Chapitre 2 : Jeunes années d'adultes et le retour à Derry
Les années passèrent, il oublia tout de Derry, de ses amis, et il obtenu son diplôme. Il démarra tout de suite dans une radio à Los Angeles, où il avait fait son stage de dernière année. Le patron l'ayant tellement apprécié, son humour, ses voix, son caractère, qu'il lui avait proposé de travailler là-bas dès qu'il aurait eu son diplôme de fin d'études. Il y passa sept ans, où il fût très satisfait. Et un jour il rencontra Andrew Harper. C'est grâce à lui qu'il s'est lancé dans le one-man show. Sauf que si Richie savait être hilarant, ce qu'il pouvait écrire ne convenait pas du tout à ce genre de spectacle. Alors ils passèrent un accord : Andrew avait des auteurs qui écrivaient les textes, et Richie les interprétaient sur scène. Si au début se fût un peu compliqué, le temps qu'ils trouvent ce qui pourrait convenir à la personnalité de Richie, ainsi que pour qu'il prenne l'habitude d'apprendre des textes. Mais une fois la machine enclenchée, il a commencé à enchaîner les scènes. Toujours plus de soirs, et toujours plus grandes. Et à 40 ans, il était un humoriste connu nationalement, presque mondialement, la seule limite qu'il semblait avoir était la barrière de la langue. Mais il a eu la chance de naître dans un pays anglophone, donc cela le freinait beaucoup moins. Sa carrière était incroyable, et il aimait ce qu'il faisait. S'il avait un regret, c'était de ne pas pouvoir écrire ses textes. A l'école, ils l'avaient encouragé à poursuivre dans la création de spectacles. Il se disait qu'il aurait pu s'améliorer si Andrew lui l'avait permis. Mais cela n'avait pas été le cas. Malgré tout, il avait quelques carnets où il avait écrit tout un tas de petits textes. C'étaient des blocs indépendants, juste ce qui lui avait passé par l'esprit. Il n'y trouvait pas excellent, mais il avait su s'améliorer au fur et à mesure, en prenant exemple sur ce que ces auteurs lui fournissaient, mais également d'autres humoristes qu'il connaissait. Il rêvait depuis longtemps d'écrire son propre spectacle. Mais il avait peur d'échouer et de devenir la risée de tous les comiques. Et il n'y avait pas seulement cette envie. Il y avait aussi la volonté de faire quelque chose qui lui correspondait bien plus. « Ma copine m'a surpris en train de me masturber ». Non, il n'avait pas été capable d'être honnête. Personne ne le savait. Personne ne l'avait jamais su. Il avait eu la « chance » de ne jamais être tombé amoureux. Cela avait été frustrant, toute cette solitude, alors que la plupart de ses proches étaient mariés. Quand on lui demandait pourquoi il ne cherchait pas quelqu'un, il répondait qu'il préférait se concentrer sur son travail, au lieu de chercher quelqu'un qui devrait l'attendre pendant qu'il était en tourné, que c'était plus simple ainsi. Et il rajoutait une blague du style « ta femme me convient ». Ses amis croyaient qu'il était juste du genre à se taper des meufs, sans vouloir se poser. Et bien que jamais Richie n'était allé plus loin qu'un baiser avec une femme, il les laissait parler et penser ça. Cela l'arrangeait bien.
Ce soir, c'était un soir plus calme que ce que ça avait été les jours précédents. Il jouait à Concord, dans le New Hampshire, à cinq heures de New York City. Il ne lui restait plus que trois spectacles. Toutes les dates étaient importantes, mais ce soir-là il y aurait moins de monde, la salle étant plus petite. Il avait une petite boule au ventre, comme avant chaque spectacle. On venait de le chercher dans sa loge pour lui dire qu'il entrait en scène dans cinq minutes. Petit coup de stress, il souffla un grand coup et c'était parti. Mais alors qu'il se dirigeait vers la scène, son téléphone sonna. Il savait qu'il n'aurait pas dû répondre. Le spectacle allait commencer, il n'avait pas le temps de répondre. Mais il fit tout de même.
- Richie Tozier à l'appareil ! fit-il d'une voix enjouée.
- Salut Richie. C'est Mike, Mike Hanlon, répondit la voix de l'autre bout du téléphone.
Richie sentait l'angoisse remonter le long de ses entrailles, bien plus violemment qu'à cause du stress d'un spectacle. On lui dit de se dépêcher, il allait commencer. Il se dirigea alors vers l'escalier de la scène, mais avant de l'avoir atteint, il répondit à ce Mike :
- Désolé, vous faites sûrement erreur, ce nom ne me dit rien.
- Mike, de Derry, dit-il alors que Richie se figeait et devint pâle comme un linge. Tu dois revenir Richie, on a besoin de toi.
