Et c'est parti pour le chapitre 2 !
Chapitre 2 : Mardi
Hizashi éteignit son réveil et parcourut les lieux du regard, constatant qu'il n'était décidemment pas revenu chez lui pendant la nuit. Yesterday was real. Ce n'était définitivement pas un mauvais rêve. Ce n'était cependant pas la première fois de la semaine qu'il se réveillait ailleurs que chez lui... Mais ça, c'était hors de question d'y penser aujourd'hui. Un poblème à la fois. Il se hâta car ses cours commençaient aujourd'hui à la première heure dans les classes de troisième de la filière Héroïque. Ces classes étaient bien moins nombreuses que les premières, la faute entre autres à Shouta qui faisait fuir beaucoup d'élèves. Vlad n'était pas moins sévère que lui mais il fallait reconnaître qu'il cachait un petit côté chaleureux. Sous ses airs d'ours, il était patient et compréhensif. Il voyait ses élèves comme un groupe, son groupe dont il devait prendre soin. Shouta laissait les rapports de force s'installer au sein de sa classe et ne s'occupait pas trop des brebis galeuses.
Comme espéré, la nuit avait apaisé ses sentiments de la veille et il retrouva en bonne partie son habituelle énergie pour donner cours. Il n'entendait plus dans sa tête cette chanson triste qui avait accablé son cœur et entra en mode en mode loud-speaker dans le local des 3-A. Les élèves semblaient eux aussi de bonne humeur. Hizashi regretta de voir que Mirio n'était pas revenu aux côtés de Nejire et Tamaki. Il aimait bien ce garçon toujours motivé et plein d'humour. Avec lui, il avait l'impression de ne plus être le seul à trouver que la vie valait qu'on y mette de l'énergie qu'elle méritait.
Après les deux de cours données aux 3-A et aux 3-B, il se rendit à la salle des professeurs qui était presque vide. Il n'y trouva que Sniper qui lui adressa un vague signe de la main. Hizashi déposa ses affaires, se rendit au planning affiché au mur et vérifia celui des premières années de la section Héroïque. Il vit que les élèves de la classe 1-A et 1-B n'étaient pas comme d'habitude en classe de mathématiques ou littérature moderne car Ectoplasme et Cementos étaient absents, selon le tableau de présence des professeurs. À la place, ils étaient à un terrain d'entrainement pour faire une course d'obstacle leur professeur titulaire. Il nota les terrains et s'y rendit. Il trouva un point d'observation sur la cour supérieure en hauteur et repéra les élèves qui semblaient en plein exercice. Il vit aussi Shouta de dos aux côtés de Vlad. Même à cette distance, le petit baffle de son cœur battit la mesure un peu plus fort. Stop. Concentration. Il compta les élèves, constata que tout le monde était bien là et se dirigea vers l'internat des premières années.
C'était toujours le même sentiment de malaise quand il passait la porte. Le proviseur Nezu lui avait confié il y a quelques temps une clef qui donnait accès à toutes les pièces. Il ne lui avait pas dit quoi en faire, parce que c'était quelque chose qu'il ne pouvait pas vraiment lui demander. Mais Hizashi avait très bien compris : « Si tu penses sincèrement qu'il y a un traître, vérifie. » On aurait pu penser que c'était du suicide de confier une mission aussi discrète à quelqu'un comme Hizashi mais ce dernier savait que Nezu ne l'avait pas pris au hasard. Il était celui qui était le plus convaincu de la présence d'un traitre et le plus déterminé à le débusquer. Il ne doutait pas non plus que le proviseur enquêtât sur le personnel.
