Et c'est parti pour le chapitre 5 ! J'espère qu'il vous plaira ! Merci beaucoup pour toutes ces reviews !
Chapitre 5 : Fin de semaine
Shouta était là, assis sur le canapé. Hizashi le vit se lever dès qu'il entra dans la pièce. Oh shit... Ce n'était pas prévu. Il était censé être l'internat comme tous les vendredis. Comme tous les jours de la semaine en fait ! Non, là il exagérait quand même... Ce n'était pas vrai. Cependant, sans savoir pourquoi, il avait envie de le penser. Fucking shit ! Mais qu'est-ce qui lui prenait à être là, surtout ce soir ? Ça ne l'arrangeait pas du tout. Son épaule lui faisait terriblement mal, sa hanche aussi d'ailleurs, il n'avait pas pris de douche et... In short, ce n'était le moment.
« Salut, dit simplement Hizashi.
-Salut », répondit Shouta.
Hizashi trouva son compagnon, pâle et fatigué mais il ne parvenait pas à s'attarder sur ce point car il était lui-même quasiment out of service... Il y eut un silence embarrassé qu'il se décida de combler car il savait par où commencer :
« Ecoute, je sais que j'aurais dû te rappeler. Mais je… Je n'avais pas vraiment la tête à ça… Je suis désolé.
-Ce n'est pas grave, dit immédiatement Shouta, je voulais juste savoir si tu allais bien. Est-ce que ça va ?
-Eh bien ça va... », dit Hizashi de façon un peu plus brusque qu'il n'aurait voulu.
« Ça va », what a joke. Évidemment que ça n'allait pas. Est-ce que ça valait vraiment la peine de poser la question. Il fallait vraiment avoir des baffles à la place des yeux pour ne pas s'en apercevoir. Sa réponse ne valait pas mieux mais que pouvait-il dire d'autre ? Il ne voulait pas que Shouta s'en mêle. Pas ce soir.
« D'accord. », dit alors son compagnon.
Shouta parlait d'une façon prudente qu'Hizashi ne lui connaissait pas. Ce n'était pas vraiment son genre de marcher sur des œufs. Il semblait également nerveux. Il ne le regardait pas directement et fixait un point précis dans sa direction. Hizashi réalisa qu'il avait en réalité les yeux rivés sur le sac qu'il transportait.
« Tu t'en vas ? », demanda finalement Shouta.
Really ? Il allait directement commencer par ça ? Cela avait été so easy de prendre cette décision quand il y repensait... Mais maintenant qu'il devait l'expliquer à Shouta, il ne se sentait pas du tout à l'aise. Il était même furieux que son compagnon lui demande ça comme si ce dernier se mêlait d'affaires qui ne le concernaient pas. Il voulait répondre : « J'me barre et c'est ta faute. T'en as d'autres des questions comme ça ? ». Ce n'était évidemment pas une option. Que devait-il dire à Shouta ? Pourquoi devait-il se justifier au juste ? C'était si difficile à comprendre qu'il veuille s'éloigner un peu ? Il y avait en lui une forme de colère. Il était irrité par la question de son compagnon. Et pourtant, c'était une simplement question et elle n'avait même pas été posée comme un reproche. Le ton de Shouta était tout ce qu'il y avait de plus neutre. Il lui demandait seulement s'il partait. Et c'était parfaitement légitime vu qu'il était concerné au premier plan. Hizashi savait au fond de lui-même qu'il n'aurait pas dû faire ça dans son dos. Il était énervé d'être tombé sur Shouta ce soir. Il était énervé de s'être fait prendre. Il finit par se décider et donna une réponse la plus simple et courte possible :
« Je prends du recul… Je suis parti lundi, j'ai pris une chambre à l'hôtel près de UA. »
And don't ask me why... Hizashi parvenait de moins en moins à maîtriser sa colère intérieure. Shouta acquiesça silencieusement. L'atmosphère était pesante. Wilco semblait même le comprendre car il restait assis dans la cuisine les oreilles baissées et la tête entre les pattes. Hizashi en avait déjà marre. Il voulait partir et rien en soi ne l'en empêchait. Mais c'est comme si son compagnon était sur son chemin.
« Ecoute Zashi, dit Shouta. Je suis désolé pour ce que j'ai dit lundi… »
Oh... Hizashi fut destabilisé par ces mots. Il n'avait pas imaginé que le sujet viendrait aussi vite. La façon très calme dont Shouta s'adressait à lui commençait même à lui faire regretter d'être aussi en colère et de vouloir partir. Et cela avait pour effet de l'énerver encore plus. Il aurait préféré que son compagnon soit froid et cassant. Au moins, il aurait eu une bonne raison de vouloir exploser et quitter l'endroit. Il fallait qu'il respire lentement. Inhale through the nose, exhale through the mouth, comme il l'avait appris à Eri mardi.
« Je sais, finit-il par répondre calmement. Ce n'est pas grave.
-Je n'en pensais pas un mot, ajouta Shouta qui voulait clairement préciser qu'il ne s'excusait pas juste pour la forme.
-Je sais bien. Ça n'a pas d'importance, insista Hizashi sur un ton un peu moins posé.
-Et pour cette semaine... Et pour jeudi, je...,
-Je t'ai dit que ÇA N'AVAIT PAS D'IMPORTANCE ! »
Shouta se tut immédiatement et Hizashi se rendit compte qu'il avait fortement élevé la voix. Oh shit... Et il le regretta. C'était pour ça qu'il essayait de se maîtriser. Il ne pouvait pas s'adresser à son compagnon de cette façon. Il ne pouvait pas lui couper la parole et lui crier dessus. Ce n'était pas ça avoir une conversation et agir en adulte. Stop acting like a child... Il devait faire les choses que Nemuri lui avait conseillés. Parler des problèmes avec Shouta, mettre les choses à plat... Mais c'était sans compter ce qu'il s'était passé cet après-midi et toute cette colère qui l'envahissait car rien ne déroulait comme il l'espérait. Il ne pouvait penser rationnellement ainsi. La seule chose qu'il souhaitait là maintenant était de se mettre en position fœtale sur un matelas dans le noir, qu'on arrête de lui poser des questions délicates, qu'on cesse de lui demander pardon et qu'on le laisse tout simplement en paix.
« Je suis désolé. », dit-il.
Shouta resta silencieux mais sembla accepter ses excuses. Une grande gêne envahit Hizashi et remplaça sa colère. Non seulement, il avait élevé la voix mais encore il avait menti. Evidemment que ce que son compagnon avait dit lundi l'avait blessé. Evidemment qu'il n'avait pas supporté que ce dernier ne l'appelle pas jeudi. Evidemment que tout cela avait de l'importance. Évidemment, it has mattered. Et right now, ça le mettait même hors de lui. Hizashi savait aussi que c'était quelque chose de futile à l'échelle de leur relation, juste un mot à côté ou un appel manqué et que ça prenait dans son esprit une proportion totalement folle. Et il était hors de question qu'on le prenne de haut ça. Il ne voulait qu'on le juge encore pour considérer ces petits détails comme importants. Parce que ce n'était pas juste des détails. Après deux mois tendus, c'était les détails de trop. Et là, il était fatigué. Il ne voulait pas de cette discussion. Ni maintenant, ni demain d'ailleurs. Il se dit qu'il n'aurait pas dû revenir ici. Il aurait dû dormir avec cette foutue araignée et sa douleur à l'épaule.
