Chapitre 1 – Enfance et adolescence
Le groupe des Losers s'était dissipé après l'été 89, après leur confrontation avec Ça. Beverly était partie à Portland peu après qu'elle ait tabassé son père. Bill et ses parents avaient déménagé dans une ville à côté de New York. Ben était partit lorsqu'ils durent entrer au lycée. Il voulait suivre son rêve de devenir architecte et chacun l'avait encouragé. C'était le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux qu'il avait dit au revoir à ses amis restants. Stan était quant à lui était parti il y avait de ça quelques mois. Son père avait été muté dans une autre synagogue. Finalement ils n'étaient plus que trois. Mais Mike aidait beaucoup son père malade et vieux à la ferme. Alors ils ne se voyaient plus beaucoup. Restaient Richie et Eddie.
Eddie, qui était du genre à beaucoup planifier, était tout de même moins prévoyant que Richie, dont son avenir était très bien défini dans sa tête. Lui et Eddie, à L.A., libres. C'était le dessein que se faisait Richie. Et Eddie était prêt à le suivre. Un soir, alors qu'ils sortaient du cinéma, ils avaient parlé de leur futur. Tout de suite Richie avait commencé en parlant de son école de théâtre à Los Angeles. Eddie était très content pour son ami, même si lui pensait aller à l'Université du Maine. C'est alors que Richie lui proposa de venir avec lui. Pourquoi pas après tout ? Il avait eu peur qu'il préfère rester auprès de sa mère, mais finalement il avait été plus que d'accord avec le projet de Richie. Richie avait été si excité par l'accord d'Eddie. Il leur restait une année, une atrocement longue année de lycée avant de partir loin de cette ville, pourrie jusqu'à l'os.
Mais il arriva un malheur qui changea tous ses plans. On était mi-juillet, quand Eddie arriva les lames aux yeux chez Richie. Ce dernier était dans le garage en train de remettre la chaîne de son vélo. Il entendit son ami arriver, et il perdit vite son sourire en se rendant compte qu'il y avait un problème. Il se redressa et Eddie lui sauta dans les bras.
- Eds ? Qu'est-ce qu'il t'arrive ?
Sans sortir la tête du cou de Richie, il lui répondit :
- Ma… ma mère vient de me dire qu'on déménageait dans trois semaines…Elle… Elle a trouvé un travail à Chicago…
Richie s'était figé à l'annonce du plus petit.
- Dans trois semaines ...?
- Oui… Elle a trouvé un appartement et tout est prêt… On n'a plus qu'à faire les cartons et partir…
- Mais… on devait partir à L.A. l'année prochaine tous les deux … dit le plus grand, la voix brisée par l'émotion de devoir quitter celui qu'il aime.
- Je sais Richie… on ira okay ? On se retrouvera là-bas !
Richie ne répondit pas tout de suite, sachant pertinemment que s'il laissait partir Eddie maintenant, ils ne se reverraient pas de sitôt. Tous les Losers avaient dit qu'ils resteraient en contact en envoyant des lettres. Finalement, ils en avaient envoyé une chacun et ceux restés à Derry n'avait plus jamais eu de nouvelle. Eddie ne ferait pas exception. S'il le laissait partir ce serai fini.
- Restes avec moi Eddie. Ta présence ne dérangera pas mes parents, et on pourra partir tous les deux l'année prochaine. J't'en prie Eddie, reste…
- Je ne peux pas… Ma mère a besoin de moi et…
Mais Richie ne le laissa pas finir.
- Et toi tu as besoin d'elle c'est ça !? Bordel on allait partir dans un an. Tu allais me sortir le même discours à ce moment-là !? Parce que cette année ou l'année prochaine ce n'est pas si différent ! Si tu ne voulais pas venir fallait le dire dès le début !
Eddie fût étonné de l'énervement soudain de Richie. Il ne comprenait pas. Oui il allait devoir partir une année, mais ils allaient se retrouver l'année prochaine ! Pour lui il était impossible d'oublier son ami, celui dont il était le plus proche depuis des années, et dont la dispersion du groupe n'avait fait que renforcer leur amitié. Richie se détacha de l'étreinte et rentra chez lui, en disant qu'il avait besoin d'être seul. Alors le plus petit resta désemparé. Il lui fallut bien cinq minutes avant de se décider à bouger, et de retourner chez lui, la vue brouillée par les larmes. Une fois arrivée, il courut se réfugier dans sa chambre et se retint d'éclater en sanglot face à la réaction de l'autre garçon. Il avait besoin d'être soutenu, parce qu'il ne voulait pas partir mais sa mère le forçait. Peut-être que si Richie l'y poussait, il désobéirai à sa mère. Il voulait rester avec lui, qu'il le force à rester. Parce que seul il n'avait pas le courage de se battre. Mais il l'avait laissé tomber. Et il se sentait tout seul. Il resta un long moment ainsi à combattre ses larmes. Il ne voulait pas être faible. Il finit par se redresser et respira profondément, résigné. Il partirai, puisque c'était le souhait de sa mère.
