Thème : Mizumono
Tasse
Will repensait à la métaphore employée par Hannibal. La tasse qui se brise, et qu'il aurait voulu reconstituer. Sauf qu'il n'avait pas réellement brisé Abigail, il lui avait seulement fait croire à sa mort. Il l'avait cachée dans le sous-sol de sa maison avec l'intention de le surprendre, comme un magicien réalisant un tour. Pour être surpris, Will l'avait été. Avant que la tasse ne se brise réellement. Il avait surtout ressentit de la tristesse après ces terribles événements, mais aussi beaucoup de colère. Il était retourné dans la demeure du psychiatre, vide de tout occupant, et dans un accès de rage, il avait jeté au sol plus d'un service de valeur en porcelaine fragile.
Soirée
Il imaginait souvent une fin différente pour cette soirée qui s'était terminée dans un bain de sang. Il rêvait qu'il avouait tout à Hannibal sur ses intentions de le faire emprisonner et sur son double jeu avec Jack Crawford. Rêvait de prendre Abigail dans ses bras, et de faire partie de la bien étrange famille qu'ils auraient formé tous les trois, mais la réalité terrible le rattrapait toujours. Il n'y avait qu'une véritable fin à cette soirée, celle qui ne lui convenait pas, et avec laquelle il devait apprendre à vivre.
Livre
Will détestait Freddie pour de nombreuses raisons, mais il était prêt à collaborer avec elle si ça pouvait la convaincre de renoncer à son livre sur Abigail. La mémoire de la jeune fille devait demeurer en paix. Il ne voulait pas voir de débats sur son implication dans les meurtres de son père, ni sa relation avec l'Eventreur de Chesapeake disséquée sur un plateau de télévision. Et il ne voulait surtout pas qu'on vienne l'interroger, lui, sur le rôle qu'il avait joué dans toute cette affaire, et sur ce qu'il ressentait. Sa douleur n'appartenait à personne d'autre que lui.
Chocolats
Frederick lui avait amené des fleurs à l'hôpital, et il avait bien fait. Pas que Will soit particulièrement sensible au geste, il savait que le directeur de l'asile psychiatrique ne faisait rien de manière désintéressée, mais c'était toujours mieux que des chocolats qu'il n'aurait pas pu avaler. Il se demandait quand il serait d'ailleurs capable d'avaler quoi que ce soit, car pour le moment, ni sa blessure ni son moral ne le lui permettait.
Plaid
Il avait emporté le strict minimum sur le bateau, juste de quoi faire la traversée. Il aimait naviguer, et il aimait le calme des nuits sur l'océan, avec seulement le bruit des vagues comme berceuse. Il avait l'impression de pouvoir réfléchir plus clairement, seul au milieu de l'étendue d'eau, emmitouflé dans un plaid avec une boisson chaude entre les mains. Il pouvait également faire le vide un moment, se concentrer sur autre chose que sur ce qu'il aurait pu faire pour changer le cours des événements. Il pouvait laisser derrière lui les émotions négatives, et converser avec Abigail en pensées. Elle l'écoutait patiemment, et lui apportait le réconfort dont il avait si désespérément besoin. Il n'était pas encore prêt à la laisser partir.
Cadeau
C'était une vague connaissance qui lui avait offert l'un de ses chiens. En réalité, ce n'était pas vraiment un cadeau. Le caniche était méfiant, maigre, et ne cessait d'aboyer. Will aurait pu refuser, mais bien sûr, il ne l'avait pas fait. Il avait patiemment rééduqué le chien jusqu'à ce qu'il devienne un gentil compagnon, joueur et très affectueux. Pour le moment, il était couché sur son canapé, et Will repensait aux paroles d'Hannibal. Laisser tous ses chiens à Alana, pour partir avec lui. La tentation était bien plus grande que ce qu'il aurait jamais imaginé, même si l'idée de se séparer de ses chiens lui était douloureuse. Ils ne comprendraient pas, et ils ne cesseraient de lui manquer.
Bûche
Il regardait le feu brûlant dans la cheminée. Les bûches étaient en train de se consumer, et au milieu d'elles, il y avait les carnets de notes d'Hannibal. Les pages noircies de notes sur son état psychologique étaient en train de disparaître, et avec elles de nombreuses autres, consacrées aux divers patients du cannibale. C'était mieux ainsi, parce que si Hannibal ne faisait pas place nette, le FBI ignorerait sûrement le secret médical et irait importuner ses patients. Will ressentait un sentiment indéfinissable en voyant brûler ses dessins d' horloges aux nombres dispersés, il trouvait amusant de faire quelque chose d'aussi peu habituel dans le bureau du psychiatre. Il lui jeta même un livre depuis la mezzanine, que le médecin rattrapa avec aisance.
Champagne
Ils avaient bu du vin lors de leur dernier repas ensemble, mais ça aurait aussi bien pu être du champagne. Ils auraient pu fêter leur fuite, ensemble, et Will avait été très tenté de tout lui révéler à ce moment-là. S'il l'avait fait, tout aurait été différent. Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer, encore et encore, un autre dénouement à cette soirée.
Chants
Il n'avait pas pu aller à l'enterrement d'Abigail. Pour Will, la jeune femme était restée vivante un long moment encore après son décès officiel. Il l'avait vue aussi distinctement qu'une personne réelle, et ils avaient eu des conversations. Il avait toujours su, au fond, que ce n'était qu'une création de son esprit, mais il en avait eu besoin. S'il avait vu la vérité crue, son cadavre maquillé et habillé de façon à dissimuler sa gorge tranchée, et la mise en terre, il aurait sombré. Il se serait penché au-dessus de la tombe pour jeter une dernière fleur, et il aurait plongé dans un autre trou sombre, à l'intérieur de lui-même. Il n'avait pas pu parler en son nom lors de la cérémonie, et il n'y avait sans doute eu personne d'autre pour le faire, mais ça n'avait pas d'importance. Abigail et lui avaient écoutés ensemble de nombreux chants dans les Églises italiennes. Ils avaient parlé de ce qui c'était passé cette nuit-là, et ils avaient parlé d'Hannibal. Ils avaient parlé jusqu'à ce que la réalité le rattrape, et qu'il soit capable de lui dire adieu.
Impromptu
Le pardon avait été un long cheminement, mais sa réalisation elle, avait été plutôt impromptue. Lorsqu'il avait vu le cœur sanglant fait d'os et de chair, il avait compris qu'Hannibal ressentait le même manque que lui. Plutôt que de vivre avec des regrets indéfiniment, le profiler avait décidé de tourner la page. Il avait prononcé ces trois petits mots dans le silence des catacombes : je vous pardonne. Il savait que ceux-ci avaient bien été entendus, même s'il n'avait pas vu ne serait-ce que l'ombre d'Hannibal.