Ainsi, depuis de nombreuses semaines, Hizashi faisait le tour des chambres presque tous les mardis, pendant que les élèves étaient en cours, profitant également que Shouta était toujours absent à cette heure pour une raison qu'il ne voulait même pas évoquer en pensée et qu'All Might était en cours avec les 2-B et Vlad à son bureau en salle des professeurs. Il tentait de repérer la moindre chose inhabituelle. Il n'y avait que quelques chambres qu'il visitait car sa liste de suspect était en effet assez restreinte. Évidemment, il n'aimait pas vraiment faire ça et savait qu'il s'agissait là de méthodes douteuses, même si le but était pour protéger les élèves qui étudiaient ici. S'il était à leur place, il aurait sûrement trouvé ce procédé révoltant. Il n'avait pas informé Shouta de cette « mission » et ne doutait pas de sa réaction s'il découvrait ce qu'il faisait dans son dos. Mais honnêtement, Hizashi n'avait pas d'autres idées pour repérer celui qui avait fait fuiter la localisation du camp d'été auprès de l'Alliance des Vilains. Et il ne permettrait pas que ça se reproduise… Il ne permettrait pas que les élèves soient encore en danger. Il ne laisserait à l'Alliance aucune nouvelle occasion pour atteindre UA. Il se répéta tout cela en entrant dans la première chambre de sa liste tou en sachant qu'il mentait. Non, il ne faisait pas ça pour eux. Et encore moins pour UA. Il le faisait surtout pour lui, car il n'avait pas supporté ce qui était arrivé à Shouta. Le retrouver grièvement blessé aux côtés de Numéro 13, ça l'avait rendu fou. Il n'y avait pas que la bobine de son haut-parleur qui avait chauffé ce jour-là. Et même s'il savait que cela faisait partie du métier de héros, il craignait qu'une chose pareille puisse encore arriver s'il ne trouvait pas rapidement l'informateur de l'Alliance des Vilains. Surtout que malgré les nombreuses précautions prises, précautions que lui-même avait prescrit, pour le camp d'été, il y avait eu une autre attaque. Hizashi repensa à la dispute de la veille. Shouta avait tort, il se préoccupait de la sécurité des étudiants, de UA et de lui.
La première chambre ne donna pas grand-chose… Ce n'était que livres roses, fleurs et peluches. Aucun matériel caché, aucun objet étrange qu'il pouvait relier la fille qui vivait là à l'Alliance des Vilains. Il lui arrivait de repartir avec un objet suspect quand il en trouvait un. Il y regardait de plus près chez lui et puis revenait le remettre en place. Au moins, les absences de Shouta avaient l'avantage de lui permettre de faire cela tranquillement mais c'était une bien maigre consolation. La deuxième chambre fut aussi muette que la première et assez désagréable à fouiller étant donné les nombreuses choses brillantes qui incommodaient le visiteur. Rien derrière le tableau, rien dans les cadres et toujours rien dans l'armure que l'élève avait ramené pour une raison inconnue. La chambre suivante était probablement celle qu'Hizashi fouillait le plus, car c'était celle de la personne qui était tout en haut de sa liste. C'était aussi celle qui contenait le plus d'objets… Il y avait dans cette pièce, quelque chose qui le dérangeait profondément. Ce n'était pas tant ce qu'il y avait à l'intérieur qui à première vue faisait partie du décor d'une chambre d'ado mais plutôt l'atmosphère qui y régnait… Il y avait dans cette pièce quelque chose de faux. Ce n'était qu'une intuition et Hizashi savait que ce n'était pas rationnel. De plus s'il avait tort, il serait coupable d'un solide a priori en plus de fouiller la vie privée de ses étudiants. Il sortit encore une fois sans rien trouver. Il fit encore un tour rapide dans deux chambres et puis passa dans celle d'Izuku Midorya. Il ne pensait que ce garçon puisse être de connivence avec les Vilains mais vérifiait simplement qu'on ne tentait pas de le surveiller d'une façon ou d'une autre. Il passa également dans la chambre de Katsuki Bakougo et Shouto Todoroki pour la même raison. Son instinct lui disait qu'il pouvait être des cibles. Il avait fini avec les 1-A et se rendait à l'internat des 1-B où il y avait également quelques suspects. Alors qu'il atteignait la porte, une voix se fit entendre dans son dos…
« Bonjour Monsieur… »
Hizashi se retourna en essayant de ne rien laisser paraître de sa surprise car l'internat était censé être vide. Une petite tête aux cheveux blancs émergea alors du dossier d'un des sièges de la pièce commune. C'était Eri. Hizashi se figea... Elle n'était pas supposée être ici. Elle suivait des cours dans une institution pour apprendre à écrire... avec Shouta... Et Shouta était au terrain d'entraînement car Ectoplasme et Cementos étaient absents. Tout était parfaitement logique. Oh my God... Depuis quand était-elle dans le salon ? Elle était si discrète. Avait-elle remarqué ses allées et venues ?
« Euh, HELLO Eri ! Je… Je travaille à UA, dit rapidement Hizashi en essayant de paraître naturel. Je suis le professeur d'anglais. Mais c'est vrai qu'on ne s'est pas beaucoup parlé depuis que tu es là ! Et IT'S A SHAME ! Je m'appelle Hizashi Yamada. »
Hizashi pria pour qu'elle ne demande pas ce qu'il faisait ici. La petite fille ne réagit pas beaucoup et se contenta de demander.
« Vous êtes le professeur qui travaille à la radio ?