De son côté, Richie n'était pas dans un bien meilleur état. Non il n'était pas écroulé sur son lit à pleurer toutes les larmes de son corps, même s'il ne pouvait en empêcher certaines couler le long de ses joues. Il était assis sur le rebord de la fenêtre de sa chambre et fumait. Il regardait au loin, en pensant que c'était sans doute que tout devait se terminer, que les homosexuels n'avaient pas le droit au bonheur finalement. Il en était de plus en plus convaincu. Il entendit résonner dans sa tête une voix qu'il n'avait pas entendu depuis longtemps, la voix du Clown qui se moquait de lui. Cette voix qui le hantait depuis des années, et dont malgré sa peur et sa honte, avait finit par s'endormir grâce à Eddie, même si ce dernier ne savait rien de tout cela. Il avait été tellement heureux ces derniers mois, même s'il avait dû se contenter d'une relation amicale. C'était déjà beaucoup plus qu'il ne pensait mériter à cause de ce qu'il était. Mais son bonheur semblait prendre fin. Aucun des Losers n'avait continuer à donner des nouvelles. Peut-être les avaient-ils oubliés, peut-être n'avaient-ils plus envie d'être amis avec eux. Dans tous les cas, il ne voyait pas en quoi cela serait différent avec Eddie. S'il voulait partir, c'était que Richie n'était pas une raison suffisante pour lui de rester. Pourquoi il l'aurai été de toute manière ? Il aurait pu tout faire pour le faire rester. Mais il ne voulait pas le forcer, il voulait que cela vienne d'Eddie. Mais visiblement, ça n'allait pas se passer comme ça. Toujours plongé dans ses pensées, il alluma une autre cigarette.
Le jour du déménagement arriva, et Richie voulu venir aider Eddie à charger tous les cartons. Même si leur relation avait été un peu plus froide et distante ces dernières semaines, il voulait lui dire au revoir. C'était la dernière fois qu'il le voyait avant très très longtemps. Et il avait prit une décision importante, qui l'avait empêché de dormir la nuit précédente. Il voulait avouer à Eddie ses sentiments pour lui. Il n'avait pas imaginé devoir être séparé de lui, alors il n'avait pas envisagé de lui dire avant. Il avait longtemps pesé le pour et le contre. Et il en avait conclu qu'il devait lui dire. Même si ça venait à ce qu'Eddie le déteste pour qui il était. C'était un peu égoïste, car s'était surtout pour lui-même qu'il voulait faire ça. Eddie allait partir de toute manière, alors quelconque relation de ce type était impossible, encore plus qu'avant. Mais il avait l'impression que s'il se taisait, il ne pourrait jamais le dire à quiconque. Et s'il rêvait d'aller à L.A., c'était en parti parce que là-bas les gens étaient plus libres, et qu'il aurait peut-être pu être qui il était vraiment, sans chercher à se cacher. Alors il devait lui dire, le dire à son meilleur ami, au moins lui dire qu'il n'était pas attiré par les filles. Après, pour ses sentiments, il aviserait selon sa réaction. Le plus petit lui avait dit de venir en début d'après-midi, parce que le matin les déménageurs allaient s'occuper des meubles principalement. Alors Le bouclé prit son temps pour déjeuner, avant d'enfourcher son vélo et de se diriger vers ce qui ne serait bientôt plus la maison de son ami. Mais une fois arrivé là-bas, il n'y avait plus personne et tout était vide. Richie ne compris pas. S'était-il trompé d'un jour ? Est-ce que Eddie lui avait dit que c'était hier et qu'il avait oublié ? Ce qui était sûr c'est qu'il n'avait pas pu lui dire au revoir. Il baissa alors la tête et vit un papier au sol, retenu par une pierre pour qu'il ne s'envole pas. Il se pencha et le ramassa avant de le lire :
« Richie, il y a eu un changement de programme, et nous sommes partis ce matin au lieu de cette après-midi. Je suis vraiment désolé, ma mère ne m'a pas laissé te prévenir. Je suis vraiment désolé ! J'ai à peine le temps d'écrire sur ce bout de papier pour t'expliquer. Je dois y aller. Je t'écrirai ! A bientôt ! »
