Thème : Matthew Brown et Randall Tier

MATTHEW

Echelon

Matthew Brown était prêt à tout pour gravir les échelons. Il n'était qu'un petit tueur, un faucon de nuit en somme, dont le talent n'avait pas encore été révélé. Tuer à la façon de Will Graham avait été la première étape de son développement. S'allier à lui avait été la seconde. Tuer pour lui, l'épreuve finale. Il n'avait pas été déçu lorsqu'il avait compris que l'Éventreur de Chesapeake n'était pas Will, mais bien celui que ce dernier l'avait envoyé tuer, Hannibal Lecter. Il y voyait l'opportunité de devenir non seulement l'allié de Graham, mais de devenir l'Éventreur lui-même. Il était si proche du but...

Essor

Will lui avait juste donné l'impulsion. La chose à l'intérieur de Matthew, le faucon meurtrier qui ne demandait qu'à étendre ses ailes aurait de toute manière pris son essor. Il savait ce qu'il voulait, et était prêt à tout pour y parvenir. Même s'attaquer à un faucon bien plus imposant que lui. Il avait presque réussi. Il avait cloué les ailes de l'Éventreur, fait couler son sang, resserrer le nœud autour de son cou...Mais Hannibal Lecter était davantage un phénix qu'un faucon. Il renaissait déjà, tandis que le corps du gardien devenait aussi froid que le marbre sur lequel il était étendu.

Orageux

Matthew détestait l'orage. C'était le genre de temps qui rendait les détenus nerveux, et l'orage était souvent accompagné de pluie, comme aujourd'hui. Lorsqu'il sortit du travail, le gardien n'alla pas bien loin, se réfugiant dans un pub qu'il ne connaissait pas le temps que l'averse passe. Sa journée avait été mauvaise et il offrit un verre au jeune homme assis à côté de lui, entamant la discussion pour voir s'il ferait une bonne victime potentielle. Il ne s'attendait pas à croiser un regard aussi gris que les nuages qui s'amoncelaient dans le ciel strié d'éclairs, visible depuis l'intérieur du bar, ni à y distinguer une lueur prédatrice. Pour une fois, c'était lui qui se trouvait être la proie, et il était curieux de voir où cette nouvelle situation le mènerait.

Capture

Matthew avait vaguement suivi l'affaire du « tueur aux loups » dans la presse, mais il fut immédiatement mis au courant de sa capture via son travail de gardien. Randall Tier s'avérait ne pas être un dresseur de loups, ni d'ours, mais être la bête lui-même, grâce à des griffes et à un système de mâchoires mécaniques qu'il avait conçu lui-même. Débarrassé de tout son attirail, il restait cependant dangereux, et de nombreuses consignes de sécurité furent donnés à tous les gardiens qui les suivirent scrupuleusement, sauf lui. Matthew était irrémédiablement attiré par la bête, et comptait bien l'apprivoiser.

Révolte

Le gardien en avait assez de recevoir des ordres de Chilton, ce type imbus de lui-même, lâche et prenant du plaisir en s'amusant au dépend des criminels placés sous sa garde, sans jamais se salir les mains. Les traitements, les locaux, rien n'étaient adapté, et Matthew avait reçu il y a peu l'ordre de gaver le nouveau détenu, Randall Tier, de médicaments assez forts pour assommer un cheval. Il avait fait mine d'accepter placidement, mais n'avait rien donné à l'homme-animal, de connivence avec celui-ci. Chilton voulait l'interroger dans l'une de ses cages où il faisait placer les détenus hautement dangereux, et Matthew l'y ferait entrer sous la menace de son arme de service. Là, ce cher directeur pourrait avoir une petite conversation avec Randall sur le traitement qu'il souhaitait lui administrer.

RANDALL

Zoomorphe

Il avait toujours su qu'il n'était pas humain. Il en avait l'apparence, mais ses instincts de chasseur, son attrait pour le sang et son mal aise constant en société étaient autant de signes qui indiquaient qu'il ne l'était pas. Il était juste né dans le mauvais corps. Le docteur Lecter lui avait expliqué que les humains le pensaient malade. Qu'ils pensaient qu'il était un homme se prenant pour un animal. Le docteur Lecter, lui, savait qu'il disait la vérité. Il l'avait même encouragé à révéler sa vraie nature, et Randall était devenu la bête, prêt à tuer sur un simple geste de sa main.

Lune

Chasser à la lueur de la lune était la meilleure chose au monde pour Randall. Il profitait de la pénombre pour quasiment disparaître, se fondre dans la nuit avant de bondir sur ses proies. Cette nuit il suivait un homme seul, à la démarche assurée et vêtu d'un long manteau blanc. Il était juste un peu trop loin pour pouvoir l'attaquer, et s'appliquait à réduire la distance, cependant il s'arrêta lorsque l'homme grimpa sur un arbre avec agilité. Randall resta caché et l'observa, immobile. Bientôt, un autre homme passa tout près d'eux et celui qui se trouvait en haut de l'arbre sauta de son perchoir, les pans de son manteau se soulevant et donnant brièvement l'illusion de deux ailes. Alors que le meurtrier brisait la nuque de sa victime, ses yeux verts croisèrent ceux de Randall, et il se présenta à lui sous le nom de Matthew. A partir de cet instant, ils ne se quittèrent plus, et la meilleure chose au monde pour Randall devint la chasse à la lueur de la lune, en couple.

Cendre

Randall avait été attiré par la lueur de l'incendie. Comme un animal, il avait été à la fois intrigué et effrayé par le feu, mais la curiosité avait été la plus forte. Il s'était approché et avait vu ce type tout de blanc vêtu ressortir de l'appartement en flammes, en apparence très fier de lui. Mais le sourire de l'inconnu s'était figé quand il l'avait vu. En un regard échangé, Randall était devenu le témoin de son crime, quelqu'un à éliminer. Jusqu'à ce que l'inconnu s'aperçoive qu'il transportait un cadavre, et qu'ils étaient semblables tous les deux. La proie de Randall termina dans le brasier, et Matthew, l'incendiaire, dans le lit du meurtrier.

Cratère

Les traînées de sang dans la neige étaient comme les queues de comètes rouges dans un ciel d'encre : des éclairs de couleur, des zébrures macabres et magnifiques, son œuvre. Et à la base de toutes les éclaboussures de sang, il y avait le point d'impact, là où ses griffes d'os et de métal mêlés s'enfonçaient dans la chair, créant des plaies béantes comme des cratères. Randall était le loup courant inlassablement après la lune, mordant les étoiles sur son sillage et teintant l'obscurité de rouge. Il savait que la course serait de courte durée car le monde ne supporterait pas sa mortelle splendeur, mais cela n'avait aucune importance. Même la mort ne l'effrayait plus.

Ombre

Randall n'avait jamais redouté l'obscurité. Il était un animal de nuit, un chasseur, prêt à fondre sur ses proies, à planter ses dents dans la chair fragile, à sentir le sang chaud ruisseler sur son menton. Ce dont il avait peur, c'était d'être découvert, emprisonné, privé de ses instincts par l'administration forcée de médicaments. La peur avait cependant disparu lorsqu'il l'avait rencontré. Matthew, le gardien, un chasseur tout comme lui. A l'ombre de ses ailes, Randall se sentait en sécurité.