Sans bien comprendre pourquoi ces mots sortaient de sa bouche, il lui dit :
- Je serai là dans la soirée.
Mike lui donna le lieu de rendez-vous. Et aussitôt qu'il eût raccroché, il se précipita à la sortie de secours la plus proche et laissa son estomac se vider. Il ne comprenait pas pourquoi il réagissait comme ça, pourquoi avoir entendu un nom, et l'idée de retourner là-bas le rendait malade. Sans qu'il ne se rende vraiment compte de ce qu'il se passait, il se retrouva sur scène. Il essaya de sortir sa première vanne, celle de sa petite amie qui l'avait surpris en train de se masturber. Mais aujourd'hui plus que jamais, il trouva que ce texte sonnait mal sortant de sa bouche, que c'était de la merde, et qu'il n'aimait pas. Après quelques secondes, il se reprit, et passa en mode automatique. Il avait fait ce spectacle des dizaines de fois. Les blagues sortaient, son corps agissait, le public riait, et tout allait bien. Presque tout. Il se souvenait à peine comment il s'était retrouvé dans cette voiture qu'il avait loué, après être repassé à sa chambre d'hôtel et avoir fait ses valises. Il avait prétexté être complètement niqué à cause du décalage horaire, et les autres l'avaient cru. Pourtant, il se serait couché qu'il aurait été incapable de fermer les yeux de toute la nuit. Il roula toute la nuit, et après environ cinq heures de route non-stop, il commença à reconnaître les paysages. Ce qui réveilla dans sa mémoire des parties de son enfance. Il avait complètement oublié cette ville. Il avait oublié où il avait créé ses voix, et où lui était venue l'envie de faire rire. Il avait oublié la salle d'arcade où il passait presque tout son temps libre, quand il n'était pas avec… les autres ? Il avait également oublié pourquoi il était parti si précipitamment de Derry, et pourquoi il avait failli mourir une fois en Californie. Ses cicatrices le démangèrent. Il n'avait pas eu de nouvelles de ses parents depuis qu'il avait fui cette ville de malheur. Ils avaient peut-être déménagé, ils étaient peut-être morts. C'est ce qu'il souhaitait à son père, mais il n'irait pas vérifier. Il préférait se croire orphelin que d'avoir de tels parents. S'il retournait à Derry, c'était qu'il y avait une raison bien précise, même s'il ne savait pas encore laquelle.
Il arriva au Grand Hôtel de Derry tôt, le soleil n'était pas levé depuis très longtemps. La fatigue commençait à l'emporter quand il demanda une chambre, et à peine arrivé il s'écroula sur le lit et s'endormit. Quand il se réveilla, il était presque 17h. Son ventre le tiraillait un peu, et décida de prendre un repas au restaurant de l'hôtel, bien qu'il ne fût pas l'heure. Il mangea peu, mais juste assez pour se rassasier. Pendant son petit repas, il consulta son téléphone. Des dizaines d'appels en absence, des messages SMS, Messenger, Instagram, Snapchat, Whatsapp. Il ne répondit que brièvement à Andrew par SMS en lui disant qu'il avait eu un empêchement, et qu'il ne savait pas quand est-ce qu'il reviendrait. Puis il éteignit son téléphone pour être tranquille. Son meilleur ami allait le tuer quand il allait revenir, s'il revenait. Il retourna dans sa chambre d'hôtel, et décida de regarder la TV jusqu'à l'heure du rendez-vous.
Ainsi, à 19h, il se pointa au restaurant. Il s'arrêta quelques secondes en voyant deux personnes de son âge, un homme très attirant et une très belle femme, devant la porte. La chevelure rousse lui rappela immédiatement Beverly, et au vu de leur proximité, il devina que l'autre était Ben. Ils avaient bien changé, mais pour lui cela semblait évident. Ce qui le semblait moins pour ses deux anciens amis quand il se mis en scène avec une blague. Puis ils entrèrent dans le restaurant, et la jeune serveuse les conduisit à la salle privatisée pour le groupe. Richie laissa ses amis entrer, avant d'en faire de même. Et quand il vu Eddie, il se senti à nouveau extrêment bizarre. Mais pas malade. Des choses se passaient dans son ventre et il senti sa poitrine se réchauffer. Il ne savait pas comment interpréter ça. Pour dissiper son trouble, il attira leur attention et fit de l'humour. C'était toujours comme ça qu'il avait fonctionné. Et cela fonctionna. Ils se saluèrent tous, heureux de se retrouver, les souvenirs refaisant doucement surface. Ils se mirent à table, et mangèrent en parlant de ce qu'ils étaient devenus. Et très vite, Richie recommença à faire chier Eddie, et ils retrouvèrent leur complicité. Il se moquait d'Eddie, Eddie s'énervait, et les autres riaient. Pendant quelques instants ils redevinrent des gosses. Jusqu'à ce que LE sujet qu'ils redoutaient tous tombe.
