais réveillée avant l'aube, et mes parents avaient décidé de m'emmener voir le lever de soleil. C'était ici-même, sur cette terrasse.

Elle pointe du doigt le coin le plus large de la terrasse, là où, à chaque printemps, elle installe son petit salon de jardin et ses plantes vertes.

- Je crois encore sentir l'odeur du chocolat chaud que ma mère avait mis dans un thermos, bredouille-t-elle. Et même la chaleur des bras de mon père qui me portait pour que je vois mieux l'aube. Tout avait l'air si réel ! Sauf que, quand le soleil a commencé à briller, et alors que j'y voyais de moins en moins… Quelque chose a changé. C'était comme si…

Une larme file sur sa joue. Je serre un peu plus fort sa main dans la mienne.

- …comme si mes parents n'étaient plus vraiment là… ou plus vraiment eux-mêmes. Pourtant, je n'ai pas eu peur sur le moment. La présence près de moi était juste… différente. Et familière. Si familière, et si rassurante…

Ses larmes coulent, et elle les essuie avec impatience.

- Il y a eu cette voix, et elle a juste dit une phrase. Une seule phrase. « Tout va bien… ». Juste… juste ça ! « Tout va bien ». Mais… mais le ton, la façon dont elle le disait, ça ressemblait trop à…

Elle hésite et cherche mon regard. La gorge nouée, j'embrasse doucement sa main tremblante. Elle n'ose pas le dire, et moi non plus.

- Tikki. C'était Tikki.

Nous sursautons d'un même ensemble. Plagg s'est posé sur la rambarde voisine. Il murmure d'un ton grave, les prunelles miroitantes.

- Tikki est là. Quelque part. Je vous l'avais bien dit.

Il lévite jusqu'à venir se poser sur nos mains réunies, comme lors de nos retrouvailles à l'hôpital un an plus tôt. Et avec la même ferveur, il souffle encore.

- J'ai senti sa présence cette nuit, plus forte que jamais. Et je la sens toujours, à peine… mais elle est là. Tikki est bien là.

Il le répète tout bas, comme un leitmotiv. Je me concentre, mais malgré mes efforts, je n'arrive plus à percevoir cette présence pourtant si criante dans mon rêve. Le regard navré de Marinette me laisse penser qu'elle non plus, elle ne sent plus rien. Elle baisse les paupières, résignée, et deux nouvelles larmes filent jusqu'à son menton. Je l'attire avec douceur, et elle se blottit tout contre moi dans un sanglot.

Au loin, le soleil se lève. Sa lumière dorée caresse les toits, fait scintiller davantage la neige encore intacte. Je me perds dans cette contemplation : en dépit de ce rêve étrange, je me sens apaisé, incroyablement serein. Je ne me souviens pas de la dernière fois où cela m'est arrivé.

Après de longues minutes, Marinette renifle puis s'essuie longuement les paupières. Ses larmes taries, elle murmure.

- Et toi… Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?

Je cille un bref instant. La dernière phrase de Tikki me revient enfin avec clarté, mais elle sonne tout à coup comme un adieu dans ma tête. Au dernier instant, je décide de la garder pour moi.

- Rien de précis. Ce dont je suis sûr, c'est qu'elle ne voulait que mon bien. Cette sensation, cette présence, c'était… C'était comme du bonheur à l'état pur.

Marinette pose sur moi son regard bleu, brillant et limpide à la lumière de l'aube. Elle a alors un sourire nostalgique, presque rêveur. Le même que lorsqu'elle dormait encore.

- Oui… Oui, c'est vrai. C'est exactement ça. Son rire aussi avait cet effet-là.

Elle a un long soupir tremblant dans le creux de son écharpe. Elle porte les mains à son cou, là où, sous ses vêtements, se trouve le cordon qui autrefois accueillait le pendentif offert par Tikki.

- Qu'est-ce que ça veut dire, d'après vous ? Pourquoi cette nuit, pourquoi comme ça ?

- Peut-être… Peut-être qu'elle voulait juste nous faire signe ? hasardé-je. Nous rassurer, nous dire qu'elle veille sur nous, à sa manière ?

Marinette acquiesce en silence et quête l'avis de Plagg. Mais le kwami, revenu se poser sur mon épaule, reste muet et pensif.

- Sûrement, reprend Marinette d'un ton résigné. « Tout ira bien »… C'est ce qu'elle me disait quand elle voulait que Ladybug aille de l'avant. Il faut croire qu'on n'a plus vraiment le choix, hein ?

Plagg et elle ont un regard entendu, puis il marmonne.

- La vie continue, Porteuse de Lumière.

- Elle continue toujours, cette garce, renchérit-elle comme par réflexe.

Ils échangent un rictus, l'air d'être sur la même longueur d'onde. Elle tire alors de sa poche un morceau de la minuscule baguette de pain récupérée dans la boutique. Plagg émet un couinement satisfait tandis qu'elle le lui tend. J'ai un petit rire.

- C'était donc ça, les fameuses ficelles ?

Marinette sourit.

- Le dernier en date de ses péchés mignons. Très efficace quand on veut le mettre en sourdine.

Plagg, trop occupé à mâcher une généreuse bouchée, se contente de nous dédier un coup d'œil agacé. Je m'esclaffe.

- J'ai beaucoup de choses à rattraper, hein ?

Je lui gratouille le crâne du bout du doigt, et Plagg ronronne avec bonheur, comme autrefois. Attendrie, Marinette me prend la main.

