Et voilà le chapitre 4 ! J'espère qu'il vous plaira.
Chapitre 4 : Vendredi
Hizashi se réveilla avec grande difficulté. La nuit avait été mauvaise. Il avait assez peu dormi. Sa tête était lourde. Cependant, ce n'était vraiment pas le jour où il pouvait traîner au lit car il avait beaucoup à faire pour son cours destiné à la section Héroïque. Aujourd'hui, c'était le D-day. Cette idée de jeu devait absolument se concrétiser. Il ne savait pas bien pourquoi il y tenait autant mais à ses yeux, ça ne pouvait attendre. Alors qu'au contraire... Cela pouvait attendre. Hizashi pouvait sans problème plutôt le faire lundi et ainsi avoir encore deux jours pour bien y réfléchir. Mais rien à faire, il était bien déterminé à mener à bien son projet. Il passa ainsi à la première heure chez Power Loader qui lui tendit très joyeusement une caisse de matériel contenant les talkie-walkie, le récepteur central et les petites mines sonores. Hizashi interpréta cela comme un signe et respira un bon coup en prenant la caisse. Everything will be fine.
Il fallait à présent choisir l'endroit. Hizashi se rendit rapidement à la salle des professeurs et regarda la liste des terrains libres. En fait, ils l'étaient tous. Son regard parcourut la liste et s'arrêta sur le terrain H-08... C'était celui où les premières années s'entraînaient plus souvent pour élaborer leurs coups spéciaux. Ils y réalisaient également des courses d'obstacles. Cementos construisait ainsi chaque semaine un nouveau décor sur base d'un plan fourni par Vlad King. Hizashi vit d'ailleurs ce fameux plan sur le bureau désordonné de Vlad et y jeta un œil. Il était grand et très détaillé. Hizashi se demanda même d'où pouvait bien provenir les compétences de son collègue qui n'avait pas du tout l'allure qu'on prêterait à un architecte. Le paysage était fait de nombreux murs dispersés un peu partout, des monticules, des escaliers, etc. C'était vraiment ce qu'il lui fallait. Juste perfect. Et sur le panneau d'affichage, le terrain était libre. However...
Il y avait en effet un "mais". Hizashi savait que Vlad King et Shouta venaient eux-mêmes travailler sur ce terrain tous les vendredis matin afin de préparer les activités de la semaine. Au début, ils l'indiquaient systématiquement sur le tableau d'affichage mais au fil des semaines, ils avaient fini par perdre cette bonne habitude, probablement parce qu'il était rare que les terrains soient utilisés le matin. En effet, les matinées à UA étaient réservées la plupart du temps aux cours obligatoires qui n'ont en général pas besoin de cette infrastructure. Et aujourd'hui, il semblait qu'ils aient encore oublié malgré le rappel de Nezu mercredi...
Hizashi regarda son téléphone et constata encore qu'il n'avait ni messages, ni appels en absence de son compagnon. Le terrain revient à la personne qui l'a officiellement réservé. C'était ce qu'avait dit le principal... Mais il hésitait encore. Il baissa à nouveau les yeux sur son écran sans notification. Finalement, il compléta le tableau d'affichage et réserva le terrain, en scannant son badge. Son nom s'afficha à côté de "H-08" pour toute la matinée. Puis il prit le plan de Vlad, le photocopia et se rendit immédiatement au terrain pour commencer à installer son matériel. Il avait une heure et demi devant lui. Il ne fallait pas traîner.
Le jeu, the game était simple. L'objectif était de récupérer des blessés (huit au total) sur un terrain miné. Hizashi avait prévu cinq équipes de quatre élèves (Alpha, Beta, Charlie, Delta, Echo (*)). Deux membres du groupe seraient sur le terrain (nommés Alpha-one et Alpha-two pour l'équipe Alpha, Beta-one et Beta-two pour l'équipe Beta, etc.) alors que les deux autres resteraient dans les "bases" situées dans les vestiaires et les toilettes. Ces deux élèves formeraient ainsi le Capcom (**) de l'équipe et auraient accès à la carte montrant l'emplacement des mines et des blessés mais ne pourraient sortir à l'extérieur. Les deux autres élèves seraient dehors mais sans la carte et donc sans connaître ni l'emplacement des mines, ni la localisation des blessés et devraient donc ramener le plus de victimes possibles hors de la zone dangereuse avec l'aide du Capcom. Il y aurait disqualification en cas d'activation de mines, utilisation de son Alter ou manque de pratique de l'anglais (car oui, tout devait se faire in english bien évidemment).
Hizashi commença par régler toutes les fréquences des talkies et en attribua deux par équipe. Il programma son récepteur pour que ses canaux passent alternativement sur une fréquence toutes les 5 secondes afin de pouvoir entendre toutes les équipes et les corriger. Il intégra également la fréquence d'aide qui serait accessible à tous et permettrait de demander des mots de vocabulaire. Il alla ensuite répartir sur l'ensemble du terrain huit mannequins servant habituellement aux exercices de réanimation et disponibles dans la remise de la salle et nota leur position sur la carte qu'il avait photocopié. Il fut très satisfait du résultat car le plan était suffisamment grand pour faire les choses précisément. Il fit de même avec les mines. Ce fut très simple de les dissimuler car le sol était toujours recouvert d'une couche de sable afin d'amortir les chutes. Il nota également l'emplacement des mines sur le plan et retourna en vitesse à la salle des professeurs pour photocopier la carte complétée et la fiche des consignes pour tous les élèves. Il s'occupa aussi de la composition des équipes de la 1-A et répartit les élèves sans réfléchir de la façon suivante:
Equipe Alpha: Yaoyorozu, Fumikage, Uraraka, Asui
Equipe Beta: Kaminari, Kirishima, Bakugo, Sero
Equipe Charlie: Jiro, Aoyama, Ashido, Hagakure
Equipe Delta: Iida, Shoji, Midoryia, Todoroki
Equipe Echo: Ojiro, Sato, Mineta, Koda
Les deux premiers noms de chaque équipe seraient le Capcom. Il fit de même avec la classe 1-B. L'heure commençaient à tourner. Hurry ! Il revint ensuite directement au terrain et déposa une carte dans les quatre vestiaires et une toilette du Capcom. C'était vraiment dommage qu'il n'y ait que quatre vestiaires. Une toilette pour l'équipe Echo n'était pas du tout l'endroit idéal. Never mind. Il trouverait autre chose pour la prochaine fois.
