Thème : Hannigram
Ordinaire
Le psychiatre aimait son métier. Recevoir des patients tous très différents des uns des autres était une agréable distraction, et de temps à autre, il y en avait qui étaient véritablement intéressants. Bien sûr, il y en avait qui avaient de drôles d'obsessions, comme de lire l'avenir dans le fromage, mais généralement, ce n'était pas aussi ennuyeux. Et parfois, il orientait ses thérapies de façon à ce que la lubie de son patient devienne une idée fixe qui envahissait tout son être jusqu'à ce que cela finisse dans le sang et la douleur. C'était infiniment satisfaisant. Pourtant, aujourd'hui, le cannibale fatigué rêvait de recevoir un patient ordinaire. Quelqu'un atteint de dépression, de tocs ou d'une légère paranoïa. Son prochain patient, qu'il n'avait encore jamais rencontré, s'appelait Will Graham.
Carreau
L'eau ruisselait sur le corps du profiler, emportant avec elle du sang qui s'écoulait d'une plaie ouverte dont s'occuperait Hannibal à son arrivée. Ce n'était rien de très grave, mais c'était douloureux et impressionnant. Il coupa l'eau, entendant déjà la porte d'entrée être ouverte puis refermée par son amant auquel il avait donné un double de ses clés. Quelques gouttelettes rouges coulant le long des carreaux de sa douche attirèrent son attention avant que sa vue ne se brouille, et que les bras d'Hannibal l'entourent au moment où il perdait l'équilibre.
Valet
Will avait volontairement choisi de se rapprocher d'Hannibal pour mieux le coincer, pourtant par moments, il avait le désir de lui céder. Ça aurait été plus facile d'abandonner la lutte, d'être l'ami du médecin et de ne voir que ses bons côtés. Facile de devenir le valet du diable. Mais il ne voulait pas être un serviteur, et Hannibal ne désirait pas qu'il en soit un. Il voulait qu'il devienne son égal, et le meilleur moyen pour Will d'y parvenir était encore de lui résister.
Miroir
Will observa son reflet et pensa un moment à Georgia Madchen et à son syndrome de Cotard. Aujourd'hui, il avait lui aussi l'impression d'avoir affaire à un étranger en se regardant dans la glace. Celle-ci se craquela dans son esprit seulement, lui renvoyant son image morcelée tout comme l'étaient ses certitudes. Il porta la main à son visage, s'attendant presque à sentir le vide sous ses doigts, là où un morceau manquait et ne laissait voir qu'un trou noir inquiétant, mais bien sûr, il ne sentit que sa peau chaude et un peu de barbe. Les véritables trous se trouvaient dans sa raison vacillante, et il était tenté de les combler avec des morceaux appartenant à quelqu'un d'autre. Hannibal lui offrirait sans doute volontiers quelques éclats personnels. Il ne les refuserait pas.
Paralysie
Will était comme souvent, face à Hannibal pour sa séance de thérapie hebdomadaire, et il réfléchissait en silence à leur relation en observant les entrelacs de fils dorés sur la cravate de ce dernier. Être ami avec cet homme était exactement comme d'être proche d'une araignée venimeuse : plus il se débattait pour s'éloigner de lui, et plus les liens se resserraient. Aujourd'hui, il n'était même plus certain de vouloir se défaire du cocon dans lequel il l'enveloppait, ni de souhaiter tenir à distance l'aiguillon qui cherchait à atteindre son cœur.
Aérien
Will ne s'attendait pas à ce que le médecin se montre doux avec lui, même pour le récompenser pour l'acte d'une extrême violence qu'il venait de commettre. Il ne s'attendait pas à ce qu'il le soigne avec des gestes précautionneux, presque aériens, et les nombreux effleurements de ses mains sur les siennes lui faisaient un bien curieux effet. Son trouble disparu lorsque le médecin le rappela à la réalité cependant. Il fallait s'occuper du corps de Randall Tier.
Ecornifleur (drabble lié à ma fiction « connexion »)
Will adorait le daemon de son amant. Là où la plupart des gens demandaient la permission pour toucher les daemons des autres, même celui de leur compagnon, lui et le psychiatre touchaient, parlaient et dormaient avec le daemon de leur conjoint comme si c'était le leur. Archibald, le daemon serpent-corbeau d'Hannibal était magnifique, intelligent, dangereux, tout comme son propriétaire. Et il était aussi plein d'humour. Il avait déjà traité Jack, le chef du FBI, de coprolithe, et aujourd'hui, c'était un autre importun qui tentait de vivre à leurs crochets (et qui par conséquent, ne vivrait pas longtemps) qu'il venait de qualifier d'écornifleur. Le mot n'appartenant pas au langage commun fit émettre un aboiement proche du rire au daemon-louve de Will.
Orgueil
Hannibal était conscient de sa valeur, mais pas vaniteux. Et pourtant, en regardant Will, il ressentait une fierté immense, et une pointe d'orgueil. Il n'avait pas transformé le profiler, il ne l'avait pas façonné à son image, mais il l'avait révélé dans toute sa splendeur, et cela lui avait demandé une infinie patience. Non pas des jours, des semaines ou des mois, mais des années. Mais même si le processus s'était avéré long et douloureux, il ne regrettait rien. S'il devait revenir en arrière, il recommencerait sans hésiter parce qu'aujourd'hui, chaque meurtre sublime de Will était un peu le sien.
Sobre
Hannibal était tout sauf la personnification de la sobriété, pourtant, il était capable de l'apprécier chez certaines personnes. Will par exemple, était l'exemple parfait du charme masculin sans fioritures. Il n'avait pas besoin de grand chose pour être mis en valeur. Abandonner son abominable after-shave et ses chemises à carreaux suffisait, il n'avait même pas besoin de discipliner ses cheveux bouclés ou de se raser de près. Le jeune homme en avait parfaitement conscience, seulement, son obstination était à la hauteur de la sobriété de son style. Il ne renoncerait à aucune de ces choses.
Dodécasyllabe
Will aimait profondément Hannibal et il s'était naturellement intéressé à ses hobbys. Même s'il préférait toujours la mécanique à la cuisine, et la pêche au théâtre, il passait de bons moments en sa compagnie et il commençait à partager certains de ses goûts. Il aimait le dessin, la peinture,la musique, l'architecture...Mais aujourd'hui, il était fatigué. Alors que son amant tentait vainement de lui parler poésie, il bâilla au mot « dodécasyllabe » et s'endormit la tête contre son épaule.
