Thème : enfance (2)

Froid

Randall avait tout le temps froid. Il n'y avait pas beaucoup de chauffage à la maison, parce qu'il fallait économiser, alors il mettait un pull, et il partait dans sa tanière. C'était juste des couvertures entassées, mais il s'y sentait bien, et à l'abri. Quand il était ivre, son père ne le voyait pas, quand il était immobile là-dessous. Enfin la plupart du temps. Parfois, il le voyait, arrachait les couvertures et alors il ne lui restait qu'à attendre que les coups cessent. Souvent, il s'imaginait se transformer en ours, et arracher la main de son père. Le pire n'était pas de s'imaginer devenir un animal. Le pire était de savoir qu'il en était un, mais que ça ne se voyait pas. Il haïssait ses petites mains fragiles, qui auraient dû être des griffes.

Piano

Tobias était un enfant extrêmement intelligent et solitaire. Il avait de bonnes notes, mais peu d'amis, et il avait tendance à régler ses problèmes par la violence, l'intimidation ou la manipulation. Il mentait si bien que ses parents avaient eu beaucoup de mal à voir, et à accepter que leur fils était un peu différent, et qu'il faisait peur aux autres enfants. Néanmoins, il avait une passion : la musique. Le père de Tobias ré-accordait des pianos, et toutes sortes d'instruments, et lui apprenait patiemment. Tobias suivait aussi des cours de solfège, encouragé par ses parents qui espéraient que cela le rendrait plus sociable. En apparence, cela fonctionna.

Thé

La cérémonie du thé était souvent fascinante pour ceux qui n'y connaissaient rien, comme Hannibal Lecter. Le jeune homme était observateur, et chaque geste effectué par sa tante, Dame Murasaki, et sa jeune suivante, Chiyoh, s'imprimaient dans son esprit. Chiyoh se méfiait un peu de ce dernier, qu'elle trouvait trop calme et trop mature pour son âge, mais elle admirait sa capacité d'apprentissage. Il était très doué, et sa politesse, sa prévenance et sa conversation eurent raison de sa méfiance. Elle aurait pu tomber amoureuse de lui, mais ce fut un autre lien fort qui se tissa entre eux, plus fort que l'amitié. Hannibal devint un parent, un membre de sa famille. Elle vit le monstre prendre vie, après les horribles événements qui arrivèrent à sa sœur, mais n'eut jamais peur de lui. Elle savait aussi sûrement que le soleil se lève le matin et se couche le soir qu'il ne s'en prendrait jamais à elle.

Pansement

Beverly était la meilleure de sa classe en sciences et en mathématiques, et ses parents avaient été ravis de lui offrir un kit de petit chimiste. Seulement, si Beverly avait commencé par réaliser avec succès toutes les expériences prévues, elle avait ensuite tenté ses propres expériences. La curiosité avait été plus forte que tout, et si elle avait appris des choses intéressantes, elle avait aussi fait exploser un récipient. Un morceau de verre était rentré dans sa main, heureusement très peu profondément, et son père avait désinfecté et nettoyé la plaie après l'avoir retiré. Après ça, il avait appliqué un pansement sur la coupure, et lui avait fait un bisou magique pour la consoler. Après cet accident, ses parents ne lui avaient pas interdit les expériences inédites, mais lui avaient fait promettre de n'en faire qu'après qu'ils les aient validées, et sous leur surveillance.

Beau mâle

Qu'est-ce que vous faites les enfants ?

Rien, on étudie ! Pour la science ! dit Jimmy, dont c'était l'excuse favorite.

Le petit Brian, qui aurait pu être un cousin ou un frère tant ils étaient inséparables, acquiesça. Sa mère, qui avait l'habitude que les garçons soient turbulents, leva les yeux au ciel et retourna à ses occupations. Ils avaient juste un livre en mains, ils ne pouvaient rien faire de bien méchant, mais elle tendit l'oreille quand même. Elle compris rapidement qu'ils avaient pris un livre de médecine, et comparaient l'anatomie féminine et masculine.

Et donc, si on suit ce schéma, on peut conclure que nous sommes bien deux mâles, dit Jimmy très sérieusement.