Le temps passait bien trop vite mais tout était prêt. Enfin, almost ! Il manquait ses Dear Listeners ! En se rendant au local des 1-A, Hizashi pensa qu'aujourd'hui, il se ficherait bien de l'avis de Shouta et qu'il était hors de question de passer une journée pourrie de plus à cause de lui. Cela faisait une semaine qu'il n'était plus lui-même et il était temps que ça cesse. Il entra de façon remarquable dans la classe des 1-A :
« Hello Listeners ! J'espère que vous êtes prêts pour un super JEU ! Mais avant de commencer j'ai corrigé vos interrogations et je n'ai pas été trop sévère. Vous avez 5 minutes pour les regarder ! »
Il les distribua rapidement. Il y eut des mines réjouies, d'autres soulagées, d'autres désespérées... Certains firent des photos de leur copies avant qu'Hizashi ne les reprennent.
« Ok ! Super ! Aujourd'hui, on va appliquer tout ce qu'on a vu sur la communication radio ! Laissez vos affaires ici et suivez-moi ! »
Les élèves furent assez étonnés mais le suivirent sans poser de questions jusqu'au terrain H-08, avec appréhension. Très fier de son petit effet, Hizashi se tourna vers eux de façon solennelle.
« Dear Listeners ! Aujourd'hui, vous êtes des soldats de l'OTAN et voici votre ordre de mission ! Lisez et dépéchez-vous ! », dit Hizashi en distribuant l'énoncé et la composition des équipes sans laisser le temps à Yaoyorozu et IIda de préciser que l'OTAN n'existait plus.
Tous lurent la feuille très attentivement et se réunirent en équipe dès qu'ils eurent terminés. Hizashi leur distribua les talkie-walkie. Les élèves destinés au Capcom se rendirent à leurs locaux où ils trouvèrent la carte et Hizashi positionna les élèves destinés au terrain sans oublier de leur préciser leur position initiale afin que leurs équipiers puissent les localiser au début. Dès que ce fut fait, Hizashi se rendit sur la passerelle du terrain où il avait une vue d'ensemble, alluma son récepteur et son talkie et donna le départ du jeu:
« YEAH, C'est PARTI ! GOOD LUCK ! »
Il commença directement à écouter les conversations. Sans surprise, il tomba immédiatement sur l'équipe Alpha:
« Capcom, this Alpha-one, dit la voix d'Uraraka, Radio check. over.
- Alpha-one. This is Capcom, répondit Yaoyorozu. I read you 5 by 5, over.
- Capcom, roger, over. »
Les deux jeunes filles faisaient cela parfaitement et de leur côté Asui et Fumikage ne déméritaient pas non plus d'ailleurs. Le récepteur changea d'équipe automatiquement et passa à l'équipe Beta dont l'un des membres fit cracher les baffles:
« CAPCOM ! THIS BETA-ONE TELL ME WHERE I HAVE TO GO ! FAST ! OVER !
-Beta-one... or two, we do au plus vite, répondit la voix de Kaminari. Alors stop gueuler in the talkie please. Bakugo... Putain, mec on entend même à travers la porte. Over.
-ENGLISH, Kaminari ! dit immédiatement Hizashi en s'immiscqnt dans la conversation.
-Oh euh, yes, Sorry. Present Mic, répondit le garçon, surpris d'être pris en flagrant délit.
-Et arrête de crier dans le talkie, Bakugo. Ça nuit à la communication. », ajouta Hizashi également à l'attention de l'autre garçon qu'il entendait fulminer à l'autre bout de la ligne.
Le récepteur passa à l'équipe suivante et révéla la voix d'une Ashido, morte de rire.
« Capcom. This is Charlie-one. Mayday, mayday, mayday. Katsuki in the place. Over.
-Ahaha, Charlie-one, répondit Jiro, go straight. Over. »
Il ne put en écouter d'avantage car la fréquence d'aide s'activa et Sero de l'équipe Beta s'adressa à lui.
« Present Mic ? This Beta-two from team Beta.
-What's up Beta-two ? Vous avez besoin d'un mot de vocabulaire ?
-Je me demandais si l'expression "Arrête de nous casser les couilles" avait un équivalent en anglais ? dit le garçon.
-Alors, la réponse est oui mais je vous conseille de plutôt régler vos différents rapidement. »
Hizashi ferma la fréquence d'aide et écouta brièvement l'équipe Delta où il n'entendit rien de particulièrement intéressant. Le récepteur passa à l'équipe Echo où Ojiro donnait des indications à Mineta.
« Echo-two ! Be careful. There is a mine at your 3 o'clock.
-MAIS POURQUOI VOUS ME DITES L'HEURE ?», brailla Mineta dans le talkie.
Juste après une détonation très bruyante se fit entendre. Hizahi regarda vers l'origine du bruit et constata l'œuvre de la sélection naturelle. Il aperçut un petit panache de fumée ainsi que Mineta un peu sonné allongé à côté.
« MINETA, SORRY MY BOY TU ES DISQUALIFIE ! DEAR LISTENERS ! FAITES ATTENTION AUX MINES ! GUIDEZ BIEN VOS COEQUIPIERS ! »
L'incident ramena au bon souvenir des élèves l'importance d'éviter les mines et Hizashi sentit une tension s'installer dans les communications. Il continua de passer de fréquence en fréquences, corrigeant les fautes qu'il entendait. Alors qu'il allait intervenir dans une conversation de l'équipe Alpha, quelqu'un l'interrompit :
« Mais qu'est-ce que tu fiches ici ? »
Hizashi se retourna. C'était Vlad. Il lui répondit calmement :
« Hello, Vlad. Je donne cours... »
Alors que Vlad allait répondre une voix forte bien connue retentit :
« JE VAIS TE TUER DEKU ! T'ES UN HOMME MORT ! »
Selon toute vraisemblance, le jeune Midoriya avait trouvé le mannequin que convoitait Bakugo et s'en était emparé. Hizashi le vit d'ailleurs déguerpir et passer un mur. Il attrapa son talkie, détournant son attention de son collègue, et le régla sur la fréquence de l'équipe Beta.