- Pas d'inquiétude, Chaton. Il n'y a toujours qu'un Chat Noir, et ce n'est pas moi.

- Pourtant, je suis sûr que le noir t'irait bien, soufflé-je, narquois.

- Vraiment ? Je n'en sais rien…

Ce qui vient de commencer comme un sujet de plaisanterie parait tout à coup la préoccuper. Elle secoue la tête avec fatigue.

- Même si je pouvais redevenir une Porteuse, je ne suis pas sûre que je le voudrais. Tout ça, c'est du passé.

Elle fait sûrement allusion à sa communion avec les anciens Porteurs d'Astre. Elle m'a déjà parlé de cette symbiose totale avec leur mémoire lors de sa transformation ultime, et de la sensation déchirante de les perdre ensuite.

Sans attendre ma réponse, elle se dirige avec précaution jusqu'à l'autre extrémité de la terrasse, déblaye la rambarde d'un revers de bras et s'y accoude. Plagg engloutit sa ficelle, puis il me fait un clin d'œil de sa prunelle blanche, toujours barrée d'une cicatrice à peine visible. D'un vol nonchalant, il va se poser sur l'épaule de Marinette et s'enroule dans le pan de son écharpe blanche en ronronnant.

Le cœur lourd, je m'accoude moi aussi à la rambarde, et je me perds dans une contemplation silencieuse du soleil levant. Après un long moment de flottement, Marinette décroise les bras et vient chercher ma main, le souffle court. Sans hésiter, je la porte à mes lèvres et l'embrasse délicatement. Quand je guette sa réaction du coin de l'œil, elle a les joues roses et un sourire infiniment doux, reconnaissant.

Nous scrutons la ville scintillante. Les toits immaculés à perte de vue m'apparaissent soudain comme une invite à s'élancer, à courir droit vers l'horizon, sans autre but que celui de se sentir libre. J'ai un bref coup de vague à l'âme : je ne sais pas si Plagg guérira totalement un jour, ni même si, après tout ce temps, je me sentirais capable de réendosser le costume de Chat Noir. Il me manque, mais à quoi bon si je suis tout seul ?

Je ne sais pas de quoi demain sera fait. J'ignore si Nooroo acceptera plus tard de nous raconter ses années auprès de mes parents. Je rêve parfois de partir à l'aventure, de suivre le même parcours que ma mère lors de ses voyages, et peut-être même un jour… de la retrouver. Mais, une fois émancipé du contrôle du Conseil, oserai-je vraiment me lancer sur ses traces ? Voudra-t-elle alors m'expliquer son choix – se souviendra-t-elle seulement de moi ? Est-ce que je veux vraiment savoir ?

Marinette renifle encore. Plagg lui marmonne quelque chose, et elle a un petit rire étouffé. Puis elle glisse le long de la rambarde jusqu'à finir blottie contre moi. Je l'enlace, aux anges.

Peu importe ce qui nous attend, en fin de compte. Je n'ai besoin de personne pour savoir ce que je dois faire, ici et maintenant, auprès de mon kwami, auprès de ma Lady.

« Prends soin d'eux, Adrien. »

Oui, Tikki. C'est promis. Compte sur moi.

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…Remerciements, et plus encore…

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Écrit le 29/02/2020, pendant l'écoute en boucle de « Building Light » · Philippe Briand, Gabriel Saban, Anne-Sophie Versnaeyen

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L'aventure « Blanc, Rouge, Noir » a débuté le 10 novembre 2017. Elle a déboulé lors d'une écoute de « Hurt like Hell » par Fleurie, avec son Prologue et une pulsion dramatique dont le scénario devait tenir en une simple song-fic. C'était pour moi une volonté impromptue et inflexible de décrire un sentiment personnel : le deuil, la tristesse qui l'accompagne, les émotions qui reviennent chaque année à la même époque.

Le simple « décrire » est devenu « écrire ». Aujourd'hui, la song-fic, d'abord mini-fic puis fanfiction à chapitres, prend officiellement fin après deux ans, trois mois et une poignée de jours de travail. Plus que de se complaire dans le spleen, le désespoir et le regret, BRN est une réponse lumineuse, complexe et difficile à formuler mais pleine d'espoir, en laquelle je veux croire, jour après jour.

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Ce que je ressens aujourd'hui, quelques heures avant l'ultime parution, est à peine descriptible. Il y a la fierté d'avoir été jusqu'au bout de mon idée, le soulagement d'avoir enfin terminé les parutions et leur longues heures de mises en page, la petite déception liée au fait de retomber dans l'oubli et l'indifférence, le questionnement quant à l'après. La joie d'avoir rencontré des gens enthousiastes et formidables au travers des commentaires. La félicité d'avoir pu intéresser des lecteurs et les embarquer dans mon voyage.

Mais surtout, surtout, la peur et la tristesse à l'idée de simplement tourner la page. C'est un mal-être qui me prend exactement comme si je devais quitter quelqu'un que je ne suis pas sûre de retrouver un jour.

Peu à peu, c'est devenu une évidence pour moi : impossible de passer à un autre projet sans concrètement dire au revoir. Et, vous me connaissez maintenant, j'ai voulu faire ça en grande pompe et dans les règles de l'art.

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Ceux qui sont satisfaits de cette fin d'histoire peuvent s'arrêter là. Je vous salue bien bas et je vous remercie pour vos éventuelles dernières reviews. Dans l'espoir de vous retrouver bientôt sur mes futurs projets, je vous souhaite une bonne journée et une belle vie !