Alors là ce fût une catastrophe. Ce que leur racontait Mike était forcément inventé, ils avaient battu Ça, Ça ne pouvait pas être de retour. Ils commencèrent à se disputer, puis Richie ouvrit son biscuit chinois. Terrible erreur. Cela avait tourné au cauchemar. Et immédiatement, Richie avait senti un esprit protecteur envers Eddie refaire surface. Heureusement que la serveuse arriva. Et après ils fuirent presque le restaurant. Ils avaient eu peur, et ils avaient très honte de comment ils s'étaient comportés. L'épisode du gamin ne fit qu'accentuer le sentiments de honte de Richie. Il avait l'impression de redevenir un Loser, parce qu'il n'était qu'un escroc. Eddie lui fit bien comprendre qu'il n'était bon à rien, et sans savoir pourquoi, cela lui fit encore plus mal que cela sorte de sa bouche. Ils apprirent la mort de Stan, et ayant peur d'être les prochain, presque d'un commun accord, ils refusèrent de participer. Il fût content de constater qu'Eddie l'approuvait. Il ne voulait qu'aucun de ses amis ne s'en mêle, et encore moins lui. Ils se précipitèrent à l'hôtel pour récupérer leurs bagages. Mais avant que Richie ne rentre dans sa chambre, Eddie le retint.
- Tu sais Richie, je suis vraiment désolé de ne pas être venu avec toi en Californie. Et encore plus d'être parti sans te dire au revoir. Mais ma mère avait changé ses plans, je n'ai pas eu le temps de te prévenir, et après j'ai oublié et…
- Ça va Eds, je sais, répondit-il en souriant. Moi aussi j'avais oublié. Puis j'ai ma vie, tu as ta vie. Tu es marié et tout ça. On pourra peut-être juste rester en contact cette fois ?
- Ouais bien sûr. Et toi, tu n'as personne ?
- On n'a pas le temps de parler de ça, j'aimerai me tirer au plus vite de cette ville des Enfers.
- Ouais t'as raison, barrons-nous d'ici !
Evidemment, ce n'est pas ce qu'il se passa. Ils préférèrent rester plutôt que finir tous comme Stan, même si Richie n'était que très peu convaincu de leur réussite. Le lendemain, après une nuit compliqué pour chacun d'entre eux, ils retournèrent au refuge. Le merveilleux refuge qu'ils avaient construit (NdA : je me base sur le livre, dans lequel ils ont tous aidé Ben à le construire), et de nouveaux souvenirs refirent surface. De joyeux souvenirs cette fois. Surtout pour Richie dans le hamac. Cela avait été de vraiment bons moments. Mais ils leur manquaient encore une partie de leurs souvenirs. Alors ils se séparèrent.
Une fois rentré à l'hôtel après avoir récupéré son artefact, Richie se souvenait d'absolument tout, et comprenait ce qu'il ressentait pour Eddie. Bordel, il était amoureux de lui depuis qu'ils étaient gamins. Et ce Clown de merde connaissait son « sale petit secret ». A quoi ça servait pour lui de revenir et de se remémorer tout ça hein ? Il était très heureux de la vie qu'il menait. Il soupira, avant se rendre à l'évidence. Non il ne l'était pas. Il avait envie d'avoir quelqu'un dans sa vie – Eddie – comme ses amis qui étaient heureux avec leur partenaire. Mais tout son passé était trop dur à surmonter. S'il ne croyait plus les gens qui disaient toutes sortent d'horreur sur les gays, ce n'était pas pour autant qu'il s'acceptait. De toute manière il avait 40 ans, et on ne faisait pas son coming-out à cet âge-là. Non, décidément il n'avait rien à faire ici. Alors il s'enfuit à l'anglaise. Les autres auraient tout fait pour le retenir, et la simple demande venant d'Eddie l'aurait fait flancher. Il le savait. Non, il partait maintenant et il leur enverrait un message plus tard. Il n'était pas la bonne personne pour vaincre Ça, il leur mettrait des bâtons dans les roues.
Mais évidemment, c'était écrit autrement. Et Stan, même de là où il était, avait compris Richie et lui avait fait faire demi-tour. Stan avait été son premier ami, avant qu'ils ne rencontrent Bill et Eddie. Il avait été très intelligent aussi, et il arrivait à cerner rapidement les gens. Richie se demandait à quel point Stan avait su le cerner.
