Thème : Randall, mon fils (OS/ drabbles qui se suivent)

Inquiétude

Randall ressemblait à la plupart des enfants mais depuis peu, il avait cette étrange fascination pour les animaux. Tous les gosses aiment les animaux, Carol, sa mère, en était bien consciente, mais elle trouvait que son fils poussait le jeu un peu loin. Les imitations duraient parfois des journées entières, et il adoptait uniquement des comportements de prédateur. Il avait déjà mordu plusieurs camarades, et l'institutrice lui avait rapporté qu'il leur faisait peur en les fixant longuement, sans ciller. Cependant, malgré son inquiétude, Carol se disait que ce n'était qu'une passade.

Chaussette

Malheureusement, plus le temps passait, et plus l'enfant adoptait d'étranges postures et avait des réactions inadaptées. Un jour, alors qu'elle s'était penchée pour ramasser une de ses chaussettes sous son lit, Randall qui s'était caché dessous lui avait griffé les poignets. Elle l'avait réprimandé une fois les battements de son cœur affolé redevenus un peu plus calmes, en l'appelant par son surnom : Randy. Il s'était excusé, et elle avait vu des regrets on ne peut plus humain dans ses yeux du même bleu que les siens. Il semblait n'éprouver aucun remord quand il faisait du mal aux autres, mais avec elle, c'était différent.

Rentrer

Randall était son petit garçon, et elle pensait pouvoir gérer toute seule son étrange comportement. Son compagnon était parti lorsque Randall avait eu environ cinq ans, et depuis elle avait fait de son mieux pour l'élever. Elle pensait ne pas avoir besoin d'aide, mais elle se rendit rapidement compte qu'elle s'était trompée. Un jour, en sortant son linge dans le jardin, elle trouva le corps d'un pigeon éventré. La tête du volatile était manquante, et Randall, assis un peu plus loin le menton plein de sang et de plumes. A cet instant, elle aurait pu crier, mais elle était restée étonnamment calme. Son premier réflexe n'avait pas été d'être horrifiée, mais bien de regarder autour d'eux si personne ne les avait vus. Il était grand temps qu'ils rentrent se mettre à l'abri des regards.

Regrets

Carol réfléchissait inlassablement à ce qu'elle avait pu faire de travers pour que Randy devienne comme ça, et oh, elle trouvait plus d'une raison. Elle avait pris de la drogue pendant sa grossesse, elle et son ex compagnon avaient été trop peu attentifs envers le bébé, et pire, il y avait eu de la violence. Quelques coups, rares, mais qui avaient pu laisser des séquelles. Alors qu'elle nettoyait le sang du menton de son fils et lui faisait cracher quelques plumes, elle se dit que tout ça était mérité. Que c'était sa punition, pour ne pas avoir été une bonne mère, même si bien sûr elle n'était pas la seule responsable. Elle se disait qu'il était déjà trop tard, mais quand Randy se blottit contre elle, elle hésita. Peut-être qu'elle pouvait au moins empêcher que les choses empirent.

Rideau

Carol avait tiré le rideau sur son passé. Elle avait été voir son généraliste avec Randall,et le vieux médecin l'avait envoyé voir un psychologue, puis un autre, puis encore un autre...Elle en avait vu un également. Un psychologue ou un psychiatre, elle ne savait plus tellement elle avait vu de toubibs différents, pour elle et pour son fils. Ils parlaient tous beaucoup, mais peu avaient vraiment aidés Randy. Au moins, sa propre thérapie portait ses fruits. Elle ne culpabilisait plus à propos du passé, concentrée vers l'avenir. Elle avait reconnu ses erreurs, comme le manque d'attention envers son enfant au début de sa vie, mais aussi les choses dont elle n'était pas responsable, comme d'avoir été une jeune femme apeurée sous l'emprise d'un compagnon violent.

Cloche

Randall n'aimait pas le son des cloches. Ça le rendait nerveux, parfois même agressif. Son ouïe semblait hypersensible, et il avait souvent besoin de calme. Il avait toujours des problèmes à l'école, pourtant, ses résultats étaient brillants. Il était intelligent mais très peu sociable, et Carol avait fini par le scolariser à la maison. Elle ne pensait pas qu'il pourrait vivre avec autrui, ni exercer un métier, et elle avait mis sa vie sentimentale entre parenthèses. Quel homme accepterait une telle situation ? Elle le savait, la réponse était aucun. Et pourtant, elle sympathisa avec Harry, un de ses collègues de travail. Elle finit par tout lui raconter à propos de Randall, et il tenta d'apprivoiser l'étrange adolescent, en vain. Pour donner une chance à leur relation, Harry décida de tenter le tout pour le tout, et avec sa nouvelle compagne, ils décidèrent que Randall serait suivi par le psychiatre le plus réputé qu'ils pourraient trouver. C'est ainsi que Randall rencontra Hannibal Lecter.