« Et j'ai menti aussi. », dit Shouta à voix basse.
Hizashi fut surpris par les propos de son compagnon. Mais qu'est-ce que c'était que cette histoire de mensonge ? Honestly, il ne pouvait même pas dire si son compagnon lui avait un jour vraiment menti. Et sur quoi aurait-il pu mentir d'ailleurs ? Shouta croisa les bras et regarda ailleurs.
« Je suis rentré dimanche soir, dit-il. Je pensais te trouver ici mais tu étais sorti sans ton portable. Je pensais que tu ne tarderais pas et qu'on pourrait... »
Son compagnon ne termina pas sa phrase. De toute façon, ce qu'il voulait dire était évident. Hizashi se sentit vraiment mal. Oh fucking shit... Il espérait de toute ses forces que Shouta lui dirait qu'il était reparti à l'internat pour surveiller les élèves, s'occuper d'Eri ou entrainer Hitoshi, ou Midoriya ou n'importe qui d'autres. Ça n'avait plus d'importance. Cependant, cet espoir était vain car tout indiquait ce qui s'était réellement produit :
« Mais tu n'es pas revenu cette nuit-là, continua Shouta. J'étais très inquiet… »
Oh no... Shouta n'était pas revenu le matin pour chercher ses cours alors qu'Hizashi prenait une douche pour se remettre de sa soirée. Il était déjà là. Il avait passé toute la nuit à se demander où il pouvait bien être, subir chaque minute en espérant entendre le bruit de la clef dans la serrure et imaginer tous les scénarios possibles. Hizashi aurait voulu dire à quel point il était désolé d'être sorti sans prévenir et sans téléphone portable et de l'avoir ainsi inquiété. Ce serait cependant dérisoire... Ce n'était pas la chose la plus idiote qu'il avait faite...
« J'étais vraiment content de t'entendre rentrer », continua son compagnon.
Non, disparaître une nuit, ce n'était pas ce qu'il avait accompli de plus stupide car quand Shouta l'avait questionné sur ce qu'il avait fait pendant le weekend... Hizashi avait menti. Comme si rien ne s'était passé. Et Shouta le savait, mais il n'avait rien dit. Il ne l'avait pas confronté. Il avait simplement assisté à la simple démonstration qu'il vivait avec quelqu'un qui n'était pas digne de confiance. Untrustworthy. Et cela faisait plusieurs jours qu'il ruminait ça seul sans rien demander, certainement de peur d'être trop intrusif ou que la vérité ne lui plaise pas.
« Je suis désolé, dit finalement Hizashi qui ne voulait pas laisser le silence s'imposer. Moi aussi je dois te dire la vérité... »
Hizashi vit très bien que Shouta tendait de cacher toute la tension qui parcourait son corps sous un masque d'indifférence.
« Tu n'es pas obligé. Je... je te fais confiance. »
Ce n'était pas une question d'obligation ou de confiance. C'était simplement bien trop injuste qu'il ne sache pas et bien trop douloureux à passer sous silence. Hizashi respira un peu. Il savait que ce moment allait arriver. Néanmoins, les circonstances n'étaient pas les meilleures.
« Je suis sorti ce soir-là car je pensais que comme tous les week-end tu ne reviendrais pas. J'étais très contrarié et très malheureux alors je suis allé faire la fête pour... faire passer ça. Et j'ai passé un peu de temps avec un gars que j'ai croisé dans une boîte. »
Même si Shouta cachait ses émotions, Hizashi sentit très bien qu'une certaine tension venait de parcourir son corps. Il ne voulait pas lui faire ça. Il ne voulait pas lui faire du mal comme ça. Et maintenant, il ne pouvait même plus le regarder. C'était beaucoup trop dur, bien plus qu'il ne l'avait imaginé. Néanmoins, il fallait qu'il continue :
« J'ai dansé avec lui, je l'ai laissé être proche de moi car je me sentais très seul mais ça n'a pas été plus loin... J'étais... »
Hizashi s'interrompit. Il avait tout dit, là, non ? Pourquoi aller plus loin ? So what ? Est-ce que tout ça allait changer quoi que ça soit ? Il osa un regard vers son compagnon. Le sien l'invitait clairement à continuer.
« ...J'étais juste content d'intéresser quelqu'un. J'avais... »
«...Juste besoin de compagnie. », termina Hizashi en pensée. Il voulait simplement ne plus ressentir ce vide qui avait commencé à l'envahir ces dernières semaines, celui qu'il ne pouvait combler avec du travail ou de la musique, celui que laissait la solitude.
« Mais j'ai aussi bu... J'ai vraiment trop bu, continua Hizashi. J'étais incapable de revenir à l'appartement et je me suis retrouvé à dormir sur un canapé que je ne connaissais pas... Finalement, c'était celui d'All Might qui a eu la présence d'esprit de ne pas me laisser avec un inconnu qui... Enfin, ça ne me dérange pas que tu lui demandes sa version. »
Right. Voilà l'essentiel était dit. Hizashi était finalement soulagé d'avoir raconté cette soirée. Ça lui pesait. Et maintenant, Shouta pouvait en faire ce qu'il voulait. Être jaloux, être en colère. Whatever. Cependant, ce n'était pas encore fini. Il ne pouvait pas juste raconter ça sans expliquer une dernière chose :
« Je suis désolé de t'avoir menti... Je n'ai pas vraiment d'excuses... mais... »
Shit. Sa voix avait un peu tremblé là. Il arrêta de regarder Shouta. C'était beaucoup trop difficile. Il avait juste envie de flancher. Mais pourquoi ça devait se produire maintenant ? Come on. Ce n'était pas le moment. Il ne fallait pas se laisser submerger.
« J'avais... J'avais... tellement honte. », dit-il dans un souffle.