Finalement, il avait rejoint les autres à la bibliothèque de Derry. Et il avait tué un homme. Henry putain de Bowers, mais il avait tué quelqu'un. Il n'a encore une fois pas su gérer son stress, mais quoi de plus normal alors qu'on vient de tuer quelqu'un, et il avait vomi sur le sol. Cette fois ils étaient sûr que Bowers était mort, son cadavre était juste à côté d'eux.
Puis ils partirent en quête de tuer ce putain de Clown. Juste avant d'entrer, il entendit un bruit qu'il n'avait pas entendu depuis longtemps, et qui l'agaçait toujours autant : quelqu'un qui utilisait un inhalateur. Bordel qu'il avait appris à haïr ce qui était presque devenu l'extrémité de la main d'Eddie plus jeune. Il avait beau eu essayer de lui expliquer, le plus jeune ne l'avait jamais compris. Eddie n'était pas faible, bien au contraire. C'était juste ce putain d'inhalateur, tous ses putains de médocs et sa putain de mère qui ne cessait de le surprotéger qui l'affaiblissait. Il était quelqu'un d'énormément courageux aux yeux de Richie. Mais ce bout de plastique lui faisait croire le contraire. Il ne servait qu'à le rabaisser, et l'empêcher de faire ce qu'il voulait. S'il avait toujours pris sur lui pour ne pas s'énerver contre Eddie à cause de ça, aujourd'hui il ne voulait pas le laisser s'en servir à nouveau. Alors il l'en empêcha, et lui dit à quel point il le trouvait courageux. Il avait su trouver les bons mots, car son ami en était convaincu maintenant. Celui à lunettes regardait l'autre homme dans les yeux, avec une expression douce sur son visage. Des « peut-être qu'après cette histoire… » tournaient dans sa tête, avant qu'il ne se ressaisisse et qu'il se rappela que l'homme qu'il aimait était marié. Il se rendit compte qu'il avait prit la main d'Eddie pendant qu'il parlait, et il la relâcha tout doucement, avant de descendre.
Et lorsqu'il vit celui qu'il aimait se faire transpercer et voler dans la grotte, il crût, il aurait voulu mourir. « Non, tout mais pas ça… tout mais pas ça… ! ». Et quand Eddie lui dit « Richie, j'ai baisé ta mère », Richie sût que son ami avait compris, qu'il avait compris ce que ça voulait dire, et qu'il le lui disait en retour. Jamais il n'avait réussi à lui dire qu'il l'aimait, et il en avait eu tellement envie qu'il avait dû trouver un moyen d'éviter de faire une gaffe. Il avait trouvé, et à chaque fois qu'il risquait de lui dire qu'il l'aimait, c'étaient ces paroles qui sortaient. Il ne savait comment, ni depuis combien de temps, mais Eddie avait compris, il en était sûr, et il lui disait que ses sentiments étaient réciproques. Mais il n'était pas le moment de déclarations d'amour à l'eau de rose, ou de baisers. Il fallait tuer Ça. Et la blessure d'Eddie était ce qui manquait aux Losers, et surtout à Richie, pour détruire définitivement Ça. Et dès que ce fût fait, il retourna aux côtés d'Eddie qui semblait, qui était mort. Richie eût si mal dans sa poitrine qu'il crût que lui aussi il venait de se faire empaler. Et les larmes se mirent à couler. Les autres le forcèrent à sortir, mais il ne voulait pas quitter Eddie, et encore moins laisser son corps là-dedans. Il ne pouvait pas être mort !
- EDDIE !
La maison s'écroula, et le moindre espoir qu'Eddie soit encore vivant avait disparût. Richie se sentait détruit, et si con de ne lui avoir jamais dit qu'il l'aimait. Il venait à peine de le retrouver qu'il était reparti, et que cette fois il ne le reverrai pas. Ses amis comprirent, mais il s'en moquait. Il s'en fichait pas mal de ce que les autres pourraient penser de lui. Celui qu'il aimait venait de mourir devant ses yeux, parce qu'il l'avait protégé. Encore une fois, tout se mélangea dans sa tête. Ils se retrouvèrent à se baigner dans le lac, comme quand ils étaient gosses, mais ils n'étaient plus que cinq.
Ils allèrent raconter à la police qu'ils s'étaient fait attaqués par Henry Bowers et qu'il avait tué Eddie dans la maison de Neilbot Street, avant que cette dernière ne s'effondre et que Henry ne disparaisse dans la nature. En effet, le corps d'Henry était parti en poussière, de la même manière que Ça, ce qui permettra à Richie de ne pas risquer d'être condamné pour meurtre, même si c'était de la légitime défense. La fin d'après-midi passa, ils avaient été autorisés à retourner à l'hôtel, mais n'avaient pas le droit de quitter la ville avant que les flics ne leur en donne l'autorisation. Bowers s'étant échappé de l'hôpital psychiatrique, le dossier devrait être vite bouclé, et les policiers ne devraient pas demander plus de choses au groupe. Juste le temps de faire la paperasse.