-WOW, WHAT THE HELL ! TU ES SUPER PERSICACE ! C'est exactement ça ! Et tu sais quoi ? Je connais bien Shouta Aizawa, on était à l'école ensemble et puis je vis aussi avec lui…
« Well, là j'ai pris des vacances », se dit Hizashi en pensée mais il fit en sorte que le trouble ressenti en prononçant cette phrase ne transparaisse pas et parvint à bafouiller ce qui devait être une conclusion imparable :
« Enfin... you see... je le connais très bien. »
Hizashi ne parvint pas à aller plus loin dans son explication car ces derniers temps parler à voix haute de sa relation avec Shouta lui provoquait toute sorte de symptômes comme une musique triste qui commençait à lui trotter dans la tête, une envie irrépressible de parler tout bas et de programmer Sound of Silence à sa prochaine émission. Eri acquiesça sans rien ajouter.
« Vous parlez fort. »
Hizashi sourit. C'était le plus bel encouragement qu'elle pouvait lui faire.
« Qu'est-ce que tu fais ici toute seule ? demanda Hizashi pour détourner son attention. Tu n'es pas supposée avoir cours ? »
La petite fille afficha une moue déçue et répondit :
« Monsieur Aizawa n'est pas là mais j'ai pas bien compris pourquoi... Alors je pouvais pas aller apprendre à écrire. Madame Midnight devait me garder mais Monsieur Nezu l'a appelé. Elle a dit qu'elle reviendrait vite... »
Puis elle se rassit. Hizashi vit sa petite frimousse disparaitre derrière le dossier qui paraissait immense pour cette so little girl... Elle avait probablement déjà oublié sa première question ou plutôt le fait de se rappeler qu'elle était toute seule ici la préoccupait bien davantage que de savoir ce qu'il faisait dans l'internat.
« Madame Midnight m'a dit que je pouvais pas bouger... Vous savez quand Monsieur Aizawa et ses élèves reviennent ? demanda-t-elle tristement.
-A mon avis tu ne les verras pas avant une bonne heure… », répondit Hizashi en tentant de dissimuler son trouble à cette question.
Il entendit la petite fille soupirer derrière le dossier du fauteuil. Il pouvait voir son petit bras sur l'accoudoir et devina son expression d'ennui quand elle dit :
« Je sais pas quoi faire…
-Tu n'as pas des jouets ou de quoi dessiner ? », demanda-t-il
La petite fille soupira encore et répondit à voix basse:
« J'aime pas trop les jouets… Et j'ai déjà beaucoup dessiné… »
Hizashi se demanda comment une petite fille pouvait ne pas aimer les jouets. Il vit aussi le petit tas de feuilles sur la table basse et en déduit qu'il devait s'agir des nombreuses œuvres d'Eri.
« Mirio n'est pas là ?
-Non… Il est en voyage… »
Hizashi se souvint en effet que le jeune homme était parti visiter de la famille au sud du Japon et ne reviendrait que la semaine prochaine. Au ton de la voix de la petite fille, il devina que ce n'était pas tant l'ennui qui envahissait Eri comme elle l'avait prétendu auparavant mais plutôt un sentiment d'abandon. Elle n'était pas incommodée par le fait de ne pas savoir quoi faire. Elle avait plutôt l'impression qu'on allait l'oublier dans un coin d'un moment à l'autre. Elle se sentait seule. Hizashi comprenait ça et c'est probablement pourquoi cette phrase lui échappa :
« Well, on pourrait faire quelque chose ensemble ? »
Le visage de la petite fille réémergea du dossier et dit d'une voix forte:
« Vous connaissez un jeu ?
-C'est n'est pas tout à fait un jeu mais c'est censé être SUPER FUN, you see ?… »
La petite fille sauta de son fauteuil. Ses yeux disaient clairement qu'elle voulait en savoir plus.
« Tu as déjà dansé ? Demanda Hizashi.
-Dansé ? Quand les gens font « hop », « hop » sur de la musique très forte ? »
La petite fille sauta sur place avec un poing levé au ciel. Pendant un instant, Hizashi se sentit idiot de s'être demandé pourquoi Shouta passait autant de temps avec elle. Oh my god... Elle était juste trop cute. Cependant, il se ravisa en mettant en doute le fait que Shouta puisse être sensible à ce genre de choses.
« Alors, euh… Oui il y a de ça mais je voyais quelque chose d'un peu plus complexe et de moins répétitif. »
Eri arrêta de sauter et le regarda avec des yeux curieux.
« On va faire ça dans l'espace derrière les fauteuils, continua Hizashi. Je vais mettre de la musique et tu vas suivre mes mouvements. »
La petite fille acquiesça. Elle alla très impatiente à l'endroit qu'on lui indiquait et l'attendit en sautillant sur place comme si c'était sa façon de se préparer. Hizashi brancha son téléphone sur l'enceinte de la salle commune et choisit la musique sans y même hésiter car il connaissait la parfaite chanson pour ce qu'il voulait faire. La batterie et le synthétiseur envahirent la pièce, alors qu'il la rejoignait.