Richie senti alors son cœur encore plus lourd que ses dernières semaines dans sa poitrine. C'était ce poids qui lui disait que c'était bien réel, que ce n'était pas un rêve. Ou plutôt un cauchemar. Il avait tellement été préoccupé par le déménagement d'Eddie que d'un côté il ne s'était pas vraiment rendu compte de la réalité. Son esprit lui donnait l'espoir que Mrs K. change d'avis, ou que Eddie allait rester avec lui. Mais aujourd'hui il était parti, sans même avoir pu lui dire au revoir. Sans même avoir pu lui dire, lui avouer ce qui lui pourrissait la vie depuis qu'il l'avait découvert, qui hantait ses nuits. Richie senti monter en lui un excès de colère qui se traduisit par une vitre brisée par son poing avant de récupérer son vélo et de pédaler aussi vite qu'il pouvait pour partir d'ici. Il alla au sommet de la falaise où plus jeunes, le groupe des Losers avait pris l'habitude de plonger. Il se mit à pleurer, et cria pour extérioriser tout ce qu'il ressentait, tout ce qu'il contenait depuis tellement de temps. Il tomba à genoux et continua de pleurer en se cachant le visage entre ses mains. Il avait gâché la chance d'être honnête avec Eddie, et avec lui-même. Et pire que cela, il n'avait pas pu dire au revoir à son meilleur ami, à celui qui comptait plus que tout pour lui, dont il rêvait de le prendre dans ses bras, de le protéger et de lui dire qu'il l'aimait si fort. Il était un bon à rien, un loser, et rien n'y changerait jamais.
Quelques semaines passèrent, et les cours reprirent. Richie avait reçu 3 lettres d'Eddie, et lui en avait écrit tout autant. Une fois de retour à l'école, il se senti plus seul de jamais. Il ne restait que Mike a Derry, mais lui allait dans une autre école près de sa ferme, une école baptiste. Alors pour une fois, on n'entendait pas trop Richie Tozier. Il fit bonne figure les deux premières heures, en écoutant pour les papiers, pour son emploi du temps et tout le reste. Dès le début des vrais cours, il arrêta d'écouter. Et c'en fut ainsi pendant des semaines, des mois. Il se faisait souvent reprendre à l'ordre par son vocabulaire, ou parce qu'il ne faisait jamais rien en cours. Mais il avait des bonnes notes, alors les professeurs ne faisaient rien de plus que des remarques.
En juillet, Richie profitait de la tranquillité de la ville avant Los Angeles. Il avait eu de très bonnes notes pour ses examens de fin d'année, et avait donc eu son diplôme haut la main. Même si En sport il avait eu une note médiocre, elle restait correcte. Non, le sport ce n'était pas pour lui. Le volley-ball, le rugby, ça avait été une torture pour lui. Pas directement à cause du sport lui-même. Il était en bonne forme physique, et toute l'année il avait fait des petits travaux comme aider des personnes âgées, ou handicapées, à par exemple porter leurs courses ou des choses comme ça. Et bordel qu'elles en avaient des courses, contenues dans des gros sacs lourds. C'est ce qui avait permis à Richie d'être un peu musclé. Il avait aussi passé son permis de conduire dans l'année, qu'il avait eu facilement. Ainsi il attendait d'aller à Los Angeles avec impatience. Dans moins de deux mois il pourrait y aller, intégrer l'internat et enfin faire quelque chose qui lui plaira. Sans Eddie. Puisque comme il l'avait compris, les lettres avaient cessé. D'un côté, il espérait si fort qu'Eddie viendrait tout de même. Mais il savait que ça ne serait pas le cas.
Sauf que, tout ne s'est pas passé comme prévu.
Le 5 juillet, alors que Richie était en train de jouer à la salle d'arcade, il tourne la tête vers un garçon de son âge qui venait d'entrer et de lui demander s'ils pouvaient faire une partie. Cette voix il la reconnu, ce visage aussi. C'était Connor Bowers, le cousin d'Henry. Cet individu évoquait un souvenir particulièrement difficile pour Richie, qui refuse l'offre, arrêta sa partie et sortit de la salle. Connor le suivit.