Richie s'était enfermé dans sa chambre d'hôtel. Il était dans la salle de bain et soignait ses blessures. Il refusait de voir quelqu'un, et ses amis comprenaient, ils lui laissaient un peu de temps. Au final, il n'avait presqu'aucune blessure, ou alors trois fois rien, juste des égratignures. Rien face à ce qu'il avait déjà affronté. Il n'eût pas le courage de se raser, et regarda simplement le rasoir sur le rebord du lavabo. C'était si tentant, il était à portée de main. Il n'aurait qu'à se laisser aller dans la baignoire, et faire comme Stan. Mais il ne pouvait pas finir comme ça, comme lui, même s'il mourrait d'envie de rejoindre celui qui avait été son meilleur ami. Richie était en vie parce qu'Eddie avait donné la sienne pour lui. Alors il ne pouvait pas se tuer. Cela serait ne pas honorer ce qu'Eddie avait voulu lui donner : une chance de vivre, de vivre tout ce qu'il voulait, sans mensonges, ni cachoteries. Il enfouit sa tête dans ses mains avant de pleurer encore une fois. Il savait que beaucoup de larmes allaient couler les prochains temps. Et s'il voulait respecter la volonté d'Eddie et ne plus cacher qui il était, c'était beaucoup plus dur à faire. Depuis les années 80, les mentalités avaient bien évolué, et l'homosexualité était beaucoup mieux accepté. Le mariage gay l'était même. Mais là, c'était surmonter l'obstacle de toute une vie, et il n'arrivait pas à le faire. C'était beaucoup trop dur. Surtout maintenant que celui qu'il aimait les avait quittés. Et il avait de gros doutes quant à la possibilité d'avoir un homme dans sa vie, alors qu'il avait été amoureux de la même personne pendant 27 ans, sans même se rappeler de lui. Il lui fallait déjà faire son deuil, il verrai pour quelconque relation plus tard.
Il se redressa, essuya un peu ses larmes et se mit au balcon avant de sortir un paquet de cigarettes Winston, celles qu'il préférait, et d'en allumer une. A la première bouffée, il toussa un peu. Mais il commençait déjà à en sentir quelques petits effets, alors il ne soucia plus de sa gorge qui grattait à cause de la fumée. Cela faisait presque 10 ans qu'il avait arrêté de fumer. Andrew l'en avait convaincu, pour protéger sa voix, et bien évidemment sa santé. Mais c'est l'argument de sa voix qui l'avait convaincu. Sa voix était son outil de travail, et s'il la perdait il se retrouvait au chômage. C'est à partir de son arrêt de la cigarette qu'il avait commencé à vomir quand il stressait, parce qu'avant c'étaient les cigarettes qui géraient son stress. Avant chaque spectacle ça lui faisait le coup. Alors il prenait des anti-vomitif. Mais ils n'avaient pas été suffisant quand Mike l'avait appelé, et il n'en avait pas prit avant de tuer Bowers. Comment aurait-il su qu'il en aurait besoin ? De toute manière, ils n'auraient sûrement pas été efficaces. Bordel, il avait tué un homme ! Il le réalisait vraiment là. Il avait sauvé Mike, mais il n'en restait pas moins qu'il était devenu un meurtrier. Ses amis auraient pu le réconforter en disant qu'ils en étaient tous, puisqu'ils avaient tué Ça. Mais Ça n'était pas humain, et là était la différence. Il ne pouvait pas nier non plus que cela avait eu un côté satisfaisant, un goût de vengeance. Pourtant, il aurait aimé ne pas avoir à planter une machette dans le crâne d'un homme.
Voulant être quelque peu distrait, il ralluma son téléphone. Qui fût inutilisable pendant une bonne demi-heure avant qu'il ne se calme, à cause de tous les messages qu'il avait reçus. Tous les réseaux y étaient passés. Surtout Twitter, où il était le plus actif habituellement, en balançant des vannes. Les gens se demandaient où il était passé, des articles avaient été écrit sur sa disparition, sur le fait qu'il était parti sans même faire ses quelques dernières dates de tournées. Bordel, il n'avait pas le droit de partir trois jours sans se faire harceler !? Il prit la peine de lire tous les messages de ses amis, de son équipe, tout en continuant de fumer, ce qui faisait que le paquet se vidait bien vite. Il répondit brièvement aux messages, et donna plus d'explication à Andrew. Il avait dû revenir à Derry, pour une réunion d'anciens amis en quelques sortes, mais que leurs départ dans le Maine avait été précipité par le mort d'un de leur groupe. Mais une fois arrivés là-bas, un autre avait décidé de se joindre à eux, et de les buter un pas un. Et il avait finit par en avoir un. C'était la version qu'ils avaient donné à la police, et il avait été facile pour Richie de mentir, puisqu'il était comédien et qu'il avait fait ça toute sa vie.