Non seulement, il s'était comporté comme un ado en manque d'affection mais encore, à trente ans, il s'était retrouvé complétement saoul au point de ne plus avoir aucun discernement et sans portable... Si ça, ce n'était pas la honte totale, alors qu'est-ce qui l'était ? Il n'avait pas le droit de se mettre dans une telle position. Il n'aurait jamais dû être aussi vulnérable. La voix de Shouta le sortit de ses pensées :
« Ce n'est pas toi qui devrais avoir honte. »
Hizashi ne comprit pas vraiment où il voulait en venir et espéra que le silence s'installe pour de bon car il craignait à présent la question suivante. Et elle ne se fit pas attendre :
« Tu es parti cette semaine ? »
Predictible. Hizashi se demanda quand Shouta s'en était rendu compte de son départ. Avait-il cru qu'il l'avait définitivement quitté ? Lui en avait-il voulu ? Et puis quand ce soir, ses appels étaient restés sans réponse, avait-il imaginé qu'il ne veuille plus lui parler ? Pourtant, Hizashi ne put s'empêcher d'être encore irrité par la question de son compagnon. Il avait eu besoin de s'éloigner, il avait bien le droit non ? Shouta ne lui avait pas fait un horaire détaillé de ses surveillances à l'internat, alors il pouvait bien faire ça de son côté, non ? Néanmoins, il fallait qu'il réponde.
« Ecoute Shouta..., dit Hizashi en essayant de garder une voix posée. Ça ne va pas très bien nous deux et ce n'est pas juste à cause de lundi. Alors j'ai pris une chambre dans un hôtel pour quelques jours. Je devais réfléchir... »
Shouta acquiesça silencieusement et après avoir un peu hésité, il demanda :
« Et ça aide ?
-Oui je pense bien. »
Hizashi devait reconnaître que malgré les bas, cette semaine lui avait permis de faire le point et qu'il fallait peut-être que ça continue. Shouta avait d'ailleurs probablement aussi besoin de faire la même chose de son côté.
« Okay. Bon, ben, je... Je vais y aller alors. J'étais juste repasser prendre un truc. », murmura-t-il.
Alors qu'il s'apprêtait à partir, la voix de Shouta le retint.
« Non attends... Tu as raison, ça ne va pas. Je ne suis jamais avec toi et je te parle à peine. Je suis désolé de t'avoir fait te sentir seul. Je suis désolé pour tout ça... »
Hizashi savait qu'au fond de lui c'était ce qu'il voulait entendre mais il y avait cependant toujours quelque chose dans ces paroles qui l'irritaient et il ne pouvait pas expliquer pourquoi.
« Reste un peu ce soir... s'il te plaît... Je suis tellement désolé. », ajouta Shouta
Oh my god... Son petit de baffle cœur venait de rater un battement. Shouta lui demandait de rester. Allait-il tout de même partir ? Il était si sûr de lui quelques secondes auparavant. Ce petit moment d'éloignement devait leur permettre de respirer. Il voulait juste réparer les choses. Mais allait-il les réparer en partant ? Il ne savait pas. Il ne savait plus. Il ne pouvait s'empêcher d'être encore énervé par les paroles de Shouta et il ne comprenait pas pourquoi. Il avait l'impression que ce n'était pas sincère, qu'il ne le pensait pas. Tout ce qu'il avait vécu cette semaine s'emmêla dans sa tête. Alors que Shouta allait encore parler, Hizashi coupa la parole.
« Arrête ! Tu n'as pas vraiment envie que je reste ! C'est juste parce que tu te sens mal pour les trucs horribles que tu m'as dit lundi ! Parce qu'aujourd'hui une vidéo montre que même en faisant mon boulot à "quart temps", je peux quand même y rester. Ça t'a rappelé que tu avais tort ! Tu te sens juste coupable. T'ES PAS DÉSOLÉ ! »
Shit... Il avait encore élevé la voix... Un peu moins que la fois d'avant mais quand même. Il respira un peu avant de continuer.
« Tu... Tu n'as besoin de moi ici. Tu vis tout seul depuis deux mois. Alors... »
Il voulait tellement crier qu'il n'arrivait presque plus à parler. Il ferma les yeux en se pinçant le haut du nez pour essayer de retrouver son calme. Pourquoi Shouta aurait besoin de lui tout à coup après tout ce qu'il s'était passé ? Il ne savait pas gérer les choses seul comme il l'avait toujours fait ? Dans son foyer, il n'avait jamais eu besoin de parents, jamais eu besoin de famille. Seul, c'était qu'il préférait, non ? Sans tous ces trucs qui l'énervent, sans le bruit, sans personne, sans lui. Shouta... n'avait pas besoin de lui, il n'avait jamais eu besoin de lui.
« Je te laisserais partir si c'est ce que tu veux, répondit Shouta. Mais moi je veux que tu restes. Et je suis vraiment désolé de ce que j'ai dit lundi. »
Hizashi entendit son compagnon souffler un coup. Puis ce dernier ajouta sur une voix qui tremblait :
« Et je n'aurais pas supporté que soit la dernière chose que t'ai dite, ici. »
Hizashi fut troublé par ces paroles et eut enfin le courage de regarder Shouta. Sur le visage de son compagnon, Hizashi ne vit pas seulement ses traits habituels, sa pâleur et sa fatigue. Il y vit aussi une expression qui était plutôt rare mais qui serra son cœur aussi fort que l'avait été sa gorge. C'était de la tristesse. Tout cette situation et cette discussion le rendait triste. Shouta était triste. Et Hizashi n'eut plus vraiment de doutes. Evidemment, que son compagnon avait été préoccupé cette semaine. Evidemment, que c'était à son sujet. Evidemment, qu'il avait dû oublier de l'appeler jeudi ou quelque chose comme ça.
Mais qu'est-ce qu'il venait de se passer dans sa tête ? Bien sûr que Shouta voulait qu'il reste... Bien sûr qu'il était désolé... Hizashi se sentait si fatigué, bien trop exténué pour continuer à réfléchir. Il voulait juste se reposer. La nuit dernière où il n'avait presque pas dormi, cette journée, ses blessures, cette discussion... Il voulait juste s'effondrer là et ne plus jamais bouger. Il n'en pouvait plus.
« Ça va, je... je reste », dit-il.
Il resterait pour ce soir et demain, il verrait bien. De toute façon, la moitié de ses affaires étaient encore à l'hôtel. Il devrait y retourner. Il déciderait à ce moment-là. Hizashi se laissa tomber sur le canapé qui était juste à côté de lui et lâcha son sac qui s'écrasa à terre. Il enleva sa veste noire et la jeta négligemment sur le fauteuil en face. Puis il s'affala sur le dossier, la tête en arrière et ferma les yeux. Il pouvait dormir là sans problème. La seule chose qui le maintenait éveillé était cette douleur qui n'avait toujours pas quitté son épaule. Hizashi entendit Shouta aller dans la cuisine et revenir à nouveau dans le salon. Il ouvrit les yeux et en se redressant, il vit que son compagnon lui apportait en fait une poche de glace. Sans un mot, Hizashi l'appliqua sur la zone à laquelle il devait probablement penser, c'est-à-dire le bleu plutôt impressionnant au niveau de l'arcade sourcilière. Shouta prit ensuite le sac qui était tombé à terre et saisit le tube bleu qui dépassait d'une des poches. Il jeta un regard à Hizashi que ce dernier put clairement interpréter. Il déposa la poche de glace et enleva son T-shirt.