- Hey Richie attends !
- Qu'est-ce que tu veux ? répliqua-t-il durement.
- M'excuser.
- T'excuser pour quoi ? Pour m'avoir foutu une honte gigantesque sans raison.
- Sans… Sans raison ? Vraiment ?
- Bah ouais. Qu'est-ce que tu croyais ? T'étais juste sympa, et ça me changeait des têtes que j'avais l'habitude de voir ou de gagner. Maintenant, j'ai d'autres choses à faire si tu permets.
- Je veux vraiment me faire pardonner pour ce qu'il s'est passé. Tu veux qu'on fasse une partie ?
Richie hésita, avant de se laisser faire. C'était juste pour jouer après tout. Ils retournèrent alors à l'intérieur, et lancèrent le jeu. Richie gagna, haut la main. Mais ils s'amusaient bien, alors ils ont décidé d'en faire une autre, puis une autre, jusqu'à ce que la nuit tombe. Richie s'était totalement détendu, et profitait juste d'avoir de la compagnie, ce qui était plutôt rare depuis un an.
- Ça te dit qu'on continue de jouer demain ? demanda Connor.
- Tu aimes perdre toi ! s'exclama Richie en riant. Même heure ?
Connor acquiesça, puis ils se dirent au revoir avant de s'en aller.
Et le lendemain ils se retrouvèrent à la salle d'arcade. Et le jour suivant, et cela pendant deux semaines. Ils ne faisaient pas que jouer. Parfois, particulièrement quand il y avait trop de monde à la salle d'arcade, ils se posaient à l'ombre dans le parc. Ils discutaient. Ils ne parlaient que de sujets légers, sans jamais se prendre la tête. C'était un peu étrange pour Richie, mais il en profitait tout simplement, même s'il se posait beaucoup de questions. Il avait l'impression que Connor flirtait avec lui, et que lui en faisait de même. Il avait toujours peur de ce que les gens penseraient s'ils venaient à découvrir la vraie nature de Richie. Et malgré qu'il ait affirmé à l'autre garçon qu'il n'était pas attiré par les garçons, ce dernier ne semblait pas en avoir vraiment pris compte. Le garçon aux lunettes comparait beaucoup Connor et Eddie, mais ils ne se ressemblaient que peu. Connor était un peu plus petit que lui-même, mais pas aussi petit qu'Eddie. Il était aussi plus calme que son ancien meilleur ami. Blond et brun, les yeux bleus et les yeux noisette. Non, ils ne se ressemblaient pas du tout. Si bien que Richie se dit que c'était peut-être l'occasion d'oublier ses sentiments pour Eddie, et de profiter comme tout adolescent de son âge.
Aujourd'hui, la température atteignait un pic énorme. La salle était bondée, et c'était un vrai four. Richie ayant la maison pour lui cette après-midi, il avait décidé d'y inviter Connor afin qu'ils restent au frais. Ils étaient assis dans la cuisine, un verre de citronnade à la main, et comme à leur habitude ils discutaient de tout et de rien. Et à un moment où Richie parlait, Connor bougea légèrement, et leurs genoux se touchèrent. Le plus grand se tut, quelque peu gêné, mais ne bougea pas pour autant. Ce qui n'était pas le cas de l'autre garçon. Il posa sa main sur la cuisse de Richie, son autre sur sa joue et se rapprocha doucement. Dans la tête du plus grand c'était la folie. Ses pensées passaient à la vitesse de la lumière, et pour la première fois de sa vie il était incapable de sortir quelconque blague. Il posa simplement sa main sur la taille de l'autre, sans s'approcher pour autant, le laissant faire. Richie pouvait sentir le souffle de Connor sur ses lèvres, il ferma les yeux. C'est à ce moment que la porte s'ouvrit, laissant apparaître le père de Richie. Tout se figea l'espace de quelques secondes, puis l'expression de son père se fit dure, alors que Richie se redressait précipitamment, le rouge aux joues, et Connor bafouilla des excuses en s'éclipsant de la cuisine pour partir. Une fois la porte d'entrée refermé, le poing de l'adulte alla à l'encontre de la pommette de l'adolescent, qui tomba au sol sous le choc.