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Ce qui suit s'adresse à ceux qui comme moi, ne veulent pas encore tourner la page, fermer le livre et passer à autre chose.

Ce qui suit – des remerciements… et peut-être même plus encore ? – s'adresse aux rêveurs comme moi…

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À Monsieur Thomas Astruc…

(mais aussi à sa famille, ses collègues, et à tous ceux qui ont, de près ou de loin, contribué à l'élaboration de l'œuvre Miraculous)

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Monsieur,

Il y a très peu de chances que vous lisiez un jour ces lignes, mais peu importe. Je souhaite de tout cœur que vous restiez conscient, jour après jour, de la passion que vous avez transmis par votre œuvre et votre travail, de l'inspiration que vous avez donné à tous ceux qui ont eu la chance de découvrir et d'apprécier Miraculous. Évidemment, ce n'est pas toujours rose dans le fandom Miraculous. Évidemment, chaque décision artistique, scénaristique ou commerciale peut être sujet à débat et attire les commentaires constructifs comme les critiques méchantes et purement gratuites. Mais en ce qui me concerne, vous avez bercé mon adolescence par le biais de vos séries animées. Vous m'avez faite réfléchir, et votre œuvre m'a aidé à développer ma plume d'adulte : elle m'a permis d'aller bien plus loin que tout ce que j'aurais pu soupçonner en commençant à visionner les épisodes de Miraculous.

Je vous souhaite d'avancer envers et contre tout, de continuer à créer et donner vie à vos idées. Je vous souhaite la plus belle inspiration, beaucoup de courage, et vous adresse un très grand MERCI.

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À Alya,

Salut, ma grande. Comme tu le sais, BRN m'est venue un soir plutôt sombre, en écoutant « Hurt Like Hell ». C'était une époque bien grise, marquée par les ombres des attentats de Paris et de leurs commémorations. Une époque où moi-même, je venais de traverser une expérience professionnelle difficile, qui m'avait ramenée à mes propres deuils. Je pense qu'il y a un peu de nous, écrivains, dans nos personnages, et qu'il y a un peu de notre histoire dans tous les scénarios que l'on peut produire. Et je sais que dans tes réactions, dans tes faiblesses, dans ton impulsivité comme dans ton humanité, il y a la personne que j'aimerais être au quotidien face à mes problèmes. Pour cela, merci d'avoir endossé ce rôle pas si facile avec autant de sincérité. Ton histoire n'est pas finie, tout comme la mienne, et on va grandir, toutes les deux. Tu resteras une fonceuse, je le devine bien – mais veille malgré tout à prendre soin de toi et de ceux qui t'entourent ! J'ai hâte de voir ce que tu vas devenir.

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À Nino,

Yo, mon grand. On n'aura pas eu le temps de beaucoup parler sur le plateau de BRN, mais tu as toujours répondu présent, fidèle au poste quand il fallait donner la réplique à un Adrien hésitant ou cocooner une Alya récalcitrante. J'espère pouvoir un jour te donner un rôle un peu plus étoffé que celui du bon copain, je sais que tu t'en acquitterais avec une simplicité qui friserait le je-m'en-foutisme – et j'adore. Accroche-toi avec Alya, mon vieux, elle court vite et elle est difficile à suivre, mais elle finira toujours par revenir vers toi.

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À Nathalie Sancœur,

À l'époque où BRN est née, vous n'aviez que bien peu de place dans le scénario canon, et cela s'est retrouvé dans mon univers. Pardon de vous avoir fait disparaître, j'aimais bien pourtant la relation que vous aviez en backstage sur BRN avec Adrien – protectrice avant tout. Même si j'ai un peu peur du tour que prend votre rôle dans l'univers canon de la série, je reste curieuse et vous souhaite un « character developpement » à la mesure de ce que vos fans attendent.

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À Monsieur G,

Monsieur, vous n'êtes pas bien bavard ! J'ai béni cent fois l'épisode Oblivio pour enfin faire apparaître un nom vous concernant – même si cela s'est avéré être une simple lettre, c'était déjà plus prestigieux que tout ce qu'on avait pu proposer jusque-là dans le fandom, et bien plus facile à caser dans une fanfiction sérieuse. Merci à vous pour votre implication auprès d'Adrien et de Marinette dans les derniers chapitres. J'espère pouvoir un jour récompenser dignement votre dévouement.

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À Lila Rossi,

Merci d'être restée cloîtrée dans ta chambre. Je n'ose imaginer Paris-Pixel si ton machiavélisme et toi aviez été présents. Mais vu que tu es probablement la future XXXXXXXX dans l'univers canon de Miraculous, c'est de bonne guerre, non ?

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…À Jabb', mon ami dragon…

J'espère qu'un jour, tu parviendras jusqu'à ces lignes. Je souhaite de tout cœur que cette histoire aura su te divertir. L'œuvre de base a ses limites, c'est vrai, alors je croise les doigts pour t'avoir conquis avec ma propre vision alternative ! De toute façon, tu m'as déjà comblée avec tes reviews-pavés en message privé… Merci pour tes analyses, positives ou piquantes mais toujours minutieuses, très cher. Bonne continuation dans tes projets, et que le vent te porte, mon ami, qu'il te porte vite et loin !