« J'imagine que c'est l'épaule droite. », demanda Shouta en s'essayant à côté de lui.
Hizashi acquiesça et immédiatement après, il sentit la main de Shouta appliquer la pommade. Oh my God. Il frissonna en réalisant que c'était peut-être bien le premier contact physique qu'il avait avec Shouta depuis longtemps. Il ne savait pas quoi en penser. Étant donné la situation, c'était probablement un peu étrange de laisser son compagnon masser son épaule... Mais après tout, il aurait sûrement fait pareil.
« Il faudrait que tu passes chez Recovery Girl demain..., soupira Shouta.
-Je n'ai vraiment pas grand-chose..., marmonna Hizashi.
-Ce serait mieux qu'elle t'examine. Je ne pense pas que ta hanche soit en bon état. »
True. Shouta avait vraisemblablement regardé la vidéo de son intervention avec attention et noté sa démarche un peu chancelante après sa chute...
« Okay, je ferai ça. », dit Hizashi qui préférait que la discussion s'arrête là.
Shouta continua à soulager ses douleurs. Même s'il était habité par des sentiments contraires, Hizashi apprécia quand même ce moment qui ne fut troublé que par Wilco cherchant à se faire remarquer en se frottant à ses jambes.
« Tu as faim ? demanda Shouta quand il eut terminé.
-Non, je suis fatigué. Je vais aller me coucher. Merci. »
Oui c'était ça. Il était fatigué. Il allait se reposer et bien profiter du fait qu'il était dispensé de patrouille demain pour se soigner comme l'avait suggéré son compagnon. Il se leva pour se rendre à sa chambre.
« Bonne nuit, Babe. », dit-il en quittant la pièce.
Oups... Ce surnom un peu trop affectueux lui avait échappé. Alors qu'il rentrait dans la chambre Hizashi entendit vaguement la réponse de Shouta qui devait aussi être quelque chose comme « bonne nuit ». Il se déshabilla et s'emmitoufla dans ses couettes en position fœtale comme il l'avait souhaité toute la soirée. Mais il changea rapidement de position, vu que ni son épaule, ni sa hanche ne le permettait. Il se mit donc sur le dos. C'était presque étrange de se retrouver à nouveau ici après ces quelques jours à l'hôtel. Anyway... L'essentiel était de se savoir si choses s'arrangeaient Shouta. Malgré la dispute, il avait envie de croire que oui. L'échange avait été très tendu mais Hizashi pensait bien avoir compris quelque chose d'important sur lui-même. Mais il ne savait vraiment pas quoi en penser.
Hizashi se réveilla quelques heures plus tard et mit plusieurs minutes à réaliser qu'il était bien chez lui. Il avait été en proie à un rêve agité. Les images étaient à présent assez floues. Cette sensation de manquer d'air lui indiqua cependant que cela devait être lié aux événements de la journée. Il se redressa dans l'obscurité et laissa ses yeux s'habituer au noir. Il ne savait pas s'il allait se rendormir, ni ce qu'il allait faire s'il ne le faisait pas. Il sentit le matelas bouger juste à côté de lui. Quelqu'un venait de se redresser et il n'avait pas trop de doutes sur l'identité de la personne à qui appartenait cette respiration profonde.
Shouta était là. Hizashi avait presque peine à le croire. Un frisson le parcourut. Cela faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas retrouvés dans le même lit en ayant tous deux réellement conscience de la présence de l'autre. Ce n'était pas une ombre fugace qui disparaissait à l'aube. Shouta était vraiment là et Hizashi ne pouvait pas ignorer ce qui montait en lui à cette simple idée. Il ne fallait pas qu'il se retourne, il le savait. Car s'il le faisait, il avait la certitude d'être confronté à ces deux yeux brillants et hypnotiques. Et à ça, après deux mois sans intimité, il ne résisterait pas. Ou plutôt, oui il résisterait mais ce serait vraiment une torture. Il ne put s'empêcher de jeter un petit coup d'œil... Just to check. Et malheureusement il ne se trompa pas. Son compagnon était réveillé et l'interrogeait du regard. Les yeux de Shouta dans la nuit, c'était toujours quelque chose d'intense... Bright. Il ne put empêcher laisser son regard de parcourir son visage et puis son torse mais ne s'attarda pas trop non plus. Il avait déjà détruit une hanche et une épaule, ce n'était pas la peine de souffrir davantage avec une bonne frustration. Ce n'était clairement pas le jour pour faire des avances à Shouta. Ou peut-être que si ? Ah non, non, évidemment que non. La situation ne s'y prêtait pas même s'il avait la sensation qu'ils allaient dans la bonne direction. Il fallait qu'il arrête de penser à ça.
Hizashi nota rapidement que son compagnon avait un bandage à l'avant-bras et puis sans rien dire il s'allongea à nouveau, signifiant à son compagnon que tout allait bien et qu'il n'avait pas à s'inquiéter et il ferma les yeux pour se protéger de toute tentation. Il ne se passa rien un moment. Puis il sentit enfin le matelas bouger, ce qui indiquait que Shouta se recouchait. Il ne devait rester que quelques heures avant le lever du jour et Hizashi s'endormit aussitôt en espérant faire des rêves plus agréables.
« Ça devrait aller comme ça. Mais il faudra aller te reposer. Tu peux rester ici d'ailleurs. »
C'était toujours un peu strange de se faire embrasser par Recovery Girl mais Hizashi avait fini par s'y faire. Comme attendu, il se sentit un peu fatigué. Ses blessures étaient néanmoins assez légères. C'était donc supportable. Quand il s'était cassé la jambe, il avait bien dormi une journée.
« Non, ça ira. Je vais rentrer. Thanks. »
Hizashi quitta le cabinet médical. Déjà 2pm. Il s'était réveillé tard ce matin. Seul, bien évidement car Shouta était déjà parti donner cours. Après avoir opté pour une tenue discrète (jeans, chemise, lunette normale, manteau), il avait pris sa voiture pour se rendre à UA chez Recovery Girl. La consultation était maintenant terminée. Il se dirigea ainsi vers la section Support Technique de UA car son corps n'était pas le seul à devoir être soigné. Son cher baffle qu'il portait sous le bras était très abîmé... Power Loader fut d'ailleurs médusé en le voyant. Hopefully, il allait pouvoir faire quelque chose et mit sa meilleure élève, Mei, sur le coup. Il serait sûrement prêt lundi. Alors qu'Hizashi remplissait le formulaire de réparation, Izuku Midorya (qui ne le reconnut pas) entra dans l'atelier. Mei se précipita vers lui et lui donna une lampe de chevet très design destinée à la mère du garçon qui avait bientôt son anniversaire. Elle était vraiment très serviable cette fille... Hizashi sortit de l'atelier, soulagé. Il l'aimait son baffle. C'était son baffle, son partner in crime depuis presque 10 ans. On avait fait que l'améliorer au fur et à mesure. Mais alors qu'il tournait au coin du couloir, il tomba sur Vlad qui avait vraisemblablement lui aussi du matériel à faire réparer.
