Thème : enfance
Nez
Quel enfant n'avait pas été taquiné avec la fameuse blague consistant à faire mine de lui voler son nez ? Margot y avait eu droit elle aussi, si ce n'est que son frère Mason la lui faisait encore et encore, jusqu'à ce qu'elle se mette à pleurer. Par peur au début, puis, après avoir compris qu'il ne pouvait pas réellement le lui prendre, par agacement. Cela avait été une réelle satisfaction d'apprendre, des années plus tard, qu'il avait mangé son propre nez en étant manipulé par le docteur Lecter.
Grenouille
Will avait l'habitude de ne pas être très populaire à l'école. Il arrivait généralement en cours d'année alors que les groupes étaient déjà formés, et les autres le trouvaient trop calme, trop réservé. Ses vêtements, jamais neufs, étaient souvent source de moquerie, mais le pire était sa sensibilité. Will ne supportait pas l'injustice, et se retrouvait souvent au milieu des bagarres pour protéger les plus faibles. Une fois, il avait donné des coups de pieds à son professeur pour récupérer la grenouille qui devait être disséquée en cours. Il avait sauvé la grenouille, mais il avait été renvoyé. A cette époque, il se sentait souvent lui-même comme une petite grenouille arrachée à sa mare, et placée dans un environnement hostile.
Mémoire
Frederick avait une bonne mémoire. Il n'avait pas besoin d'étudier beaucoup : il lui suffisait d'entendre un cours pour pouvoir le réciter, mais cela ne voulait pas dire pour autant qu'il l'avait compris. Son père n'avait jamais manqué de le rabaisser à ce sujet. Chilton senior était généraliste, et aimait à lui répéter qu'il ne ferait jamais rien de valable, qu'il n'était bon qu'à réciter, comme un perroquet. Frederick voulait devenir chirurgien pour lui montrer qu'il était meilleur que lui. C'était un élève réservé, mais persévérant et tenace. Il atteindrait son objectif, ou un équivalent, quoi qu'il arrive.
Écouter
Mischa et Hannibal s'étaient réfugiés à l'étage de leur maison de vacances, perdue au milieu des bois. Il n'y avait plus de nourriture, il faisait froid, et les hommes qui s'étaient accaparé les lieux leur faisaient peur. Hannibal avait réussi à cacher un peu de pain rassi dans sa poche, si dur que Mischa ne pouvait pas le mâcher, et risquait de s'étouffer en essayant d'avaler un morceau entier. Il le ramollissait pour elle en le gardant dans sa bouche un moment, et elle le prenait ensuite sans discuter tant elle avait faim. Ils ne savaient pas combien de temps leur calvaire allait durer, et sous la couverture qui les enveloppait tous les deux, ils ne pouvaient faire qu'une chose : écouter. Écouter les choses terrifiantes qui se disaient, là en bas, à propos d'une possible nouvelle source de nourriture. Les hommes levèrent la tête vers eux, et Hannibal serra davantage Mischa contre lui.
Ferme
La plupart des enfants visitaient un jour une ferme dans le cadre scolaire. Mason Verger, lui, avait une ferme à la maison. Il trouvait ça très divertissant, car il avait assisté à sa construction, et les animaux arrivaient un à un. Il avait arraché des poils au lapin, qui poussait de petits cris très amusants, frappé le chien, qui était petit et de nature peureuse, poursuivi le chat, et attrapé les poules pour leur tirer les plumes. Margot, sa sœur, essayait parfois de l'en empêcher, mais il s'en prenait alors à elle, qui était son jouet le plus divertissant de tous. Puis un jour, un nouvel animal arriva : une oie. Il lui arracha une plume, pensant avoir affaire à une sorte de poule, et fut poursuivi à son tour par l'animal qui le pinça à de nombreuses reprises avant qu'il puisse se mettre à l'abri. C'était l'une des premières leçons que la vie lui avait apprise : connaît ton adversaire, ou tu pourrais bien devenir la victime.