« Les menaces de mort sont aussi censées être en ANGLAIS, BAKUGO ! », dit-il d'une voix forte, faisant cracher les baffles.
Il y eu un petit silence.
« Sorry. Over. », fit Bakugo.
Et après encore un deuxième petit silence, Hizashi entendit à nouveau la voix du garçon :
« I WILL KILL YOU DEKU ! YOU'RE DEAD MAN ! »
C'était bien mieux comme ça, non mais... Il ne put se réjouir bien longtemps car Vlad n'était toujours pas parti et semblait bien déterminé à lui demander des comptes. Comptes qu'Hizashi ne lui rendraient certainement pas.
« Mais qu'est-ce que c'est que ce cirque ?, dit-il avec agacement.
-Un exercice sur la communication radio. J'en ai parlé en réunion. Tu te souviens ?, répondit Hizashi.
-Peut-être mais tu es au courant que Shouta et moi, on doit bosser ici ?
-Selon le panneau, le terrain est libre. Alors, je l'ai réservé. »
Le visage de Vlad se figea et Hizashi sut ce qui était en train de se produire dans son esprit. Son collègue faisait sans aucun doute un flash-back... Et les paroles de Nezu lui revenaient en tête. Il réalisait son erreur et sa négligence. Cependant, il ne se démonta pas pour autant.
«Ne fais pas l'ignorant, Mic. Je travaille ici tous les vendredis avec Shouta ! On doit préparer les activités de la semaine prochaine ! Y en avait plein d'autres de libres et tu... »
L'homme s'interrompit et écarquilla les yeux vers quelque chose qui avait attiré son attention juste à côté du récepteur d'Hizashi.
«Mais attends, c'est quoi ce plan ? Tu l'as pris où ?
-J'ai photocopié celui sur ton bureau..., répondit Hizashi.
-D'accord..., dit Vlad qui contenait son énervement grandissant mais qui se maîtrisait à des fins de négociations. Bon, tu ne peux pas prendre un autre terrain pour l'heure suivante ?
-No.
-Pardon ? Tu te fiches de moi là ?
-Non pas du tout. Vlad, REMINDER : le terrain revient à celui qui l'a réservé ! Et oh SPOILER : c'est mon nom, MY NAME, sur le panneau d'affichage. Alors GET OUT, Vlad, trouve-toi un autre terrain et pense à réserver la prochaine fois ! »
Non, Hizashi n'allait pas bouger de ce terrain. Il était dans son droit. Les règles étaient les règles. Et pour une fois qu'elles lui plaisaient, il n'allait pas s'en priver. Vlad le regarda froidement de haut en bas et grommela quelque chose d'incompréhensible (probablement dans une langue étrangère). Puis il tourna les talons et descendit la passerelle. Hizashi le suivit des yeux et vit dans le même temps la porte d'entrée du terrain s'ouvrir. Shouta arrivait à son tour... Il parcourut les lieux du regard avec incompréhension et sembla chercher une explication en se tournant vers Vlad qui se dirigeait vers lui.
« Putain, toujours aussi taré... », dit Vlad qui semblait ainsi répondre à Shouta.
Taré, lui ? Hizashi fut hors de lui en entendant ça. Il mettait en œuvre l'idée qu'il avait eu et dont tout le monde (à part All Might) s'était foutu en respectant bien les règles et c'était lui le taré ?
« LE TARÉ TE DIT FOXTROT UNIFORM CHARLIE KILO ! », lui cria Hizashi, hors de lui.
Vlad laissa échapper un juron dans sa langue natale et passa à côté de Shouta dont le visage exprimait clairement la question "Mais... mais... qu'est-ce qui se passe ?". Il l'ignora et sortit en claquant la porte. Shouta se tourna à nouveau vers le terrain et puis regarda Hizashi. Finalement, il sortit à son tour pour vraisemblablement rattraper Vlad. Enervé, Hizashi retourna à son récepteur et repassa sur les fréquences pour continuer le jeu comme si rien ne s'était passé. Il tomba sur l'équipe Charlie:
« Capcom, this is Charlie-one, dit Ashido, encore morte de rire. C'est moi ou Present Mic a dit FUCK en alphabet phonétique à Vlad King ? Over.
-Charlie-one, that is correct, répondit Jiro. But speak English. Over. »
Hizashi passa immédiatement à l'équipe suivante qui ne semblait pas avoir réalisé ce qu'il venait de se produire. Il souffla. La tension retombait. Il savait qu'il était dans son droit mais. Shit... Il avait complétement pété un câble là... Il n'avait pas le droit de parler à Vlad ainsi. Mais qu'est-ce qui se passait dans sa tête ? L'équipe Beta le sortit bien vite de ses pensées.
« CAPCOM. I AM COMPLETY LOST ! WHERE IS THIS FUCKING GATE ? OVER! »
Hizashi aperçut Bakugo en train de porter un manneqin et piétinant le sable en attendant les instructions.
« Bro-one, stop talking to us like that. It does not help at all. Go to your 10 oclock. You will find the gate. Over. »
C'était Kirishima, le deuxième membre du Capcom de l'équipe Beta qui avait pris la parole, vraisemblablement lassé du caractère explosif de Bakugo. Et c'est une voix un peu différente qui reprit:
« Ok. Thank you... and I am sorry. Over. »
Hizashi regarda sa montre et réalisa qu'il était plus que temps de sonner la fin du jeu et d'aller chercher la classe suivante.