« Salut, dit Hizashi qui ne sut pas quoi dire.
-Salut », répondit Vlad qui s'était littéralement figé en le voyant.
No luck... Un silence embarrassé s'en suivit immédiatement. Hizashi commençait un peu à avoir l'habitude de ce genre de moment gênant. Il avait vraiment développé un talent particulier pour tomber sur les personnes qu'il ne souhaitait surtout pas croiser... S'il y avait un DJ cosmique aux platines de tout ça, il était temps que ça s'arrête ! Il ne savait vraiment pas quoi dire. Il fallait pourtant qu'ils reparlent de ce qui s'était passé la veille. Mais ce n'était pas gagné d'avance. Vlad et lui n'avaient pas d'atomes crochu. C'était comme essayer de connecter un baffle à une cafetière. Il y a juste des choses qui ne sont pas faite pour interagir. Plus précisément, Vlad ne s'entendait vraiment bien qu'avec ses élèves qu'il mettait souvent sur un petit piédestal et son chien, Igor, un bulldog anglais tout simplement terrifiant. Avec les professeurs, le titulaire de la 1-B était d'une humeur assez variable, du « Je t'ignore » à « Encore un mot et je bois ton sang ». Vlad finit par se lancer au grand soulagement d'Hizashi:
« Ecoute, propos d'hier... J'ai un peu surréagi. Je suis désolé.
-… J'ai aussi exagéré, répondit immédiatement Hizashi. I am sorry... Je n'aurais pas dû prendre des choses sur ton bureau sans te demander. Et puis, je crois qu'on est tous un peu tendu.
-...Oui »
Finalement, cela n'avait été aussi compliqué. Ils étaient après tous les deux désireux que la situation s'arrange.
« Et sinon, ça va ? J'ai vu que tu avais eu une intervention compliquée... », reprit Vlad.
-ça va. Je m'en suis remis. »
Laughing out loud... Qui ne le savait pas ? Le fait que Vlad ait utilisé le mot "voir" voulait tout dire... Ce dernier s'adressa encore à lui en changeant complètement de sujet :
« Mes élèves ont bien aimé l'activité que tu as organisée.
-Ah oui ?
-Oui... Ils s'appelaient encore par leurs noms de code durant l'entrainement et ils nous ont tanné, Shouta et moi, pour avoir des talkies. »
Hizashi était content de le savoir. Ses students, ses dear listeners avaient passé le meilleur cours d'anglais que cette Terre ait jamais porté. Ever.
« J'ai l'impression que tu tiens quelque chose avec ton jeu, dit encore Vlad. Il faudrait peut-être que tu le refasses. N'hésite pas à demander de l'aide à Shouta ou... à moi... »
Là, Vlad était clairement en train de s'arracher les mots de la gorge mais Hizashi apprécia quand même le geste. Le titulaire était prêt à tous les sacrifices pour que sa chère petite classe étudie dans les meilleures conditions.
« J'y penserai. Merci. »
Alors que le titulaire de la 1-B se dirigeait vers l'atelier de Power Loader, Hizashi l'interpella en se rappelant d'un point qu'il aurait bien voulu évoquer avec lui en début de semaine :
« J'ai lu dans une rédaction que tes élèves t'espionnaient en dehors de l'école.
-Je sais, soupira Vlad, ils ne sont pas très discrets.
- Ils t'ont vu avec une fille. Faudra que tu ramènes cette copine la prochaine fois qu'on sortira après une réunion !
-Sûrement pas ! », répondit Vlad en franchissant la porte de l'atelier.
Hizashi quitta le bâtiment de bonne humeur. Quand il se dirigea vers le portail, il vit Nemuri dans sa classe au premier étage. Cette dernière n'hésita pas à lui faire un signe de la main pour le saluer. Il se sentait vraiment de plus en plus fatigué et décida d'aller se reposer dans sa chambre d'hôtel où il avait laissé quelques affaires. Ce serait bien mieux que ce lit où il respirerait sans aucun doute l'odeur de Shouta, ce qui aurait pour effet de lui faire regretter de ne pas lui avoir sauté dessus la nuit dernière.
Le lit dans lequel il s'allongea tout habillé était en effet bien plus neutre et l'araignée qui s'était trouvé sur le mur avait disparu, probablement chassée par une femme de ménage. Il ne voulait pas dormir. Juste se reposer un peu. Il tendit le bras pour attraper son casque audio et le passa immédiatement sur ses oreilles. Il le connecta à son téléphone portable et choisit une musique dans son répertoire, fermant ensuite les yeux pour se détendre. Il récupéra ainsi durant plusieurs heures et sursauta quand son téléphone vibra. Il avait reçu un message... de Shouta. Ça disait :
Tu es rentré ?
Hizashi regarda l'heure : 7pm. Shouta avait fini depuis longtemps. Il devait être à l'internat ou en patrouille. Il répondit rapidement :
Non, je suis allé me reposer à l'hôtel près de UA
Une réponse arriva immédiatement :
OK.
Hizashi fronça les sourcils. C'était quoi ce OK. ? Juste Ok avec un point et sans smiley ? Ok, bien reçu, c'était juste pour savoir ? OK, j'espère que t'as nourri le chat ? Ok, je comprends ? Ok, tu me brises le cœur ? Ce côté laconique, c'était so annoying parfois. Un peu moins fatigué, il se leva et alla mettre un peu d'ordre dans les cours qu'il avait laissé en désordre sur le petit bureau. Il entreprit finalement de tout reclasser correctement. Alors qu'il fermait la dernière farde, il entendit qu'on frappait à la porte et alla ouvrir. C'était Shouta.
« Salut, je passais juste pour voir si ça allait. Et puis je m'en vais. », dit-il de façon presque un peu trop neutre.
Hizashi sourit. Vraisemblablement, le message voulait dire OK, je viens. Et il ne pouvait pas dire que ça lui déplaisait, que du contraire. Même si Shouta avait les bras croisés et sa petite tête de grognon.