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À Gabriel Agreste,

…Monsieur, je ne m'étendrai pas sur ce que je pense de la conduite de votre alter-ego dans la série officielle – je risquerai d'être grossière. Mais je reconnaîtrai au moins une utilité à vos abus : votre comportement m'aura amenée à me poser les bonnes questions, et à créer pour BRN une back-story cohérente avec vos actes de la saison 1. Le résultat dans BRN est pour moi si tangible que je ne peux plus accepter d'autre alternative désormais. Je ne dis pas que je cautionne vos actions, mais malgré moi, je les comprends. Vous n'avez pas eu de chance, certes, mais ensuite vous avez eu le choix, et vous l'avez fait. C'est écrit, figé désormais. Néanmoins, je vous remercie pour votre dernière action auprès d'Adrien dans BRN. Aussi pénible et aussi retentissant que cela puisse être sur la vie de votre fils, je vais m'assurer dorénavant que cela le fasse avancer tête haute, coûte que coute.

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À Vanamonde, ma fidèle bibliothécaire…

Très chère, tu auras vécu à distance le stress et l'exaltation de l'élaboration de BRN tandis que nous traduisions ensemble notre fameuse Bloody Cross Chronicles. J'ai adoré te faire lire BRN en avant-première l'an dernier – mais te rendras-tu compte à quel point l'histoire s'est peaufinée depuis ? En tout cas, j'ai adoré découvrir – ou redécouvrir – les épisodes de Miraculous avec toi. J'espère que BRN aura su te porter de bout en bout, mon infatigable bibliothécaire préférée. Et – s'il-te-plait, pardonne-moi – je continue d'espérer qu'un jour tu débarques dans ma boîte à MP en déclarant que tu as déjà traduit les trois premiers chapitres de BRN, tout comme tu m'en avais fait l'honneur avec BCC au tout début de notre histoire (rires). Je sais je sais, tu m'as donnée tes raisons et je les accepte. Mais ça ne me coûte rien de rêver ? Je t'adore, très chère. Je te souhaite de vivre heureuse et d'avoir beaucoup de livres, et aussi de pouvoir poser un jour tes valises dans une bibliothèque magique qui te comblera, ou à défaut, dans une médiathèque qui aura pris la mesure de tes talents.

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À Émilie Agreste,

Le premier mot qui me vient à chaque fois est… « Merci ». Lorsque le tournage de BRN a débuté, vous n'étiez qu'une ombre au détour de quelques répliques, un élément du passé, une silhouette muette pas même prévue au casting. Mais vous avez débarqué sans prévenir, et vous voir apparaître pour l'arc « Origines » fut à mon sens le moment le plus inspirant et le plus marquant de toute ma petite vie d'auteur. Vous avez donné une profondeur et une émotion à la back-story que je n'aurais jamais cru possible il y a deux ans. BRN n'en serait pas là aujourd'hui sans vous, et Adrien non plus. Je vous prie de bien vouloir me pardonner pour tout ce que je vous ai fait traverser. Je vais m'assurer que votre fils grandisse avec la fierté d'avoir eu une mère comme vous. J'espère que vous avez trouvé la paix.

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À SilverPanthomD…

Sil', ma Sil'. Ma belle, ma bêta. Ma petite sœur de cœur et de plume…

Notre route a été longue, depuis ce fameux soir où je t'ai présenté un étrange et brutal Prologue mettant en scène un certain Chat Noir et une Ladybug que tu ne connaissais même pas. BRN aura donc bercé deux de nos belles années d'amitié, entre la chaleur caniculaire des terrasses de Bologne et celle cosy des cafés parisiens… Tu ignores à quel point je te suis reconnaissante pour tout ça. BRN aura été une de mes plus belles expériences de plume, une des plus intenses et une des plus rapides. Mais je sais très bien qu'elle n'aurait jamais existé sans toi. Qu'elle n'aurait jamais été aussi aboutie sans ton regard et sans tes commentaires. Oh, cette histoire grandira encore longtemps, tout comme nous. Mais quand je te vois te battre avec tes projets professionnels et ta plume encore un peu dilettante, j'ai l'impression de me voir au même âge – roooh mais on dirait une vieille qui radote (rire) – Enfin bref. Je souhaite de tout cœur que pour toi aussi, un jour, ta plume se décide, et que tu puisses te lancer à corps perdu dans tes propres projets d'écriture. Et j'espère pouvoir alors te soutenir comme toi tu l'as fait. Je prie pour que, en dépit des aléas de la vie, on puisse continuer de se parler, de s'écrire, d'échanger, encore, et encore. Je prie pour que cela dure le plus longtemps possible.

Je t'adore, ma belle.

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À Alec et Séverine mes Original Characters figurants,

Merci pour votre professionnalisme. Laissez votre carte à la réception en partant, ok ? On ne sait jamais.

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À Riposte, Climatika et Lady Wifi, mes « bad girls » favorites,

Les girls, vous avez remarquablement bien endossé vos rôles d'électrons libres badass dans la petite bande des Nouveaux Héros. J'ai beaucoup apprécié de vous mettre en action aux côtés de ma Ladybug, quel sens du devoir, quelle puissance, quel panache ! Et votre dynamique de jeu faisait plaisir à voir pendant les scènes de dialogues. Je me demande si, dans la vie réelle, vous pourriez également vous entendre… Mais encore faudrait-il que vous vous croisiez ! Des suggestions ?