Le jeu avec la classe 1-B fut un succès également. Hizashi les trouva un peu plus efficace dans le guidage. A la fin du cours, il était bien décidé de se rendre en salle des professeurs pour reconstruire sa vie sociale, en trouvant des collègues pour manger à la cafétaria.
Il pénétra de façon tonitruante dans la salle où il trouva Cementos et Ectoplasme qui semblaient fort occupés et n'avaient pas prévu de manger tout de suite. Il sortit donc à l'extérieur à la recherche d'autres collègues et tomba sur Nemuri qui revenait d'un cours d'art avec les troisièmes années.
« Salut mon chou... ça va ? Alors, tu t'es disputé avec Vlad ?, dit-elle avec un sourire.
-Oui, un peu mais rien d'important..., répondit tout de suite Hizashi qui ne s'attendait pas du tout à cette question. Mais comment tu le sais ?
-Eh bien, continua la belle héroïne, je donnais cours et j'ai entendu des éclats de voix et... »
Nemuri prit alors un air faussement affligé.
« Et... Malgré tous mes efforts, je n'ai pas pu empêcher mes élèves d'ouvrir la fenêtre... pour écouter Vlad et Shouta se reprocher l'un l'autre de ne pas avoir réserver le terrain que tu leur as volé.
-HEY ! Je n'ai pas volé ce terrain ! », protesta immédiatement Hizashi.
Cette protestation ne résista pas une seconde au lever de sourcil de Nemuri. Et ce fut bien ridiculement qu'Hizashi campa cependant sur sa position. Elle soupira :
« Je pense que tout le monde est un peu tendu en ce moment... Mais peu importe. Je suis passé chez toi hier soir. Je voulais de parler. Mais tu n'étais pas là… »
Oh no... Nemuri avait vraiment le talent pour passer d'un sujet gênant à un autre. Hizashi ne savait vraiment pas quoi inventer sur ce coup-ci.
« Ah ce n'est pas de chance, bredouilla-t-il. Je suis rentré tard…. Et…
-J'ai parlé à ta voisine, l'interrompit-elle immédiatement. Celle qui garde ton chat. »
Hizashi se figea. Si Nemuri avait parlé avec Madame Tanaka, elle devait savoir que... Mais qu'est-ce qu'elle pourvait bien savoir, maintenant ? En lui faisant face, il ne put décrypter qu'une seule chose sur son visage : de la déception. Et il en connaissait parfaitement la raison. Il venait d'être pris en flagrant délit de mensonge. En fait, il lui avait menti à chaque fois qu'il s'était vu cette semaine. Néanmoins, son regard ne resta pas froid plus longtemps. Elle soupira en secouant la tête:
« Mon chou... On mange ensemble et tu me diras ce qu'il se passe ?
-D'accord. », répondit-il.
Ils sortirent pour aller manger à quelques rues de UA. Ils s'installèrent à une table d'un petit café où Hizashi était déjà allé avec Shouta. Juste après s'être débarrassé du choix et des commandes, Nemuri fit un vague commentaire sur le temps et là, Hizashi comprit que s'il ne parlait pas du sujet qui tue, ce serait le seul autre sujet de conversation valable. Il prit une petite inspiration et dit des mots qu'il avait vraiment eu dû mal à prononcer à voix haute cette semaine :
« J'ai des problèmes avec Shouta. »
Big issues... Après ce simple aveu, le reste vint plus facilement, les absences de Shouta de plus en plus fréquentes, sa solitude, sa sortie du dimanche soir qui s'était finie sur le canapé d'All Might, la dispute qui avait suivi, sa décision de s'éloigner de son appartement, les choses qui avaient été dites et surtout les choses qui ne l'avaient pas été, le silence radio depuis lundi et son pessimisme sur le fait que ça s'arrange... Nemuri l'écouta sans faire de commentaires et ne prit la parole que lorsqu'il eut terminé :
« Tu penses vraiment que la situation est désespérée ?, dit-elle finalement
-Honnêtement, je ne sais pas. J'aimerais que non mais peut-être que les choses sont en train de m'échapper. Rien que le fait qu'il m'ait planté jeudi... »
Alors ça, ça avait été le coup de grâce et Nemuri semblait bien s'en rendre compte:
« Tu devrais lui demander pourquoi, il n'est pas venu... Ça lui ait déjà arrivé d'oublier ?
-Euh... oui. Mais il n'a pas pu oublier ! Il m'a planté !
-Pourquoi tu te raccroches à cette version ? »
Hizashi fut destabilisé par cette remarque. Il ne se raccrochait pas à cette version mais ça ne pouvait être autre chose, no ? Alors, oui bien sûr que ça avait pu arriver que son compagnon oublie. Shouta n'était pas infaillible et lui non plus. Mais il ne voyait vraiment pas pourquoi, il aurait oublié cette semaine ! Nemuri répondit à cette question comme si elle l'avait entendu.
« Il a travaillé toute la nuit mercredi, je ne suis pas sûre de l'avoir vu se reposer. Et... je l'ai senti très préoccupé cette semaine.
-Sûrement pas à mon sujet !, répliqua Hizashi avec mauvaise humeur.
-Hizashi ! »
En disant son nom, Nemuri avait frappé un petit coup sur table, ce qui fit tomber une fourchette sur le sol et sursauter Hizashi. Elle n'était pas du genre à se mettre en colère mais ne manquait jamais de remettre les choses bien à leur place.
« Evidemment que c'est à ton sujet !, ajouta-t-elle avec fermeté.
-Il te l'a dit ?, répondit-il à voix basse.
-Non, soupira Nemuri. Mais je le sais. Toi et lui, à force... C'est comme si je vous avais fait ! »
Elle ramassa la fourchette et la reposa sur la table avant de continuer:
« Il faudrait que Shouta sache ce que tu penses et que tu connaisses aussi son point de vue.
-Je ne sais pas, répondit Hizashi, incertain. Ça n'a pas bien marché la dernière fois.
-Et ça ne fait toujours qu'un seul essai. Ne me dis pas qu'un héros abandonne au premier échec...