« T'inquiète Babe. Ça va. »
Il se pencha et l'embrassa rapidement sur le coin de la lèvre comme il en avait l'habitude quand Shouta avait cet air-là. Il l'avait fait instinctivement sans trop réfléchir. C'était un geste tellement naturel pour lui mais il réalisa la demi-seconde d'après que ce n'était pas bien. Ou peut-être que si ? En tout cas, son visage était resté près de celui de Shouta et celui-ci ne le repoussait pas. Il ne disait rien. Hizashi reposa alors ses lèvres sur les siennes. Il avait envie de l'embrasser. Juste un peu. Et après, il laisserait son compagnon partir et retournait faire ce pour quoi il restait dans cette chambre (c'était quoi déjà ?). Il posa ses mains sur le visage de son compagnon et sentit les bras de celui-ci l'entourer pour le serrer contre lui tout en proposant d'approfondir le baiser. Hizashi accepta, laissa Shouta s'emparer de ses lèvres et puis de sa bouche. Just a kiss. Il en avait tellement envie. Ça ne devait pas aller plus loin... Mais bon ils n'allaient quand même pas continuer à s'embrasser dans le couloir. Hizashi tira un peu son compagnon vers pour lui faire comprendre et ce dernier se laissa entraîner dans la chambre et ferma même la porte sans quitter ses lèvres. C'était bien mieux ici. Seuls, sans personne pour les déranger. Ça faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas embrassés comme ça. C'était tellement agréable de sentir les mains de son compagnon caresser son dos. Leurs bouches finirent par se séparer. Ils ne pouvaient pas faire ça éternellement. Shouta descendit immédiatement ses lèvres et embrassa son cou. Ça aussi, ça faisait longtemps. Trop longtemps. Ça allait un peu au-delà de la limite mais Hizashi ne pouvait s'empêcher de le laisser faire. Rien qu'un peu... One minute more...
« Tu veux pas t'allonger un peu ? », souffla Shouta.
Il n'avait pas tort. Debout, ce n'était pas le plus confortable. Ils pouvaient encore un peu s'embrasser sur le lit. Juste un peu et puis il laisserait son compagnon partir. C'était censé être une zone neutre ici. Un endroit pour réfléchir. Il s'allongea sur le dos et Shouta vint sur lui pour embrasser à nouveau son cou. Les mains d'Hizashi se frayèrent un chemin sous ses vêtements amples. Il connaissait cette peau par cœur, que ce soit la moindre petite irrégularité ou la moindre cicatrice. D'ailleurs il sentit sur ce dos quelque chose qu'il ne connaissait pas. Ça devait être une nouvelle blessure, mais d'où pouvait-elle bien venir ? Same pour le bandage qu'il avait vu sur son avant-bras d'ailleurs. Il mit ça de côté et continua à caresser sa peau. Non, ça, il n'aurait pas pu le faire avec quelqu'un d'autre, ça n'aurait jamais été aussi bien. Jamais il n'aurait pu...
« Shouta... Babe... Je te jure que..., murmura-t-il
-Je sais. », l'interrompit Shouta
Hizashi réalisa alors que son compagnon ne l'embrassait plus et que son visage était au-dessus du sien. Shouta le regardait. Oh Shit, these eyes... ils ne les avaient pas vu depuis une éternité. Deux mois en fait. Ce regard pénétrant qui lui disait qu'il n'y avait qu'eux deux et qu'il était temps d'éteindre la lumière.
Hizashi se réveilla quand les premières lumières traversèrent les fenêtres et sentit le poids de la tête de Shouta sur son épaule ainsi que son bras sur sa poitrine. Il réalisa également qu'il était encore dans sa chambre d'hôtel et que la soirée d'hier... avait complètement dégénéré. Oh shit... Il était clair que la zone n'était plus du tout neutre, là. Mais comment ça avait bien pu se produire ? La réponse était pourtant évidente... Il avait laissé les choses aller bien trop loin...
Cependant, il ne parvenait pas à regretter ce qui s'était passé car les images de la nuit lui faisaient encore tourner la tête. Rewind. Il avait complétement mis son cerveau sur pause quand son compagnon avait commencé à déboutonner sa chemise, embrasser son torse... Et puis le toucher partout... Et puis murmurer son nom avec sa voix grave de façon bien trop sexy... et... et... Ah ! In short, faire tous ces trucs qui l'empêchaient de réfléchir ! Honestly, il n'était pas tellement responsable ! Les moments d'intimité avec Shouta lui avaient manqués. Vraiment beaucoup manqué. Il se décida à aller prendre une douche pour faire le point sur ce qui venait de se produire mais quand il tenta de se lever, il sentit le bras de Shouta le retenir. Il n'était pas si endormi que ça finalement.
« Reste un peu ici. Et arrête de penser si fort. », mumura-t-il.
Hizashi ne résista pas et au contraire se détendit. Shouta se redressa un peu, libérant son épaule au passage et posa sa tête sur le coussin juste à côté pour être à la même hauteur que lui, sans pour autant relâcher son étreinte.
« Tu vas mieux ? demanda-t-il.
-Oui Recovery Girl s'est occupé de moi. Il n'y avait pas grand-chose au final.
-Et ton baffle ?
-Power Loader est sur le coup... And you ? », dit Hizashi en caressant le bandage sur l'avant-bras de son compagnon.
-J'ai eu une patrouille compliquée, mercredi... J'ai fait une chute et j'ai pris un coup de couteau. »
Shouta soupira et n'alla pas plus loin dans son explication. Hizashi ne demanda pas de détails. Ce n'était toujours le genre de choses sur lesquelles son compagnon souhaitait s'étaler.
« Je suis passé chez Recovery Girl le lendemain, reprit-il. Et après j'étais épuisé le reste de la journée. J'ai dormi à l'internat jusque vendredi matin... Et je pense bien que mon portable n'avait plus de batterie. »
Sans qu'il n'insiste dessus, Hizashi comprenait bien que Shouta expliquait simplement pourquoi ils ne s'étaient pas vus jeudi... S'ils n'avaient pas été en froid, ce dernier n'aurait certainement pas manqué de lui raconter ce qu'il lui était arrivé... Et quand Shouta n'aurait pas donné de nouvelles, Hizashi serait immédiatement passé à l'internat pour voir si tout allait bien. Et l'aurait trouvé endormi quelque part. Il ne l'aurait d'ailleurs pas réveillé et aurait plutôt veillé quelques heures sur son sommeil avant de prendre un coussin et s'endormir à ses côtés.
« Tu avais raison, soupira Shouta. Je ne vais pas très bien. »
Hizashi n'avait aucun doute sur l'effort que son compagnon avait dû mobiliser pour formuler cette simple phrase. Par conséquent, il se contenta en guise de réponse de simplement se rapprocher de lui et caresser son visage. Surtout cette petite cicatrice sous son œil. Il n'oserait probablement jamais lui avouer qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver qu'elle le rendait beau.
« J'ai toujours géré ce genre de choses seuls, continua Shouta. J'oublie parfois qu'il y a de place à côté de toi. »
Shouta hésitait beaucoup quand il parlait mais pour Hizashi, il n'avait pas vraiment besoin d'aller plus loin. Il comprenait. Son compagnon n'avait pas vécu avec ses parents mais avec des éducateurs qui avaient des dizaines de jeunes à gérer dans un endroit où il avait dû vivre sans espace. Il avait ainsi pris l'habitude de ne pas avoir de place et ne prenait pas toujours celle qu'on lui réservait.
