Thème : Frederick Chilton
Égocentrique
Frederick se prenait parfois littéralement pour le nombril du monde. Enfin, pas parfois : souvent. Mais il valait mieux que tous ces pauvres ploucs, pas vrai ? Il valait bien mieux que ce pédant de Lecter, que cette peste de Lounds, que cette sainte-nitouche de Bloom, et que ce dérangé de Graham. Il essayait de se persuader qu'il n'avait pas besoin d'eux, ni de personne. Après tout, c'était seul qu'il était arrivé là où il en était. Oui, il avait raté sa carrière de chirurgien. Oui, il était seul tellement il était difficile à vivre. Mais il était le directeur d'un hôpital psychiatre pour criminels dangereux, et il s'en mettait plein les poches. Il était aussi un psychiatre relativement reconnu, et il savait qu'un jour, son nom serait auréolé de gloire. Il lui fallait juste encore un peu de patience.
Elégance
Il aimait être tiré à quatre épingles et briller dans son hôpital comme le Roi Soleil au milieu de sa cour. Il aimait plaire, et impressionner si possible. Faire une forte première impression, par son physique comme par sa personnalité. Bien sûr, beaucoup de gens le détestaient, mais ça ne le dérangeait pas. Tout valait mieux que l'indifférence, sauf peut-être le mépris qu'il avait lu dans le regard de ce petit professeur de rien du tout, Graham. Frederick avait tout de suite eut une certaine antipathie à son égard, et il aurait bien voulu l'enfermer pour en faire un cas d'études. Il se disait qu'il ne l'aimait pas parce que ce dernier l'avait regardé de travers, mais en réalité, c'était plutôt par jalousie. Graham était beau même avec ses boucles désordonnées et ses lunettes de travers, alors que lui, s'il avait aussi peu soigné sa présentation, aurait été juste ridicule.
Sauter
Une réception chez Hannibal Lecter ! Et pourquoi pas sauter dans la cage au lion, aussi ? Mais il devait y aller. Il fallait que le psychiatre le soupçonne le moins possible d'avoir des doutes à son sujet, mais ça allait être difficile en ne mangeant rien du tout chez ce dernier. Il n'y avait absolument rien de végétarien au menu, évidemment. Il regarda avec suspicion les fines tranches de jambon roulées en forme de rose et piquées sur des cubes de fruits frais, et les milles et autres préparations raffinées. Il affirma à Crawford qu'il ne mangerait rien, et souleva un toast où était plantée une patte de...dieu sait quoi. Ça au moins ce n'était pas humain, mais il n'y goûterait quand même pas. Il la reposa sur le plateau d'un serveur avec dégoût, et croisa le regard de leur hôte. Ce dernier sourit et lui fit un clin d'œil. Il était fichu.
Crapahuter
La vie était vraiment trop injuste. Elle s'acharnait sur lui. Il était dehors dans le froid et la neige, à crapahuter pour tenter d'échapper à Jack Crawford, et il ne savait pas s'il allait s'en tirer. Il avait fallu que Graham prévienne le chef du FBI qu'il avait trouvé refuge chez lui, bien sûr ! Il n'avait pas pu se taire, et le laisser s'enfuir pour un pays ensoleillé en attendant qu'on prouve qu'il n'était pas l'Éventreur, non. Ça aurait été trop facile ! Et bien sûr, Crawford était plus sportif que lui, plus costaud, plus résistant, et armé. Après être tombé plusieurs fois dans la poudreuse, Frederick abandonna et se rendit. Il ne tenait pas à être transformé en passoire, et il n'avait pas d'autre choix.