-Tu as peut-être raison. »
Evidemment, she was right... Ils mangèrent et Nemuri l'autorisa à parler d'autre chose, comme les élèves, les cours et les patrouilles. Hizashi évita soigneusement le sujet d'Eri qui aurait irrémédiablement conduit au sujet de Shouta mais fut heureux de relater le bon déroulement de son jeu. Quand ils eurent terminé, ils revinrent à la salle des professeurs où se trouvaient bon nombre de leurs collègues à l'exception de quelques uns comme Vlad et Shouta qui étaient déjà partis sur leur terrain d'entrainement pour que leur classe respective s'affrontent et All Might. C'était probablement mieux ainsi. Hizashi et Nemuri gagnèrent leur espace de travail qui étaient côte à côte. Il prit de l'avance sur ses cours et entreprit de rédiger la prochaine interrogation avant de finalement se décider à partir en avance pour son émission non sans dire au revoir à son amie et la remercier.
L'heure tournait. Au bout du couloir, Hizashi décida de sortir et de couper par la cour. Un bruit attira son attention sur sa gauche. Il vit alors la petite Eri faire rebondir un ballon sur le sol. Son sang ne fit qu'un tour. Eri, dans la cour ? Mais avec qui ? Sa stupéfaction ne fut que de courte durée car il se trouva idiot. Shouta donnait cours, là ! Il était stupide ou quoi ? La petite fille n'était pas seule. Snipe la surveillait, affalé sur un banc, le fusil baissé. Il le salua à peine en relevant son canon.
« Bonjour Monsieur Mic, dit la petite Eri dès qu'elle le vit en lui faisant un signe de la main.
Elle venait de l'appeler « Monsieur Mic » ? Oh... C'était pas mal du tout ça ! C'était même very cool. Qui lui avait dit qu'il préférait qu'on l'appelle Mic ? Pas lui, en tout cas. Il était content de la croiser car il avait quelque chose pour elle.
« Bonjour Eri, tu joues au ballon ?
-Oui, mais c'est pas amusant… »
Hizashi éclata de rire. Elle n'avait décidemment pas de chance avec les jeux. Mais bon, quand on avait fait connaissance avec la musique, qu'est-ce qui pouvait bien être mieux ? Il y eut un coup de vent. La petite fille qui n'avait que sa petite robe frissonna.
« Tu as une veste ?
-Non. Elle est à l'internat. »
Hizashi jeta un regard vers Snipe qui haussa les épaules, ce qui voulait clairement dire: « On m'a demandé de la surveiller pas de la couvrir. » Mais qui avait bien pu lui confier une gamine ?
« Prends un peu ma veste », dit Hizashi.
Sans même qu'elle puisse vraiment protester. Hizashi enleva sa veste et la passa sur ses petites épaules. Eri déposa la balle à terre et enfonça ses petits bras dans les manches. Hizashi replia ces dernières Jusqu'à ces poignets.. Elle avait beau être trop grande, la veste lui allait bien. Une fois de plus, Eri était... cute.
« J'ai quelque chose pour toi ! », dit-il ensuite en plongeant la main dans son sac.
Elle sauta de joie quand il en sortit le petit lecteur rouge qu'il lui tendit.
« Et mes écouteurs ?, demanda-t-elle en prenant l'objet dans les mains.
-Les voilà, répondit Hizashi en lui passant autour du cou un casque violet qu'il lui avait acheté en revenant de son rendez-vous raté de la veille.
-Oh ! Fit Eri avec un petit air émerveillé en les prenant en main. Ils sont vraiment trop beaux ! »
Et sans même demander ce qu'étaient devenus les écouteurs originaux, elle regarda Hizashi en souriant :
« Merci, Monsieur Mic !
-De rien mais ne mets pas la musique trop fort ! »
Eri passa tout de suite les écouteurs sur ses oreilles. Comme Hizashi l'avait prévu, la couleur lui allait parfaitement. Néanmoins, il ne put s'extasier sur cette vision bien longtemps car son téléphone sonna. Quand il vit le numéro, il se dit qu'il fallait vraiment qu'il réponde. C'était la directrice Hanako de la radio. Elle avait déjà essayé de l'appeler ce matin. Il s'éloigna de la petite Eri pour décrocher.
« Salut Mic, je suis désolée de te déranger mais c'est juste pour te prévenir que la playlist a été modifiée et que… »
Le flot de paroles ininterrompues qui s'échappa du combiné n'atteignit pas vraiment la conscience d'Hizashi. Il n'avait que faire qu'on le prévienne de ce genre de changement. Il savait s'adapter sur le moment même. Le long discours se termina par :
« Bon, à tout à l'heure. Ne sois pas en retard, sauf si c'est pour le travail. »
Il raccrocha immédiatement après. Il se retourna et vit la petite Eri qui sautait d'une jambe sur l'autre sur le rythme de la musique qui passait dans ses oreilles. Il n'osa pas venir la déranger pour quelque chose d'aussi banal qu'un au revoir et se dirigea hors de l'école pour prendre sa voiture afin de se rendre au studio. S'il ne se dépêchait pas, il serait effectivement en retard.
Quand il s'assit sur le siège conducteur, il réalisa qu'il avait laissé Eri avec sa veste. Il revit parfaitement dans sa mémoire immédiate la petite fille en train de danser avec des écouteurs violets sur une musique qui devait être awesome. Il allait définitivement la lui laisser pour aujourd'hui. Ce n'est pas tous les jours qu'elle aurait aussi fière allure, non ? De toute façon, il en avait une autre sur le siège arrière. Il la saisit aussitôt et l'enfila. Elle était également noire, plus simple et moins voyante. Ce serait bien comme ça pour aujourd'hui. Il démarra et se rendit au centre de Tokyo.
Il ne se gara comme à son habitude dans une des rues adjacentes au studio. Il sortit rapidement de la voiture et alors qu'il allait se rendre au pas de course afin d'éviter un retard, il entendit l'alarme de la banque qui se trouvait un peu plus haut dans la rue. Hizashi sourit. Enfin quelque chose qui l'empêcherait définitivement de ne plus penser à ses problèmes sentimentaux. Good. Finalement, mais pour raisons professionnelles, il serait en retard à l'émission...