Quelques minutes après qu'il lui ai envoyé le message, Andrew l'appela. Il engueula Richie d'être parti d'un coup sans donner de nouvelles. Il s'était fait un sang d'encre et il avait eu raison ! Il l'engueula aussi parce qu'il entendit quand Richie tirait sur sa cigarette, et qu'il ne devait pas fumer, qu'il avait arrêté. Le fumeur sentait bien dans la voix de son ami qu'il aurait voulu qu'il revienne tout de suite, que partir comme ça et arrêter la tournée plus tôt leur avait fait perdre de l'argent etc. Mais il ne lui reprocha rien de tout ça, parce qu'il avait quand même perdu deux de ses amis en quelques jours et qu'il avait failli mourir lui aussi. Il lui en voulait surtout pour le silence radio depuis trois jours.
Richie répondait par des phrases courtes à ce que disait Andrew, mais il l'écoutait. Seulement il pensait à autre chose. Il aurait voulu lui avouer qu'il était gay. Il savait qu'il ne réagirait pas mal, il connaissait ses opinions sur l'homosexualité. Mais pourtant, les mots restaient bloqués dans sa gorge, alors il les ravala en même temps que la fumée. Il lui en parlerai quand il rentrerai. Ils discutèrent un moment, Andrew demandant souvent à Richie si ça allait. Mais ce dernier répondait un vague « oui » à chaque fois. Il supposa qu'il devait laisser un peu de temps au bouclé, qu'ils en parleraient à son retour. Il savait qu'il était entouré de ses amis, alors il n'insista pas. En revanche, il s'énerva beaucoup plus quand Richie entama un nouveau sujet.
- Comment ça tu ne veux plus faire de spectacles !? T'es sérieux là Richie !?
- J'ai pas dit que je ne voulais plus en faire. J'ai dit que je voulais en faire d'autres, les miens en fait. Je ne veux pas seulement jouer, mais je veux écrire aussi. Ça fait un moment que ça ne me plait plus de fonctionner comme ça. Des gens écrivent et moi j'apprends. Non, je veux faire quelque chose que j'aurai créé moi-même. Je ne te demande pas ton avis de toute manière. Je veux changer de fonctionnement. Faire des choses qui me correspondent mieux. Cette tournée était celle de trop, je ne le supporte plus.
- Et tu attendais quoi pour m'en parler !? Que tu fasses un burn-out ? Qu'on s'engueule parce que ça n'allait plus !?
- Peut-être d'avoir le courage de le faire ? Ce qui s'est passé ici m'a changé. Pas au point de devenir quelqu'un d'autre, mais je ne peux pas dire que ça ne m'aura pas affecté.
- Bon écoutes, je ne dis pas non, mais je ne te dis pas oui non plus. On essaie, et après on voit si tu t'en sors. Si tu y arrives, parfait, tu contrôleras tout ton spectacle, je n'aurai seulement qu'un regard dessus. Si ça foire, j'ai envie de te dire qu'on restera comme on est, mais comme tu ne veux pas… Je ne sais pas, on avisera. Prends déjà le temps de te reposer, et on en rediscutera. Je me charge de tout le reste : média, réseaux sociaux, l'équipe etc. Okay Rich ?
- Ça me convient, répondit-il en souriant. T'es génial mec ! Je te laisse, je vais essayer de manger un bout. A plus tard !
- A plus tard. Et Richie ? Jette ce paquet de clopes !
Richie sourit puis raccrocha. Il n'allait pas jeter les cigarettes, mais il rangea les trois restantes dans sa poche de jean. Il se sentait un peu mieux désormais. Il s'apprêtait à aller manger, quand on frappa à sa porte. Il ouvrit, et tomba sur Bill. Il avait de grosses cernes, était plutôt pâle mais avait aussi un grand sourire aux lèvres. Quand il lui demanda si ça allait, Bill lui répondit qu'il devrait se dépêcher de descendre. Ce qu'il fit en le suivant. Arrivé au rez-de-chaussée, quand une petite salle où le groupe était installé, il vit un homme assit aux cheveux frisés qu'il reconnu tout de suite en étant Stan. Il pâlit, assimilant le coup. Comment c'était possible ? Stan se leva, s'approcha et le prit dans ses bras. Il lui rendit maladroitement son étreinte, en regardant les autres et en faisant des gestes avec les mains, signifiant « il s'était pas coupé les veines ? Il n'était pas sensé ne pas être là ? ».
- Heureux de te revoir Trashmouth, sourit-il.
