Thème : Maléfique
Fatal
Jack savait que quelque chose n'allait pas dès qu'il vit Hannibal, car ce dernier l'attendait alors qu'il était supposé arriver dans plus d'une demi-heure. Quelqu'un l'avait prévenu, et ce quelqu'un ne pouvait être que Will. Cependant, Jack avait toujours confiance en ce dernier, voyant dans son appel une manœuvre habile : le psychiatre devait à présent être certain que le profiler était de son côté. Alors qu'il se battait avec le cannibale dans la cuisine, Will arriva et les surpris dans une situation des plus délicates. Hannibal poussait de toutes ses forces pour faire descendre la lame de son couteau de cuisine vers sa gorge, et il tentait désespérément de le repousser. Lorsque Will rejoignit le médecin et posa les mains sur les siennes, Jack pensa qu'il était sauvé. Il venait en réalité de commettre sa dernière erreur, fatale.
Monstre
Il était parfois difficile de savoir ce qui était le pire chez Hannibal : le fait qu'il manipule les corps pour créer ses chefs-d'œuvre macabres, ou le fait qu'il manipule les esprits pour les faire adhérer à ses sombres desseins. Will penchait pour la seconde solution. Il lui pardonnait plus volontiers d'avoir fait couler son sang que d'avoir saisit son cœur entre ses doigts manipulateurs, le faisant douter de lui-même. Sur tous ceux pour qui il semblait avoir de l'affection, Hannibal laissait sa marque indélébile, physique ou psychologique, parfois jusqu'à changer profondément leur nature. C'était peut-être ça, la définition de la monstruosité.
Descendance
Priver Will de descendance n'avait jamais fait naître le moindre remord chez Hannibal. Il ne regrettait pas l'accident qui avait coûté la vie de l'enfant à naître de Margot, ni même le meurtre de leur fille adoptive, Abigail. Il n'aurait pas davantage de remord pour le petit Walter, qui avec sa mère, semblait avoir volé le cœur du profiler. Il avait guidé le Dragon jusqu'à eux, et ce dernier ferait son office, ce soir-même. Will n'aurait alors à nouveau que lui à l'esprit.
Mer
Will était pêcheur, tout comme son père et son arrière grand-père avant lui. Il connaissait les dangers de la mer et se montrait toujours prudent, ces derniers temps, encore plus qu'à l'accoutumée. Plusieurs personnes mordues gravement avaient signalé la présence d'un requin, ce qui était très inhabituel en ces eaux. Mais ce qui surgit de l'eau pour s'accouder au rebord de sa barque l'était plus encore : c'était un homme jusqu'à la taille, mais dessous, il avait une longue queue de requin qui ondulait sous l'eau. Les grands yeux sombres de la créature le fixèrent, l'attirant irrémédiablement vers elle. Puis cette dernière sourit, révélant ses nombreuses dents acérées.
Message
Will ne pensait pas qu'un simple message l'affecterait autant, mais il avait dû brûler la lettre après l'avoir lue. Et même si elle avait disparu dans les flammes, il revoyait chaque mot élégamment tracé par Hannibal. Il avait caressé quelques arabesques du bout des doigts, et il avait l'impression qu'ils le brûlaient à présent, là où ils avaient touché le papier avant qu'il ne jette la missive avec rage dans le feu. Malgré les années, malgré les horreurs, il avait envie de le revoir, et il était furieux que cet homme ait encore une telle emprise, un tel pouvoir sur lui. Alors qu'il froissait l'enveloppe, il repensa aux paroles de Gideon : « Il est le diable, monsieur Graham. Il est comme la fumée ». Il ne pouvait lui échapper.
Patte
Une patte de cerf. C'était tout ce qu'il avait vu dans le couloir de la prison. Il s'était attendu à voir l'animal en entier, mais ça n'avait pas été le cas. Tout ce qu'il avait vu après la fine patte du cervidé, c'était Hannibal Lecter, son psychiatre, qui apparaissait souvent dans ses songes éveillés comme une créature cauchemardesque. Cela aurait tout aussi bien pu être un bouc, car cet homme était le Diable incarné, mais le cerf, plus majestueux, lui convenait davantage. Il releva les yeux vers lui, et son sourire le fit frissonner comme jamais. Un mélange de peur, de colère et d'excitation l'avait envahi, et il le fixa effrontément. Le jeu ne faisait que commencer.
Téléphone
Un simple coup de téléphone avait tout changé. Une voix inconnue, au bout du fil. Et une déclaration qui l'aurait fait penser à une blague, si elle n'avait pas été énoncée de façon aussi claire, aussi posée.
« Je suis le chesapeake ripper. Je veux que mon œuvre soit présentée au monde sous son meilleur jour. Vos photos sont excellentes, monsieur Graham. »
Will avait dégluti, puis encouragé son interlocuteur à poursuivre. Le tueur en série lui avait donné les coordonnées de son dernier meurtre, et même si c'était complètement fou de sa part, Will s' était rendu sur place. Il avait pris les photos, puis les avait vendu au prix fort, malgré son dilemme moral. Il ne savait pas s'il pourrait continuer...Mais aurait-il seulement le choix ?
Peur
Il avait trahi le cannibale une fois de plus. C'était son ami pourtant, quelqu'un qu'il appréciait infiniment, mais c'était aussi un meurtrier qui ne s'arrêterait sans doute jamais de tuer. Il avait essayé d'en finir de façon rapide pour ne pas le faire souffrir, mais il avait échoué. Maintenant, il était solidement attaché, et un drap trempé de sang lui couvrait les jambes. Trempé du sang de Jack ? Du sien ? Will sentit un long frisson de peur le parcourir. Il y avait de la viande sur la table, et il ne sentait plus ses membres inférieurs.
Traumatisme
Les chocs émotionnels s'étaient succédés, et Will, peu à peu, avait perdu la raison. Il avait vaincu une encéphalite, avait surmonté son incarcération, la mort d'Abigail, puis l'attaque de ses proches par le Dragon Rouge, mais pas la chute avec Hannibal. Il avait été repêché seul, plus mort que vif, et depuis, il était interné dans un asile, sous haute surveillance. Malgré le traitement, il ne cessait d'avoir des hallucinations, et de voir les victimes de toutes les affaires qu'il avait traité. Pire, il ne cessait de le voir lui, sans cesse, dans ses rêves, dans ses songes éveillés, dans la moindre ombre furtive, parfois même dans ses interlocuteurs.
Caché
Dissimulée derrière la bibliothèque, la porte de la cave d'Hannibal Lecter avait toujours échappé aux regards. Personne ne savait que la demeure du docteur comportait un sous-sol, et encore moins, ce qu'il y faisait. Certaines de ses victimes y avaient fait un séjour prolongé, et la dernière en date, le découvrait avec horreur. La cave était propre et nette, mais froide, et elle sentait le désinfectant et d'autres produits difficiles à identifier. Une table d'opération ainsi que de nombreux instruments s'y trouvaient, et l'homme chancela de terreur. Sans état d'âme, l'ancien chirurgien le poussa vers l'avant, et referma la porte derrière eux.