« Euh, Mic, tu es certain de vouloir faire l'émission ? Dit la directrice Hanako.
-Ce n'est pas la première fois que le travail de héros me rattrape et que j'arrive en cours de route, répondit Hizashi qui ne voyait vraiment pourquoi elle semblait si préoccupée.
-Kentaro a commencé et au vu des circonstances, personne à la radio ne trouveras étonnant que tu prennes ta journée…
-ça va très bien ! Je remplace Kentaro dès la fin de la chanson, right ?
-D'accord, dit la femme en soupirant. Il faudrait quand même que tu voies ça. »
La directrice Hanako sortit son téléphone et afficha sur l'écran une vidéo qui avait été postée très récemment dont le titre était dans un anglais assez approximatif « We've almost lost Present Mic but OMG It was awsome ». Hizashi prit le téléphone et lança la vidéo. Il reconnut sans mal la rue où il était intervenu et sans surprise il apparut rapidement à l'écran. Celui qui filmait était sur le trottoir opposé par rapport à lui. Hizashi venait de neutraliser les braqueurs qui sortaient de la banque et regardait partout autour de lui. il se rappelait très bien à quoi il pensait à ce moment-là. Il se doutait que la bande n'avait pas prévu de partir à pied et tentait de repérer leur véhicule où devait se trouver le chauffeur. Il cherchait ainsi une camionnette ou monospace qui aurait dû se trouver garé dans la rue. Il n'avait pas vu de voitures circuler et par conséquent, celui des braqueurs devait être toujours là.
Hizashi n'aimait pas ce qu'il voyait… Il avait certes réussi son intervention mais il était complétement à découvert. Il brisait ses règles. Celles qu'il avait établies au fur et à mesure de sa carrière. Déjà la toute première. Ne pas intervenir seul dans le cas de plusieurs assaillants à faible distance sauf en cas d'extrême nécessité, l'extrême nécessité étant un otage ou la protection d'un civil qui serait là au mauvais endroit au mauvais moment. Enfin, ça c'était la deuxième plutôt. La première, c'était « Pas de jeu sexuel avec le matériel ». Peu importe. Il n'avait eu aucune raison valable de foncer dans le tas sans réfléchir. Il aurait dû repérer leur véhicule et appeler les renforts avec qui il aurait intercepté la bande de braqueurs durant leur fuite quelques rues plus loin. Il avait eu la chance qu'ils soient complétement désarçonnés par son attaque surprise et qu'il ait été incapable de réagir. Ils avaient également fait l'erreur de n'avoir prévu personne pour les couvrir, quelqu'un à l'affût prêt à tirer sur un idiot comme lui qui leur foncerait dessus. C'était des amateurs, des noobs du crime.
La suite n'allait pas être meilleure. Hizashi se voyait repérer un monospace gris garé à moitié sur le trottoir, à une dizaine de mètre de lui. Immédiatement après, un bruit de moteur très brutal se fit entendre dans la vidéo et une voiture démarra en trombe. Le chauffeur ne s'était même pas garé après la banque de façon à ne pas repasser devant. Il se voyait anticiper leur passage, monter sur le capot d'une voiture et sauter sur le toit de la voiture en fuite en criant un « YEAH » qui satura le son de la vidéo un bref instant et fit éclater les vitres du monospace. Et au passage, il brisa ce qui devait être la règle numéro 9 ou 10 : « Eviter de se jeter sur le toit d'un véhicule en mouvement. » La raison était ce qui suivrait immédiatement cette périlleuse cascade. Le chauffeur perdit le contrôle de son véhicule et dérapa brutalement, projetant Hizashi sur le côté. On ne voyait pas sa chute à cause des voitures garées à l'avant-plan de la vidéo mais on remarquait clairement une petite camionnette osciller sur ses amortisseurs suite à l'impact. Hizashi sentait encore une vive douleur à l'épaule, conséquence directe de sa chute, ainsi qu'à la hanche. Il avait encore une fois été assez chanceux de n'avoir rien d'autres de cassé, voir ne pas s'être tout simplement brisé la nuque. Ce fut également un miracle que le véhicule s'arrête sur un réverbère où il n'y avait ni voitures, ni passants.
Cette accumulation de chances ne le poussa qu'à continuer à commettre de plus en plus d'erreurs. Hizashi se vit se relever et marcher vers le monospace accidenté, malgré la douleur qui parcourait son corps. Il se souvint qu'il avait eu l'impression qu'un train lui était passé dessus, ce qui était étrange étant donné que ça ne lui était jamais arrivé, et que le baffle qui trônait toujours autour de son cou et qui avait été déformé par l'impact le gênait beaucoup. Il se vit enlever le baffle... Fail. Ça s'était la règle numéro 3 : « Ne jamais enlever le baffle, sauf s'il risque d'exploser or something like that. »
La caméra le filma en train d'ouvrir la portière de la voiture où le chauffeur des braqueurs avait été assommé, avec une blessure superficielle à la tête. Il le sortit et l'allongea sur le ventre sur la route. Là, il sortit un collier de serrage et lia ses mains derrière le dos. Juste avant, il avait remarqué qu'il y avait quelqu'un sur le siège arrière qui semblait dans le même état d'inconscience.
Alors qu'Hizashi se voyait se relever sur la vidéo, il aurait voulu crier à son double « Derrière toi, imbécile. » en voyant sans surprise un tentacule sortir de la vitre brisée pour directement le saisir à la gorge et l'entraîner contre la portière de la voiture. Règle numéro 4 : « Toujours avoir un œil sur ce qu'il se passe derrière toi ». L'Alter du malfrat consistait vraisemblablement en la capacité d'allonger ses bras et leur donner l'apparence de ceux d'une pieuvre, ce qui à la réflexion aurait été bien plus utile à l'intérieur de la banque pour transporter l'argent que la bande voulait voler mais Hizashi balaya rapidement de son esprit cette énième incohérence qu'il fallait de toute façon mettre sur le compte de l'inexpérience et de la bêtise. Il se voyait se débattre pour que l'assaillant relâche son emprise mais ce dernier sortit un deuxième tentacule qui devait être son deuxième bras et attrapa une de ses mains. On en revenait au baffle. Le baffle ne permettait pas seulement de diriger ses attaques sonores, il était également une protection sur la partie de son corps qui permettait le fonctionnement de son Alter : son cou qui contenait tout le matériel, à savoir, les cordes vocales, le larynx et la trachée. Tout. Everything. La strangulation était clairement une position qui n'était pas en sa faveur. No air, no sound.
