Idées Avortées

Scorpius & Rose

« Moins Seul »


Elle passe la porte, doucement, sans faire de bruit et mâchouille nerveusement sa lèvre. Il n'a pas bougé depuis qu'il a reçu la lettre. Il est toujours assis sur son fauteuil de bureau – un fauteuil arrogant, en chêne et en velours émeraude, qui lui ressemble tellement –, et son regard est vide, rivé sur la fenêtre comme celui d'un fantôme. Il est là, mais pas tout à fait.

Elle n'ose pas rompre le silence, alors ne dit pas un mot. Mais elle s'approche, timidement. Ses pas font craquer le parquet, mais il ne se retourne pas.

Lorsqu'elle est devant lui, elle hésite. Cette fois, elle se mord la lèvre jusqu'au sang, et son cœur se serre. Elle pourrait pleurer pour lui et verser les larmes qu'il retient prisonnier, tellement elle a mal pour celui qu'elle aime.

C'est certain elle pourrait pleurer pour lui, parce que lui, il ne sait pas comment faire.

Lentement, elle pose une main sur son épaule. Il ne bronche pas.

Alors elle envahit son espace, parce que c'est le seul moyen qu'elle connaît pour le faire réagir, pour lui montrer qu'elle est là, et que tout ira bien. Elle glisse sur une de ses jambes écartées, s'assoit perpendiculairement à lui, et enroule ses bras autour de son cou.

Il se tend.

Puis se détend.

Et ses bras s'enroulent autour de sa taille et il va déjà un peu mieux. Il se sent un peu moins seul quand elle est là. Ça a toujours été comme ça.

« Ça va aller », elle souffle, en enfouissant sa tête dans son cou.

Elle sent ses bras se resserrer autour de sa taille, mais ne sourit pas comme elle le fait d'habitude.

« Tu promets ? », il demande d'une voix à peine audible. Une voix qui ne lui ressemble pas. Une voix d'enfant qui a perdu toute trace d'arrogance et de noblesse. Une voix qui lui fait peur. Une voix qui tremble et qui hurle à la fois – tout bas.

Et quand elle dit « oui », il ferme les yeux et elle sent une petite larme couler sur son épaule.

Alors elle aussi, elle resserre son étreinte.