« Mets-toi en face de moi. Tu vas voir, c'est easy. On commence avec un pas à gauche et un pas à droite, you see ? »
La petite fille s'exécuta immédiatement et fit un pas à droite, ramena son pied gauche et repartit dans l'autre sens. Hizashi garda pour lui le fait qu'elle faisait ça encore de façon hyper cute.
« Et balance un peu les épaules », ajouta-t-il
Et elle était encore plus adorable en bougeant comme ça. Le chanteur qu'Hizashi adorait commença alors les premiers phrases du couplet et ce dernier ce sentit vibrer comme une enceinte. This guy... Il était tellement fan de lui. S'il portait des lunettes de couleur, c'était entre autres parce que ce chanteur le faisait aussi. Ah, et il aimait tellement cette chanson !
…You could never know what it's like…
« Tu balances les bras. », dit Hizashi
Eri était concentrée mais elle avait l'air quand même de s'amuser. Hizashi complexifia un peu le pas :
…Your blood like winter freezes just like ice…
« Et maintenant tu avances et tu recules, en faisant les mêmes gestes. »
Elle le fit immédiatement. C'est fou comme elle se débrouillait vraiment bien.
…And there's a cold lonely light that shines from you…
« Et on part à gauche pour trois pas. »
Elle le suivit sans problème et ne rata pas la prochaine instruction d'Hizashi :
« Et lève les bras ! »
Hizashi fut impressionné de la réactivité de la petite fille qui ne se laissait absolument pas surprendre. Elle n'était même pas maladroite.
…You'll wind up like the wreck you hide…
« Et puis à droite. La même chose ! »
La petite fille suivait bien le rythme et bougeait même son petit bras pour battre la mesure comme le faisait Hizashi. Et sur les paroles Behind that mask you use, il lui dit joyeusement:
« Et Là tu fais un soleil avec tes bras ! Et on recommence tout ! AGAIN ! »
Et alors que la deuxième partie du couplet commençait, toujours sur le même rythme, ils recommencèrent tous les pas. Ensuite, la montée vers le refrain arriva juste après. Hizashi espérait que la petite fille pourrait encore suivre et qu'elle ne serait pas trop fatigué.
Don't you know I'M STILL STANDING better than I ever did, Looking like a true survivor, feeling like a little kid.
« Et maintenant glissade et tend les bras. Tu tournes sur toi-même. »
Eri parvint presque à le faire parfaitement. Elle était vraiment douée. Hizashi manqua de lui donner l'instruction suivante, tant ça le fascinait. Il avait aussi du mal à se retenir de chanter, ce qui le déconcentrait un peu:
« Et maintenant glissade de l'autre côté ! I'M STILL STANDING after all this time. Et tu tournes sur toi-même en sautant …Picking up the pieces of my life without you ON MY MIND… »
Là, c'était le refrain et Hizashi leva les bras en bras, ce qui fit immédiatement Eri sans avoir eu besoin qu'on le lui dise (heureusement car Hizashi avait oublié sur ce coup-ci).
« Vas-y Eri chante avec moi ! I'M STILL STANDING ! YEAH YEAH YEAH ! »
- Yeah, yeah, yeah ! », chanta la petite fille qui imita Hizashi en ramenant les coude vers elle, exactement comme lui le faisait.
Le deuxième couplet débutta directement sur « …Once I never could hope to win… ».
« Et on recommence TOUT ! », clama alors Hizashi.
La petite fille tapa des pieds de plaisir et s'appliqua encore plus sur les pas. Hizashi aimait vraiment la voir bouger de cette façon. C'était quand même bien différent du dessin ou de la dinette ! Il la trouva encore plus cute (oui, c'était possible) quand elle chanta encore plus fort le refrain. Juste après vint le solo de guitare électrique qui annonçait la fin de la chanson.
« Et là on fait quoi, demanda Eri qui commençait à être essoufflée… »
« Ce que tu veux ! IMPROVISE ! Tu peux tourner sur toi-même très très vite, dit Hizashi en tournant sur lui-même sur une jambe. »
Eri essaya à ton tour mais perdit presque l'équilibre après un demi-tour.
« J'arrive pas, dit-elle sur un ton très frustré.
-WAIT ! Je vais t'aider », dit Hizashi
Alors qu'il allait lui prendre la main pour l'aider à tourner sur elle-même, la petite fille recula brusquement, perdit l'équilibre pour de bon et tomba sur les fesses. Hizashi alla rapidement éteindre la musique et revint près de Eri qui était toujours assise.