- De même Stan l'Homme. Mais …
- Comment ? J'en sais trop rien. Je me suis réveillé ce matin sur le sol de la salle de bain. J'ai compris que vous étiez arrivés quand j'ai vu que mes entailles étaient refermées, dit-il en relevant ses manches, montrant des cicatrices sur ses avant-bras. Je crois que j'ai perdu de l'audition quand ma femme est arrivée dans la salle de bain et s'est mise à hurler. Par chance, elle est très compréhensive, et même si elle a eu beaucoup de mal à tout assimilé quand je lui ai tout raconté, elle n'est pas devenue folle.
Richie regarda les cicatrices sans totalement comprendre comment c'était possible pendant quelques secondes
- Tu viens de revenir à la vie et elle t'a laissé partir comme ça ? rit Ben.
- Elle me fait confiance. Il était important que je vienne et que… quoi Richie ? demanda-t-il en voyant la tête de Richie.
Ce dernier venait de relever d'un seul coup la tête, en écarquillant les yeux. Il marmonna un « Eddie », prit les clefs de la voiture que Stan avait louée sans lui demander, les siennes étant restées dans sa chambre, et il se précipita dehors. Il trouva vite la voiture de Stan et y pénétra, avant de la démarrer et de partir vers Nielbot Street.
Les autres étaient restés quelques secondes sous le choc de la réaction de Richie ainsi que le « vol » des clefs, puis ils comprirent et prirent deux voitures afin de rejoindre Neilbot Street.
Richie allait vite, sans se soucier des limitations de vitesses. Si Stan était vivant, pourquoi pas Eddie ? Il avait retrouvé espoir en quelques secondes, et les quelques minutes pour rejoindre Neilbot Street firent parmi les plus longues de sa vie. Il arriva, descendit de la voiture et pénétra dans la zone délimitée par des panneaux et des rubans. « Zone dangereuse », « ne pas franchir ». Richie n'en avait que faire et chercha tout autour de lui. Les autres l'avait rejoint, et cherchaient aussi. Mais ce fût Richie qui le trouva. Il cria qu'il l'avait trouvé avant de tomber à genoux à côté du corps inanimé de son ami. Son cœur battait, et il respirait, malgré qu'il soit inconscient. Il senti ses amis le rejoindre, et il remarqua qu'Eddie n'avait plus son bandage sur la joue et que la plaie n'était plus qu'une cicatrice. En soulevant la veste de Richie qu'il avait gardé, il remarqua que c'était pareil pour ce qui aurait dû être un trou béant. Il ne voyait pas la cicatrice à cause du t-shirt, mais il la devina. Le plus jeune se réveilla doucement, sourit à Richie en le voyant puis fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi il était là alors qu'il aurait dû être mort, alors qu'il s'était senti mourir. Mais il arrêta pendant quelques instants de penser quand en se relevant, Richie le serra dans ses bras. D'abord surpris, il finit par passé ses bras autour de lui et ferma quelques secondes les yeux pour profiter de l'étreinte. Même s'il était silencieux, il sentait les larmes de son ami humidifier son cou. Et au lieu d'être dégouté qu'un liquide corporel touche sa peau, il resserra l'étreinte pour réconforter Richie. Puis il regarda les autres et leur sourit, et il eût la même réaction que les autres quand il vit Stan. Puis il rit doucement, car sans demander d'explication il avait compris. Ils avaient battu Ça, et ils avaient été récompensés. Il tapota le dos de Richie avant de parler.
- J'aimerai rentrer prendre une douche s'il te plaît Richie, il rit doucement.
Richie acquiesça, puis le relâcha doucement avant de l'aider à se relever.
- Je peux le faire tout seul, je ne suis pas vieux, plaisanta-t-il.
- Pourtant t'as pris quelques années en quelques heures.
- Je suis né la même année que toi ! s'énerva un peu le plus petit.
Ils se regardèrent, et tous les sept ils éclatèrent de rire, un rire libérateur. Ils reprirent la route de l'hôtel, en faisant bien attention à Eddie. Mais il semblait aller très bien. Son seul soucis était visiblement qu'il était si sale qu'il pourra se baigner dans de la boue qu'il n'y aurait pas de différence. Une fois arrivés, les Losers s'installèrent à nouveaux dans la petite salle où ils étaient, laissant Eddie aller se laver, et Richie veiller sur lui. Juste avant que Richie ne suive son ami dans les escaliers, les autres Losers lui firent un clin d'œil plein de sous-entendus. Il roula des yeux en souriant, avant de monter. Il fronça les sourcils en voyant Eddie hésiter devant la porte de sa chambre.
- J'ai pas vraiment envie de retourner là où Bowers a failli me tuer, avoua-t-il.
- Alors on récupère juste tes affaires et tu utiliseras ma douche.