Et même deux beaux mâles mon cher Jim ! dit Brian, en imitant la voix d'un présentateur télé qui animait une chaîne scientifique.

Dans le salon, sa mère se mordit la lèvre pour étouffer un fou rire.

Peste

Freddie était une petite peste. Capricieuse, égoïste, elle n'hésitait pas à mentir pour obtenir ce qu'elle désirait, quitte à léser d'autres enfants. Elle était aussi la reine du plan B, car quand ses mensonges ne fonctionnaient pas, et que ses parents la confrontaient à ses bêtises, elle avait de nombreuses solutions pour éviter la punition. Faire le petit ange, en battant des cils et en faisant des câlins, pleurer ou encore faire une crise. Sa devise était (et resterait) : quand on veut quelque chose, tous les moyens sont bons pour y parvenir !

Dernier

En classe, Peter était toujours le dernier. Ce n'était pas un enfant idiot, loin de là, mais il avait des difficultés d'apprentissage, il était extrêmement timide, et il n'avait même pas le matériel nécessaire pour travailler. Ses parents ne s'en occupaient pas, et avaient des problèmes avec les services sociaux, mais les choses traînaient pour qu'on leur retire sa garde. De façon générale, Peter semblait être la dernière préoccupation de tout le monde, et il s'en rendait compte. Il se désintéressa très vite des interactions humaines pour celles, plus authentiques, avec les animaux. Les chiens, les lapins, les pigeons, les rats, tous trouvaient davantage grâce à ses yeux que n'importe quel humain.

Avantage

Phyllis était une très jolie petite fille, mais pas du tout coquette. Elle jouait souvent avec les garçons, et n'était pas la dernière à courir sous la pluie, ou à sauter à pieds joints dans la boue. Elle savait néanmoins que sa mère préférait quand elle portait une robe, alors de temps en temps, elle lui laissait lui en mettre une, même si elle n'y voyait que des désavantages. Puis sa mère commença à tousser, et le médecin déclara qu'elle avait le cancer des poumons. Elle devint triste, et de plus en plus faible. A partir de ce moment, Phyllis commença à mettre des robes chaque jour, et les choisissait les plus vives possibles. La connaissant, sa mère l'interrogea sur ce changement :

Ma chérie, je sais que tu n'aimes pas les robes, alors pourquoi est-ce que tu en mets tous les jours ?

Parce que...toi tu aimes ça, et que ça te fait sourire.

Ah, tu sais, ce n'est pas la robe qui me fait sourire.

Ah non ?

Non, ce qui me fait sourire, c'est toi Phyllis. Et que tu sois heureuse, alors met ce qui te plaît. D'ailleurs, tu sais ce qui serait bien ? Que tu mettes ton vieux pyjama vert, et ensuite, on restera au lit regarder des dessins animés

Phyllis insistait souvent, le week-end, pour garder ce pyjama toute la journée, mais sa mère n'avait jamais voulu jusqu'à aujourd'hui. La petite couru se changer, puis vint se glisser dans les bras de la malade. Il lui sembla que ce jour-là, celle-ci toussa moins. En tout cas, elle ne semblait plus si triste, et Phyllis garda un souvenir particulièrement heureux de cette journée.

Hiberner

Matthew ressentait peu de choses pour autrui, n'avait jamais peur pour lui-même, et était un habile menteur et manipulateur. Le feu le fascinait, et l'intérieur des petits animaux aussi. Il lui était arrivé d'attraper un pigeon et de l'ouvrir en deux, comme un sandwich, pour voir ce qui se cachait sous toutes ces plumes. Une voisine l'avait vu faire, et en avait parlé à ses parents. Elle avait dit de lui qu'il était un petit monstre, et il avait tout entendu. Ses parents ne lui avaient pas dit, mais il avait vu qu'ils le pensaient aussi. Après ça, il avait été beaucoup plus discret lorsqu'il s'adonnait à ses petits plaisirs sadiques, et avait appris comment être perçu comme un enfant calme et charmant auprès des adultes. Un jour, il pourrait lâcher le monstre en lui sur des proies plus grandes que des pigeons, mais pour l'instant, il devait hiberner.