« Ça va Eri ? C'était peut-être un peu trop de mouvement pour toi…
- Non, c'est pas ça. Désolé… C'est juste que...
La petite fille hésita et puis avoua en soupirant:
«...que j'ai toujours l'impression que c'est dangereux de toucher mes mains… »
Hizashi connaissait le problème d'Alter d'Eri car le proviseur Nezu l'avait évoqué lors de la réunion qui avait informa les professeurs de l'hébergement de la petite fille dans l'internat de UA. Il s'en voulut de ne pas y avoir réfléchi (en vérité, il avait complètement oublié) et réalisa que sans le vouloir, il avait mis mal à l'aise Eri. Oh God, what a moron... Il se sentit vraiment mal.
« Oh, je suis désolé Eri, j'aurais dû te demander si je pouvais te toucher, dit-il rapidement.
-C'est pas grave… Je me suis bien amusée », dit-elle en souriant.
Hizashi voyait cependant qu'elle était non seulement essoufflée mais vraisemblablement encore très nerveuse concernant la situation qui venait de se produire. A quoi pensait-elle au juste alors qu'elle fixait le sol en essayant de contrôler sa respiration ?
« On va faire autre chose. », dit calmement Hizashi.
La petite fille releva la tête. Elle semblait assez réceptive à toute activité qui la sortirait de son état actuel.
« Allonge toi. »
Eri se laissa tomber en arrière et s'allongea sur la moquette. Ses grands yeux scrutaient le plafond. Hizashi fit de même et s'installa juste à côté d'elle.
« Tu respires par le nez et tu expires par la bouche. »
Il entendit la respiration de la petite fille. Il aurait voulu pouvoir faire autre chose pour la rassurer comme la serrer contre lui mais il devait réprimer cette envie même si elle partait d'un bon sentiment.
« Mets tes mains devant ton visage », dit-il.
La petite fille ne posa pas de questions et mit ses petites mains devant son nez. Hizashi se retint de penser que c'était trop mignon, il avait décidemment dépassé son quota à ce sujet.
« Et puis mets le pouce de ta main droite sur le petit doigt de ta main gauche. Et puis tu tournes tes mains pour que ce soit le pouce de ta main gauche qui touche celui de ta main droite. »
La petite fille applique les instructions d'Hizashi et s'exclama aussitôt :
« On dirait que mes mains montent. »
Hizashi sourit en entendant la voix d'Eri qui était redevenue un peu plus joyeuse. Il continua:
« Et quand tu arrives en haut, tu tournes tes mains dans l'autre sens et là tu redescends. Et puis tu remontes dès que tu arrives en bas.
-C'est rigolo… C'est quoi comme jeu ? Dit Eri, peu sûre d'elle.
-En fait il y a une chanson qui va avec. C'est une araignée qui monte une gouttière et puis elle tombe à cause de la pluie, you see ? »
En prononçant ces mots Hizashi se souvint de la voix de sa mère qui chantait cette comptine : « The itsy-bitsy spider... Climbed up the water spout... Down came the rain... And washed the spider out… » Elle voulait ainsi calmer sa peur des araignées et des insectes... Hizashi n'avait jamais beaucoup aimé ces bêtes-là. L'entomophobie l'avait en effet hanté très tôt. La simple vue d'un scarabée ou d'une fourmi lui faisait éprouver une peur viscérale... Il ne pouvait l'expiquer. C'était comme si ces êtres faisaient partie d'un monde étrange, si petit, si imprévisible. Ils rampaient, grouillaient par centaines, volaient de façon désordonnée, piquaient et mordaient par surprise durant les gestes les plus anodins. Il se sentait suffoqué quand l'une de ces créatures s'aventuraient trop près de lui. Elles pouvaient s'immiscer dans ses draps, toucher son épaule, vriller autour du visage. ces abeilles n'avaient aucun scrupule, ces araignées aucune morale, ces scarabées aucune pitié. Cette petite comptine résidait en lui autant que les reproches de la voix puissante de cet homme qui revenait toujours en uniforme du travail et dont la présence l'étouffait. Sa main qui saisissait sans prévenir son épaule, son souffle tout près de son visage et surtout, cette voix forte et imprévisible dont la colère pouvait le surprendre dans les moments les plus normaux de la journée. Sans indulgence, sans bonté, sans pitié. Et lui était balayé comme un insecte par le vent et la pluie. Mais la voix d'Eri le sortit brutalement de ses souvenirs :
« Et après ?
-Quoi après ?
-Qu'est-ce qui arrive à l'araignée après qu'elle soit tombée ? »
Hizashi ferma les yeux pour se rappeler de la suite de la chanson. Il entendit à nouveau la voix de Shirley Yamada : Out came the sun. And dried up all the rain. And the itsy-bitsy spider. Climbed up the spout again.