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À Maître Fu,

...Vous avez été la pierre angulaire de tout ce projet. Rien n'aurait été possible sans vous, ni la brusque crise de maturité de Ladybug et Chat Noir contraints d'affronter leur mentor, ni le superbe retour des Nouveaux Héros, ni même l'exposé de la douloureuse back-story des Agreste. Et pour tout cela, merci. Je voulais vous donner un passé qui ait du sens, mais je crois que mon idée nous a dépassés tous les deux. Je rends hommage à votre abnégation longue de presque deux siècles, à vos erreurs qui vous ont façonné et qui vous rendent à mon sens plus humain et compréhensible que jamais. Vous aussi, vous avez fait vos choix, et il faudrait plusieurs fanfictions entières pour explorer tout l'univers que vous avez à peine esquissé pour nous dans BRN. Je regrette un peu le manque de complexité de votre personnage dans l'univers canon de la série, mais nous pouvons malgré tout lui accorder qu'il était profondément humain et attachant, comme votre alter-ego dans BRN.

Je prendrai bien soin de vos élèves, et ils deviendront des adultes dont vous seriez tout aussi fier. Et je peux vous jurer que, où qu'ils soient et quoi qu'ils soient désormais, vos enfants sont libres, plus que jamais. Alors soyez en paix, Maître Fu.

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À Nooroo,

Dors, petit ange, et rêve bien. Tu l'as amplement mérité. Nous serons là à ton réveil pour te voir sourire.

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À Tikki,

Je prendrai bien soin d'eux, moi aussi. Promis.

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À Plagg,

Merci pour ta répartie, toujours idéale pour servir de « comic relief ». Merci… Et pardon pour tout le reste.

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À Adrien,

Bonjour, mon grand.

Je me souviens parfaitement du moment où, toi que je considérais comme un jeune mannequin superficiel et un super-héros rigolo et gaffeur, personnification d'une volonté douteuse de séduire la jeune gente féminine avec ses oreilles de chat et son costume de cuir (ma première réaction devant toi : « WTF ?! On touche le fond… Et c'est français en plus ?! »), tu es devenu… toi, juste toi. Un gamin paumé mais plein de bonne volonté, charmeur par essence mais profondément gentil. Le coup de foudre ! (d'ailleurs je ne suis pas seule à avoir craqué à ce moment-là, huhu…)

Comme tu as fait du chemin, depuis. J'ai adoré mettre en scène toutes tes facettes et tes étapes d'évolution : le side-kick drôle et combattif tout comme le partenaire résigné à raccrocher prématurément, l'adolescent épris de son héroïne, l'enfant à la recherche de son père et qui finalement aura découvert beaucoup trop de choses… jusqu'au jeune homme responsable en devenir, qui peine encore à définir ses propres rôles mais qui reste optimiste et ouvert d'esprit, résolument.

Et j'ai adoré montrer dans BRN qu'à travers toutes ces facettes, tu pouvais malgré tout rester fidèle à ta partenaire, attentif à son bonheur, parfois au détriment du tien. Que veux-tu, moi aussi, même après trente piges, je dois encore rêver du prince charmant…

Pardon de t'avoir fait pleurer. Pardon de t'avoir donné ce passé si plein de sens, et en même temps tellement dur. Pardon pour t'avoir blessé. Pardon pour t'avoir presque tué à plusieurs reprises. Et merci de t'être relevé, à chaque fois plus humain et plus attachant, à chaque fois plus fort.

Je suis fière de toi, fière de ce que tu as déjà accompli. Il te reste encore tant à faire et à apprendre, mais je suis certaine que tu sauras faire face. Veille cependant à prendre soin de toi, mon grand, car Plagg a raison : là-bas, personne ne le fera à ta place. Et si tu t'épuisais, qui veillerait alors sur ta Lady ? (la question n'a pas lieu d'être en fait, on le sait tous les deux. Si tu t'épuisais, alors c'est sûrement ta Lady qui rappliquerait pour t'aider à te relever !)

Bref, reste sincère et fidèle à toi-même, Chaton. Continue de nous faire baver avec tes shootings et tes attitudes de tombeur – Émilie serait fière – et continue de nous faire fondre de bonheur avec tes répliques accrocheuses et tes gestes tendres.

Même si je me l'imagine très bien, j'ai hâte de voir ce que tu vas devenir, dans un an, dans cinq ans, dans dix ans. Chat Noir un jour, Chat Noir toujours, n'est-ce pas ? Toi aussi, sans le masque, sans le costume, tu restes mon héros.

Merci, mon grand. Et bon vent.

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À Marinette,

Oh, ma belle… Bonjour. C'est notre tour, n'est-ce pas ? Mais j'ai tellement de choses à te dire… Et je ne sais même pas par où commencer…

On se ressemble beaucoup, je crois. Ne serait-ce que dans un simple détail : moi aussi, un gentil blondinet a volé mon cœur d'un simple mot, d'un seul geste. Même des années plus tard, alors que je pensais l'avoir oublié, il suffisait que je le voie en photo ou que je le croise dans la rue pour que mon ventre se torde et que ma voix s'éteigne. Alors, quand je vois ton alter-ego dans la série officielle élaborer des plans abracadabrants pour plaire à son coup de foudre, ça m'exaspère, mais en même temps, je la comprends. Oh que oui, je la comprends…

Je disais à Alya toute à l'heure que les écrivains mettent un peu d'eux-mêmes et de leur propre histoire dans leurs personnages, et ce n'est que trop vrai en ce qui te concerne. Mais au départ, BRN ne devait être qu'une song-fic, dans laquelle je me servais du deuil hypothétique de ton partenaire pour exprimer mes propres émotions… Ma belle, je suis désolée pour tout ce que je t'ai fait vivre. Pour Tikki, pour tes blessures. Pour cette douleur au quotidien, et pour la perte d'un être cher, et pour cette sensation fugace mais répétitive d'être en décalage avec ton entourage.

