Idées Avortées

Scorpius & Rose

« Testostérone »


Si elle se faisait prendre, elle était finie. Littéralement finie. Elle n'aurait d'autre choix que de quitter Poudlard, passer ses ASPIC par correspondance, et partir loin. Vraiment loin. Peut-être dans la région d'Amazonie hermétique à la magie, que tous les sorciers du monde évitaient comme la peste. C'était un peu humide, mais au moins, elle en apprendrait bien plus en quelques semaines en botanique qu'en sept années de cours avec le professeur Londubat (aussi brillant soit-il).

Elle blâmait Albus, évidemment, et sa détermination à remporter la coupe de Quidditch. Il l'avait envoyée espionner l'entrainement des Serpentard afin qu'elle lui rapporte leur dernière stratégie ultra-secrète. Et elle ne faisait même pas partie de l'équipe ! Le pire, c'est qu'Albus passait tout son temps libre avec le capitaine des Serpentard et qu'il aurait été mille fois plus facile pour lui de glisser un peu de Veritaserum dans son jus de citrouille. Mais non, évidemment, Albus préférait employer des méthodes plus traditionnelles.

Pour être tout à fait honnête, maintenant qu'elle prenait le temps d'y réfléchir un peu, elle commençait à croire que son cousin ne l'avait pas envoyée là pour espionner l'équipe de Serpentard, mais pour se venger de son refus de faire son devoir de Métamorphose pour lui la semaine précédente.

Il n'y avait pas vraiment d'autres explications.

Saviez-vous que l'équipe de Serpentard était uniquement composée de garçons de quinze à dix-huit ans ? Non ? Et bien Rose non plus – jusqu'à maintenant. Elle assistait rarement aux matchs, et même lorsqu'elle le faisait, sur leur balai, les joueurs étaient méconnaissables de toute façon.

Quoi qu'il en soit, c'était bien malgré elle qu'elle s'était retrouvée enfermée dans les vestiaires des Serpentard et était présentement cachée dans un casier, priant tous les dieux connus – sorciers ou moldus – que personne ne l'ouvre. A en juger par la chemise propre derrière laquelle elle essayait de disparaître, il y avait peu de chance que ce casier n'appartienne à personne. Elle avait espéré qu'ils aillent tous à la douche en même temps pour qu'elle puisse se faufiler dehors sans être vue et oublier toute cette histoire, mais évidemment, le sort en avait décidé autrement.

Elle entendait des voix masculines mais ne faisait pas attention à ce qu'elles disaient, trop occupée à se tordre nerveusement les mains, dans l'espoir que son cauchemar prenne bientôt fin.

C'est pourquoi elle se figea, le cœur battant à tout rompre, lorsqu'elle entendit une voix ô combien familière se rapprocher dangereusement de son casier de malheur.

- Lâche-moi un peu avec ça, Zaccaria, fit la voix avec une pointe d'amusement. Je t'ai déjà dit que cette fille n'est pas mon genre…

- J'oubliais que ton genre à toi, c'est les rouquines, se moqua l'autre.

Même sans les voir, Rose imaginait très bien le sourire narquois que Zaccaria Bulbe adressait à son meilleur ami, Scorpius Malefoy.

- La ferme, grogna le capitaine de l'équipe.

Rose sursauta malgré elle lorsqu'une main s'abattit sur « son » casier, et regarda impuissante la lumière pénétrer dans sa cachette au moment où la porte s'ouvrait. Elle tomba nez-à-nez avec Scorpius Malefoy, une main sur la poignée, une serviette enroulée autour de la taille. Elle déglutit en voyant devant elle le jeune homme comme elle ne l'avait jamais vu, et rougit furieusement devant ce bloc de testostérone d'un mètre quatre-vingt-dix. Elle ne put s'empêcher de graver ses yeux dans les muscles fins et captivants de son large torse et dut se mordre l'intérieur de la joue jusqu'au sang pour ne pas pousser un soupir qui trahirait l'état confus de ses pensées.

Scorpius cligna des yeux plusieurs fois, et deux légères tâches roses s'étalèrent sur ses joues. Il planta son regard gris dans celui de Rose, et déglutit difficilement. Ses lèvres s'entrouvrirent, comme s'il voulait dire quelque chose, mais il les referma sans prononcer un mot.

Rose sentit son cœur gonfler dans sa poitrine mais soutint son regard, se préparant au moment où elle serait exposée au reste de l'équipe.

Ils s'affrontèrent du regard pendant un moment, interdits, jusqu'à ce que Scorpius se ressaisisse finalement et tende la main, faisant trembler Rose de peur. Il attrapa sa chemise, lança un dernier coup d'œil à la jeune fille, et referma la porte sèchement.

- Euh… Tout va bien ? Demanda la voix soudain inquiète de Zaccaria.

- Quoi ? Oui, oui ! Tout va bien…

- O-kay… on y va ?

- Je finis de m'habiller, je te rejoins.

- D'accord, je t'attends dehors.

Rose poussa un long soupire en entendant Zaccaria s'éloigner. Soulagée à l'idée que Scorpius n'allait pas trahir sa présence, elle réalisa enfin l'étrange calme qui régnait dans les vestiaires. Elle entendait Scorpius se rhabiller, et repensa en rougissant à son torse nu au-dessus de la serviette qu'il avait enroulée autour de sa taille en sortant de la douche.

Puis soudain, la porte s'ouvrit à nouveau, et le regard de Scorpius trouva le sien.

Il s'éclaircit maladroitement la gorge, et Rose se sentit rougir une fois de plus.

- Rose… ? Demanda-t-il, les joues légèrement roses, comme s'il attendait des explications.

- C'est assez embarrassant…

- Tu crois ? Grogna-t-il.

Elle détourna les yeux, sans savoir si elle devait être soulagée ou déçue qu'il ait enfilé une chemise.

- C'est encore un coup de Al ?

Elle hocha la tête et il poussa un long soupir. Puis après un moment, un sourire moqueur se dessina sur ses lèvres.

- Tu sais… tu peux sortir maintenant…

- Oh, fit-elle en clignant des yeux.

Il l'aida à s'extirper du casier mais évita son regard comme la peste. Puis, il ramassa son sac et passa une main dans ses cheveux humides.

- Tu pourras dire à Al que ses pitoyables efforts ne serviront à rien samedi. Serpentard va écraser Gryffondor…

Il lui adressa un sourire plein d'arrogance, qui contrastait nettement avec l'embarras qui colorait toujours ses joues, et s'éloigna sans ajouter un mot, laissant Rose plantée sur ses deux jambes, au beau milieu des vestiaires masculins de Serpentard, le coeur en émoi.