Il se souvint du manque d'air et du fait qu'il avait commencé à compter les seconde dans sa tête pour ne pas perdre de vue le temps qu'il lui restait avait de perdre connaissance. Pour une strangulation efficace, il avait trente secondes avant de s'évanouir, deux-trois minutes avant la mort. Il sut heureusement trouver une porte de sortie et saisit un morceau de verre sur la vitre brisée. Il le planta immédiatement dans le tentacule ce qui eut pour effet le relâchement instantané de l'emprise et un cri de douleur de l'assaillant. Hizashi était tombé en avant. Vingt-trois secondes, il était resté Vingt-trois longues secondes sans respirer. Il se releva rapidement pour riposter à la prochaine attaque mais le malfrat ne tenta rien car la police arriva sur les lieux et prit le relais. La vidéo s'arrêta là. De toute façon, la suite n'avait pas grand intérêt. Hizashi était resté 10 minutes près des policiers pour leur résumer la situation et était ensuite parti pour rejoindre le studio.
Hizashi scrolla les commentaires sous la vidéo. Ils étaient élogieux pour la très grande majorité. Tous admiraient son audace et son sang-froid mais Hizashi ne voyait pas les choses ainsi. Cette prestation était... terrible. Médiocre, irréfléchie, téméraire, dangereuse. C'était l'exemple parfait de ce qu'il ne fallait pas faire. Shouta ne manquerait sûrement pas de le lui dire, en imaginant bien sûr qu'ils se reparlent.
Il rendit le téléphone à la directrice et lui confirma d'un regard que ça ne changeait rien au fait qu'il avait bien l'intention de faire l'émission, comme d'habitude. Cette dernière n'insista pas davantage et fit un signe à travers la vitre à l'animateur remplaçant qui se leva de son siège. Hizashi pénétra dans le studio en saluant les personnes présentes et pris sa place. Il mit son casque. Il soupira. Tout ça, c'était derrière lui. Il écouta la fin de la chanson, alors que personne n'osait dire quoi que soit autour de lui. Puis, quand les dernières phrases du refrain se firent entendre. Hizashi fit signe au technicien d'envoyer le jingle de l'émission et d'allumer son micro. Il sourit et regarda les écrans devant lui qui lui montrait la programmation prévue et la page internet de l'émission où les messages des auditeurs s'accumulaient. Il était prêt. Il n'était pas Hizashi Yamada maintenant, il était Present Mic:
« Dear Listeners… »
Hizashi savait bien qu'il ne dirait pas ce qu'il pensait au fond de lui: « Dear Listeners, je suis désolé d'être un aussi mauvais héros. Je ne mérite pas que vous m'écoutiez aujourd'hui. »
« Je suis désolé d'être aussi en retard. Vraiment Sorry. Vos messages me touchent beaucoup sur la page de l'émission. Mais comme vous pouvez le constater, still alive. Alors j'espère que vous êtes prêt A METTRE LE FEU CE VENDREDI ! »
Après avoir terminé l'émission, Hizashi ne s'attarda pas. Il remarqua que ses collègues lui lançaient des regards étranges mais décida de les ignorer. Il regagna sa voiture où il trouva d'ailleurs son portable sur le siège passager. Il fallait vraiment qu'il arrête de l'abandonner n'importe où.
Il le déverrouilla et tomba immédiatement sur un message de Snipe qui disait qu'il était dispensé de patrouille dimanche. Il y avait un message de Nemuri qui lui demandait s'il allait bien et auquel il répondit tout de suite et... un appel de Shouta. Shouta l'avait appelé. Il n'avait pas laissé de messages mais il l'avait appelé. Il voulait sûrement prendre de ses nouvelles et ce n'était pas étonnant. Ils n'étaient en froid au point d'être indifférent à ce genre de choses. Il le rappellerait quand il serait à l'hôtel. Il rangea son téléphone et démarra.
De retour à sa chambre, il se laissa tomber tout habillé sur son lit, ce qui provoqua chez lui immédiatement une douleur à l'épaule. Il ne s'était pas penché plus que ça sur ces blessures, probablement parce qu'il pensait les mériter un peu. Il rampa un peu péniblement pour s'asseoir contre le sommier. Sa blessure à l'épaule devait être musculaire. Ce n'était probablement pas très grave mais la douleur était intense quand on la réveillait. Il regretta n'avoir rien pris de l'armoire à pharmacie, surtout cette petite pommade dans son tube bleu et dont le nom lui échappait mais qui l'aurait sans aucun doute soulagé.