- Écoute-moi bien Richie, il est hors de question qu'un Tozier soit une putain de pédale, et encore moins sous mon toit. C'est clair ? dit-il en enlevant sa ceinture. Je vais m'assurer que tu n'oublies jamais.
Et il commença à frapper Richie, qui au début s'empêcha de crier, mais sous la douleur aigue qui lui traversait le dos, il ne put contenir les hurlements sortant de sa bouche. Il n'avait pas la force mentale de résister. Ce qu'il avait toujours redouté était arrivé, et il en payait les conséquences. Comment avait-il pu croire autrement ? Son t-shirt et sa chemise s'étaient déchirés, la ceinture claquait à même son dos, et le sang coulait. C'était Ça, Ça était revenu et était en train de gagner. Ça l'avait eu, et il avait l'impression qu'il était sur le point de rejoindre ceux qui flottent. « Don't touch the other boys Richie ! » Mais il se dit alors qu'il ne pouvait laisser gagner la chose que lui et ses amis avaient déjà vaincu par le passé. Si Ça le prenait aujourd'hui, il s'en prendrait ensuite aux autres. Il avait beau être faible, il refusait de se laisser faire sans au moins essayer de protéger ses amis. Il se retourna alors et attrapa la ceinture, avant de l'envoyer valser plus loin, de se relever difficilement et de se jeter sur son père. Non, il refusait de le laisser gagner. Il le cogna plusieurs fois. La douleur irradiait son dos, et envahissait maintenant son poing, mais la satisfaction de le frapper était toute aussi grande. Il voulait lui faire du mal, autant que lui lui en avait fait, pour les coups de ceinture qu'il venait de lui donner, mais aussi pour toutes les paroles homophobes qui étaient sorties de sa bouche, et qui avait fait si mal à Richie, qui lui avait tant donné envie de se venger. Son père était en partie responsable de son mal-être. Un garçon est sensé pouvoir se référer à son père, lui demander conseil au besoin, et parler avec lui quand ça n'allait pas. Mais Richie avait été prisonnier de qui il était. Quand il avait découvert ce qu'il était, il n'avait pu en parler à personne, et il avait dû faire face tout seul. Il était un de ces monstres immoraux, et il avait honte de ce qu'il était. C'est ce que les gens autour de lui avaient toujours dit, et lui les croyait. Il les croyait si fort qu'il n'arrivait pas à s'accepter. C'était beaucoup plus simple de se cacher derrière des rôles, des personnages, ou des blagues. Il ne pouvait même pas n'en avoir rien à foutre de l'avis des autres, comme il le faisait si bien d'habitude, parce que le risque si les gens l'apprenait c'était qu'il se fasse tabasser, comme son père venait de faire, et aussi de se faire interner pour être guéri. Mais il savait comment les homosexuels étaient guéris, à coup d'électrochocs et de torture, et même s'il aurait voulu guérir, il n'avait pas le courage de subir tout ça. Il était seul, il était un être infâme, et il en souffrait terriblement.
Sa mère arriva dans la cuisine à son tour et hurla. Richie se redressa tant bien que mal, en s'assurant que son père n'allait pas s'en prendre de nouveau à lui. Il était sonné au sol, le sang coulant sur sa tempe, sa pommette et son nez. Il n'osa pas affronter sa mère, qui s'était précipité vers son mari en regardant avec un air horrifié et plein de question son fils. Mais ce dernier s'en alla, alla s'enfermer dans la salle de bain. Appuyé contre le rebord du lavabo, il n'osait se regarder dans le miroir. Il enleva lentement les lambeaux qui avaient été ses vêtements il y a quelques minutes. Son short n'était pas déchiré, mais il était imbibé de sang. Il jeta tous ses vêtements qu'il portait, et posa ses lunettes sur le bord du lavabo. Puis il se glissa lentement sous la douche, et enclencha une eau tiède. Il mordit son poing qui n'avait pas servi à frapper son père pour retenir les gémissements de douleur qu'engendrait l'eau en coulant sur ses plaies ouvertes. Il nettoya son corps de la moindre trace de son sang, lentement, tout en douceur. Il réfléchissait déjà à comment il allait faire pour nettoyer son dos avec de l'antiseptique. Il allait devoir se contorsionner dans tous les sens, et cela allait être très douloureux. Si Eddie avait été là, il l'aurait aidé, et il aurait su quoi faire. En repensant à lui, il fondit en larmes. Il lui manquait terriblement. Il était tout seul, et il ne savait pas gérer tout ça. Cela faisait maintenant un an qu'il était parti, et les sentiments de Richie ne s'étaient pas du tout estompé. Ils avaient été relayés en second plan en fréquentant Connor. Mais maintenant ils étaient de retour. Tant qu'il serait à Derry, il ne pourrait pas oublier ce qu'il ressentait. Et de toute manière, il était désormais impossible de rester chez lui. Son père était calmé pour l'instant. Mais pour combien de temps ? Son départ pour la Californie était prévu pour dans un peu plus d'un mois. Mais il ne pouvait plus attendre. Même s'il avait redouté ce moment en un sens. Parce qu'il le savait, il oublierai ses amis arrivé là-bas. Et c'est pour ça qu'il avait secrètement demander que le moment de partir arrive le plus tard possible, quand il serait prêt. Aujourd'hui il l'était. C'était peut-être ce qu'il fallait faire pour que ses sentiments pour Eddie disparaissent. Il fallait l'oublier. Et peut-être même qu'il deviendrai alors hétéro, et donc normal?