Décisif

La rencontre avec le docteur Lecter fut un tournant décisif dans la vie de Randall. Carol n'en savait rien, mais là où les autres psys avaient tenté de réprimer les pulsions de l'adolescent, et de le guérir, (même s'ils avaient échoué), Lecter lui, avait fait tout le contraire. Il avait conforté Randall dans son idée qu'il était un animal emprisonné dans le corps d'un être humain, mais que malheureusement, il devait composer avec ce que la société attendait de lui. Il lui avait appris à contrôler ses pulsions et à se comporter correctement en présence d'autrui, via l'observation et l'imitation du comportement de ceux qui l'entouraient. C'était contraignant, mais Randall pouvait relâcher la pression de temps à autre en tuant des animaux, et en rêvant de s'en prendre à un autre type de gibier.

Bulle

Carol était contente pour Randall, même s'il était plus secret et plus renfermé qu'auparavant. Il n'avait plus de comportements violents, et il avait brillamment réussi ses études. Il avait mis un peu de temps à trouver un emploi, et à déménager dans un logement rien qu'à lui, mais il y était arrivé. Elle était fière du chemin parcouru, et elle ne manquait pas de le lui dire, obtenant alors de sa part quelques rares sourires sincères. Bien sûr, son boulot était lié à son obsession : il assemblait des squelettes de grands prédateurs dans un musée, mais c'était quand même une victoire. Une petite bulle de paix dans la vie de Carol, qui était depuis peu maman d'une petite fille. Randall était indifférent par rapport à sa sœur, comme par rapport à son beau-père, mais ça ne gênait pas sa mère. Elle prenait ce qu'il était capable de lui donner, de rares moments d'affection, rien que tous les deux, qu'elle chérissait.

Complicité

Une certaine complicité existait entre Carol et son fils, mais elle avait toujours senti qu'il lui cachait des choses. Elle n'avait pas cherché à savoir quoi exactement, elle connaissait le genre de secret qu'il pouvait garder. Elle se disait qu'il devait chasser et continuer à se comporter comme un animal , en toute discrétion, mais elle n'avait pas pensé que ça irait jusqu'au meurtre. Ou plutôt, elle n'avait pas voulu y penser. Pourtant, dès qu'elle avait vu dans le journal l'attaque du camionneur, elle avait su. Puis il y avait eu celle, plus médiatisée, de ce pauvre couple. Il n'y avait pas eu de photos, mais elle pouvait aisément imaginer les corps éventrés dans la neige, les membres sectionnés par une mâchoire de fer. L'image du pigeon que Randall avait tué enfant s'y superposait dans son esprit, et elle ne parvenait plus à dormir, pourtant, elle ne pouvait se résoudre à le dénoncer.

Bébé

Tout était terminé. Très peu de temps après ses trois meurtres, Randall était mort de la main d'un agent du FBI. Des parties de son corps avait été retrouvées sur un squelette de tigre à dents de sabre dans le musée pour lequel il travaillait, comme s'il ne faisait qu'un avec la bête. C'était à la fois horrifiant, surréaliste, et incroyable, pourtant ce n'était pas un cauchemar. Tout ça était bien réel, et elle aurait pu poursuivre ces gens en justice (l'agent Graham, son chef, peut-être même toute la section), mais à quoi bon ? Elle était lasse et fatiguée. Néanmoins, elle tenait à parler à Graham, qui avait pris la vie de son fils et mutilé son corps, même s'il avait agi en état de légitime défense, du moins pour ce qui était du meurtre. Étonnamment, lui parler la soulagea un peu. Elle appris que Randall avait eu la nuque brisée, une mort moins affreuse que celle de ses victimes, et compris que l'exposition de son corps sur le squelette était un hommage à son rêve impossible de devenir un animal. Elle parvint à pardonner le profiler, car ce dernier avait eu pour but d'attraper un homme qui avait sûrement encouragé la folie meurtrière de son fils. Cet inconnu était lui-même l'auteur de plusieurs meurtres sanglants, et la mise en scène macabre du musée pourrait peut-être l'attirer. Elle ne sut jamais que cet homme était Hannibal Lecter, le psychiatre chez qui, autrefois elle avait envoyé Randall en thérapie. Il n'y avait pas de preuves contre lui, et Will ne voulait pas qu'elle se sente coupable d'avoir emmené son fils chez celui-ci. Quand Carol sorti des bureaux du FBI, elle ne ressentait plus aucune colère. Elle se disait qu'enfin, son bébé était en paix. Le jour de l'enterrement de Randall, elle déposa sur le cercueil un lion en peluche, son jouet favori quand il était petit, puis tourna les talons. Elle ne voulait pas voir la mise en terre, mais elle s'arrêta sur le chemin entre le cimetière et la maison. En pleine nature, elle poussa un seul et long cri de chagrin semblable au hurlement d'un loup, son dernier adieu à son fils.