Il prit à nouveau son téléphone. Shouta l'avait encore appelé, propablement pendant qu'il conduisait. Il fallait qu'il lui réponde. Il ne pouvait le laisser dans l'ignorance. Pourtant, il ne parvenait pas à appuyer sur ce foutu bouton parce que... Oh Shit... Fallait vraiment qu'il soit à deux doigts de crever pour que son compagnon daigne lui parler ? Il rangea à nouveau son téléphone et scruta alors le plafond, hypnotisé par teinte chaude de la lumière artificielle de sa chambre. Il avait encore mal à l'épaule mais il était aussi fatigué. Il ne voulait plus se déplacer. Il voulait juste rester là, même si c'était pour agoniser. Il sentit même le sommeil commencer à s'emparer de ses membres mais se réveilla aussitôt quand il vit quelque chose remuer sur le mur. Il avait cru rêver un moment mais le phénomène se reproduisit quelques secondes après. Il y avait quelque chose de petit et noir qui bougeait sur ce mur. Toute forme d'apathie disparut instantanément et c'est l'esprit extrêmement alerte qu'il commença à analyser la situation. La chose avait encore bougé. Elle avait un mouvement saccadé. Elle avançait un peu et puis s'arrêtait et recommençait. La chose avançait dans la direction d'Hizashi qui n'eut plus aucun doute sur ce que c'était. C'était une araignée et elle devait bien faire deux centimètres, peut-être trois, difficile de juger à cette distance. En tout cas, elle était énorme. Huge. La distance d'ailleurs avait encore diminué ce qui glaça le sang d'Hizashi. Il essaya de respirer calmement, se répétant inlassablement la phrase de sa mère « Ce n'est pas la petite bête qui va manger la grosse… Ce n'est pas la petite bête qui va manger la grosse… ce n'est pas… Oh Fuck, hors de question de rester ici !».
Hizashi déguerpit du lit, manquant de tomber. Il s'écarta le plus possible de la zone sinistrée. Debout, à l'autre bout du lit, il constata que c'était bien une araignée qui se baladait sur le mur beige. Il ne savait vraiment pas quoi faire. Hors de question de s'approcher d'une façon ou d'une autre de cette horrible petite bête pleine de pattes même pour la faire sortir. Et impossible de l'ignorer. Comment pourrait-il dormir en sachant qu'elle se promènerait impunément sur les murs de sa chambre ? Et si elle n'était pas seule ? Il n'avait absolument rien pour la combattre. Mais quel idiot d'être parti sans la protection minimale !
Paniqué, il essaya de réfléchir aux possibles solutions. Il pouvait simplement aller faire un tour et laisser la fenêtre ouverte, espérant qu'elle sorte d'elle-même… Non, c'était complétement ridicule et qui sait ce qui pourrait pénétrer dans sa chambre s'il laissait ainsi un pareil accès Il prit une grande inspiration et réfléchit posément. Il n'y avait qu'une seule façon de régler le problème. Il fallait qu'il retourne chez lui chercher ses "armes". Ce n'était vraiment pas très loin, surtout qu'il avait sa voiture. Il prendrait au passage la pommade pour soigner son épaule.
Il ne put se résoudre à laisser son sac ou ses vêtements dans la chambre… La chose pourrait y pénétrer d'une façon ou d'une autre et ce serait vraiment une tragédie. Il remballa ses affaires pour les protéger d'une éventuelle attaque après avoir bien vérifié qu'une infiltration préalable n'avait eu lieu mais laissa son ordinateur et ses cours. Il quitta sa chambre et l'hôtel au pas de course (à vitesse limitée car sa hanche le faisait encore souffrir un peu), balança ses affaires dans sur le siège arrière et démarra. Il se gara dans sa rue une dizaine de minutes plus tard. Il prit dans sac et après quelques mètres réalisa que ça n'avait aucun sens étant donné qu'il allait revenir après dans sa voiture. Il n'eut pas le courage d'y retourner. Never mind, il faudrait bien mettre le spray insecticide et sa pommade quelque part. Il croisa une vielle dame de son quartier qu'il salua. Cette dernière lui répondit mais Hizashi constata qu'elle avait jeté un regard étrange. Il se demanda ce qui pouvait bien clocher chez lui aujourd'hui. Cette vieille dame n'avait quand même pas vu son intervention téméraire. Il avait à peine le téléphone chez elle. Il entra dans son immeuble, passa le hall et sans s'en rendre compte se retrouva sur le seuil de son appartement en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Quand il ouvrit la porte, il trouva son appartement silencieux. Alors qu'il pénétrait dans son hall d'entrée, il eut la sensation de revenir de voyage. Il avait l'impression d'être parti longtemps. Sans se poser davantage de question, il alla directement dans la salle de bain qui était la première porte accessible après l'entrée. Il alluma la lumière. Rien ne semblait avoir bougé depuis son départ. Il y avait même encore son essuie qu'il avait mis à sécher lundi matin. Personne n'était repassé par ici, c'était certain. Hizashi ouvrit l'armoire sous le lavabo et s'empara du tube bleu qu'il avait en tête pour soigner son épaule. Puis il se releva et sursauta face à son reflet.
Il comprit alors pourquoi on l'avait regardé étrangement au studio et dans la rue. Ils n'avaient probablement pas été visibles juste après son intervention mais des hématomes étaient apparus sur son visage. Il y avait un sur sa pommette gauche et sur son menton mais le plus impressionnant était probablement celui qui s'étendait sur son arcade sourcilière. Il soupira. Ce n'était pas très grave. C'était noirâtre pour l'instant et après, tous seraient rapidement violets et bleuâtres. Puis on les verrait moins durant les phases vertes et jaunes. Et au bout d'une dizaine de jour, tout aurait disparu, même moins s'il se décidait à passer chez le médecin de UA. Le plus dérangeant était quand même l'hématome sur son cou dû à la strangulation. C'est le genre de choses qu'on voyait sur les cadavres. Durant ce moment sans oxygène, il ne s'était pas rendu compte à quel point il avait frôlé la mort. Cela aurait d'ailleurs été ironique. Il serait mort comme son père, en intervention.
Il décida de ne pas s'attarder. En sortant de la salle de bain, il entendit le miaulement de Wilco et Hizashi considéra qu'il ne partirait pas avant de l'avoir calîné un peu et nourri si nécessaire. Mais alors qu'il franchissait la porte du salon, il réalisa que ça n'avait aucun sens. Wilco ne pouvait pas être là. Il l'avait confié à Madame Tanaka en début de semaine, il ne pouvait pas être ici. La seule chose qui pouvait expliquer cela et qui expliquerait alors également la lumière dans le salon se confirma au moment même où il pénétra dans la pièce : Shouta était là.
Merci de m'avoir lue !
(*) A, B, C, D, E en alphabet phonétique de l'OTAN
(**) Capcom, Capsule Communicator, chargé de la communication avec les unités au sol ou les équipages.