Il sorti de ses réflexions et se frotta les yeux. Il sorti de la douche puis récupéra ses lunettes qu'il remit sur son nez. C'est là qu'il remarqua l'ampleur des dégâts. Sa pommette gauche était enflée et rouge, mais virant au bleu. Son poing était dans le même état, gonflé et virant au bleu. Mais le pire était son dos. Il avait attendu que le sang coagule avant de sortir de la douche. Il avait de longues et nombreuses zébrures rouge vif. Cela laisserait sans doute des cicatrices. Il ouvrir le placard à pharmacie et chercha ce qui pourrait lui être utile. Il essaya de se rappeler de ce qu'avait utilisé Eddie quand il avait dû soigner Ben il y a des années. Il sorti tout ce qui semblait être utile. Il commença par désinfecter. Il eût bien du mal à atteindre toutes les zones, l'antiseptique le piquait atrocement mais il sembla satisfait du résultat. Il appliqua ensuite une crème anti-inflammatoire, puis utilisa une grosse bande qui était encore emballée. Il la déplia et enroula son torse et son dos avec. Ce n'était pas du grand art, mais cela ferait l'affaire.
Il passa une serviette autour de ses hanches, puis il retourna dans sa chambre en prenant soin de fermer la porte à clef. Il enfila alors un short, et n'essaya pas de mettre de t-shirt. La bande lui tenait déjà assez chaud. Il se laissa tomber à plat ventre sur son lit, avant de s'endormir assez rapidement. Ses blessures, et le combat avec son père, l'avait beaucoup épuisé. Autant physiquement que psychologiquement. Il eut un sommeil sans rêve, et heureusement, car après tout ça il n'aurait pu faire que des cauchemars.
Quand il se réveilla, le soleil commençait à décliner à l'horizon. Il se redressa, et son dos lui rappela instantanément tout ce qu'il s'était passé. Il se frotta les yeux, bu dans la bouteille qu'il laissait toujours sur sa table de nuit et se leva. Il récupéra un grand sac dans son placard, avant d'y fourrer des t-shirts, des chemises, des jeans, des shorts et des sous-vêtements. Il alla récupérer dans le placard à pharmacie tout ce qui lui serait utile. Puis il mit dans son sac à dos ses papiers d'identité, l'argent qu'il avait gagné depuis quelques années grâce aux services qu'il rendait aux habitants de Derry. Il prit également ses lunettes de rechange, et quelques objets qu'il ne voulait pas laisser ici. Sa Gameboy, le mot qu'Eddie lui avait laissé en déménageant ainsi que son unique lettre, et d'autres effets qui signifiaient beaucoup pour lui. Il descendit avec ses sacs, et sans se faire remarquer, il mit un peu de nourriture qui se trouvait au sellier dans un sac plastique. Il se dirigea vers l'entrée, et il prit les clefs du truck de son père. Il y décrocha les clefs de la maison, et posa ses propres clefs sur le buffet de l'entrée. Il sorti, embarqua toutes ses affaires dans le truck et s'installa du côté conducteur. Sans hésiter une seule seconde, il démarra. Alors qu'il s'engageait dans la rue, il entendit sa mère l'appeler. Mais il n'en avait que faire. Sans ralentir, il poursuivi son chemin. Avant de quitter Derry, il avait une dernière chose à faire.
Il faisait presque nuit quand il arriva à la ferme Hanlon. Mais il devait dire au revoir à Mike avant de partir.