Mais heureusement, ton univers et toi, vous n'avez pas fait que subir mes démons et attendre la fin de l'orage. Vous les avez développés, magnifiés, exorcisés. Vous leur avez donné un sens, et au fil des chapitres, tu m'as permise d'écrire une réponse que je n'aurais peut-être jamais su formuler seule. Reste maintenant à apprendre la leçon que tu énonces en filigrane dans l'épilogue, et à la répéter, tout comme toi, jour après jour.

Je regarde ton alter-ego dans la série, en cette fin de saison trois qui la présente à la fois résignée mais optimiste malgré tout – une intéressante leçon de vie dans cette série « pour enfants ». Et je te regarde, toi, dans BRN… Comme vous êtes grandes, comme vous êtes belles, chacune à votre manière ! Et dire que cela ne fait que commencer…

Tu étais splendide en Ladybug seule aux commandes mais plus décidée que jamais à mener le combat. Tu étais dantesque quand tu es venue me voir un soir sans prévenir, un an après le début de BRN, toute parée de ta forme ultime, magnifique et effrayante, porteuse d'un des rebondissements les plus ambitieux et les plus épiques que j'ai jamais osé imaginer. J'étais surexcitée à l'idée de te faire rencontrer les anciens Porteurs d'Astre ! Et angoissée tandis que je décrivais ta dernière bataille ! Et en pleurs auprès de toi à l'hôpital alors que tu réalisais que…

Oh, ma belle. Pardon.

Pardon, et merci. Merci pour tes faiblesses et tes forces, merci pour tes larmes et tes rires, merci pour tes maladresses de jeune fille amoureuse et ta combativité d'héroïne accomplie. Merci de m'avoir accompagnée pendant ces deux années, trois mois, et quelques jours. Je crois maintenant que c'est moi qui vais chercher en vain le sommeil, parce que tu vas me manquer. Comme une amie, comme une sœur, comme une fille que je vais devoir laisser partir et grandir loin de moi.

Tu me manques déjà.

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Et enfin, à Ladybug et Chat Noir, mes deux héros…

Ma plume est aussi prolifique que bornée, et donc elle revient toujours à un modèle simple, efficace et déclinable à l'infini : deux personnages, aussi différents par certains côtés que semblables dans d'autres, réunis face à l'adversité, luttant envers et contre tout. Alors vous pensez bien que quand Papa Astruc a débarqué avec votre carré amoureux, mes tourtereaux, mais c'était O-BLI-GÉ que je renchérisse avec une fanfiction de 450 pages !

Que vous dire de plus que je n'ai pas déjà dit à chacun de vous en aparté ? Vous êtes géniaux et surprenants. À vous seuls, vous fédérez des générations entières. Votre fandom regorge d'inventivité, et votre univers se décline dans tellement de genres à la fois que c'est un bonheur que de s'y plonger et de s'y perdre, même au bout de plusieurs années.

Mais en marge de vos semblables de la série officielle, solaires et mignons mais qui nous font régulièrement piaffer d'impatience, je suis heureuse d'avoir pu créer vos alter-egos plus nuancés dans BRN. J'ai adoré fignoler chacun de vos dialogues, chacune de vos petites piques tendres, et jusqu'à la moindre de vos répliques enjouées. (Chat Noir, merci de ton aide pour les « cat puns » et autres jeux de mots, c'est vraiment un casse-tête, ce truc.)

Merci pour votre entraide dans les scènes de combat, si délectables à écrire. Merci pour ce moment si tendre et si désespéré dans la cour chez Maître Fu. Vous avez remarquablement retranscrit ce que je vous demandais.

Merci pour vos improvisations à la chaîne, comme ce moment dos-à-dos au supermarché, ou vos confidences sous la neige avant de plonger dans Paris-Pixel. Pourquoi est-ce que ça me semblait à ce point couler de source entre vous, dans ces moments-là ?

Merci pour votre dispute, aussi courte et brutale fut-elle, si violente qu'elle m'a mis les larmes aux yeux. Merci pour vos sacrifices mutuels l'un à l'autre, humains de cœur, super-héros dans l'âme.

Merci pour ces baisers et ces étreintes, qui m'avaient l'air si maladroits et pourtant si vrais.

Merci de devenir ce couple que je m'attache à construire chaque jour, cette symbiose discrète mais évidente dans laquelle il n'y a ni leader ni suiveur, mais une alternance naturelle des rôles, et une alchimie de tous les instants. Vous n'êtes encore que des poids-plumes, dixit un certain kwami, et j'ai hâte d'imaginer la multitude d'avenirs que vous pourriez avoir ensemble. Mais dans tous ces futurs alternatifs, canons ou pas…

Je vous souhaite l'indépendance et la poursuite de vos rêves personnels, tout comme la confiance mutuelle et un courage incessant pour renforcer ce qui vous unit depuis toujours. Je ne vous souhaite pas seulement de vous regarder l'un l'autre, mais aussi de regarder dans la même direction, parce qu'il paraît que c'est ça, être amoureux. En tout cas, c'est ce en quoi je crois.