« Le soleil chasse la pluie et sèche la gouttière. Alors l'araignée la grimpe à nouveau. », dit-il simplement.
La petite fille aquiesca et eut envie de rajouter quelque chose mais une voix familière résonna dans la pièce :
« Mais qu'est-ce que vous faites tous les deux ? »
Hizashi se redressa et vit Midnight s'approcher d'eux avec un grand sourire et un sac en plastique qui devait certainement contenir de quoi manger étant donné l'odeur qui en émanait.
« On fait monter et descendre une araignée ! » dit Eri avec enthousiasme.
Eri se releva et se précipita vers Midnight pour jeter un œil dans le sac et sautilla de joie quand la femme lui confirma que c'était bien pour elle. Hizashi profita de l'occasion pour tenter une sortie :
« Je vais vous laisser toutes les deux, dit-il.
-Tu peux rester, tu sais… En plus Shouta va arriver…, répondit immédiatement Midnight sans détourner du regard d'Eri.
-Monsieur Aizawa est bientôt là ? l'interrompit Eri.
-Il devrait arriver dans une demi-heure tout au plus, lui dit la belle héroïne.
Un frisson parcourut l'échine d'Hizashi, en entendant ce qui en réalité était évident. Il était resté bien plus longtemps que d'habitude dans l'internat. Par conséquent, il allait fatalement croiser Shouta s'il s'y attardait davantage. La petite fille sauta de joie et s'exclama:
« Vous pensez qu'il aura le temps de se promener avec moi ?
-Tu devras lui demander, répondit Midnight avec malice, mais je crois que tu auras de bons arguments pour qu'il accepte. »
Hizashi avait envie de fuir mais il allait pour la deuxième fois devoir se défiler et en plus, mentir à Nemuri. Ça le mettait mal à l'aise mais avouer sa situation le remplissait d'un mélange encore plus désagréable de tristesse, de ressentiment et de honte.
« Yeah, c'est vrai, il est presque midi. Je vais aller à la salle des professeurs corriger quelques copies… Mais je suis tellement à la bourre… Et si je peux je reviens plus tard. BYE BYE ! »
-Comme tu veux. », répondit Midnight sans rien ajouter de plus.
Il fut soulagé que Midnight ne lui pose pas de questions mais sentit qu'elle avait quand même quelques soupçons, étant donné son ton légèrement agacé. La présence de la petite Eri devait jouer un grand rôle dans son manque de curiosité. Il se releva et s'apprêta à partir quand la petite voix d'Eri l'interpalla :
« Attendez, ne partez pas tout de suite Monsieur Yamada. »
Une tension envahit le corps d'Hizashi. Il voulait quitter les lieux au plus vite mais il était évidemment hors de question d'être rude avec la petite fille. Il se retourna et vit Eri se précipiter vers un petit sac bleu sur la table du salon pour en sortir un petit lecteur MP3 avec des écouteurs.
« Mademoiselle Momo m'a offert ça pour que je mette des chansons dessus… Mais je ne sais pas comment faire, ni quoi choisir… Vous pourriez m'en mettre ? Un peu comme sur celle sur laquelle on a dansé mais aussi des chansons plus douces comme… comme… comme...euh, Je veux dire des chansons qui font ça... yu sii ? »
La petite fille croisa les bras sur sa poitrine et se balança d'un côté à l'autre de façon lente. Bon, là c'était décidé, il fallait qu'il l'adopte. Empêchant son cerveau d'exploser, Hizashi prit le petit lecteur MP3 que la petite fille lui tendait avec les écouteurs, même s'il n'en avait pas besoin.
« I see.. NO PROBLEM ! Mais… Je le ferai demain car je travaille ce soir. Et j'essaierai de te trouver jeudi ou vendredi pour te le donner. », dit-il avec enthousiasme.