- Richie! l'accueilla Mike. Qu'est-ce que tu fais là si tard ? Tes vieux t'ont foutu à la porte ? demanda-t-il en souriant.
- C'est plutôt moi qui me barre, ricana ironiquement Richie en descendant du truck.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? répond-il, en ayant perdu le sourire.
- Je voulais aller en Californie plus tôt que prévu, afin de profiter avant la reprise des cours tu vois.
Voyant que Richie ne souhaitait pas en parler, Mike n'insista pas. Ils s'assirent dehors en profitant de la fraîcheur que l'absence du Soleil offrait. Ils discutèrent de plein de choses, afin de passer un bon dernier moment tous les deux. Richie finit même par proposer, sans grande conviction, à Mike de l'accompagner. Il ne savait pas trop ce qu'il pourrait y faire, mais ça sera sans doute mieux que de rester ici. Évidemment, Mike refusa. Juste avant que Richie ne remonte dans le truck, ils se serrèrent la main, avant de se faire une longue accolade. Dans le fond, ils savaient qu'ils se reverraient, mais ils en redoutaient la cause. Ainsi, Richie quitta la ferme Hanlon, avant de quitter définitivement Derry. Au moment de passer le panneau qui souhaitait un bon voyage à ceux qui quittaient la ville, Richie n'hésita pas du tout. Au contraire, il accéléra.
Il mit environ quatre jours pour atteindre la Californie. Il lui restait presque un mois avant de pouvoir rejoindre son internat où il passerait sa scolarité. Alors en attendant, il vadrouillait dans l'État. Comme il avait pu le faire à Derry, il rendait des services. Ce qui faisait que parfois les gens lui offraient un repas, parfois une petite rémunération de 10$ en moyenne, et parfois, même si c'était rare, ils lui offraient un toit pour une nuit. Ainsi il n'avait pas à se plier dans le truck pour dormir. Mais ce dont il ne se rendait pas compte, c'était l'état de son dos, même s'il continuait à lui faire très mal. A force de bouger énormément, il était beaucoup plus fatigué. Alors il pensait que c'était à cause de ça qu'il ne se sentait pas très bien. Plus tout ce qui lui été arrivé récemment. Il ne comprit alors pas que ses blessures s'aggravaient, et s'infectaient. Il lui arrivait de ne pas prendre de douche pendant plusieurs jours, et de ne pas toujours nettoyer ses plaies. Cela lui faisait toujours très mal, mais d'un autre type de douleur que lorsque ses blessures avaient été créées. Et puis il ne savait pas à quoi cela devait ressembler. Il n'avait jamais vu de telles blessures. Il n'avait pas une très bonne hygiène de vie, et c'est à cause de cela que deux jours après avoir commencé les cours, juste au début de la dernière heure, il s'effondra avant d'atteindre sa place.
Ce matin, il s'était levé et s'était senti très faible. Il avait de la fièvre, et pensait qu'il avait dû choper un truc, mais que ça guérirai vite. Toute la journée il avait traîné des pieds, dormi en cours, et avait été incapable de se concentrer. Bouger le moindre muscle lui demandait un gros effort. Mais en fin de journée, il s'était dit qu'il allait tenir la dernière heure, et qu'il irai ensuite se coucher et dormir. Ça devrait sûrement aller mieux après une longue nuit de sommeil. Mais alors qu'il se dirigeait vers sa place, sa vue s'était brouillée et après, il ne se souvenait plus de rien. Il s'était réveillé à l'infirmerie. Dès qu'il avait ouvert les yeux, il avait gémi de douleur. Une infirmière c'était tout de suite approché en lui demandant comment il se sentait. Il demanda ses lunettes et elle lui les remis. Elle lui expliqua rapidement qu'il s'était écroulé, à peine arrivé en classe, et qu'il aurait dû faire attention à ses blessures. Il ne les avait pas nettoyées correctement, et qu'elles s'étaient infectées. Elle lui dit même que c'était étonnant qu'il soit si en forme, qu'il aurait même dû en mourir vu leur état. Richie ne répondit pas, connaissant la raison pour laquelle il ne pouvait pas mourir, pas maintenant. Il garda également le silence quand elle lui demanda des explications sur l'origine de ses blessures. Elle lui expliqua qu'il valait mieux qu'elle soit au courant, pour qu'elle puisse l'aider. Qu'elle était tenue au secret médical et que personne n'en saurait rien. Mais le seul mot que lâcha le jeune homme, c'était un « merci » pour l'avoir soigné.