Poule
Les poules ne courraient pas très vite. Elles n'étaient pas difficiles à attraper, et elles ne pouvaient pas se défendre face à lui. Francis ne les détestait pas, mais il aimait serrer leurs cous très fort, faire voler leurs plumes, et les mordre. Un renard était accusé à sa place, et sa grand-mère, qui n'avait plus toute sa tête, y croyait. Il se nettoyait toujours bien les dents, les mains, et ne faisait aucun bruit. Il faisait souvent ça de nuit, quand la vieille dame dormait. Il l'aimait, car elle était la seule à regarder son visage sans dégoût, et il la détestait, pour toutes les fois où elle lui faisait peur et mal. Il aurait voulu lui faire très mal en retour mais il ne voulait pas être encore plus seul, et il n'osait pas s'en prendre à elle alors il s'en prenait aux poules. Il se sentait un peu mieux, après, mais le sentiment de bien-être ne durait jamais, et il fallait recommencer.
Raison
Ça faisait un moment que l'accident avait eu lieu. Un moment que sa vie avait basculé, mais Reba n'acceptait toujours pas. Elle ne pouvait se faire une raison, et était toujours en colère. Son entourage était attentif, attentionné, mais tous les câlins du monde ne pourraient lui rendre les couleurs. C'était terrifiant de se retrouver tout le temps dans le noir, mais le pire était de ne plus pouvoir se débrouiller toute seule, alors qu'elle commençait à être une grande. Sa mère lui avait promis qu'on l'aiderait, mais elle ne voulait pas d'aide. Elle voulait juste que tout redevienne comme avant.
Secret
Alana était une petite fille vive, intelligente et pleine de bonne volonté. Elle était toujours la première à aider les autres, en particulier les plus petits, et rêvait de devenir infirmière. Elle était studieuse, souvent la première partout, et assez compétitrice, un comportement que ses parents récompensaient en la couvrant de cadeaux à chaque bonne note. Enfant unique très gâtée, elle était parfois un peu capricieuse, mais dans l'ensemble, elle se faisait plus souvent remarquer par sa gentillesse que par ses bêtises. Elle parlait spontanément de tout avec ses parents, sauf d'une chose, son petit secret bien à elle : elle était amoureuse de Lara. Elle avait demandé à sa mère si une princesse pouvait épouser une autre princesse, mais cette dernière avait dit non, alors elle n'osait pas en parler à l'intéressée. Il valait sans doute mieux n'en parler à personne.
Âme
Abigail adorait son père, qui la portait souvent sur ses épaules en forêt pour aller observer de petits animaux. Il disait que tous les animaux avaient une âme, et qu'il ne fallait rien gâcher lorsqu'on en tuait un : ni la peau, ni les os, ni la viande. Tout utiliser était faire preuve de respect, et rendait la mort utile. Sa mère ne semblait pas très réceptive à cette philosophie, mais elle ne disait rien. Elle était très gentille, mais un peu effacée, et elle avait du mal à créer un véritable lien avec sa fille, par faute de goûts en commun. Abigail s'était déjà demandé, dans le cas où il lui arriverait quelque chose, s'il faudrait tout utiliser d'elle, et comment. Cela lui semblait logique, mais elle comprit qu'elle s'était trompée lorsque sa grand-mère décéda et qu'on plaça son corps dans une boîte, puis dans la terre. Cela lui avait semblé vraiment étrange.
Chapeau
Jack avait toujours trouvé que son père, policier, avait beaucoup de classe. Son chapeau surtout, enfin son képi pour être plus précis, lui plaisait beaucoup, et il s'imaginait très bien en porter un à son tour, lorsqu'il serait plus grand. Il savait que ce ne serait pas facile. Il faudrait étudier, être bon en sport, et passer des tests. Et puis, il lui faudrait, comme son père, apprendre à se faire respecter, parce qu'il y aurait toujours des gens stupides qui penseraient qu'ils n'avaient pas à écouter un policier noir. Il y arriverait, il en était sûr. Son père aussi, croyait en lui, et lui laissait mettre son képi lorsqu'il ramenait de bonnes notes, c'est-à-dire très souvent car il était un élève brillant.