« À quoi as-tu réfléchi dans cette chambre d'hôtel ? dit-il
-Pardon ? répondit Hizashi qui n'avait pas anticipé le brusque changement de sujet.
-Tu as dit que tu étais parti réfléchir de ton côté... », reprit Shouta.
Probably, son compagnon voulait discuter sérieusement. Était-ce vraiment le meilleur moment ? Hizashi ne pouvait nier qu'ils s'étaient beaucoup rapprochés depuis hier soir mais est-ce que ça allait suffire pour que son compagnon puisse entendre ce qu'il avait à lui dire ?
« hum Lot of things..., dit Hizashi qui ne savait pas vraiment par où commencer.
-Mais encore ? », insista Shouta en levant les yeux au ciel.
What else ? Ça s'était tout le problème... Hizashi bredouilla quelques phrases vides qui tournaient autour du pots et Shouta posa ses lèvres sur les siennes pour l'interrompre.
« Vas-y franchement, dit-il. Je peux tout entendre. »
Not sure... Hizashi décida de commencer par la partie qui était la plus simple à avouer :
« J'ai remarqué que je ne prenais pas beaucoup de décisions dans notre relation. Je laisse tout couler en fait... »
Shouta le regarda d'un air interrogateur. Il était évident qu'il s'attendait plutôt à des reproches le concernant et au lieu de cela, Hizashi était en train de lui dire que c'était son comportement qui posait problème.
« Ce n'est pas un problème, dit Shouta qui semblait penser pouvoir clore le sujet.
- Si, c'est un problème, répondit immédiatement Hizashi. Tout m'est égal et ça ne devait pas être comme ça... Je ne prends jamais d'initiatives.
-Mais ça ne me dérange pas, moi... Je ne vois pas le rapport avec ce qui s'est passé.
-Shouta... J'ai mis deux mois à réagir à la situation. C'est plutôt long. Et il y a too many things que tu portes seul. »
Son compagnon leva un sourcil et n'avait décidément toujours pas l'air de voir où il voulait en venir.
« J'ai laissé les choses évoluer dans la mauvaise direction et il a vraiment fallu que je sois au pied du mur pour venir te parler.
-Tu as une vie bien remplie, tu ne peux pas penser à tout... Et je ne suis pas très accessible...
-Shouta... »
Ça, c'était vraiment le truc le plus idiot qu'on pouvait dire. Une vie bien remplie ne justifie pas qu'on ne prenne pas le temps de d'aimer quelqu'un comme il se doit. Mais ce n'était pas tout et Hizashi n'était pas certain qu'il était prêt à parler de... la suite. Mais quand le serait-il alors ? Shouta finit par reprendre la parole :
« Et tu sais pourquoi ? »
Hizashi ne répondit pas. There we are... Oui, il savait pourquoi. Et this was where the problem lay... Cela avait pris du temps à prendre forme dans son esprit mais maintenant, c'était assez clair. C'était quelque chose qu'il avait pensé au moment même où il avait commencé à sortir avec Shouta et qui ne l'avait jamais vraiment quitté. Son compagnon se redressa complètement et semblait à présent très réveillé.
« Hey, Zashi, dit-il. S'il te plaît parle-moi, là. Je n'aime pas quand tu ne dis rien comme ça.
-Je ne vais pas mourir juste parce que j'arrête de parler quelques secondes, répondit Hizashi
-Selon ma théorie sur la question...
-Ah, tais-toi ! »
Hizashi se détourna de son compagnon, presque content d'avoir un prétexte pour bouder. Cette discussion le mettait mal à l'aise. Comment Shouta réagirait-il après avoir entendu ce qu'il avait à dire ? Et si ça changeait tout ? Il sentit une main caresser ses longs cheveux blonds.
« Dis-moi tout. Je suis prêt à entendre n'importe quoi. »
Finalement, Hizashi fit à nouveau face à Shouta qui semblait vraiment se demander ce qui pourrait être si difficile à exprimer. Il essayait même de sourire pour l'encourager et passa sa main sur sa joue. Est-ce qu'il le ferait encore s'il savait ? Hizashi finit par se lancer :
« C'est à cause d'un truc que j'ai pensé quand on s'est mis ensemble. Je l'avais un peu oublié mais en fait, ça ne m'a jamais vraiment quitté... »
Cette pensée lui était revenue furtivement lundi alors qu'il venait de se disputer avec Shouta et elle s'était même immiscée dans ses réflexions alors qu'il nageait. Une petite chanson qui trottait dans son esprit. Elle était là depuis tout ce temps... presque inaudible. Et elle avait explosée dans sa tête quand ils s'étaient à nouveau disputés.
« Tout m'est égal parce que je pense que de toute façon, tu vas finir par en avoir assez de moi et partir. J'ai peur qu'un jour tu préfères être seul. »
Voilà, c'était dit. À force de repasser sa relation encore et encore, à force de se souvenir de tous ces moments passés avec Shouta, à force de reculer et avancer le film, à force de chercher, il avait fini par trouver cette petite poussière qui faisait sauter le disque. Hizashi risqua un coup d'œil vers son compagnon et constata que son visage venait de se décomposer.
« Mais... mais... Pourquoi tu penses ça ? dit-il d'une voix basse.
- Tu as toujours préféré être seul, que ce soit pour t'entraîner, pour étudier... Quand on était à l'école, il n'y avait vraiment pas beaucoup de place près de toi.
Hizashi ne put s'empêcher de sourire un peu car il se revoyait très bien faire un peu le forcing pour s'asseoir à côté de Shouta, que ce soit à la salle d'étude ou sur cette marche où son camarade essayait justement de s'isoler pour manger.
« Et puis, tu travailles seul, continua Hizashi. Je sais qu'on est ensemble mais je me dis intérieurement que...
Alors qu'il parlait, il sentit comme une ombre planer au-dessus de sa tête. Aussi sombre que le fond de son esprit où cette pensée, cette petite musique, s'était confortablement installée.
« … qu'il y a bien un moment où ça te lassera. Tout ça... ça te fera chier. Et tu réaliseras à nouveau que tu étais mieux quand tu étais seul. Alors j'en profite tant que ça dure et donc, je ne m'implique pas beaucoup. »
Hizashi parcourut la pièce du regard et tomba sur les affaires de Shouta sur une chaise. Au moins, s'il voulait partir, il ne devrait pas les chercher. Quand les avait-il rangés au juste ? Alors qu'il s'interrogeait sur cette chose futile, les bras de son compagnon l'entourèrent.
« Je ne sais pas si c'est que tu as envie d'entendre mais je préfère être coincé avec toi que d'être seul...
-QUOI ? Comment ça COINCÉ AVEC MOI ? Tu veux dire quoi par-là ? »
Hizashi eut soudainement envie de retourner bouder à l'autre bout du lit mais l'étreinte de son compagnon se resserra pour l'empêcher de partir. Shouta reprit la parole d'une voix calme :
« Je pense qu'on a encore beaucoup de choses à se dire... Tu veux bien qu'on habite à nouveau ensemble ?