Il dû rester à l'infirmerie, le temps que ses plaies guérissent un peu. Mais l'infirmière avait beau le questionner, il refusait de parler de l'origine de ces blessures. Si elle se doutait que c'était à cause d'un drame familial, et que c'était sûrement son père qui l'avait battu, elle ne savait pas ce qui avait déclenché la violence de ce père, alors qu'il n'y avait aucune autre marque de coups sur le corps de l'étudiant.
Après le séjour forcé, il pu enfin retourner dans sa chambre et en cours. Si la plupart des gens n'osaient pas lui parler de son malaise, quelques personnes lui posaient des questions. Auxquelles il répondait toujours par des blagues. Et même si cela ne satisfaisait pas leurs questionnements, ils rirent aux blagues de Richie. Et ils se mirent à traîner ensemble. Et pour la première fois de sa vie, Richie n'était plus un Loser.
Il se plaisait beaucoup dans cette nouvelle école. Il s'intégrait très bien aux autres élèves, il été plutôt apprécié, il avait de très bonnes notes, et même s'il exaspérait les professeurs par son langage et son humour, ils l'appréciaient beaucoup. Il s'investissait beaucoup, et ne posait pas de problèmes. Alors ça leur allait.
- Action ou vérité Richie !
- Action. Pour qui tu me prend bonhomme ? répondit-il en prenant une gorgée de sa bière.
- Alors… embrasse Lydia !
- C'est pourri ton action. On n'est plus au collège, ria-t-il tout de même anxieux.
- Allez Tozier, de quoi tu as peur ? C'est ton premier baiser ?
- Ta mère serait en désaccord avec toi gamin !
Puis il se tourna vers la fille et posa ses lèvres sur les siennes une seconde à peine.
- Ça suffit pour moi les gars ! déclara-t-il en se levant. Je suis trop vieux pour vos enfantillages !
Il s'éloigna du groupe en riant, puis alla se chercher une autre bière. Et la fameuse Lydia le suivit.
- Dis Richie, c'était parce qu'on était devant les autres que tu n'as même pas profité du baiser ?
- Hum ? Non, c'est juste que je trouve ce genre d'action un peu gamin.
- Alors maintenant que on n'est plus en train de jouer, peut-être que tu voudrais réessayer ? fit-elle en s'approchant.
Richie la laissa faire, d'une certaine manière, curieux. Elle se mit sur la pointe des pieds et embrassa Richie. Voyant que ce dernier ne la rejetait pas, elle passa sa main sur sa nuque, puis dans ses cheveux bouclés. Quant à lui, il posa ses mains sur sa taille, qu'il trouvait malheureusement bien trop féminine. Le temps passait, et il oubliait Eddie, comme il oubliait tout de Derry, et de son enfance. Évidemment qu'il n'oubliait pas son homosexualité. Même s'il détestait qui il était, ce qu'il ressentait, il ne pouvait pas s'empêcher de regarder les autres garçons, d'apprécier les corps masculins, et de se sentir excité par eux. Mais s'il avait cru il y avait des années qu'il serait libre à Los Angeles, il avait surtout su qu'il n'aurait pas le courage d'assumer. Surtout que maintenant Eddie était loin, et que ses souvenirs s'effaçaient. Alors il rapprit à faire ce qu'il n'avait jamais vraiment oublier : mentir et se cacher. Au moment où Lydia voulu approfondir la baiser, il la stoppa.
- S'il te plaît, arrête Lydia, dit-il doucement.
- J'embrasse mal ? demanda-elle en souriant doucement, toujours collée à lui.
- Tu es très jolie, et attirante et tout ça, mais … essaya-t—il de se justifier en évitent son regard.
- Tu es en train de me friendzoner là ? Ou alors peut-être que tu es intéressé par une autre personne ?
En voyant qu'il évitait encore plus son regard, elle comprit que la deuxième hypothèse était la bonne. Elle était déçue, mais pas rancunière. Elle se détacha de lui, et lui dit en riant :
- Je sais quelle sera ta prochaine vérité Richie !
Il la regarda s'éloigner avec un sourire collé sur ses lèvres, un de ses faux sourires qu'il savait parfaitement bien faire pour cacher ce qu'il ressentait. Ce soir-là il se promit de ne plus jamais jouer à ce jeu stupide.