Il partit immédiatement après, en essayant de ne pas avoir l'air de fuir mais se dépêcha de regagner le bâtiment principal de UA dès qu'il fut hors de l'internat. Il alla dans la salle des professeurs prendre ses affaires et les interrogations de la veille et se éfugia dans une classe au hasard pour manger et corriger. Il savait bien qu'il ne pourrait pas éviter Shouta perpétuellement et cacher ainsi la situation à Nemuri. Cette dernière se rendait bien compte qu'il y avat un problème. Interrogeait-elle Shouta de la même façon ? Et Shouta, se confiait-elle à elle ? Il se plongea dans la correction de l'interrogation de la classe 1-B pour ne plus y penser, ce qui fonctionna car ces dernières était pleine d'informations croustillantes. Pris au dépourvu, les élèves étaient particulièrement sincères sur leurs actions. Il apprit ainsi que Tetsutetsu sortait avec Itsuka, que Pony avait passé le dimanche après-midi avec Monoma et dissimulait son béguin pour lui (elle avait sûrement écrit ça pour pouvoir utiliser le verbe irrégulier hide mais ça devait être vrai vu les petits regards qu'elle pouvait lancer au garçon blond). Le Monoma en question ne semblait pas intéressé car il raconta qu'après avoir vu son amie Pony, il avait vu un couple s'embrasser devant un cinéma et que cela avait brisé son cœur (utilisation intéressante de break mais qu'Hizashi aurait préféré voir dans un autre contexte). Deux autres élèves avouèrent qu'ils avaient vu leur professeur titulaire Vlad King avec une très jolie fille et qu'ils l'avaient suivi pendant deux heures, trop heureux de pouvoir utiliser le verbe see et creep pour raconter comment ils avaient rampé sous un buisson. Hizashi se demanda s'il devait le dire à son collègue mais décida de finalement garder pour l'instant l'information pour lui. Il trouverait sûrement un moment opportun pour la révéler. La moyenne finale de la classe était plus élevée que celle de la 1-A. Le niveau était également plus homogène. Tout cela balaya un instant la chanson triste qui résonnait dans son cœur pour s'approcher d'une musique un peu plus gaie, proche du générique de Pretty Little Liars.
Les cours d'anglais donné aux deux classes des sections Générales qu'ils devait encadrer auraient dû être passionnant car les élèves apprenaient comme ceux des sections Héroïque la façon de communiquer par radio. Hizashi utilisait ce thème pour commencer à pousser les élèves à utiliser les différentes conjugaisons et aborder le vocabulaire lié aux transports et à la communication. Il adorait donner ce thème. Mais plusieurs choses l'incommodèrent. Tout d'abord, les élèves semblaient s'ennuyer, malgré toute la motivation qu'il mettait à donner cours. Bon, ce n'était pas la première fois que ça arrivait car ils avaient vraiment du mal à comprendre à quoi ça pouvait bien servir de savoir parler dans un talkie quand on avait un téléphone portable... Comment pouvait-il les intéresser davantage ?
Ensuite et ça c'était vraiment le pire, il ne put s'empêcher d'être agacé par la présence de Shinso Hitoshi au premier rang quand il donna cours à la 1-C. En effet, il avait parfaitement conscience de l'intérêt que lui portait Shouta et savait bien que celui-ci l'entraînait pour qu'il puisse accéder à la section Héroïque. Ça ne le dérangeait pas. Il respectait bien évidemment les efforts de Shouta qui voyait du potentiel dans le jeune homme et comprenait que l'aider comptait beaucoup pour lui. Il savait aussi, même s'il le niait, que son compagnon se projetait sur ce jeune homme. Shinso Hitoshi était un garçon fermé sur lui-même et désespéré à l'idée que son alter ne puisse jamais sauver personne malgré sa volonté d'être un héros professionnel. Hizashi se souvenait très bien du Shouta qu'il avait connu à UA et les similitudes avec ce garçon de la section Générale était pour lui évidentes. Et contrairement à ce qu'avait dit son compagnon sur le fait qu'il exagérait un peu, Hizashi savait ce qu'il disait. Ce Shouta solitaire et renfermé dont l'existence était niée par le principale intéressé, c'était celui qu'Hizashi avait aimé dès sa première année à UA. C'était aussi celui qui passait encore de temps en temps sur le visage de son compagnon quand il partait le soir pour faire son travail nocturne. Hizashi connaissait bien cette angoisse que Shouta avait de ne pas être à la hauteur pour protéger les autres. Il craignait de ne pas être assez fort. C'était peut-être cela qui empoisonnait aujourd'hui leur couple.
Shinso Hitoshi n'avait évidemment rien à voir avec les problèmes que traversait sa relation avec Shouta mais Hizashi ne pouvait s'empêcher de voir en lui une personne supplémentaire qui avait ce privilège de passer du temps avec son compagnon, bien plus qu'il ne le pouvait. Ainsi, même si c'était peut-être un peu mesquin, le désigner pour lire tout un petit paragraphe de texte alors qu'il savait son accent parfaitement lamentable avait l'avantage de lui faire un peu de bien.
Après la dernière heure de cours, il quitta UA et se dirigea vers le lieu de rendez-vous de sa patrouille qui durerait jusqu'à 3h du matin. C'était un rendez-vous hebdomadaire qu'il avait appris à apprécier ces derniers temps alors qu'il n'était clairement pas du genre à s'accommoder au travail de nuit comme Shouta pouvait le faire. Cependant, cette soirée lui évitait ces derniers temps ce sentiment de solitude quand il constatait que son compagnon n'était encore une fois pas rentré.