Mais je ne me fais pas de souci : regarder dans la même direction, c'est ce que vous avez souvent fait sous vos masques, et ce dès le départ. Reste à avancer l'un avec l'autre, maintenant. Et dans l'épilogue, quelle belle promesse vous nous faites…

Au revoir, mes deux héros, puisqu'il faut bien s'arrêter un jour et tourner la page.

Au revoir, et à bientôt !

Elenthya.

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Oh. Vous êtes encore là ? C'est fini, vous savez ? Le générique est passé.

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Comment ça, « non » ? Mais si, enfin !

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Bon.

Avertissement : ceux qui n'aiment pas les scènes post-génériques sont priés d'en rester là.

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J'ai dit, ceux qui n'aiment pas rester sur leur faim : ouste !

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C'est bon ?

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Vous êtes sûrs de vous ? Bon.

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Alors, pour ceux qui seraient arrivés jusque-là ET qui n'ont pas peur de devoir faire marcher leur boîte à imagination, voilà deux petites révélations en guise de grain à moudre.

La première : félicitations, vous avez bel et bien terminé « Blanc, Rouge, Noir ».

Si, si.

Mais sachez néanmoins que…

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« Blanc, Rouge, Noir » contient un secret. Un petit détail, une jolie pirouette cachée entre les lignes. Bref, une faille.

Oui, oui, les plus motivés peuvent aller relire toute la fanfiction, ça pourrait éventuellement aider.

Si vous le trouvez, soufflez-le-moi en review histoire de ne pas spoiler les autres lecteurs, et criez-le-moi en MP. (Je lis tous les commentaires et MP, mais je ne donnerais cependant aucune réponse claire, vous êtes prévenus !)

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Le secret pourrait retentir et faire changer beaucoup de choses dans l'avenir de…

Ah, bah tiens, deuxième petite révélation.

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« Life Chronicles » - Audiomachine (en boucle)

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J + 366.

Je murmure, volontairement sarcastique.

- Oh. Comme c'est mignon.

- Et voilà. La portée perdue, enfin réunie…

Je lui jette un regard désabusé. Accroupie à l'ombre d'une cheminée, elle scrute avec attention la terrasse au loin.

- Tu parles d'une portée réunie, sifflé-je. Deux kwamis estropiés et incapables de sentir ce qui se trame, un troisième mort, et les autres disparus sans laisser de trace. Ce n'est vraiment pas brillant.

Elle secoue la tête comme pour s'ébrouer, et ses bijoux de bois cliquètent doucement. La tempête a été rude cette nuit : sa peau est parsemée de bleus, et la fourrure de sa mante fait grise mine, toujours trempée. Et je ne suis probablement pas en meilleure forme.

- C'est ce qui arrive quand le chef de la meute n'en a plus l'étoffe, déclare-t-elle sombrement. Puisse-t-il trouver la paix dans ses vieux jours. Fu aurait dû céder son rôle d'alpha il y a longtemps déjà.

Je hausse les épaules, ce qui fait tinter les plumes de jade dans ma chevelure – moi qui ai d'habitude les cheveux courts, c'est toujours un peu troublant de sentir cette tignasse peser sur ma nuque.

- Tu vas continuer longtemps tes métaphores sur la meute, Mononoke ?

- Arrête de m'appeler comme ça, l'Emplumé. Tu me fatigues.

- Haha… ! Tu dis ça mais tu m'adores, je le sais.

Elle me jette un coup d'œil froid pour tout commentaire. Ses prunelles d'ambre étincellent dans l'ombre de ses fourrures et de son masque de peinture noire. Elle n'a pas besoin de montrer les crocs pour m'arracher un frisson, et je détourne prudemment le regard.

- Maintenant qu'il est revenu à Paris, qu'est-ce qu'on fait ?

Elle cesse enfin de me scruter, et bien malgré moi je respire mieux.

- Nos ordres sont clairs : on les garde tous les deux sous surveillance discrète. Mais puisqu'ils n'ont même pas réagi à la bataille de cette nuit, on peut les considérer à la retraite définitive.

J'observe le petit couple. Ignorant tout de ce qui se trame, ils sont toujours pelotonnés l'un contre l'autre, à profiter du soleil levant.

- … Mais, sait-on jamais. Surtout avec Adrien Agreste, ajoute-t-elle.

- Ah ? Ce n'est qu'un louveteau, plaisanté-je, singeant mine de rien la propension aux métaphores lupines de mon équipière du jour.

- Un louveteau qui n'a pas fini de grandir, me corrige-t-elle avec froideur. Et qui dispose du seul kwami encore à peu près compétent. On sait quels dégâts peut faire le Papillon, même isolé.

Je hausse encore les épaules, désarçonné.

- Mouais… Pour l'instant, ça m'a l'air compromis. Tu crois qu'Adrien se souviendra de ce qui s'est réellement passé, un jour ?

Elle se trouble, l'air sincèrement surpris par ma question. Elle observe encore le concerné.

- Je ne vois pas comment, déclare-t-elle enfin. Ça fait un an que je le surveille, et il n'a pas manifesté le moindre doute sur ses parents. Pour lui, tout ça, c'est de l'histoire ancienne. Et c'est mieux ainsi.

Sur ces mots, elle se relève et arrange l'épaisse fourrure qui couvre sa tête et ses épaules nues. Alors qu'elle s'éloigne sur les toits, je marmonne :

- Tu sais, je pense qu'au fond, elle regrette de ne pas avoir pu intervenir l'an dernier.