Eddie sourit à son ami, puis ils entrèrent pour récupérer ses affaires, avant de les transférer dans la chambre du plus grand. Sans un mot, l'ancien mort prit ce dont il avait besoin, avant d'aller s'enfermer dans la salle de bain. Richie s'assit sur le lit, passa ses mains sur son visage en souriant, comprenant à peine la seconde chance qui lui a été donnée. Et il envoya un simple message à Andrew, pour se montrer digne de cette chance, et d'enfin arrêter de se cacher. « Je suis gay » lui envoya-t-il. Il reposa son téléphone sur le lit, avant de se rendre compte de ce qu'il avait fait et de paniquer. Il le mit en silencieux, en se disant que de toute manière c'était trop tard.
Sous la douche, Eddie prit son temps afin de bien se nettoyer. Ils avaient quand même pataugé dans des eaux grises, il était plein de terre et de sang, qui n'appartenait sûrement pas qu'à lui. Il finit par ressortir, seulement quand il se senti bien propre.
- Tu devrais y aller aussi, tu pues la clope.
- Je vais juste changer de vêtements alors.
- T'as toujours pas arrêté de fumer, c'est dommage.
- Oh si j'avais arrêté, mais disons que j'en ai plus qu'eût besoin.
Il lui sourit, avant de faire ce qu'Eddie lui avait demandé, c'est-à-dire prendre une douche. Mais il avait fait ça rapidement, si vite que son ami n'avait même pas fini de ranger ses affaires quand il revint dans la chambre.
- Mieux ?
- Beaucoup mieux, acquiesça-t-il en souriant.
Puis il se redressa et s'approcha vers le plus grand. Ils n'avaient toujours pas parlé de ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Ils laissaient simplement venir le moment, et là, ils s'enlacèrent. Richie passa un de ses bras autour de ses épaules, et l'autre dans ses cheveux. Le plus petit passa ses bras autour de la taille de l'autre. Et ils restèrent ainsi pendant presque dix minutes. Ils étaient juste bien, l'un avec l'autre, apaisé par la présence de l'autre. Eddie finit par se reculer mais sans le lâcher, juste assez pour le regarder. La main du bouclé glissa sur sa joue, et le plus jeune se redressa sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Ce fût une explosion de bonheur dans le corps de Richie. Il avait tellement rêvé, tellement voulu ce baiser. Et enfin c'était là, enfin il embrassait celui qu'il aimait. Ils fermèrent tous les deux les yeux, et mouvèrent doucement leur lèvres, tout en profitant pleinement. Ils séparèrent leur lèvres quelques secondes, avant de recommencer avec un baiser bien plus passionné. Eddie finit par passer ses mains sous le t-shirt de Richie, mais ce dernier attrapa ses poignets pour l'arrêter. Le plus petit stoppa le baiser et le regarda interrogatif.
- Tu es encore marié Eds.
- Et alors ? Je vais divorcer.
- Mais tu en restes encore marié, et tu es toujours avec elle. En plus, je n'ai pas envie de le faire ici.
Eddie acquiesça, et repassa ses mains bien sagement autour de la taille de son petit-ami. D'un commun accord, ils rejoignirent les autres pour manger. Le plus petit hésita quant à l'attitude à adopter face à leurs amis, hésitation qui disparut bien vite quand Richie lui prit la main avant d'aller s'installer pour manger. Et après quelques commentaires amusants lancés envers le nouveau couple, enfin les deux nouveaux couples, et une répartie toujours humoristique de Richie, ils dinèrent.
Richie regarda son téléphone et vit qu'Andrew avait répondu :
« T'es sérieux ? »
« Oui, plus que jamais »
« Surprenant, mais ENJOY YOURSELF ️ »
« Bah justement pas si seul que ça »
« Quoi !? Attends, t'es pas en train de m'avouer que tu me kiffe là !?😬 »
« Nan pas toi non, pas avec ta gueule non »
« Tu pars 3 jours, tu m'avoues que tu es gay et tu as déjà quelqu'un !? »
« 27 ans serait + correct que ''déjà''😬😅 après c'est qu'un détail »
« Okay j'ai rien dit 😂 en attendant, je suis curieux de savoir ce qu'il s'est passé là-bas. C'étaient ça les changements dont tu parlais ? »
« J'étais pas en couple, mais ouais. T'es sûr que ça te dérange pas ? »
« Tant que tu laisses ma queue tranquille, tu fais ce que tu veux avec la tienne Tozier ! »
« Okay, je vais faire ça alors ! 😂 Merci Andrew !»
Quand Richie se coucha le ventre bien rempli, et Eddie dans ses bras, il su qu'il arrêtait enfin de se détester, de croire toutes les horreurs qu'il avait entendu sur les homosexuels, qu'il était enfin libre et heureux.