De plus, les héros qui l'accompagnaient étaient du genre à juste parler de banalités comme la pluie, le beau temps, leur couple et les informations du jour, juste des conversations ordinaires loin des disputes ou des silences embarrassés de la veille. Et quand Hizashi n'avait rien à dire (ce qui était rare), il pouvait laisser son esprit se remplir de leur voix qui continuait à se mélanger aux bruits de la ville. Alors qu'ils faisaient une pause, Hizashi repensa au moment qu'il avait passé avec Eri. Pourquoi Shouta était si silencieux à son sujet ? Elle avait l'air si heureuse quand Midnight lui avait dit qu'il viendrait bientôt. Ce n'était pas anodin. Il avait clairement vu cette lueur dans les yeux de la petite fille quand elle avait prononcé son nom. Ce regard n'avait rien à voir avec sa joie quand il lui avait appris une chorégraphie. Elle n'était pas simplement heureuse de voir « Monsieur Aizawa » et d'aller éventuellement se promener avec lui. Dans les yeux de cette petite fille, il y avait de l'amour. Quand il allait donner ses cours, « Monsieur Aizawa » manquait à cette petite fille. Quand il s'absentait, elle se sentait seule.
Hizashi était très curieux de connaitre le point de vue de Shouta. Était-il impatient de retrouver Eri et de passer du temps avec elle ? Ou était-ce une tâche à laquelle il s'était accommodé sans trop s'y investir émotionnellement ? Les relations à sens unique était le fort de Shouta mais Hizashi ne croyait pas vraiment à sa seconde hypothèse. Il ne lisait pas dans les pensées de Shouta (si ça avait été le cas, ils seraient ensemble depuis leur première année à UA) mais il le connaissait. Il n'aurait pas laissé de tels sentiments se développer chez cette gamine si ça n'avait pas été un peu réciproque. Il ne s'attendait pas à une petite lueur dans ses yeux comme il avait pu le voir dans ceux d'Eri (on parlait de Shouta quand même) mais il pouvait deviner qu'il devait avoir une certaine affection pour elle. On en revenait donc au problème : « Pourquoi Shouta ne lui parlait pas de la petite Eri ? ». C'était pour Hizashi incompréhensible...
Mais il y avait pire. Il restait encore quelque chose qu'il ne pouvait retirer de son esprit en pensant à Eri. Cette petite fille qui adorait profondément Shouta Aizawa... ne savait pas qui était Hizashi Yamada. Quand elle l'avait surpris dans l'internat, elle l'avait regardé comme un étranger. Elle ne le connaissait pas. Elle avait même levé un sourcil en acquiesçant alors qu'il lui disait qu'ils habitaient ensemble, comme si c'était une information étonnante. Probablement parce qu'elle voyait souvent à l'internat. Si Shouta en venait à ne pas lui parler d'Eri, c'était que quelque chose ne fonctionnait pas dans leur relation.
Sur cette pensée, il se dit qu'il fallait arrêter de brosser un portrait aussi noir de son couple. Les choses étaient difficiles en ce moment mais ce n'est cela qui devait effacer les moments agréables. Alors que la patrouille faisait une pause, il se souvint de cette soirée où Shouta s'était penché pour l'embrasser. Il se rappela aussi de cet instant où il lui avait murmuré « Je t'aime » et comment Hizashi s'était retenu de lui répondre quelque chose de super creepy « Moi aussi et depuis toujours ! A la seconde où je t'ai vu, j'ai souhaité qu'on ne quitte jamais. » (ce qui l'aurait sûrement effrayé). Il se souvint du jour où Shouta lui avait proposé d'habiter définitivement ensemble et de cette matinée où ils avaient visité l'appartement que son compagnon avait repéré. Il se rappela de jour de pluie où Shouta avait ramené Wilco à la maison. Il se souvint du moment où ils avaient commencé à travailler à UA (heureusement que Midnight était parvenue à le convaincre, d'ailleurs) et que Shouta avait instauré le jeudi où ils se retrouveraient à chaque fois. Il adorait d'ailleurs recevoir le message de Shouta qui lui disait qu'il avait terminé ses cours et qu'il le rejoignait, cela même s'ils étaient en froid.
Et là, alors que la pause se terminait, Hizashi réalisait qu'il y avait peut-être un problème dans cette histoire qu'il se racontait.
La suite au Chapitre 3 ! Merci de m'avoire lue et n'hésitez pas à me donner votre avis !