Illusion
La balle était entrée dans sa joue et était ressortie à l'arrière de son crâne, brisant une partie de sa mâchoire et abîmant certains nerfs reliés à son œil gauche. La douleur avait été terrible, et les soins, pénibles. Il n'était plus le respecté directeur maintenant, il n'était plus que le suspect numéro un pour les crimes de l'Éventreur. On lui avait posé l'étiquette de coupable sur le front, et tout le monde y croyait, le personnel soignant y compris. La plupart étaient professionnels, mais très froids. Personne n'était venu le voir. Personne ne lui avait montré comment faire illusion, comment retrouver un visage humain. Il avait appris tout seul à se maquiller pour camoufler la trace de la balle, et à placer correctement sa prothèse dentaire. Une lentille unique cachait son œil aveugle, et son ego solide, sa tristesse. Il ne laisserait personne le voir en état de faiblesse.
Fantôme
Depuis l'incident avec Myriam Lass, qui l'avait défiguré, il n'avait plus eu de relations avec qui que ce soit, homme ou femme. Il n'osait pas. Il n'était plus l'homme sûr de lui et de son charme qu'il était auparavant : il avait trop de cicatrices, et trop peur de tomber sur quelqu'un de dangereux. Il s'occupait donc seul de ses désirs, même si parfois, il avait encore l'impression de sentir des mains chaudes sur sa peau nue. Quelques caresses fantômes, qui le faisaient frissonner.
Respirer
Il avait le souffle coupé par la nouvelle, et peinait à respirer. Alana Bloom, cette sale petite opportuniste, appuyée par sa très riche épouse, allait prendre la direction de SON hôpital, et il n'aurait rien à dire. Elle avait tous les appuis nécessaires. Lui, n'avait plus personne de son côté, pas même ses plus proches confrères. Certes, il avait son travail d'écrivain, et suffisamment de côté pour que ce ne soit pas dramatique, mais c'était une piqûre aussi douloureuse qu'inacceptable pour son ego. Il souffla longuement, et composa un masque neutre, faisant mine d'accueillir la nouvelle sans surprise. Il félicita même la nouvelle directrice, tout en espérant qu'un jour, Lecter tiendrait sa promesse et lui ferait la peau.
Douleur
Il ne pensait pas que la douleur pourrait être pire qu'après l'opération qui avait permis de remettre en place les organes que Gideon avait sorti de son ventre ouvert par ses soins. Pas pire que la balle qui avait traversé son visage. Pas pire que les dents du dragon se refermant sur sa bouche, arrachant la chair fragile. Puis il avait découvert la brûlure atroce du feu, et il avait regretté de ne pas mourir. Il avait de nombreux défauts, mais il n'avait pas mérité ça. Il avait traversé l'enfer, mais il allait s'en sortir, si hideux que personne ne pourrait plus jamais le regarder en face sans frémir, mais déterminé. Il ne fermerait pas les yeux pour toujours avant d'avoir mis la main sur Lecter et Graham, et de les avoir brûlés vifs.
Trahison
Il avait mis sa main sur son épaule, comme s'il était son petit animal de compagnie sur la photo. Ils n'avaient jamais été amis, jamais proches, mais Frederick avait pensé que Graham était doté d'un sens moral, lui, contrairement à Lecter. Il n'avait jamais pensé que ce salaud l'enverrait dans la gueule du dragon, mais il l'avait fait, avec ce simple une main sur son épaule. Une condamnation à mort. Et en plus, il avait eu l'audace de se présenter devant son corps perclus de douleur, noirci par le feu, méconnaissable. L'audace de dire qu'il était désolé pour lui. Il ne l'était pas, il le savait. Ses beaux yeux bleu étaient aussi froids que ceux du meurtrier qu'il pourchassait.
Effacer
Il y avait tant de choses qu'il aurait voulu effacer dans sa vie. S'il avait pu revenir en arrière, il se serait mis en garde. Reste loin d'Hannibal Lecter. Contentes-toi de ce que tu as, profite de la vie, arrête de penser au qu'en dira-t-on. Ose aborder ce jeune homme qui te plaît tellement. Ne passe pas autant de temps au travail. Évite comme la peste Freddie Lounds et Will Graham. Mais il ne pouvait pas revenir en arrière. Il ne pouvait pas effacer les horreurs qu'il avait vécues.