- C'était une preuve de sagesse. Et c'est bien pour ça que c'est elle qui commande.

Je quitte mon perchoir pour lui emboîter le pas. Le jour se lève, il est plus que temps pour nous de nous détransformer. Je soupire, fourbu : l'hiver est vraiment trop froid dans cette ville, vivement qu'on soit rappelés !

- Bref, grogné-je en m'étirant avec délice. Cette affaire est donc belle et bien terminée.

- Ou bien n'était-ce qu'un faux-départ ?

Je m'interromps dans mes étirements, étonné, et scrute mon équipière. Son expression n'est ni froide ni méfiante, simplement pensive. Elle a beau être plus âgée que moi, elle paraît si fluette et vulnérable, ainsi pieds nus dans la neige, qu'elle m'inspire une curieuse tendresse. Je résiste à l'envie – mauvaise idée – de lui tapoter l'épaule.

- Tu penses à la Coccinelle ? hasardé-je prudemment. Vu l'état de sa Porteuse, sans l'aide adéquate, jamais elle ne réapparaîtra.

- Je n'en suis pas si sûre…

Elle s'arrête et hume longuement l'air glacial, les yeux fermés.

- Son contrepoids le Chat Noir est toujours vivant. Et les bêtes à bon dieu renaissent toujours au printemps, alors, qui sait ? Ne serait-ce pas un splendide message pour nous tous… ?

Je reste coi. Elle finit par rouvrir ses paupières fardées de peinture de guerre, et ses prunelles d'ambre me scrutent sans animosité, interrogatrices. Je me balance d'un pied sur l'autre, lissant mes avant-bras gainés de bois et de plumes.

Lorsqu'elle ne m'assassine pas du regard, elle est vraiment belle.

- Aucun idée, Rine. Je n'y ai jamais réfléchi.

Son sourire se fait légèrement narquois, creusant ses joues peintes.

- Alors que tu chaperonnes cette gamine depuis un an ? Tu mens décidément très mal, Al'.

Elle dégaine sa lance garnie d'amulettes de bois et d'os.

- Je rentre. Bon vent, l'Emplumé.

Elle part en trombe, vive comme l'éclair. Elle plante sa lance et se propulse sur un toit voisin. Elle disparait parmi les cheminées bordées de neige, bientôt indétectable grâce à sa fourrure grise et blanche.

Je reviens sur mes pas. Accroupi au bord du toit de tuiles, me gardant bien de m'afficher – plutôt difficile compte tenu de mes couleurs vives – je scrute avec précaution la terrasse. Notre couple d'amoureux n'a pas bougé.

J'hésite encore quelques instants, puis je vérifie minutieusement les alentours – des fois que Rine soit revenue sur ses pas. Je tire enfin mon portable de ma sacoche, zoome au maximum et prends vite une photo de la terrasse avant de me recroqueviller derrière ma cheminée, le cœur battant. Sur le cliché, les deux adolescents sont particulièrement attendrissants. Marinette a repris de belles couleurs, et Adrien affiche même un sourire lumineux qui n'a rien à voir avec ceux, professionnels mais artificiels, de ses derniers shootings.

Bien.

Je tape un message détaillé, avant de secouer la tête et de l'effacer pour en écrire un autre, plus concis. Puis je le supprime, celui-là aussi. Enfin, je me résous à joindre la photo à un mail de simples salutations. Avant d'y réfléchir davantage, j'expédie le message. Le cliché parlera de lui-même, non ?

Et notre mentor a beau dire… Je sais que ça lui fera plaisir.

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« Message envoyé. »

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Suggestion: « Metamorphosis », par Julien Journet

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Oublié dans la pénombre, le portable émet une unique vibration, puis un clignotement coloré et discret qui traduit un message en attente. La petite lueur éclaire à peine l'amas de cartes, de lettres, de photos et de dessins qui encombrent le bureau.

Un courant d'air s'engouffre par la fenêtre, faisant valser les stores de bois peint. Dehors, le soleil a amorcé sa descente vers l'horizon. Les hautes herbes de la colline sont parcourues de frissons lumineux, tandis que le ciel brumeux se pare de d'orange et d'or avec le couchant.

Face à l'océan, une silhouette brave le vent tiède, ses longs cheveux dansant les bourrasques. Fièrement perchée sur son épaule, une créature bleu nuit contemple elle aussi l'horizon, les plumes palpitantes. Néanmoins préoccupée par le silence, la créature murmure quelque chose à la femme, qui sourit faiblement. Elle répond d'un chuchotement, tout en caressant du bout du doigt la petite tête duveteuse de la créature.

- Mais cela va faire un an, maintenant, couine la petite chose. Et tous les autres sont réveillés. Quand irons-nous, Maîtresse ? Nooroo et Plagg me manquent tant !

La femme sourit plus doucement encore.

- Je sais, Duusu. Mais je ne suis pas encore prête à tout risquer une nouvelle fois. Tu le comprends, n'est-ce pas ?

Le kwami acquiesce en silence et n'insiste pas. Il a deviné les larmes dans les prunelles vertes de sa Porteuse, si savamment dissimulées derrière son expression sereine de leader.

Tandis que la nuit tombe, la femme murmure.

- Ne t'inquiète pas. Le plus tard sera le mieux… mais un jour, il faudra bien aller les trouver.

Les paroles de la Gardienne s'envolent dans la brise, comme mues d'un vieil espoir.

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Blanc, Rouge, Noir

Premier Acte

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The End