-Oui, je veux bien... Mais c'est quoi "beaucoup de choses à se dire" ? dit Hizashi, surpris.
-Je crois que je devrais te raconter ma version de l'histoire... Je t'aime depuis bien plus longtemps que tu ne le crois.
-Vraiment ?
-Oui... Et toi, j'aimerais que tu me racontes comment ça se passait chez toi. Avec tes parents. »
Hizashi fut surpris de cette demande. Comment ça se passait chez lui ? Avec ses parents ? Very bad quand il y réfléchissait mais il n'avait jamais éprouvé le besoin d'étaler ces vieilles histoires. Surtout celles qui concernait son père. Usaburo Yamada était un officier de police et un père autoritaire et la seule et unique fois où il l'avait mentionné auprès de Shouta, c'était quand il était mort lors de sa troisième année après une intervention. Et puis sa mère était reparti aux Etats-Unis. Alors... What was the point ? Shouta sembla comprendre son questionnement intérieur et ajouta :
« Je pense qu'il n'y avait pas que moi qui me sentais seul dans cette histoire... »
Yeah... Il avait peut-être raison. Avait-il réfléchi à ça cette semaine ?
« All right..., dit Hizashi. tu iras un peu moins souvent à l'internat... ?
-Oui. »
Hizashi resta un peu dans les bras de son compagnon. Finalement, ce dernier consentit à le libérer pour qu'ils puissent se préparer à partir. Hizashi alla prendre une douche en premier et puis céda sa place à Shouta. Il commença ensuite à faire ses affaires. Alors qu'il repliait son ordinateur, il demanda distraitement à Shouta qui sortait de la salle de bain ce qu'il pensait faire aujourd'hui.
« En fait, il y a quelque chose dont je voulais te parler..., répondit son compagnon.
-Ah oui ?
-J'ai vu Eri et je ne sais pas comment... Mais elle était au courrant de ce qui t'était arrivé. Elle était très inquiète... »
Hizashi se figea. Poor girl... Avait-elle juste entendu des élèves en discuter ou avait-elle carrément vu la vidéo qui circulait ? Il espérait vraiment que la deuxième hypothèse soit fausse...
« Je ne pouvais pas lui promettre que tu passerais la voir, continua Shouta. Mais... je crois que ça lui ferait plaisir. »
Il soupira et ajouta immédiatement après :
« Et puis, il faudrait que tu récupères ta veste. Elle n'a pas voulu me la donner. »
Good girl. Évidemment qu'on ne donnait pas une veste aussi awesome à n'importe qui !
« All right, répondit Hizashi en fermant son dernier sac. Mais on y va ensemble ? »
Shouta acquiesca en levant les yeux comme pour lui dire Bien sûr que oui et termina de s'habiller. Alors qu'il s'apprêtait à quitter de la chambre, il prit le visage d'Hizashi et l'embrassa. Ce dernier savait très bien où il voulait en venir en faisant ça. Je t'embrasse maintenant et donc défense de le faire à l'extérieur ! Shouta n'aimait pas les gestes d'affections en public et ainsi à chaque fois qu'ils allaient quelque part, il « rechargeait sa batterie de love ».
« J'ai le droit de te tenir la main, au moins ? Un tout petit peu ? dit Hizashi.
-Oui, mais n'exagère pas ! Je ne veux pas me retrouver dans un magazine ! », soupira Shouta.
Ils sortirent de l'hôtel, allèrent déposer les affaires dans la voiture garée un peu plus loin et se dirigèrent vers l'internat de UA. Le ciel était bien dégagé même s'il faisait froid. Hizashi referma sa veste et s'interrogea encore sur comment Shouta pouvait survivre en toute saison sans jamais varier sa tenue. Il saisit ensuite la main de son compagnon qui ne protesta pas. Il pensa aussi aux élèves de premières années et se demanda ce que contiendrait leur rédaction s'il refaisait une interrogation surprise lundi.
« Tu l'aimes bien cette petite, non ? », dit Hizashi à l'attention de son compagnon.
Ce sujet lui brûlait les lèvres depuis le début de la semaine et il ne pourrait pas attendre d'être rentré pour lui en parler.
« J'ai grandi dans un foyer, répondit Shouta qui ne semblait pas gêné par la question. Je sais bien ce que ce n'est pas toujours drôle de dormir dans un internat sans famille. »
Puis il lui sourit et ajouta immédiatement après :
« Je ne sais pas si ça veut dire que je l'aime bien mais j'aimerais qu'elle ne se sente pas seule tant qu'elle sera à UA. »
Il voulait qu'elle sente qu'elle ait une place, même toute petite. Ils franchirent ensemble le portail de l'internat et Hizashi lâcha la main de Shouta qui dut le remercier en pensée. Mais c'était peut-être un peu tard car il aperçut un Izuku Midoriya médusé à la fenêtre de la salle commune. Hizashi plissa les yeux et vit qu'il y avait également Shinso Hitoshi même si ce dernier s'était rapidement caché sous l'appui de fenêtre. Il était vrai que les cartes d'étudiants des autres sections pouvaient passer le portail de l'internat mais leur présence n'était tout de même pas admise le weekend. Hizashi observa Izuku prendre rapidement quelques livres sur une table. Ils partirent tous les deux dans une autre pièce. Peut-être étudiaient-ils ensemble ? Il entendit aussi très vaguement des éclats de voix qu'il attribua à Bakugo qu'il vit debout à travers une autre fenêtre. Il semblait s'adresser aux deux fuyards. Finalement, le garçon alla s'assoir le canapé d'où dépassaient les cheveux rouges de Kirishima. Tout de suite après, une Eri bien trop mignonne traversa le salon en trombe avec à ses trousses une Momo et une Ochaco qui semblaient tenter de la modérer un petit peu. Sans nul doute, leur arrivée était annoncée et la petite fille se dirigeait vers la porte d'entrée... Hizashi jeta un regard vers son compagnon qui semblait ne pas remarquer toutes ces choses et lui sourit. Cette semaine avait été difficile. Mais aujourd'hui, c'était dimanche et c'était une belle journée.
FIN
LECTEURS ET LECTRICES NE PARTEZ PAS !
Tout d'abord, merci d'être arrivés jusqu'ici ! J'imagine que cela veut dire que les autres chapitres vous ont plu et j'espère que vous aimez la fin. ^^
J'aimerais ensuite vous poser une petite question : Seriez-vous intéressés par quelques chapitres supplémentaires avec le point de vue Shouta afin de savoir comment s'est déroulé la semaine de son côté ? Il y aura un minimum de redites évidemment ^^. Si oui, mentionnez-le dans les commentaires !
Et enfin, merci encore de m'avoir lue !
